dimanche 15 mars 2026

Narbonne au XIIIème siècle - La paix royale (1250-1270)


1250l’archevêque Guillaume de Broa tient à réaffirmer qu’il détient à Narbonne le majus dominium et conteste au vicomte Amaric Ier le droit de s’attribuer le titre de seigneur de Narbonne, autant dans ses actes que sur son sceau. Les arbitres appelés à se pencher sur ce litige en concluent, toutefois, que le vicomte ne porte pas préjudice à l’archevêque car il reste, de toute façon, son vassal. 

13 septembre 1250 – le vicomte Amalric 1er exhorte les habitants de Narbonne à prendre les armes et à le suivre jusqu’à Peyriac de Mer afin de venger Bernard Aribert, un citoyen narbonnais abusivement emprisonné par Bertrand de Coursan et Pons Guilhem, deux seigneurs fieffés à Peyriac.

L’archevêque Guillaume de Broa dont dépend la seigneurie de Peyriac tente, sans y parvenir, de s’opposer à cette expédition punitive. Les Narbonnais investissent le village et le mettent à sac. Ils abattent aussi les arbres et repartent avec les meubles. Ils sont, en retour, sommés par l’archevêque de restituer les biens volés sous peine d’excommunication.

1251 – l’archevêque Guillaume de Broa se plaint du comportement du vicomte Amalric 1er auquel il reproche de contrevenir aux règles concernant la perception des grandes leudes sur les marchandises transitant par Narbonne, par le port ou par la route. Il est d’usage que les deux seigneurs se partagent cet impôt par moitié mais il est devenu courant de s’entendre avec certains marchands pour les en exempter en échange du versement de rentes.

Décembre 1251 – les citoyens de Narbonne ayant le privilège de choisir leur juridiction quand il leur faut comparaître au civil ou au criminel, les justiciables ont le droit de préférer l’une ou l’autre des deux juridictions. L’archevêque Guillaume de Broa se plaint, à ce propos, de ce que le vicomte Amalric détourne les plaignants de la cour archiépiscopale au profit de la sienne, introduisant par le biais de ses notaires une clause de renonciation au tribunal de l’archevêque. De son côté, le vicomte s’efforce de briser le monopole que détient l’archevêque sur les affaires relevant des trois cours de Saint Paul.

La cour archiépiscopale se compose d’un juge ordinaire et d’un juge supérieur (dit d’appeaux) assisté d’un viguier (juge subalterne) et d’un sous-viguier (ou bayle) autour desquels gravitent des sergents, des notaires et des messagers. Le jugement de toutes les affaires doit s’effectuer en présence des prud’hommes,  choisis parmi les citoyens narbonnais pour composer un jury.

 21 juin 1251 – Alors qu'il vient de conseiller Alphonse de Poitiers lors de sa prise de contrôle sur le  comté de Toulouse, l’avocat et juriste Gui Foucois (ou Foulques), docteur en droit civil, permet à l’évêque de Béziers Raimond de Vailhauques d’apaiser les tensions qui règnent depuis plusieurs années entre l’archevêque et le vicomte de Narbonne.

7 Juillet 1251 – L’avocat Gui Foucois intervient à Narbonne, à la demande de la régente Blanche de Castille, afin de trouver une solution au grave différend qui oppose depuis plus de deux ans le vicomte Amalric à l'archevêque Guillaume de Broa. Celui-ci se plaint de l'empiètement régulier du co-seigneur sur la juridiction de son église. Les deux adversaires ont accepté l'arbitrage de l'avocat qui, pour la circonstance s'est fait assister de l'évêque de Béziers. La sentence précise les droits de chacun et leurs limites en échange de quoi l'archevêque suspend l'interdit et l'excommunication dont il a frappé le vicomte et ses officiers. 

20 septembre 1251 –  Gui Foucois est de retour à Narbonne à la demande de l'archivêque Guillaume de Broa pour un nouvel arbitrage. Il tient grief au vicomte Amalric de ne pas respecter les termes de la sentence prononcée deux mois plus tôt. L'avocat parvient, une nouvelle fois, à apaiser les tensions mais la réconciliation semble difficile.      

