mercredi 29 janvier 2025

Narbonne au XIIIème siècle - Les ambitions du nouvel archevêque (1212)

 Hiver 1212 – malgré la trêve hivernale, Simon de Montfort n’a d’autre choix que de poursuivre ses opérations dans l’Albigeois depuis qu’une à une, les cités dont il s’est emparé quelques mois plus tôt, se sont soulevées en faveur du Comte de Toulouse et ses alliés les comtes de Comminges et de Foix. Ceux-ci tiennent à nouveau plusieurs places fortes. Pour Simon de Montfort, tout est donc à recommencer. Il bénéficie, en revanche, du soutien indéfectible, quoiqu’intéressé, de l’évêque d’Albi Guillaume Peyre. Les villes de Gaillac et de Rabastens sont âprement disputés. Au mois de mars, il tente de faire le siège du château de Saint Marcel que défend Guiraud de Pépieux mais doit rebrousser chemin à la hâte devant l’arrivée de l’armée du comte de Foix. Trop peu nombreux, n’étant tout juste qu’une centaine et à court de ravitaillement, les croisés se replient vers Albi le 24 mars. 

Deux jours plus tard, Simon de Montfort prend la route de Gaillac ayant appris que Raymond VI vient d’y installer ses quartiers. Mais là encore, il n’a à sa disposition que peu de chevaliers pour envisager d’assiéger la ville. Bredouille, il retourne bredouille à Albi. Le 5 avril, il lance une nouvelle opération, cette fois ci en direction d’Hautpoul, une citadelle surplombant Mazamet, décrite comme un castrum cathare. Après quatre jours de siège, les habitants profitent du bouillard pour fuir la cité, l’abandonnant à Simon de Montfort qui fait exécuter les rares occupants et raser les murs du château avant de se diriger vers Sorèze.

Bien qu’il soit peu à peu parvenu à faire valoir son autorité sur les Comtés de Carcassonne, du Razès, d’Albi et de Béziers, Simon de Montfort doit reconnaître que son pouvoir ne s’installera dans le temps que lorsqu’il se sera rendu maître du comté de Toulouse. Mais quelle sera, enfin, la bonne stratégie sachant que les excommunications et les interdits qui ont frappé à répétition le comte Raymond VI n’ont fait que renforcer le soutien de sa population et plus spécifiquement des membres les plus éminents de la noblesse occitane. Simon de Montfort doit même reconnaître qu’il a échappé de peu à une véritable correction lorsqu’assiégé dans Castelnaudary, il risquait d’être pris au piège face aux armées du comte de Toulouse avant que celui-ci ne renonce par excès de prudence. Il lui a, de plus, fallu résoudre les problèmes financiers auxquels il avait très vite été confronté. Il a, toutefois, pu compter, pour cela, sur le concours avisé de Raimond de Salvanhac dit de Cahors, un riche marchand, ancien consul de Montpellier, qui a figuré parmi les grands contributeurs financiers de la croisade. Simon de Montfort a surtout dû s’accommoder des défections, toujours plus nombreuses au fur et à mesure que s’est estompé l’esprit des croisades. En ce début d’année et malgré l'appui de quelques renforts arrivés du Nord, il n’a à sa disposition qu’une poignée de chevaliers, des fidèles, certes, mais peu nombreux et une maigre compagnie de piétons.

Le vicomte Aymeri III a rompu une solide tradition familiale en épousant non pas une héritière da la noblesse occitane ou catalane mais une femme issue de l'aristocratie du nord de la France. Peut-être faut-il attribuer ce mariage à un des heureux et bien rares hasards de la croisade contre les cathares. Marguerite de Montmorency est la soeur de Bouchard de Marly, un des proches compagnons de Simon de Montfort. Il vient de passer près de deux ans emprisonné dans un des châteaux de Lastours, aux mains de Pierre Roger Cabaret. Quant à Simon de Montfort, il a épousé Alix de Montmorency, qui n'est autre que la cousine germaine de Marguerite, ce qui fait donc de lui un cousin par alliance du vicomte Aymeri III.
C'est certainement grâce à cette parenté qu'Aymeri III a jusque-là bénéficié de la bienveillance de Simon de Montfort, même s'il a refusé à plusieurs reprises de répondre à l'appel de son cousin lorsque celui-ci était en difficulté, comme à Termes et surtout à Castelnaudary. 


12 mars 1212L’archevêque de Narbonne Bérenger de Barcelone est déposé sur ordre du pape Innocent III. Le légat Arnaud Amalric est nommé à sa place. Il reçoit l'hommage du vicomte Aymeri III de Narbonne en présence des évêques suffragants de Toulouse, Béziers, Maguelonne, Agde, Elne et Lodève mais aussi des évêque du Couserans de Comminges. Le clergé de Narbonne et les habitants de la cité participent aussi la cérémonie. 

Depuis son accession au trône papal, Innocent III n’avait cessé de s’inquiéter du comportement de l’archevêque Bérenger, confiant à ses légats, Pierre de Castelnau d’abord puis Arnaud-Amalric, sa véritable mise sous surveillance. Accusé par ces derniers de complaisance envers les cathares puis condamné, de fait, pour simonie, un abus que trop habituel du pouvoir incombant aux évêques et qui, le concernant, aurait eu pour conséquence de favoriser l’hérésie, Bérenger de Barcelone avait, de plus, été blâmé pour mener une vie dissolue et s’adonner à la luxure. Mais, malgré des demandes de destitution et les menaces venues du pape lui-même, le prélât était non seulement parvenu à se maintenir en place mais s’était régulièrement insurgé contre les critiques, n’hésitant pas à faire le voyage jusqu’à Rome pour défendre son ministère. Rappelons simplement qu’il avait le privilège d’être l’oncle du roi Pierre II d’Aragon mais qu’il avait aussi bien compris qu’il était essentiel, en sa qualité de métropolitain, de conserver son autorité sur le clergé séculier face aux ambitions hégémoniques du pape et aux manipulations douteuses de ses émissaires. Bien qu’on ne possède, en fait, aucune information précise sur ce qui est arrivé à l’archevêque Bérenger en ce début d’année 1212, on a opportunément évoqué sa destitution, de manière à faire valoir la victoire finale du pape sur ce prélât intraitable quant à la nature de ses prérogatives mais il parait, en fait plus probable, que parvenu à l’âge de 72 ans, il se soit, plus simplement, éteint de sa belle mort. 

