vendredi 11 juillet 2025

Narbonne au XIIIème siècle - Le Duché de Narbonne annexé au Roi de France (1226-1229)

Les armoiries de l'archevêque de Narbonne Pierre Amiel
D'argent à l'arbre terrassé de sinople: au chef d'or, chargé de quatre pals de gueule

28 janvier 1226
le cardinal-légat Romain de Saint-Ange excommunie publiquement le comte Raymond VII. Considérant qu'il n'a pas répondu aux conditions fixées par le pape Honorius III, il est, en conséquence, dépossédé à perpétuité de tous ses droits, tout comme ses héritiers. Amaury de Montfort cède, de son côté, tous ses droits sur le comté de Toulouse au roi de France. 

Louis VIII dit "Le Lion" (1187-1226)
Il s'inscrit dans les pas de son père le roi Philippe-Auguste en poursuivant sa politique d'expansion territoriale face aux rois d'Angleterre qui possèdent alors plus de la moitié du Royaume de France. Il s'est victorieusement opposé à Jean-Sans-Terre et ambitionné un temps de devenir roi d'Angleterre grâce au soutien de l'aristocratie anglaise. Cette stratégie ayant échoué, il espère que la nouvelle croisade contre les Albigeois va lui permettre d'annexer le Comté de Toulouse, solide allié du nouveau roi Henri III d'Angleterre.  

30 janvier 1226 – Face à la pression du pape Honorius III, le roi Louis VIII renonce à ses ambitions sur le sol anglais et s’engage à Bourges à en finir avec l’hérésie albigeoise. Sa participation à titre personnel lui vaut de lever une importante armée tandis que de nombreux barons et plusieurs évêques se joignent à ses côtés.

Depuis sa dernière expédition dans le sud de la France essentiellement marquée par le massacre de la population qui a suivi la prise de Marmande et l’échec du siège de Toulouse, Louis VIII a consacré l’essentiel de son temps à son ambition de conquérir le trône d’Angleterre, même s’il ne bénéficie plus du soutien de la noblesse anglaise comme cela avait été le cas lorsqu’elle s’était révoltée contre le roi Jean Sans Terre. Or, celui-ci est mort depuis 1216, mais Louis s’est obstiné dans ses prétentions. Il vient de mettre en difficulté le jeune roi Henri III dans le Poitou et en Aquitaine avant que celui-ci n’accepte un compromis financier. Le pape Honorius III qui n’a jamais cessé de soutenir la cause anglaise trouve alors une bonne raison de détourner le roi de France de ses projets en lui proposant de prendre la tête d’une nouvelle croisade contre les Albigeois.

Sachant qu’il va lui falloir, à présent, affronter le roi de France et qu’il risque de perdre le soutien de plusieurs de ses vassaux, Raymond VII se tient prêt, comptant sur un élan patriotique spontané de la part des populations méridionales. Il dispose de moyens de défense capables de résister à un nouveau siège et compte bien profiter si nécessaire de l’appui de son cousin et allié le roi Henri III d’Angleterre.   

Mars 1226Pierre Amiel est nommé archevêque de Narbonne. Déjà cité en 1201 en tant que chanoine de l’église Sainte Marie-Madeleine de Béziers, il est en 1216 devenu camérier du diocèse avant d’entrer au service de l’archevêque Arnaud-Amalric de Narbonne en qualité d’archidiacre. On ignore s’il était présent, en 1209, lors de la prise de Béziers par les croisés de Simon de Montfort mais il s’est vite fait connaître pour son engagement contre l’hérésie. Son nom apparaît notamment à Béziers et à Narbonne à l’occasion d’acquisitions immobilières concernant des biens confisqués aux hérétiques, laissant déjà supposer, de sa part, l’ardent désir de constituer un patrimoine.  

Tout juste nommé archevêque, Pierre Amiel entend bien jouer un rôle prédominant dans la nouvelle croisade contre les Albigeois. Il se voit accorder par l’intermédiaire du pape et du roi de France plusieurs châteaux appartenant à Raymond de Roquefeuil, un proche du comte Raymond VI, excommunié pour avoir pris parti en faveur de la cause cathare. Soucieux d'éviter tout malentendu sur le sens de sa mission, il fait, dès sa nomination au poste d'archevêque, condamner Pierre Isarn, l'évêque cathare du Carcassès. Chargé de faire appliquer la sentence, le sénéchal Humbert de Beaujeu ordonne qu'il soit brûlé vif à Caunes, dans le diocèse de Narbonne.   