1252 – Alors que les relations restent tendues entre l'archevêque et le vicomte de Narbonne, la situation est devenue conflictuelle entre les moins de l’abbaye de Fontfroide et les proches d'Amalric. Celui-ci est même excommunié pour son intrusion dans la grange du Terral qui relève de l’abbaye.

15 mai 1252 – le pape Innocent IV promulgue la bulle Ad Extirpanda qui définit les normes procédurales de l’inquisition. La torture est désormais considérée comme un moyen de parvenir à établir la vérité dans les procès contre les cathares. Alors qu’elle n’avait, jusque-là, été utilisée que de façon exceptionnelle, la torture va, dès lors, devenir systématique pour l’obtention d’aveux ou la dénonciation d’hérétiques.        

1253construction de la maison consulaire de Narbonne (vestiges 7 rue Benjamin Crémieux)

25 mai 1253 – le pape Innocent IV adresse une bulle à Othon II, abbé de Fontfroide, lui interdisant de recourir à l’aliénation de certains biens au profit de clercs ou de laïques et exigeant la restitution au monastère de toutes les possessions déjà cédées.

1254 – le pape Innocent IV écrit à l’archevêque Guillaume de Broa, lui demandant d’user de toute son autorité pour que les biens de l’abbaye de Fontfroide soient préservés dans leur intégrité.

 7 décembre 1254 – le pape Innocent IV décède à Naples après avoir bataillé durant ses onze années de pontificat contre l’empereur Frédéric II Hohenstaufen et son fils Manfred, sans véritable résultat. Proche un temps du roi de France, il a fini par le décevoir au point que celui-ci se permettra même de déclarer « qu’il n’a trouvé chez le pape aucun sentiment véritablement chrétien ». On lui a accordé d’avoir initié une véritable politique missionnaire avec en pendant, une violence assumée face à ses contradicteurs comme la normalisation de la torture à l’égard des hérétiques et un antijudaïsme avéré comme l’évoque cette demande faite au roi Louis IX (St Louis) de brûler publiquement le Talmud.

12 décembre 1254 – Le cardinal-évêque Rinaldo Conti (1199-1261) qui s'avère être aussi le neveu de l’ancien pape Innocent III, est élu pape à Naples où il prend le nom d’Alexandre IV.  Il entame son pontificat dans un climat d’extrêmes tensions. Il lui faut d'abord faire face à la menace de la dynastie des Hohenstaufen qui règne sur une partie de la péninsule mais il se heurte, à présent, à la forte hostilité de la bourgeoisie romaine. Il n’a d’autre choix, dans ce contexte, que de quitter Rome pour aller s’installer à Viterbe.

Ancienne église du couvent des Dominicains 
Achevé en 1260, l'édifice composé d'une unique travée a été bâti dans un style gothique épuré comparable à celui que l'on retrouve dans l'église Notre Dame de Lamourguier, distante seulement d'une centaine de mètres. 
Devenue par la suite l'église des Jacobins, elle a été vendue en 1793 et est devenue depuis une propriété privée.

14 mai 1255
– le pape Alexandre IV adresse une bulle au prieur et aux religieux du couvent des Frères Prêcheurs (Dominicains) de Narbonne, accordant 40 jours d’indulgence à ceux qui visiteraient leur église durant l’octave des fêtes de St Pierre Martyr et St Dominique. Commencée en 1246, celle-ci sera achevée en 1260.

Le château de Quéribus
Situé sur un éperon rocheux dominant au loin la plaine du Roussillon, le château bâti au début XIème siècle figure, alors, parmi les forteresses barcelonaises relevant de la vicomté de Peyrepertuses. Rattaché en 1172 par la couronne d'Aragon au comté de Roussillon, le Peyrepertusès est cédé par le roi Pierre II au vicomte de Narbonne. En 1226, il est, cette fois, cédé au  comte de Roussillon Nuño Sanç par le roi Jacques 1er d'Aragon en échange de ses services. Ne pouvant, cependant, assumer les charges inhérentes à cette seigneurie, Nuño Sanç la vend, en 1239, au roi Louis IX pour la somme de 20 000 sous melgoriens. Chabert de Barbaira qui est au service de Nuño Sanç, conserve la garde de Quéribus dont il fait un des derniers refuges pour les cathares après la chute de Montségur avant de céder la forteresse à Olivier de Termes en 1255.