 La nomination du légat Arnaud-Amalric à la dignité d’archevêque de Narbonne va rapidement bouleverser le climat de neutralité qu’a tenté de préserver le vicomte Aymeri III, face aux excès de la croisade contre les cathares. Le constat est, en effet, sans ambiguïté. Arnaud-Amalric est bien celui qui a ordonné le massacre de Béziers et fait ériger la plupart des bûchers sur lesquels ont péri les cathares par centaines alors que ceux-ci n’étaient, en fait, que des gens du même pays. Pour les Narbonnais, le souvenir de Minerve ne passe toujours pas, car ils ne pouvaient imaginer, en allant se plaindre à Simon de Montfort du comportement du seigneur Guilhem IV, que ce seraient plus de cent innocents qui allaient le payer de leur vie en périssant par les flammes. 

13 mars 1212 le pape Innocent III accorde, par décret,  au nouvel archevêque Arnaud-Amalric le titre de Duc de Narbonne. Cette décision qui constitue, au passage une véritable usurpation au détriment de la famille comtale de Toulouse, permet à l’Eglise de devenir un acteur majeur du pouvoir temporel faisant, de ce fait, d'Arnaud-Amalric le suzerain du vicomte Aymeri III. Pour ce dernier, il s’agît d’un véritable camouflet destiné à sanctionner son manque d’implication dans la croisade. Mais c’est du côté de Simon de Montfort que va venir la réaction la plus vive car, lui aussi, revendique le titre de duc de Narbonne au nom des droits qui lui ont été concédés. La ville de Narbonne qui, depuis le début de la croisade, avait su conserver son rang de pôle commercial régional grâce à une habile neutralité voit désormais d’un très mauvais œil le pouvoir passer peu à peu aux mains des représentants les plus radicaux de l’Eglise que sont les cisterciens. 

25 mars 1212 – Le légat Arnaud-Amaulric, désormais archevêque de Narbonne est présent à Albi pour la fête de Pâques. Il y retrouve, en cette occasion Simon de Montfort et Guy des Vaux de Cernay, le nouvel évêque de Carcassonne.

2 mai 1212Arnaud-Amalric est officiellement consacré archevêque de Narbonne. Présent à la cérémonie, l'évêque de Carcassonne, Guy des Vaux de Cernay, un ami intime de Simon de Montfort, reçoit le pallium en cette occasion. Figurent également parmi les invités le jeune Amaury, fils de Simon de Montfort et son oncle Guy de Montfort (? -1224).

Mai 1212 au cours de son séjour à Narbonne, le fils de Simon de Montfort, Amaury, dégrade, par imprudence une fenêtre du vieux palais vicomtal. Dans le climat de tension qui règne dans la ville depuis la destitution de l’archevêque Bérenger, cet incident provoque une véritable émeute. Amaury de Montfort doit se réfugier dans la commanderie du Temple tandis que Guy de Montfort, son oncle, est assiégé dans l’archevêché. Les habitants de Narbonne, en majorité hostiles à la croisade, s'emparent de cet incident pour afficher leur colère. Ils prennent violemment à partie les membres de la suite des Montfort. Deux de leurs écuyers périssent dans la mêlée, provoquant une indignation contre « la rage des méchants ».

22 mai 1212le nouvel archevêque de Narbonne Arnaud-Amalric répond à l’appel du roi Pierre II d’Aragon enjoignant à son vassal Simon de Montfort de se joindre à la campagne militaire qu’il prépare contre les Almohades. Arnaud Amaury prend le chemin de l’Espagne accompagné de cent chevaliers et de fantassins qu’il a prélevés à Montfort. Arrivé à Tolède dès le 3 juin, il y est reçu par le roi Alphonse VIII et l'archevêque Jimenez de Rada.

3 juin 1212 - Simon de Montfort est reparti en campagne avec, pour objectif, de reprendre à Raymond VI de Toulouse les territoires qu’il avait réoccupé l’année précédente, bien qu’il en ait été dépossédé par décision du pape Innocent III. Après être passé par Agen pour y recevoir la soumission de la ville, Montfort arrive devant la forteresse de Penne d’Agenais, édifiée quelques années plus tôt par Richard Cœur de Lion lors de querelles frontalières entre les rois d’Angleterre et les comtes de Toulouse. Celle-ci est défendue par Hugues d’Alfaro, le gendre de Raymond VISimon de Montfort assiège sans résultat la forteresse réputée imprenable.  

Les seigneuries occitanes en 1212

Juillet 1212
– alors que le siège de Penne d’Agenais s’éternise, Simon de Montfort tente une diversion en envoyant son frère Guy de Montfort (1166-1228) 
ravager le comté de Foix. Celui-ci est revenu de Terre Sainte l'année précédente honoré du titre de seigneur de Sidon mais le voilà, à présent, élevé au rang de seigneur de Castres. Certainement impatient de partir, à nouveau, combattre les Infidèles quels qu'ils soientGuy de Montfort massacre la population de Lavelanet dont le castrum est réputé pour servir de  refuge à de nombreuses femmes cathares. Il échoue, cependant, à s’emparer de Montségur que défend le seigneur Raimond de Péreille, lui-même proche des cathares

16 juillet 1212 – tandis que Simon de Montfort est bloqué devant Penne d’Agenais, la coalition formée à l’initiative du pape Innocent III, à laquelle se sont unis tous les royaumes chrétiens de la péninsule ibérique parvient à Las Navas de Tolosa, non loin de Jaen, après s’être emparée de plusieurs places fortes tenues par les musulmans. Sont présents les rois Alphonse VIII de CastillePierre II d’AragonAlphonse II de Portugal et Sanche VII de Navarre. Les Hospitaliers, les Templiers et plusieurs contingents étrangers sont venus grossir les rangs de cette armée qui compte plusieurs dizaines de milliers d’hommes. Le pape est représenté par son légat Arnaud-Amalric, le nouvel archevêque de Narbonne, déjà réputé pour son rôle lors de la croisade contre les Albigeois. Il est dit que le vicomte Aymeri III de Narbonne, est engagé aux côtés des rois de Castille, d’Aragon et de Navarre avec lesquels il partage des liens familiaux. Aucune preuve formelle ne vient, cependant, étayer cette possibilité. L’émir Almohade Yaqub ben Yusuf dispose, quant à lui d’environ 30 000 hommes : des contingents berbères andalus et africains, des membres de tribus nomades mais aussi des mercenaires turcs nommés les « guzz ».