Avril 1226 – une ordonnance royale stipule qu’après jugement par l’évêque ou son représentant, les hérétiques doivent être frappés du châtiment qu’ils méritent (animadversio debita), soit la peine de mort par le feu. De la même manière, tous ceux qui reçoivent des hérétiques ou leur portent assistance seront privés de leurs droits civils et verront leurs biens confisqués.

6 juin 1226 – l’armée conduite par le roi Louis VIII se présente devant Avignon après avoir descendu la vallée du Rhône. Située sur la rive gauche du fleuve, la ville ne dépend pas du Royaume de France mais du Saint Empire. Les autorités avignonnaises refusent d’ouvrir les portes de leur cité au roi de France, l’obligeant à emprunter un pont de bois construit à l’écart de la cité pour traverser le Rhône.

10 juin 1226 – de colère, Louis VIII donne l’ordre d’assiéger la ville, prétextant vouloir la purger de tous ses hérétiques de manière obtenir le soutien du pape alors que l’empereur Frédéric II de Hohenstaufen vient de protester contre ce qu’il considère comme une violation de territoire.

Relevant effectivement de la suzeraineté de l’Empereur germanique, la ville d’Avignon était située dans le Marquisat de Provence, de ce fait placé sous l’autorité de Raymond VII, le comte de Toulouse contre lequel Louis VIII venait de prendre la tête de la nouvelle croisade. Or, l’appui du pape Honorius III était d’autant plus acquis au roi de France que le souverain pontife avait au même moment entamé un bras de fer avec l’empereur Frédéric II Hohenstaufen, le menaçant même d’excommunication, car malgré sa promesse, celui-ci se refusait à partir pour une 6ème croisade en Terre Sainte.

1226 – au terme d’une transaction, l’archevêque de Narbonne Pierre Amiel reconnaît devoir serment de fidélité au roi de France.

8 août 1226 – après deux mois de siège, les Avignonnais continuent de résister aux troupes du roi Louis VIII. Durant ce temps, le comte Raymond VII a adopté une tactique de harcèlement, s’en prenant aux convois de ravitaillement des croisés.

12 septembre 1226
Après trois mois de siège, les magistrats d'Avignon remettent les clés de leur ville au roi de France Louis VIII et acceptent d'abattre leurs fortifications 

12 septembre 1226
– après avoir brillamment fait échouer les assauts successifs de l’armée croisée, les magistrats d’Avignon doivent acceptent la reddition de la ville alors que la population souffre de plus en plus du manque de ravitaillement. Ils acceptent d’abattre les fortifications et de céder au roi Louis VIII la ville de Beaucaire. Ils s’engagent également à lui payer la somme de 6000 marcs d’argent et à en verser 1000 à l’Eglise.

14 septembre 1226Louis VIII et son armée reprennent la route. Ils soumettent Nîmes, Castres, Carcassonne et Albi et enregistrent le ralliement de plusieurs barons n’ayant d’autre choix que de reconnaître le roi de France comme le suzerain légitime.

En échange de son ralliement, le roi Louis VIII concède au comte de Roussillon Nuño Sanc les vicomtés de Fenouilledes et Peyrepertuses dont il vient de s'emparer et pour lesquels il vient de se déclarer son vassal, rompant de la sorte les liens qui l'unissaient au roi Jacques 1er d'Aragon. Les comtes de Barcelone et de Carcassonne s'en étaient disputés la suzeraineté depuis le IXème siècle avant qu'elles ne soient intégrées dans les domaines du Comte de Cerdagne et être détenues en fiefs par les vicomtes de Narbonne. Accusés d'abriter des cathares, les deux seigneurs vassaux Pierre de Fenouillet et Guillaume de Peyrepertuse voient leurs terres confisquées sur ordre du roi.     

 Octobre 1226 – le pape Honorius III confirme dans une lettre adressée à l’archevêque Pierre Amiel la concession des dîmes acquises par son prédécesseur Arnaud Amaury.

Octobre 1226un accord entre le roi Louis VIII et l’archevêque de Narbonne Pierre Amiel donne à ce dernier le droit de recevoir, en cas de confiscation des biens du vicomte, les prérogatives de ce dernier dans le Bourg et la moitié de ses droits dans Cité. Celui-ci se voit aussi céder, moyennant tribut, tous les biens de sa province ecclésiastique dont les seigneurs « faydits » ont été dépossédés.