Mai 1255
Chabert de Barbaira (c.1185-av.1276), le chevalier "faydit" qui commande le château de Quéribus, un des derniers castrum cathares, n’a d’autre choix que de se livrer à Olivier de Termes, son ancien compagnon d’arme, après un siège symbolique.

Réputé pour être un cathare fervent et avoir été un farouche opposant aux croisés de Simon de Montfort, le chevalier Chabert de Barbaira, surnommé Le Lion de Combat, était né dans le château familial de Miramont qui venait d'être bâti sur le versant nord de la montagne de l’Alaric. Seigneur "Faydit", dépossédé de ses terres lors de la croisade, il avait combattu aux côtés du comte Raymond VI de Toulouse avant de se mettre au service du comte de Roussillon Nuño Sanç. Il s’était, en la circonstance, établi à Perpignan où il avait, notamment, été en relation avec Olivier de Termes et Raimond Trencavel. Parti, en 1229, à Majorque, combattre aux côtés du roi Jacques 1er d’Aragon, il s'y était signalé par son expérience des machines de guerre, ce qui  lui avait valu de se voir accorder des terres dans le Fenouilledes, incluant le château de Puylaurens. Il s’était rallié à Raimond Trencavel en 1240 et l’avait accompagné lors de sa campagne de reconquête avant d’échouer devant Carcassonne. De retour dans le Fenouilledes, Chabert de Barbaira avait établi ses quartiers dans le château de Quéribus dont il avait fait, depuis la chute de Montségur, une des dernières places fortes cathares. Fermement opposé à Olivier de Termes depuis son ralliement au roi Louis IX, il a dû se rendre à son ancien compagnon après être tombé dans le pège qu'il lui avait tendu. 

Février1257Olivier de Termes rédige son testament en prévision d'une prochaine epédition en terre sainte. Il se sépare, à ce propos, d'une large partie de ses domaines de manière à financer son départ. Il vend, notamment, à l'abbaye de Fontfroide ses seigneuries de St Nazaire et Ste Valière pour 80 000 sous melgoriens. Il fait, peu après, don à l'abbé Oton d'une partie de la somme que lui doit l'abbaye et s'engage à faire construire une chapelle à la mémoire de St Bernard dans laquelle il manifeste le souhait d'être inhumé après sa mort. Il y voit, là, une opportunité d'échapper à l'inquisition qui, un jour, pourrait faire exhumer ses ossements et les brûler, ravivant ainsi le temps où il était proche des cathares. Le destin allait en vouloir autrement car il meurt en 1274 en Terre Sainte à l'occasion de sa dernière croisade. Le mystère demeure toutefois quand à l'endroit où repose son corps. Et s'il avait été ramené à Fontfroide?

Tombeau de l'archevêque de Narbonne Guillaume de Broa
Anciennement insrallé dans la Chapelle Saint Michel de la cathédrale St Just-St Pasteur. Le monument a a disparu mais la plaque funéraie qui l'accompagnait a été conservée.

25 juillet 1257- l’archevêque Guillaume de Broa décède à Narbonne. Le tombeau dans lequel repose son corps est placé dans une chapelle de la vieille église St Just St Pasteur. Il sera transféré, en 1332, à l'intérieur de le nouvelle cathédrale dans la chapelle Saint Michel. 

Ce tombeau a aujourd'hui disparu mais la Bibliothèque Nationale en conserve un dessin du début du XVIIIème siècle. Le gisant de l'archevêque y apparait les mains jointes dans son habit sacerdotal, coiffé de sa mître et orné de plusieurs ornements liturgiques symboliques de sa fonction. L'extérieur de la cuve se compose d'une série d'arcatures sous lesquels sont sculptées de figures d'évêques. Cette configuration se retrouve dans d'autres tombeaux de seigneurs de l'Eglise, remontant à la même époque, dont on attribue la paternité à un groupe de sculpteurs venus de Carcassonne.