La dynastie des Almohades – ce mouvement berbère transtribal apparu au milieu du XIIème siècle dans le massif des Trara, au nord-ouest de l’Algérie, est parvenu, en deux décennies, à supplanter les Almoravides, une autre dynastie transtribale davantage implantée dans l’ouest du Maroc. Prônant une radicalité religieuse qui se veut plus proche des préceptes de Mahomet, les Almohades dont le premier calife Abd al-Mu’min, revendiquait une vision rigoriste de l’Islam, se sont emparés, les unes après les autres, de toutes les cités almoravides du Maghreb, n’hésitant pas à massacrer les populations qui tardaient à se soumettre. Dès 1172, Al Andalous est entièrement passé sous la domination des Almohades. Bien décidés à relancer la lutte contre les chrétiens, ceux-ci ont repris, la même année, la ville de Murcie, abandonnée 30 ans plus tôt par les Almoravides. En 1189, par souci de temporisation, les Castillans signent avec les Almohades une trêve de 5 ans, laissant, en fait, à ces derniers le champ libre pour combattre, à l’ouest de la péninsule, les offensives portugaises. Mais à peine cette trêve est-elle arrivée à son terme qu’Alphonse VIII de Castille provoque le calife Yusuf’Yaqub al-Mansour en envoyant son armée ravager la région de Séville. En réponse, le chef Almohade masse ses troupes dans l’objectif d’une confrontation avec les forces castillanes. La bataille s’engage le 19 juillet 1195 à Alarcos, près de Tolède. Malgré le renfort d’Alphonse IX de Léon et Sanche VII de Navarre, trop lourdement armée, la cavalerie castillane conduite par Alphonse VIII, commence à fléchir en raison notamment de la chaleur. Harcelée par les archers et les frondeurs almohades, elle ne peut longtemps résister aux assauts de la cavalerie légère arabe. Contraint de reconnaître sa défaite, le roi Alphonse VIII doit payer une rançon pour obtenir la libération de des chevaliers retenus en otages. Cette bataille qui marque un coup d’arrêt à la Reconquista permet surtout aux Almohades de nourrir de nouvelles ambitions territoriales du côté des royaumes chrétiens de la péninsule ibérique. C’est dans cette dynamique victorieuse qu’ils s’emparent, en 1203, des Baléares où se sont réfugiés les derniers Almoravides se créant désormais un nouvel espace pour aller attaquer les terres chrétiennes.

La bataille de Las Navas de Tolosa (16 juillet 1212)
Lancé à la tête d'une puissante charge de cavalerie, le roi Alphonse VIII de Castille en fonce les lignes Almohades appuyé par l'archevêque de Tolède Jimenez de Rada.
Horace Vernet (1816) - Château de Versailles

Bien qu'ils aient été mis en difficulté dès le début des assauts face aux manœuvres rapides de la cavalerie arabo-musulmane, les rois de Castille et du Portugal soutenus par l’archevêque de Tolède Jimenez de Rada parviennent à enfoncer les lignes berbères à la suite d’une puissante charge de cavalerie conduite par Alphonse VIII en personne. Cette opération sème la panique parmi les troupes almohades qui lâchant pied, prennent la fuite entraînant avec elles l’émir lui-même et sa garde personnelle. La victoire est totale pour les forces chrétiennes qui l’attribuent à une intervention miraculeuse de Notre Dame de Rocamadour. Cet épisode marque de façon symbolique le début de la Reconquista tout en déstabilisant de façon définitive la dynastie des Almohades.

Pierre II d'Aragon apparaît aussi comme le grand gagnant de cette bataille car il sait qu'il peut en tirer profit pour convaincre le pape Innocent III de revenir sur ses positions au sujet des dérives de la croisade contre les Albigeois.

Le vicomte Aymeri III était-il vraiment présent à La Navas de Tolosa? Bien que plausible, étant donné ses ascendants familiaux, majoritairement espagnols tant castillans par son père que navarrais par sa mère, cette hypothèse n'est, cependant, pas confirmée. Les sources restent délibérément muettes à ce sujet mais sont-elles seulement fiables? C'est en effet le nouvel archevêque de Narbonne, Arnaud Amaury qui fait de la bataille le compte-rendu le plus circonstancié mais autant il se félicite de la participation de chevaliers venus de la plupart des régions de France, il n'a jamais un seul mot pour le vicomte Aymeri. Est-ce bien du fait de son absence ou le résultat d'une rivalité devenue frontale entre le seigneur temporel de Narbonne qu'est le vicomte et l'archevêque dont le dessein, à peine dissimulé, est de placer sous sa tutelle la totalité de sa seigneurie. Arnaud Amaury ne s'est-il pas attribué, sans respect pour les usages féodaux, le titre de duc de Narbonne, une façon pour lui de montrer sa force tout en rappelant la crainte qu'il doit inspirer à tous ceux qui osent se mettre en travers de ses ambitions. Dans ce contexte, sauf à se comporter en héros, Aymeri III eut été condamné à rester cantonné dans un rôle de figurant. Peut-être n'est-il, en fait, que resté cloitré dans son modeste palais narbonnais jouxtant celui de l'archevêque, perdu en conjectures. Une chose est sûre, cependant, c'est qu'il récolte, peu à peu, les fruits amers d'une neutralité à tout crin et qu'il va lui falloir, à un moment ou un autre, choisir son parti.

23 juillet 1212Simon de Montfort parvient à s’emparer de la forteresse de Penne d’Agenais après 50 jours de siège. Impitoyable, il ordonne que soit brûlés vifs les 74 cathares qui ont trouvé refuge dans la forteresse et inflige le même supplice à Hugues d’Alfaro qui en a assuré la défense. Cette brutalité connaît un tel retentissement que de nombreux seigneurs gascons viennent rendre hommage à Simon de Montfort, tout comme les habitants d’Agen qui s’empressent de lui prêter serment de fidélité. 

 Août 1212 –  L'archevêque-légat de Narbonne Arnaud-Amalric reste en Castille afin de mener aux côtés des rois Alphonse VIII et Pierre II d'Aragon une croisade antialmohade. Convaincu d'agir "Au nom de Dieu", ce cistercien d'origine aragonaise n'a plus rien à prouver depuis qu'il a organisé avec un sang froid implacable la chasse aux hérétiques dans le Comté de Toulouse et, sans aucune arrière-pensée, leur éradication de la façon la plus cruelle qui soit. Il semble que, sans se préoccuper du sort des populations, comme c'est le cas à Ubeda où la ville est ravagée, il a ressenti une véritable jubilation à l'idée de combattre les Infidèles même si l'intervention des forces hispaniques n'ira pas au-delà de Cuenca. Quant au pape, il suit jour après jour, les compte-rendu que lui fait parvenir Arnaud Amaury   

On a dit que l'insistance avec laquelle de l'archevêque de Narbonne s'était mobilisé pour mener la lutte contre les Almohades avait pour but d'éloigner le roi Pierre II d'Aragon     

Cette participation Raymond de Cahors obtient le concours de marchands montpelliérains pour remettre au pape Innocent III le don de mille marcs d’argent que Simon de Montfort lui-même s’était engagé à verser dès le début de la croisade.

11 septembre 1212 – Raymond de Cahors obtient le concours de marchands montpelliérains pour remettre au pape Innocent III le don de mille marcs d’argent que Simon de Montfort lui-même s’était engagé à verser dès le début de la croisade.