L’attitude ambigüe du vicomte Aymeri III durant la croisade fait peser sur lui la menace d’une excommunication et d’une confiscation. Obligé, dès lors, de respecter une stricte neutralité, le vicomte est contraint d’abandonner son pouvoir à l’archevêque, en sa qualité de représentant du roi et du pape.   

Octobre 1226 – malade et voyant poindre l’hiver, le roi Louis VIII n’ose pas aller vers Toulouse. Il prend le chemin du retour.

8 novembre 1226 – le roi Louis VIII meurt à l’âge de 39 ans au château de Montpensier des suites d’une fièvre associée à une probable dysenterie. Son décès marque la fin prématurée de la deuxième croisade des Albigeois.

Ce décès, survenu après seulement trois ans de règne, a fait l'objet de spéculations relatives à un éventuel empoisonnement dont se serait rendu coupable le comte Thibaut IV de Champagne. Celui-ci s'était, en effet, joint au roi de France dans la cadre de la croisade mais s'en était retiré après avoir réalisé que par delà la lutte contre l'hérésie, l'objectif de Louis VIII était l'annexion du Languedoc. Les délires et les propos incohérents du roi qui marquèrent l'évolution de sa maladie intriguèrent les médecins qui y virent la conséquence d'une longue abstinence de relation sexuelles. Ils envisagèrent d'y remédier en d'installer une jeune vierge dans son lit. Louis VIII s'opposa fermement à cette proposition préférant, selon lui, mourir que de sauver sa vie par un péché mortel. 

 Mars 1227L’archevêque Pierre Amiel réunit un Concile à Narbonne. Plusieurs dispositions sont notamment prises à l’encontre des Juifs et des hérétiques. Des sanctions sont ainsi prévues contre les Juifs qui pratiquent des taux d’usure exorbitants mais aussi contre les chrétiens qui accepteraient de leur emprunter ou fraterniseraient avec eux. Chaque famille juive est désormais condamnée à payer 6 deniers de Melgueil aux fêtes de Pâques. Concernant les hérétiques, il est ordonné d’instituer dans toutes les paroisses des témoins synodaux chargé de s’informer sur tout ce qui concernerait l’hérésie et de le rapporter à l’évêque. D'autres dispositions plus générales renforcent le contrôle de l'Eglise sur la société civile. Les confesseurs sont, par exemple tenus de dresser une liste des paroissiens qui viennent en confession et celui qui ne s'y présente pas pendant un an est exclu de sépulture chrétienne. Quant aux incestueux, aux concubinaires, aux adultères et aux voleurs, ils seront excommuniés les dimanches et jours fériés                                                                                     

18 mars 1227 – le pape Honorius III décède à Rome. L’évêque d’Ostie Ugolino d’Anagni lui succède sous le nom de Grégoire IX. Il ne tarde pas à s’inscrire dans la tradition théocratique instaurée par son cousin feu le pape Innocent III, consacrant la toute puissance du Saint-Siège sur la chrétienté.

Juillet 1227 - L’archevêque Pierre Amiel est présent au siège de Labécède. Située au pied de la Montagne Noire sur les confins du Lauragais, la cité est connue pour avoir abrité des cathares depuis le début du XIIIème siècle. Profitant de la confusion provoquée par le mort soudaine du roi Louis VIII, le comte Raymond VII de Toulouse bat le rappel des seigneurs occitans. Il confie notamment la garde de son château à Olivier de Termes et Pons de Villeneuve. C'est toutefois sans compter sur la pugnacité du sénéchal de Carcassonne Imbert de Beaujeu, en quête d’un fait d’armes à sa portée. Il s’entend avec l’évêque Foulques de Toulouse pour prendre la tête d’une armée capable d’en finir avec ce refuge du catharisme. Ils sont bientôt rejoints par l’archevêque de Narbonne qui a fait de la lutte contre l’hérésie une mission presque existentielle. Malgré ses remparts, Labécède ne peut résister longtemps face aux machines de guerre d’Imbert de Beaujeu. Les habitants qui n’ont pu fuir sont passés par les armes à l’exception de quelques femmes et enfants sauvés à temps par l’évêque de Toulouse. Les cathares parmi lesquels le fils de l'évêque Guilhabert de Castres sont tous conduits au bûcher. Lui-même cathare, Pagan, le seigneur faydit des lieux, parvient toutefois à s'enfuir. Réfugié dans la forêt voisine, il sera repris avec 19 autres hérétiques et condamné à périr dans les flammes en 1232.