Jacques de Nigri (dit Le Noir) devient le nouvel archevêque de Narbonne. On ne connaît, sur lui, que très peu de choses. Il est possible que le décès de Guillaume de Broa soit intervenu alors qu'aucun successeur n'était encore pressenti. On peut, donc, supposer que Jacques de Nigri soit issu du collèges des chanoines de la cathédrale.  

1258Jacques, le nouvel archevêque de Narbonne, entame avec son escorte composée d’une quinzaine de serviteurs, une tournée des châteaux qui dépendent de sa juridiction. Il se fait notamment remarquer à Peyriac où il fait jouer de la trompette du haut d’une tour du château où il fait crier « Narbonne, Narbonne, pour le sieur Jacques archevêque de Narbonne ! St Just, St Just, pour le sieur Jacques archevêque de Narbonne ! Peyriac, Peyriac, pour le sieur Jacques archevêque de Narbonne !"

La frontière entre les royaumes de France et d'Aragon suite au Traité de Corbeil (1258) et les forteresses chargées de la défendre (les Fils de Carcassonne
Parmi la vingtaine de châteaux appartenant à l'archidiocèse de Narbonne, certains servaient régulièrement de résidence à l'archevêque dont notamment ceux de Montels, Capestang, Gruissan, Villerouge, Pia, Pieusse ou encore Alaigne. 

11 mai 1258 – signature du Traité de Corbeil entre les représentants du roi Jacques 1er d’Aragon et ceux du roi de France Louis IX déterminant la frontière entre les deux royaumes. Fixée au sud des Corbières, celle-ci est désormais gardée du côté français par les forteresses de Quéribus, d’Aguilar, de Peyrepertuse, de Termes, de Puylaurens et de Niort. Le roi de France renonce à ses droits de suzeraineté sur les comtés de Roussillon et de Cerdagne tandis que le roi d’Aragon abandonne ses prétentions sur le Languedoc à l’exception de Montpellier, de la baronnie d’Aumelas et de la vicomté de Carlat. Jusqu’alors contrôlée par le roi d’Aragon, la vicomté de Fenouilledes est cédée au roi de France.

Septembre 1258 – l’archevêque Jacques de Narbonne tient un concile à Montpellier au cours duquel sont prises des décisions particulièrement sévères visant les usuriers juifs. Il s’abstient, toutefois, à son retour, de quelque ingérence que ce soit dans leurs opérations financières.

Juillet 1259 – le vicomte de Fenouilledes Hugues de Saissac (c.1240-1261) rend hommage au vicomte Amalric Ier et restitue les dimes de sa seigneurie devant l’archevêque de Narbonne qui l’absout de l’excommunication dont il était frappé. En conflit avec l’inquisition qui l’accuse de collusion avec les cathares, il ne tarde, toutefois, pas à être dépossédé de ses terres tandis que les ossements de son père Pierre V de Fenouillet vont exhumés pour être brûlés.

5 octobre 1259 l’archevêque de Narbonne Jacques de Nigri décède après deux années d’exercice. Son court épicopat a été surtout marqué par de violents démêlés avec le sénéchal de Carcassonne contre lequel il a demandé la protection du pape Alexandre IV et du roi de France

Gui Foucois (1199-1268)
Avocat et juriste de son métier, proche du roi Louis IX et de son frère Alphonse de Poitiers, il est entré dans les ordres après la mort de son épouse. Elu évêque du Puy en 1257 puis archevêque de Narbonne deux ans plus tard, il devient pape en 1263 sous le nom de Clément IV.
Giuseppe Franco - Portrait imaginaire du pape Clément IV (1617)
Pinacothèque Ambrosiana - Milan

10 octobre 1259
l’évêque du Puy Gui Foucois (ou Foulques) devient le nouvel archevêque de Narbonne à plus de 60 ans. Il connaît bien Narbonne pour y avoir été appelé en qualité d'avocat pour régler de graves différends entre l'archevêque d'alors, Guillaume de Broa et le vicomte Amalric 1er.