14 septembre 1212 – investi des droits et possessions de Raymond VI sur Moissac, Simon de Montfort s’en voit reconnaître l’attribution grâce à Dieu lui-même par l’abbé Raimond avec lequel il organise le partage du territoire de la ville. Il a laissé, au préalable, ses troupes piller l'abbaye bénédictine. 

Octobre 1212 – Visant à isoler Raymond VI dans sa ville de Toulouse, Simon de Montfort poursuit la reconquête de son comté. Il s'empare de la cité de Muret avant de s’arrêter à Saint Gaudens où il reçoit le serment des nobles de Gascogne et de Comminges.

Novembre 1212 - Simon de Montfort réunit à Pamiers une assemblée d’évêques, de seigneurs et bourgeois de ses nouveaux états du Razès sur le modèle des " Assises de Jérusalem " qui, le 1er décembre, promulgue des statuts confirmant la mainmise des chevaliers du nord sur les états du comte de Toulouse et la suzeraineté du roi de France sur ses terres. Il établit les coutumes que l’on devra désormais suivre dans le pays qu’il a conquis sur les hérétiques et rétablit les privilèges ecclésiastiques telles que l’exemption des tailles et des péages. Du côté des fidèles, l’assistance à la messe dominicale est désormais obligatoire sous peine d’amende ; les marchés sont aussi interdits le dimanche sous peine d’amende. Quant aux hérétiques, ils doivent être pourchassés et punis, au même titre que ceux qui leurs accorderaient le refuge. 

 Novembre 1212 - Fort de sa récente victoire sur les armées musulmanes, le roi Pierre II d'Aragon envoie deux ambassadeurs à Rome afin de soumettre au pape Innocent III un plan de paix pour l'ensemble de la région occitane. Celui-ci suggère d'écarter l'actuel comte Raymond VI de Toulouse au profit de son fils et de rendre à ses propriétaires les terres que leur ont confisqué les croisés. Le jeune prince héritier serait confié au roi d'Aragon dans l'attente du règlement du conflit. En s'affichant comme un promoteur de la paix, Pierre II savait qu'il lui fallait impérativement freiner les appétits territoriaux des croisés qui, s'ils venaient à s'emparer en totalité du Comté de Toulouse replaceraient toutes les principautés méridionales sous la suzeraineté du roi Philippe Auguste, ce qui constituerait, alors, une réelle menace pour ses propres intérêts. Le souverain pontife se laisse séduire par cette proposition capable, selon lui de recentrer l'esprit des croisades sur le seul objectif qui vraiment prioritaire, à savoir la lutte contre les Infidèles, reconnaissant au passage, les exactions commises par les croisés.  

 

  

 



jeudi 9 janvier 2025

Narbonne au XIIIème siècle - Le Sud contre le Nord (1211)

 

Hiver 1211 - quel bilan Simon de Montfort doit-il tirer de l'année écoulée? Une chose est sûre, elle ne s'est pas passé comme attendu. Il est certes le nouveau seigneur, mais de quoi et surtout de qui ? N’a-t-il pas quelque part, été manœuvré lorsqu'il a été désigné, par défaut, vicomte de Béziers, de Carcassonne, Razès et d’Albi après que les grands féodaux, logiquement pressentis, aient tous fait défection ? N'a-t-il pas mesuré à sa juste mesure le calcul des grands barons qui, mettant en exergue la bravoure dont il a fait preuve au cours des combats, se sont empressés de l'honorer de titres qu'ils se garderaient bien eux-mêmes de revêtir. Il a surtout fait le jeu du légat Arnaud-Amalric pour lequel il effectue la basse besogne. Car si c'est bien lui, le représentant du pape, qui donne l'ordre de faire brûler les hérétiques, il se garde bien d’allumer la mèche. Et  toutes ces villes qui tombent une à une aux mains des croisés mais dont les habitants se tournent, dès leur départ, vers ceux qu’ils considèrent toujours comme leurs vrais maîtres ! Il lui faudrait les pendre tous mais quel serait alors l’intérêt de régner sur un désert. 

Et les hérétiques ? Pourquoi s’obstinent-ils, à ce point, à ne pas redevenir de simples chrétiens alors même qu’ils se réclament de la Bible ? Et pourquoi vouent-ils, surtout, une telle haine aux évêques au point de préférer être brûlés vifs ? Il l’a vécu à Minerve, constatant l’impassibilité du légat Arnaud-Amalric quand ses yeux brillaient de la lumière des flammes qui consumaient les chairs au nom de Jésus-Christ. Bien sûr que ces questions n’entraient pas dans ses compétences, mais brûler vifs tous ce gens ? Il ne se souvenait pas d’avoir fait subir de tels châtiments aux Infidèles lorsqu’il était en croisade en Palestine. Il lui faudra donc s’habituer, à chaque fois,  au pire, mutiler, torturer et tuer si c’est la volonté des représentants de Dieu ? Que serait-il, donc, arrivé à Termes si Arnaud Amaury avait assisté au siège ? Aurait-il fallu ériger un nouveau bûcher ? Il a rendu leur liberté à toutes les femmes présentes au château sans se soucier de savoir si elles étaient cathares. Pour une fois, il n'y a pas eu de victimes. 

Cette nouvelle année va-t-elle ressembler aux deux autres ? Faudra-t-il continuer de brûler vifs des hérétiques toujours plus nombreux ? Un trop plein de violence, en fait, pour de bien médiocres résultats, à commencer par Bouchard de Marly, toujours tenu prisonnier à Lastours dans une geôle de Pierre Roger Cabaret. Il est temps que Pierre d’Aragon le reconnaisse comme son vassal pour ne plus avoir le sentiment de passer pour un imposteur. Son bien timide beau-frère, le vicomte Aymeri III de Narbonne a réussi à s’esquiver après le siège de Minerve, se dégageant à bon compte de ses responsabilités alors que c’était bien ses consuls qui avaient insisté pour faire la leçon au seigneur Guilhem IV. Est-ce pour se faire pardonner mais voilà que sa présence est requise à Narbonne où est attendu le roi Pierre d’AragonLe but est de trouver un accord entre le Comte de Toulouse et les croisés mais la vedette revient à Simon de Montfort, nouveau comte de Carcassonne qui se reconnaît comme le vassal de Pierre II en lui rendant notamment hommage pour la ville de Carcassonne, et propose d’unir sa fille au tout jeune prince héritier Jacques d’Aragon (1208-1276). Un accord de principe est retenu et Jacques sera envoyé en otage vivre à Carcassonne. 

Un accord est également conclu entre le roi Pierre d’Aragon et Simon de Montfort selon lequel le château de Foix reviendrait à ce dernier si le comte Raymond-Roger refuse de se soumettre à l’Eglise.   