Octobre 1227 – L'archevêque Pierre Amiel se voit attribuer une rente annuelle de 400 livres tournois, en compensation de la perte subie par l’attribution au profit du roi, de la confiscation des biens des hérétiques.

1228 – l’archevêque Pierre Amiel se rend à Meaux et à Paris dans le cadre de la préparation du Traité qui doit être établi entre le Roi de France et le Comté de Toulouse.

Mars 1229 – signature du Traité de Paris mettant fin au conflit opposant, depuis le début de la croisade des Albigeois (1209), le roi de France et le comte de Toulouse.

La reine Blanche de Castille qui exerce la régence au nom de son fils Louis IX a convoqué à Meaux une conférence à laquelle ont été convoqués le comte Raymond VII et ses principaux vassaux parmi lesquels Bernard, Comte de Comminges. Le haut clergé méridional et les seigneurs alliés à Simon de Montfort sont également présents.

Les dispositions sont douloureuses pour le comte Raymond VII mais il y consent sachant que s’il lui faut prêter allégeance au roi de France, il conserve l’essentiel des possessions familiales englobant notamment les diocèses de Toulouse, d’Agen, de Rodez, d’Albi et de Cahors. Il cède en revanche la seigneurie de Mirepoix qui reste à Guy de Lévis, Cahors et les terres relevant du diocèse d’Albi situées au nord du Tarn. Il renonce aussi aux fiefs détenus par Philippe II Auguste en 1223 ainsi qu’aux domaines de Verfeil et Lasbordes qui restent à l’évêque de Toulouse et au fils d’Olivier de Lyliers. Il est enfin convenu que sa fille unique Jeanne, alors agée de 9 ans devienne l'épouse d'Alphonse, le jeune frère du roi, entérinant la disparition du Comté de Toulouse.

12 avril 1229 – Grand perdant du Traité de Paris, le comte Raymond VII de Toulouse doit faire pénitence devant Notre Dame de Paris. Il est condamné pour ses errements à la flagellation devant le jeune roi Louis IX, le cardinal Romain de Saint-Ange, les archevêques Gautier Cornut de Sens et Pierre Amiel de Narbonne ainsi que l'évêque de Paris Guillaume d'Auvergne et l'évêque de Toulouse Folquet de Marseille.

1229 – le comte Roger-Bernard II de Foix cède son fief de Pieusse au roi de France qui le réunit aux domaines de l'archevêque de Narbonne. Le donjon du château va faire l'objet de vastes travaux sous la conduite de l'archevêque Pierre Amiel qui en fera une des résidences prisées des prélats narbonnais.

229le vicomte de Narbonne est tenu de présenter un hommage lige au roi de France, désormais duc de Narbonne. Il est, cependant, toujours tenu de prêter hommage à l'archevêque de Narbonne pour la moitié ouest du quartier de Cité, une situation qui n'a jamais eu de cesse de créer des tensions. 

Octobre 1229 – le légat cardinal Romain de Saint Ange préside un concile qui se tient à Toulouse visant à organiser de façon plus formelle la lutte contre l’hérésie. Parmi les personnalités présentes figurent le comte Raymond VII.

Il est décidé de créer dans chaque paroisse une commission composée d’un prêtre et de trois laïques, chargée de rechercher les hérétiques et tous ceux qui leur viendraient en aide dans les maisons et tous les lieux pouvant servir d’abri. Ceux-ci devront être remis à l’évêque ou au seigneur du lieu en vue de leur punition par « l’animadversio debita ». Leurs maisons seront détruites tandis que toute complicité ou tolérance à leur égard sera sévèrement réprimée. La nature du châtiment réservé aux hérétiques et à leurs complices restera de la compétence exclusive de l’évêque.


La croix d'infamie
Le Concile de Toulouse confirme la décision du pape Grégoire IX d'obliger les hérétiques revenus à la foi catholique à porter, cousues sur leurs vêtements,
deux croix d'infamie de couleur jaune.


Ceux qui, parmi les hérétiques, seront revenus à la foi catholique, devront porter à titre de pénitence deux croix d’infamie de couleur jaune cousues sur leurs vêtements, confirmant une disposition récemment prise par le pape Grégoire IX.

Le port des signes particuliers sur les vêtements avait été, quelques années auparavant, imposée aux Juifs par le pape Innocent III sous la forme d’une rouelle en tissu de couleur Jaune. Il s’était inspiré, en cela, d’une pratique déjà mis en place à l’égard des Juifs par les musulmans.