Gui Foucois (c.1199- 1268) – issu d’une famille bourgeoise installée à St Gilles, il a eu, pour un ecclésiastique, un parcours totalement atypique. Avocat et juriste de talent, il a été secrétaire au service du roi Louis IX puis conseiller de son frère Alphonse de Poitiers. D'abord marié et père de deux filles mais il a décidé d’entrer dans les ordres en 1255, suite au décès de son épouse. Ordonné prêtre à St Gilles puis nommé archidiacre du Puy, il a été élevé à la dignité d’évêque en 1257 avant d’être élu deux ans plus tard archevêque de Narbonne. Connaissant la proximité de Gui Foulcois avec le roi Louis IX, le pape Alexandre IV écrit en septembre 1259 au souverain pour lui recommander d’impliquer l’avocat devenu évêque du Puy dans les affaires de l’archevêché de Narbonne. La réponse ne se fait pas attendre. Le décès de  l’archevêque Jacques de Nigri dans les semaines qui suivent précipitent le calendrier prévu. Malgré sa nomination à Narbonne, Gui Foucois concerne toutefois son titre d'évêque du Puy jusqu'au mois de décembre 1260, date à laquelle il rend, à Montpellier, une sentence arbitrale dans un conflit qui opposait le roi Jacques d'Aragon à l'évêque de Maguelonne.

 1260  – Chaque année, selon un cérémonial coutumier qui remonte à la fin du Xème siècle, le vicomte de Narbonne remet ses mains entre celles de l’archevêque auquel il jure « fidélité en tout » en sa qualité de vassal. Cet hommage a été depuis des années l’occasion pour les archevêques d’affirmer leur autorité sur le vicomte, provoquant souvent des tensions selon l’état des relations entre les deux co-seigneurs. Se considérant lui-même dans un acte comme le « vrai seigneur de Narbonne", le vicomte Amaric 1er se permet pour l’occasion de faire part de certains désaccords dûs au fait qu’il dépend, en premier lieu, du roi de France en sa qualité de duc de Narbonne, se reconnaissant comme son homme lige. Il se fait vite reprendre par l’archevêque mais il compte sur la complicité qu’il entretient avec le sénéchal de Carcassonne pour renforcer sa position.

13 mai 1260 – le couvent des frères Mineurs Franciscains, installé « côté Cité » non loin de la paroisse de St Sébastien, dont les travaux sont pratiquement achevés accueille le chapitre général de l’Ordre présidé par St Bonaventure. Celui-ci agit en sa qualité de Ministre Général, poste qu’il occupe depuis 1257. Les assises que préside Saint Bonaventure se concluent  par la promulgation des Constitutions Narbonnaises, un ensemble de dispositions qui serviront de base à tous les textes juridiques élaborés par la suite au nom de l’Ordre des Franciscains. St Bonaventure est, pour cette occasion, chargé d’écrire une Vie de Saint François qui sera publiée sous le titre Legenda Major pour devenir durant des siècles la version biographique officielle du fondateur de l’Ordre.

9 octobre 1260 – l’archevêque de Narbonne Gui Foucois intervient à la demande du roi Louis IX pour assister le sénéchal de Carcassonne dans la vente de certains domaines appartenant à Olivier de Termes. Ceux-ci comprennent notamment le château d’Aguilar et la ville de Termes. Le montant total de la vente s’élève à 3320 livres tournois dont une partie sert à indemniser le seigneur Guillaume Atturat, dont le père avait été dépossédé de ses biens par Simon de Montfort mais qui s’était rangé du côté du roi lors de la révolte de Raimond Trencavel en 1242.  

3 janvier 1261 - le chevalier Arnaud Magalion lègue en « alleu » aux Frères de St Augustin un terrain qu’il possède à proximité de l’église St Félix afin qu’ils puissent y bâtir un sanctuaire dans la cas où ils souhaiteraient s’y établir.

 1261 – il est rappelé, selon les termes d’une transaction passée en 1226 entre le roi de France et l’archevêque Pierre Amiel que l’archevêque se doit de prêter serment de fidélité au souverain. Il est aussi précisé que dans le cas où les biens tenus de l’archevêque par le vicomte viendraient à être confisqués par le roi, le prélât en conserverait la moitié de plein droit.