Bien que plusieurs fois excommunié pour sa mauvaise volonté à combattre l'hérésie "cathare" très implantée dans ses terres, le comte Raymond VI de Toulouse tient bon. Il sait que les croisés menés par Simon de Montfort ne tarderont pas à assiéger sa propre ville mais il est bien décidé à ne rien leur céder de plus.

22 Janvier 1211  une conférence a lieu à Narbonne en présence du roi Pierre II d’Aragon, de son beau-frère le comte de Toulouse Raymond VI, de Simon de Montfort, du légat Arnaud-Amalric et de Raimond, évêque d’Uzès. Le but est de trouver un accord entre le Comte de Toulouse et les croisés mais la vedette revient à Simon de Montfort, nouveau comte de Carcassonne qui se reconnaît comme le vassal de Pierre II en lui rendant notamment hommage pour la ville de Carcassonne.

Il est également convenu entre le roi Pierre d’Aragon et Simon de Montfort que le château de Foix reviendrait à ce dernier si le comte Raymond-Roger refuse de se soumettre à l’Eglise. 

27 janvier 1211 - Le roi Pierre II d'Aragon conclut à Melgueil (Mauguio) un accord de non-agression avec Simon de Montfort. Celui-ci est complété par une promesse de mariage entre Amicie, la fille du chef des croisés et le tout jeune prince héritier Jacques d’Aragon (1208-1276). Un accord de principe est retenu et Jacques sera envoyé en otage vivre à Carcassonne. 

6 Février 1211 – l’archevêque de Narbonne Bérenger de Barcelone assiste au Concile de Montpellier à l’occasion duquel est décidée, pour la 3ème fois, l’excommunication du comte Raymond VI de Toulouse, formellement accusé d’être responsable de l’assassinat du légat Pierre de Castelnau.

Alors que la croisade piétine, Raymond VI est parvenu à gagner du temps en affichant une complaisance de façade envers les légats pontificaux, espérant, qu’un signe du destin le libérerait du piège dans lequel il semble enfermé. Il compte aussi des partisans. Peut-être serait-il temps qu’il se fassent entendre. C’est peine perdue, les décisions sont pour lui, sans appel. La Charte Infâme qui lui est imposée signifie, entre autres, qu’il doit non seulement arrêter les hérétiques mais aussi tous les juifs, qu’il doit abattre tous ses remparts et ses châteaux, qu’il lui est interdit de se rendre dans ses villes te qu’il doit partir en Terre Sainte faire pénitence en attendant que Rome décide de son retour et statue sur une éventuelle levée de son excommunication. Pour Raymond VI, c’en est trop, il repart à Toulouse. 

Février 1211 – Raymond VI de Toulouse parcourt son comté pour faire part à ses sujets de l’humiliation qu’il a subi lors de la conférence de Narbonne. Ceux-ci lui renouvellent leur confiance déclarant  « qu’ils préfèrent tous être tués que souffrir de cette grande honte »

Les châteaux de Lastours (tableau du XVIIIème siècle)
Après avoir résisté par deux fois à Simon de Montfort et ses croisés, Pierre-Roger Cabaret qui avait deux ans plus tôt défendu Carcassonne aux côtés de Raymond-Roger Trencavel, préfère lui céder lors de sa troisième tentative. Il remet à Montfort le chevalier Bouchard de Marly qu'il tenait prisonnier dans ses châteaux depuis l'automne 1209 et bien que dépossédé de ses titres reçoit, en échange de sa promesse de loyauté, une seigneurie aux environs de Béziers. 

Février 1211 – Partis du château de Termes dont ils se sont emparés à la fin de l'année précédente, les croisés placés sous les ordres de Pierre de Voisins (1177-1233), un des lieutenants de Simon de Montfort se dirigent vers la haute vallée de l'Aude avec pour objectif de s'emparer du château de Rheda (Rennes). Ils espèrent profiter des rigueurs de l'hiver pour profiter d'un effet de surprise sur des terres restées, envers et contre tout, fidèles au vicomte de Cracassonne. Après avoir saccagé le village d'Arques, ils trouvent face à eux une troupe de volontaires armée à la hâte par Guillaume d'Assalit, viguier de Rennes et Pierre de Villars, seigneur de Coustaussa. L'accrochage, connu sous le nom de Bataille de la Salz, du nom de la rivière qui coul à cet endroit, se déroule dans la plaine près de Couiza. Bien supérieure en nombre, l'armée croisée parvient à mettre en déroute les compagnies méridionales. Forts de cette victoire, les hommes de Pierre de Voisins démantelent les châteaux de Coustaussa, du Bézu, d'Albedun et de Rennes, ne rencontrant plus, en la circonstance, qu'une faible résistance. 

Mars 1211 – Simon de Montfort sait, désormais, qu’il lui faut, au plus vite, partir en campagne contre le comte de Toulouse mais il doit, d’abord, en finir avec Pierre Roger Cabaret qui, du haut de son donjon de Lastours, lui résiste depuis près de deux ans et tient dans ses geôles, son fidèle lieutenant Bouchard de Marly. Pouvant compter sur l’arrivée de Robert d’Auxerre et de l’archidiacre de Paris Guillaume de Nemours, il assiège, à nouveau, les châteaux de Pierre Roger Cabaret mais, contre toute attente, celui-ci, accepte de rendre les armes avant même de combattre. 

Conscient qu’il n’aura plus la capacité de tenir longtemps face aux machines de guerre dont disposent maintenant les croisés, et ne voulant pas connaître le même sort que Raymond de TermesPierre Roger Cabaret libère Bouchard de Marly dont il compte faire son ambassadeur pour négocier sa reddition. Il lui offre, pour la circonstance, de somptueux vêtements et l’équipe d’une superbe monture. Un accord est conclu. Pierre Roger Cabaret cède ses châteaux à Simon de Montfort, en échange de quoi, il reçoit des terres du côté de Béziers. 

1211 – l'abbaye de Fontfroide achète le monastère bénédictin de Montlaurès à l'abbaye St Michel de la Cluse pour la somme de 400 marcs de sterlins (environ 20 000 sous melgoriens). Les terres de ce monastère permettent à l'abbaye de relier ses possessions narbonnaises à celles des Corbières et de la vallée de l'Aude. Le désordre engendré par la croisade affaiblit la trésorerie des moines de Fontfroide qui se voient contraints de faire un emprunt pour solder l'acquisition de Montlaurès. 

Mars 1211 – Fort de la nouvelle excommunication du Comte Raymond VISimon de Montfort relance sa campagne avec, cette fois, pour objectif de se rendre maître de la ville de Toulouse dont il est, de par l’autorité du pape, le nouveau seigneur. Mais il lui faut, d’abord, s’attaquer, à Lavaur, la place forte du catharisme. 

Fin Mars 1211 – Simon de Montfort arrive devant Lavaur à la tête d’une armée composée en majorité des chevaliers qui lui sont restés fidèles au long de ses campagnes. Il peut aussi se réjouir du récent ralliement de plusieurs seigneurs de haut rang  parmi lesquels Pierre II de Courtenay (1165-1219), comte Nevers, d’Auxerre et de Tonnerre ; Robert de Courtenay (1168-1239), seigneur de Champignelles et Château-Renard et Enguerrand III (1192-1242), sire de Coucy. L’archevêque de Paris Pierre II de la Chapelle (?- 1220) a aussi fait le voyage.

La ville de Lavaur était, depuis plusieurs décennies, réputée pour abriter une importante communauté cathare, ce qui lui avait valu d’être assiégée dès 1181par les hommes du cardinal Henri de Marcy. La vicomtesse Adalaïs qui tenait, alors, la cité avait négocié sa reddition à la condition que les deux évêques cathares qu’elle hébergeait, Raymond de Baumiac et Bernard Raimundi renient leur foi. D’après les témoignages, ceux- ci avaient abjuré et s’étaient faits chanoines. Malgré cet épisode, Lavaur n’avait cessé d’être un des foyers les plus actifs du catharisme. 

Au moment où Simon de Montfort installe son campement, c’est la dame Guiraude de Laurac, tout juste veuve du seigneur Guilhem Peyre de Brens qui se trouve, de fait, à assurer, la défense de la cité. Elle est la fille d’Ugo Escafre de Roquefort et de Blanche de Laurac, héritière du Lauragais mais aussi reconnue comme une « parfaite » cathare. Il n’est pas question, pour Guiraude, de livrer à la haine vengeresse des armées du pape cette population qui ne conçoit sa défense que par la prière. Elle s’est félicitée de bénéficier de l’appui de son frère Aymeri de Montréal sachant que ses revirements lui seront de peu d’utilité lorsqu’il faudra négocier avec Montfort mais, fidèle à ses principes, elle ne négociera pas.

Dame Guiraude a, dans l’intervalle, fait appel à Raymond VI. Le comte lui a bien envoyé une compagnie de chevaliers et un groupe de fantassins mais les a rappelés, étant lui-même, menacé dans sa propre ville par une partie de ses sujets qui viennent de se rallier à Simon de Montfort sous l’impulsion du nouvel évêque Foulques de Marseille. Malgré cela, Lavaur tient bon. Craignant d’être bloqué un long moment avant de reprendre la route de Toulouse, Simon de Montfort bat le rappel de tous les « croisés » stationnés à Carcassonne. Ils sont vraisemblablement plus de 1000 combattants (estimés parfois jusqu’à 6000) parmi lesquels des Allemands et des Frisons à le rejoindre à la hâte devant Lavaur.  

3 avril 1211 – Roger III, vicomte de Comminges et Couserans se reconnaît vassal de Simon de Montfort pour toutes ses possessions et lui prête serment de fidélité.

3 avril 1211la bataille de MontgeyInformé de l’itinéraire que doivent emprunter les renforts qu’attend Simon de Montfort en provenance de Carcassonne, le comte Raymond-Roger de Foix (1152-1227), jusque-là très discret, mais connu pour ses faits d’armes aux côtés de Richard Coeur de Lion et Philippe-Auguste, décide d’entrer en scène, accompagné de son fils Roger-Bernard II.  Il réunit en toute hâte une armée de volontaires, dont de nombreux paysans, pour appuyer ses chevaliers et s’entend avec le seigneur de Montgey Jourdain de Roquefort pour tendre une embuscade aux colonnes d’appui de Simon de MontfortRaymond-Roger dispose ses hommes dans un bois à proximité de Montgey, prêts à se jeter sur les croisés au moment de leur passage. La surprise est totale. Malgré, pour la plupart, leur manque d’expérience au combat, les volontaires du comte du Foix parviennent à décimer les renforts attendus par Simon de Montfort. Par esprit de vengeance, Raymond-Roger fait couper les oreilles et le nez aux rares prisonniers avant qu’ils ne soient exécutés. Cette cruauté a, surtout, pour résultat de faire monter d’un cran la haine qui anime désormais les deux camps et à les exonérer de toute culpabilité lors des prochains débordements. Il s’agit, en revanche, de la première défaite d’importance pour les croisés de Simon de Montfort et un révélateur de leur vulnérabilité.

17 avril 1211 – le pape Innocent III confirme l’excommunication du comte Raymond VI de Toulouse. Cette sanction a pour effet de le déposséder de ses droits et de ses terres et de faire de Simon de Montfort le nouveau suzerain du comté. Pour Raymond VI, une telle  décision est inacceptable. Il décide d’organiser la résistance face aux croisés.

Le supplice de Dame Guiraude de Laurac
Après plus d'un mois de siège, la cité finit par tomber face aux machines de guerre des croisés. Simon de Montfort fait payer très cher aux assiégés leur résistance. Les 80 seigneurs qui ont organisé la défense sont égorgés. Près de 400 cathares périssent sur le bûcher. Montfort fait violer Dame Guiraude par ses soldats avant qu'elle ne soit jeté vivante dans un puits et recouverte de pierres.
 

3 mai 1211 – la chute de LavaurSimon de Montfort s’empare de Lavaur, habité par le désir de venger les « innocents » de Montgey . Malgré une résistance farouche, la ville cède après que le travail de sape des croisés ait permis de créer une brèche significative dans la muraille. Les défenseurs et la population sont dès lors à la merci du bon vouloir du vainqueur, Simon de Montfort. Il réunit les seigneurs faydits, ceux qui ont été dépossédés de leurs terres pour leur complicité avec les cathares parmi lesquels Aymeri de Montréal et auxquels il reproche leur trahison. Au nombre de 80, ils sont tous égorgés pour félonie. Il renvoie les troupes toulousaines chez elle mais se pose une fois encore, le problème du sort réservé aux cathares et surtout à la maîtresse des lieux, Dame Guiraude, leur protectrice. Un immense bûcher est érigé sur lequel près de 400 cathares sont brûlés vifs. Alors enceinte, Guiraude subit de son côté un autre supplice. Elle est violée par les soldats de Montfort puis jetée vive, pieds et poings liés, dans un puits que l’on comble de pierres afin d’étouffer ses cris de souffrance.