Avril 1261l’archevêque de Narbonne Gui Foucois se rend à la cour du roi de France auquel il fait hommage et prête serment de fidélité. Il se voit confirmée l’attribution d’une rente annuelle de 400 livres tournois, en compensation de la perte subie par l’attribution au profit du roi, de la confiscation des biens des hérétiques.

1261 – parmi les nombreuses querelles qui opposent de façon récurrente l’archevêque Guy Foucois et le vicomte Amalric 1er, celle des notaires prend une nouvelle tournure lorsque le prélât de Narbonne décide d’excommunier « ceux qui feraient testaments, codicilles, divisions, volonté, en fraude et diminution de sa notairie » mais surtout "ceux qui recevraient ou feraient recevoir les testaments et contrats nuptiaux par autres personnes que ses notaires publics ». Le vicomte ayant aussi le droit de nommer des notaires publics, s’est installé entre l’archevêque et lui, une véritable concurrence étant donné la lucrativité du système mis en place, sachant que le seigneur perçoit la moitié des gains annuels réalisés par leurs notaires. 

22 septembre 1261 – le pape Urbain IV invite l’archevêque de Narbonne à ne pas s’opposer à l’installation de ses « chers fils », les frères de l’ordre de la Bienheureuse Marie du Mont Carmel. Il lui demande aussi de donner son accord a la construction d’une église et d’un établissement si les Carmes parviennent à faire l’acquisition d’un emplacement propice.

Décembre 1261le pape Urbain IV nomme Gui Foucois cardinal-évêque de Sabine. Appelé en Italie, l’archevêque de Narbonne doit renoncer à son siège.

Maurin, chapelain du pape et chanoine de la cathédrale devient le nouvel archevêque de Narbonne.

2 octobre 1264 – le pape Urbain IV décède à Pérouse après trois années de pontificat. Il est parvenu à s’accorder les services de Charles d’Anjou, le jeune frère de Louis IX, pour engager la bataille contre les Hohenstaufen. Le conclave tarde à se prononcer sur le nom de son successeur avant de parvenir à un compromis en faveur du cardinal Gui Foucois qui devient le nouveau pape Clément IV.

15 février 1265 – le nouveau pape Clément IV, âgé de 65 ans, est couronné à Viterbe. A l’instar de ses prédécesseurs, il retrouve, face à lui, l’empereur des Romains Manfred de Hohenstaufen qui règne sur la majeure partie de l’Italie, attendant avec impatience l’arrivée de Charles d’Anjou, pressenti par Urbain IV pour être le futur roi de Sicile.

4 juillet 1267 L’archevêché de Narbonne établit une convention avec le chapitre Saint Just qui met en place les structures administrative et financière  préalables au démarrage du chantier de construction de la future cathédrale. Celles-ci seront dirigées par deux chanoines-ouvriers élus pour une année par l’archevêque et le chapitre assistés de deux clercs chargés respectivement de la gestion financière et du contrôle du personnel. Selon les termes de la convention, il est convenu que l'archevêque sera tenu de verser sur ses revenus 5000 livres tournois pour la construction de l'église, tandis qie le chapitre n'en versera que 50.

1268le pape Clément IV, ancien archevêque de Narbonne, définit publiquement les critères qui présideront à la construction de la future cathédrale de Narbonne et s’inscriront dans l’esprit des grands édifices religieux du nord.

29 Novembre 1268 - le pape Clément IV décède dans son palais de Viterbe à l'âge de 69 ans. Reconnu lorsqu’il était avocat pour ses qualités de conciliateur, il a fait preuve, une fois élu pape, d'un rigorisme théocratique poussé à l'extrême. Il a, notamment, encouragé l'usage de la torture à l'encontre des hérétiques, en confiant la tâche exécutoire aux Dominicains. S'en prenant aux juifs relaps, il a ordonné que leur soient infligés les châtiments les plus sévères, allant jusqu'à la mort. Quant aux blasphémateurs, il a conseillé à Louis IX d'user contre eux de peines susceptibles d'inspirer la terreur.

1269 – le prieur des Carmes Frère Etienne et ses 14 religieux, installés sur un terrain appartenant à l’abbaye St Paul, obtiennent le droit d’y bâtir un oratoire, un cloître et un cimetière.

Le château d'Aguilar
Olivier de Termes en a fait sa résidence principale à partir de 1229. Il y a accueilli, onze ans plus tard, Raimond II Trencavel avant de le suivre jusqu'à Carcassonne, en compagnie de nombreux seigneurs occitans, tous décidés à reprendre possession de la ville. Ayant échoué dans cette entreprise, Raimond Trencavel a fui vers l'Aragon tandis qu'Olivier de Termes a choisi de se soumettre au roi Louis IX, une décision que certains ont considéré comme une trahison. Celui-ci lui a, par la suite, restitué son château d'Aguilar en remerciement de ses services rendus en Terre Sainte. En 1260, Olivier de Termes le revend au roi de France et lègue une partie de la somme à l'abbaye de Fontfroide où il a fait le choix d'être inhumé. Le destin en voudra, toutefois, autrement, car il meurt en Terre Sainte en 1274, lors de ce qui sera sa dernière croisade. La légende s'empare, dès lors, de ce qu'est devenu son corps. On prétend, en effet, qu'il a été rapatrié pour être enterré, en toute discrétion, dans la chapelle de l'abbaye de Fontfroide qu'il avait fait construire afin qu'il puisse y reposer en paix, sans risquer d'être inquiété par une bande d'inquisiteurs par trop rancuniers.


25 aout 1270 – le roi Louis IX meurt au cours du siège de Tunis, première étape de la huitième croisade, victime, a-t-on dit, de l'épidémie de peste qui a frappé son armée, mais plus vraisemblablement du scorbut. Il a été rejoint, peu de temps auparavant par Olivier de Termes qui, depuis l'année précédente, mène la lutte contre les musulmans en sa qualité de sénéchal du royaume de Jérusalem. Le défunt roi sera canonisé en 1297 sous le nom de St Louis de France. Son fils Philippe III lui succède sur le trône et devient duc de Narbonne.

1270 Malgré l’opposition du vicomte, les consuls de Narbonne acceptent la nouvelle monnaie qu’a décidé de battre, seul, l’archevêque Maurin à la condition que les experts de la monnaie soient des citoyens de Narbonne. Les procureurs ecclésiastiques s’y opposent, refusant de traiter avec des laïcs. Les consuls font alors appel à l’évêque de Toulouse qui permet de débloque la situation.

Décembre 1270 le vicomte de Narbonne Amalric 1er décède à l'âge de 55 ans. Il a, durant les 31 ans au cours desquels il a assumé son titre, bataillé sans cesse contre les archevêques, co-seigneurs de la ville dont il était aussi le vassal, quitte à se voir excommunié. Il est possible, en revanche, qu'il avait l'intention de partir en croisade comme le suggère un échange de courrier avec le troubadour Guiraut Riquier (Narbonne c.1230- 1292) dont il avait été le protecteur. 

Il a eu 6 enfants de son épouse Philippa d'Anduze :

-      Aymeri IV (1245-1298) qui lui succède en qualité de vicomte de Narbonne, a épousé Sybille de Foix. Baron de Pérignan à partir de 1272

-       Amalric II (c.1248-1311), époux d’Algayette de Rodez (1247-1273). Seigneur de Talairan (septembre 1281), d'Auliac, de Portal, de Saint-Jean-de-Barrou, de Gatimort, de Saint-Martin-de-l'Arçon 

-      Guillaume (?-1290) chanoine de Narbonne et de Chartres ; sieur de Verneuil

-      Gausserande (c.1252-1283)  qui épouse Guillaume de Voisins (1234-1308) le fils de Pierre II de Voisins, seigneur de Limoux et Couffoulens, sénéchal de Carcassonne.

-      Marguerite, dame de Cavaillon, mariée à Arnaud Aton, vicomte de Lomagne

-      Marquise , mariée à Hugues d’Ampurias

 Fin décembre 1270 –  Aymeri IV se voit contester le titre de vicomte de Narbonne dont il vient d’hériter suite à la mort de son père, par son frère cadet Amalric II. La querelle s’envenime rapidement.