20 mai 1211 le bûcher de "Les Cassès". Absent lors du siège de Lavaur, le légat Arnaud Amaury a repris  l’initiative. Par principe, il a, une nouvelle fois, demandé au Comte Raymond VI de s’engager aux côtés de la croisade pour combattre ses propres vassaux. Il compte sur un refus de sa part pour justifier l’imminence d’un assaut. Après avoir fait détruire le village de Montgey où son armée de secours a été totalement anéantie, Simon de Montfort et ses croisées se dirigent vers la forteresse de Les Cassès qui appartient aux Roqueville, vassaux du comte de Toulouse, connue pour servir de refuge à une importante communauté cathare. Le château tombe rapidement. Les chevaliers qui en assuraient la défense sont libérés en leur qualité de vassaux de Raymond VI. Les cathares refusent, quant à eux, d’abjurer leur foi et on s’empresse de les jeter dans un nouveau bûcher dressé à la hâte. Ils sont entre 60 et 94 selon les récits à périr dans les flammes.

Le fait que Les Cassès relevait de la suzeraineté directe des Comtes de Toulouse et non pas des Trencavel n’allait pas manquer de servir d’argument pour les ennemis du comte Raymond VI qui y trouvaient là une bonne raison de l’accuser de laisser l’hérésie progresser sur ses terres, justifiant de la sorte la confirmation de son excommunication.

Fin mai 1211 –  Simon de Montfort reçoit le renfort du comte de Bar Thiebaud Ier et du comte Jean de Chalon. Les croisés prennent la route de Toulouse mais décident de s’emparer d’abord du château de Montferrand. Ne disposant que de faibles effectifs, le maître des lieux Baudoin de Toulouse, frère du comte Raymond VI, préfère s’accorder avec Simon de Montfort et lui prête serment d’hommage et de fidélité. 

Juin 1211 – après avoir refusé de remettre à leur évêque Foulques une liste des hérétiques, les consuls de Toulouse envoient une délégation auprès de Simon de Montfort pour l’assurer de l’attachement de la ville à la foi catholique. Le légat Arnaud-Amalric exige d’eux qu’ils le prouvent en chassant le comte Raymond VI, ce qu’ils jugent impossible en raison de leur serment de fidélité. De colère, Arnaud-Amalric excommunie d’emblée tous les consuls et jette l’interdit sur la ville, la considérant comme exclue de la communauté des chrétiens. L’évêque Foulques et ses clercs s’empressent de quitter la ville emportant avec eux le matériel liturgique. Tous les habitants de Toulouse sont, désormais, considérés comme des hérétiques et doivent subir les mêmes châtiments. Face à cette intransigeance, les envoyés toulousains décident de mobiliser la population de la ville  pour organiser la résistance face aux croisés;

5 juin 1211 – Simon de Montfort reçoit du jeune Raymond II Trencavel et de sa mère Agnès de Montpellier la confirmation de la renonciation de tous leurs droits sur les vicomtés de son père Raimond-Roger.

juin 1211 - Sancie d'Aragon (1186-ap.1241), la sœur de Pierre II d'Aragon épouse Raymond (1197-1249), le fils du comte Raymond VI de Toulouse. Simon de Montfort reçoit du jeune Raymond II Trencavel et de sa mère Agnès de Montpellier la confirmation de la renonciation de tous leurs droits sur les vicomtés de son père Raimond-Roger.

15 juin 1211 – suspecté de collusion avec les cathares du fait que plusieurs membres de sa famille figurent au rang de "parfaits",  l'évêque de Carcassonne Bernard de Roquefort est destitué. Guy de Vaux de Cernay, cistercien et proche de Simon de Montfort devient le nouvel évêque en récompense de ses services.  

15 juin 1211 – Après une rapide échappée le long du Tarn jusqu’à Rabastens, l’armée de Simon de Montfort parvient à Montaudran, aux portes de Toulouse, mais voit sa progression ralentie par les forces qu’ont mobilisés les comtes Raymond VI de ToulouseBernard-Roger de Foix et Bernard IV de Comminges.Simon de Montfort installe son camp au pied des murailles de Toulouse.

17 juin 1211Simon de Montfort installe son camp au pied des murailles de Toulouse.

27 juin 1211 – malgré l’avis de son beau-père le comte Raymond VIHugues d’Alfaro organise une attaque surprise à la tête de ses routiers navarrais, Il surprend les croisés au moment de la sieste semant la panique dans leurs rangs. Bien que repoussés, les hommes d’Hugues d’Alfaro ont eu le temps de semer le doute dans les rangs des assiégeants

29 juin 1211 - Simon de Montfort lève le siège ToulouseAprès près de deux semaines de siège sans aucun résultat, Simon de Montfort piétine face à des Toulousains bien organisés. Il a eu le temps de faire le constat qu’il ne dispose pas d’effectifs en quantité suffisante pour encercler la ville. Une nouvelle attaque des routiers d’Hugues d’Alfaro pourrait être fatale aux croisés. Prudent, il prend la décision de se retirer.Simon de Montfort profite du fait que le comte Raymond-Roger de Foix est enfermé dans Toulouse pour aller ravager une partie de ses terres. Il contourne ensuite Toulouse et se rend à Cahors où il reçoit l’hommage de l’évêque Guillaume de Cardaillac. Il lui faut cependant reconnaître que depuis l’échec du siège de Toulouse, les opérations s’enlisent. Le comte de Bar Thiébaud 1er n’a pas supporté la façon dont il s’est comporté dans le Comté de Foix et a décidé de quitter la croisade. Et ce sont à présent une partie des contingents allemands qui regagnent leurs foyers, estimant avoir accompli leur service. Par manque d’effectifs mais aussi de moyens, Simon de Montfort doit à présent faire face aux actions du comte de Toulouse qui met à profit les hésitations de l’armée croisée pour reconquérir une partie de ses territoires perdus.

Juillet 1211 – Simon de Montfort profite du fait que le comte Raymond-Roger de Foix est enfermé dans Toulouse pour aller ravager une partie de ses terres. Il contourne ensuite Toulouse et se rend à Cahors où il reçoit l’hommage de l’évêque Guillaume de Cardaillac. Il lui faut cependant reconnaître que depuis l’échec du siège de Toulouse, les opérations s’enlisent. Le comte de Bar Thiébaud 1er n’a pas supporté la façon dont il s’est comporté dans le Comté de Foix et a décidé de quitter la croisade. Et ce sont à présent une partie des contingents allemands qui regagnent leurs foyers, estimant avoir accompli leur service. Par manque d’effectifs mais aussi de moyens, Simon de Montfort doit à présent faire face aux actions du comte de Toulouse qui met à profit les hésitations de l’armée croisée pour reconquérir une partie de ses territoires perdus.

Juillet 1211 – Profitant de l’absence de Simon de MontfortRaymond VI restitue ses domaines à Sicard de Puylaurens alors même qu'ils venaient d'être attribués à Hugues de Lacy.

1211 - Le signeur de Villedaigne Bernard Delaredorte ayant été décléra "faydit", son chhâteau est cédé sur ordre de Simon de Montfort, à Bernard Amiel, un riche bourgeois de Narbonne  en contrepartie d'un droit d'albergue attribué à 5 chevaliers. Bernard Amiel rachète par la même occasion les droits détenus sur le château par Bernard de Montbrun.  

Septembre 1211 – l’échec du siège de Toulouse a semé le doute au sein de l’armée de Simon de Montfort dont les effectifs ne dépassent plus les 500 hommes. L’esprit de la croisade s’est estompé et de nombreux chevaliers et autres volontaires sont repartis, estimant avoir accompli leur « ost » et obtenu les indulgences promises. Rempli d’amertume, le légat Arnaud-Amalric a même déserté les rangs, estimant avoir subi un affront personnel en voyant Raymond VI, le protecteur des hérétiques, s’afficher presque triomphant face à Simon de Montfort, celui-là même qui, selon les lois de l’Eglise avait été investi de ses titres. Il lui était insupportable qu’un seigneur qui composait avec les ennemis de Dieu ait raison de ses anathèmes, de ses excommunications et de son interdit sur Toulouse.

Septembre 1211 – alors que même les proches de Simon de Montfort envisagent de renoncer à la croisade et pensent rentrer chez eux, Hugues de Lacy (1176-1242), un seigneur irlandais aux lointaines origines normandes dont le père avait bataillé aux côtés d’Henri II Plantagenet, et qui avait davantage souscrit à l’appel du pape par esprit d’aventure qu’en faisant la chasse aux hérétiques, propose un plan. Il conseille à Simon de Montfort de se retrancher dans Castelnaudary et d’y préparer la riposte contre Raymond VI de Toulouse. 

Septembre 1211 – Simon de Montfort a investi Castelnaudary. Il dispose d’environ 500 hommes d’armes, ce qui paraît, en fait, bien peu face aux forces conjointes de Raymond VI de Toulouse et de ses fidèles alliés les comtes Raymond-Roger de FoixGaston VI de Béarn et Bernard IV de Comminges auxquelles se sont jointes un grand nombre de routiers.

Dès son arrivée dans les faubourgs de Castelnaudary, le comte de Toulouse est accueilli en libérateur par la population. Malgré le renfort du sénéchal de Poitou, Savary de Mauléon, dont la présence officialise, en quelque sorte, le soutien du roi Jean d’Angleterre, Raymond VI temporise, constatant que son armée n’est pas assez nombreuse pour encercler la totalité des remparts. De son côté, Simon de Montfort envoie en urgence ses lieutenants Guy 1er  de Lévis et Mathieu de Marly réquisitionner les milices de Béziers et de Carcassonne dont il est censé être le seigneur mais celles-ci refusent d’intervenir. Il tente alors de convaincre, son cousin, le vicomte Aymeri III de Narbonne de lui apporter son concours, mais celui-ci temporise, soucieux de se tenir strictement à l’écart de ce qui est, désormais à ses yeux, bien moins une croisade qu’une  guerre entre le Nord et le Sud. On a bien évoqué l'envoi de 300 volontaires mais ceux-ci se sont semble-t-il perdus en route. L'attitude du vicomte de Narbonne qui pouvait passer pour de la neutralité n'a pas échappé à l'observateur que fut alors Pierre des Vaux de Cernay qui dans son Hystoria Albigensis décrit les Narbonnais comme des "gens détestables qui n'éprouvèrent jamais de sympathie pour les affaires de Jésus-Christ, bien qu'ils en eussent tiré de grands avantages".

Le siège de Castelnaudary
Retranché dans la ville avec quelques 500 hommes d'armes, Simon de Montfort profite des atermoiements du Comte Raymond VI de Toulouse, dont l'armée est pourtant très supérieure en nombre, pour se sortir d'une situation défavorable. 

Novembre 1211
Bouchard de Marly parvient à obtenir de l’évêque de Cahors Guillaume der Cardaillac l’envoi de 300 mercenaires sous la conduite de Martin d’Algai. Ceux-ci sont toutefois arrêtés en cours de route par le comte Raymond-Roger de Foix qui parvient, par ailleurs, à bloquer près de Saint Martin-Lalande les ravitaillements attendus par Simon de Montfort. Craignant de se retrouver pris au piège, celui-ci tente alors une sortie à haut risque et prend la tête de 60 chevaliers pour aller combattre le comte de Foix. Il parvient à semer la panique parmi les routiers de Raymond-Roger de Foix mais n’ose poursuivre jusqu’au camp du comte de Toulouse. Il se rend alors vers Narbonne y chercher des renforts. Peu répondent à l'appel mais il parvient à convaincre le chevalier Alain de Roucy de le rejoindre. Libre de tout engagement, celui-ci a combattu en Normandie dans l'armée Philippe-Auguste. De son côté, Raymond VI a, quant à lui, perçu comme un avertissement l’offensive de Simon de Montfort et choisi de lever le camp après l’avoir incendié.

De retour à Castelnaudary, Simon de Montfort décide d'aller punir tous les seigneurs qui se sont un peu vite ralliés à Raymond VI. Il part d'abord assiéger le château de Coustaussa puis se rend dans l'Albigeois où plusieurs châteaux ont déjà rejoint le comte de Toulouse. Constatant l'immensité de la tâche alors qu'arrive l'hiver, il choisit de se replier à Carcassonne. Sans désigner de vainqueur, le siège de Castelnaudary permet surtout à Raymond VI de reprendre espoir, conscient que la noblesse occitane n’a pas encore rendu les armes. La nouvelle se répand très vite, annonçant la défaite des croisés. A Rabastens, Gaillac, Lagrave, Cahuzac, Saint Marcel et Laguépie, le comte de Toulouse est accueilli en libérateur. Il ne lui faut que quelques semaines pour reprendre l’Albigeois. Même si Simon de Montfort se tire honorablement de cette épreuve, le retour en force de Raymond VI constitue une véritable humiliation pour le légat Arnaud-Amalric, mais aussi pour la pape Innocent III. Tout semble, pour eux, d'autant plus à refaire qu'ils ont accordé à leur bras armé Simon de Montfort la suzeraineté sur le comté de Toulouse alors qu'en cette fin d'année 1211, celui-ci n'est pas mieux loti qu'un des seigneurs "faydits" dont il était censé s'accaparer les terres et les droits. 

Novembre 1211 – Geoffroy de Neauphle, compagnon de Simon de Montfort, tombe dans une embuscade près de Pamiers. Il préfère se battre jusqu’à la mort plutôt que de se rendre en criant « J’ai donné ma vie au Christ. Qu’il me préserve de me livrer à Ses ennemis ».