samedi 22 avril 2023

Narbonne au temps de la Pax Romana (1er- 2ème siècles)

La défense des frontières ayant constitué l'essentiel de l'activité militaire, rares auront été les événements calamiteux venus troubler le cours paisible de la vie en Gaule Narbonnaise au cours des deux premiers siècles de l'Empire Romain. Narbonne, autant que la province dont elle s'honore d'être la capitale, connaît alors, une longue période de prospérité, aussi bien économique que culturelle malgré le grand incendie qui ravagera une partie de la ville en 145. Grâce notamment aux privilèges que lui accorde son statut administratif et à la bureaucratie qui l'accompagne, la ville attire notamment les classe sociales aisées, se parant pour la circonstance de nombreux monuments. Malgré sa renommée, elle va, cependant, peu à peu subir la concurrence d'autres cités telles que Nîmes, Arles ou Vienne.

46 av. JC - César confie à Claudius Tiberius Nero (89 av. JC - c.33 av. JC), digne héritier de la haute aristocratie romaine qui vient de remporter une importante victoire sur la flotte égyptienne, la charge de créer des colonies de vétérans Arles et Narbonne où viennent notamment s'installer les cadres de la Légion X.

C'est de son mariage avec Livia Drusilla que naîtra le futur empereur Tibère

30 av. JC - il est probable que ce soit à cette date qu'est bâtie à La Nautique qui abritait alors le port de Narbonne une luxueuse villa maritime dont les dimensions et la décoration laissent supposer qu'elle appartenait à un haut dignitaire romain. Il pourrait aussi bien s'agir du gouverneur de la province que d'Auguste lui-même, souvent présent à Narbonne au cours de cette période. Les dimensions exceptionnelles d'un vivarium installé à proximité plaideraient en faveur de cette seconde hypothèse. (la villa romaine maritime du Port de La Nautique)

Visualisation de l'aménagement portuaire de La Nautique
avec au fond le vivier circulaire


Implanté au Lac-de-Capelles, Ce vivarium, destiné à l'élevage des huitres et des poissons,  était constitué d'un bassin circulaire de 67 m de diamètre, d'une superficie de 3500 m². Il possédait en son centre un bâtiment qui devait être utilisé comme triclinium, c'est-à-dire une salle de banquet possédant elle aussi son propre vivier.

27 av. JCOctave, le fils adoptif de César, devenu Auguste depuis le 16 janvier séjourne à Narbonne. Il fait effectuer un recensement des Gaulois résidant dans la cité et réorganise l’administration de la province désormais placée sous l’autorité d’un gouverneur. La colonie accueille aussi les vétérans de la Xème Légion Celle-ci devient Colonia Julia Paterna Narbo Martius. Selon ses biographes, il y fait édifier un temple en l'honneur du dieu local du vent, le Cers, dont l'emplacement reste cependant inconnu. 

Revêtu par le Sénat romain depuis le début de l’année du titre de Princeps, Auguste est désormais investi à vie de pouvoirs jusqu’à présent renouvelés chaque année par le Sénat comme le commandement militaire, la fonction tribunicienne et celle de censeur. Déjà moribonde, la République fait, dès lors, définitivement place à l'Empire.

Déclarée province impériale en raison de sa frontière avec des peuples considérés comme belliqueux, la Gaule Transalpine, devenue la Gaule Narbonnaise (Gallia Narbonensis), passe sous l’administration d’un gouverneur (propréteur) nommé par Auguste qui en assure le commandement militaire.

Les Cités de la Narbonnaise

22 av. JC - n'ayant pas besoin d'une occupation militaire, la Narbonnaise devient une province sénatoriale avec Narbonne pour capitale. Elle relève désormais du Sénat romain. La province est divisée en 22 cités (civitates) qui reprennent pour la plupart les territoires des anciens peuples.

18-16 av. JCCnaeus Pullius Pollio connu comme le plus ancien Proconsul de Narbonnaise.

Originaire de Forum Clodii, un modeste bourg situé au nord-ouest de Rome, Pollio était issu d'une famille plébéienne mais le fait qu'il ait été coopté par le Collège des Fétiales lui permettait de prétendre à la "Carrière des Honneurs" (Cursus Honorum) et d'intégrer la classe sénatoriale. Il avait d'abord accédé à la questure avant d'être nommé tribun de la plèbe puis de devenir en 23 av. JC l'un des premiers préteurs chargé de la gestion du trésor public. C'est par tirage au sort que lui est attribué en 18 av. JC le proconsulat de Narbonnaise, une charge qu'il est le tout premier à occuper. Son mandat prenant fin en 16 av. JC, il accompagne Auguste en qualité de "comes" en « Gaule Chevelue »  (Gallia Comata), nom donné aux territoires situés au nord de la Provincia. Au terme de cette mission qui va durer environ deux ans, il est envoyé par Auguste en ambassade à Athènes.

Caius Octavius Augustus
(Rome, 63 av. JC -Rome, 14)

Il est le Petit-neveu de Jules César qui en a fait son fils adoptif peu avant d'être assassiné en 44 av. JC.
Octave forme alors un triumvirat avec Marc-Antoine et Lépide avant de se débarrasser de ces deux concurrents et devenir le premier empereur romain. En 38 av. JC, il a épousé Livie après l'avoir contrainte à divorcer de Livius Drusus et a adopté le fils qu'elle a eu de son premier mari, le jeune Tibère qui lui succédera après sa mort.

22 septembre 11 av. JC - un culte officiel est rendu par les Narbonnais à « l’Esprit Divin » de l'empereur Auguste. Chaque année, à la même date, 3 chevaliers et 3 affranchis devront immoler une victime, à leurs frais, sur l'autel de marbre spécialement érigé sur le forum et distribuer de l’encens et du vin à tous   les résidants de Narbonne, quelque soit leur classe sociale, pour des libations et prières adressés à l’esprit divin d’Auguste. De par son statut de capitale de la nouvelle province, la ville bénéficie de privilèges comparée aux autres cités.

Le culte impérial était destiné à sceller l'unité du peuple dans son ensemble en faisant de l'empereur un composant du panthéon romain. Il s'adressait en priorité à la cité de Narbonne qui, bien que gauloise à l'origine, avait été la première colonie de droit latin fondée par des vétérans italiens. Tous les habitants de Narbonne relevaient donc du même droit, incluant sur un même plan les représentants de la classe équestre romaine, patriciens ou plébeiens, jusqu'aux esclaves affranchis et aux indigènes résidant dans la cité.  

L’inscription figurant sur l’autel placé offert par la plèbe de Narbonne à l’empereur Auguste définit en ces termes l’organisation du culte qui lui est réservé :

Inscription figurant sur l'autel dédié au culte 
impérial érigé sur le forum de Narbonne
Narbonne - Musée Narbo Via
"Sous le consulat de Titus Statilius Taurus et Lucius Cassius Longinius, le 10ème jour
précédant les Calendes d'Octobre (22 septembre), le peuple de Narbonne s'est, à la suite d'un vœu, consacré pour toujours à l'esprit divin d'Auguste 

Pour le bonheur, la félicité et la fortune de l’empereur César Auguste, fils de César divinisé, père de la Patrie, pontife suprême, revêtu pour la 34ème fois de la puissance tribunicienne, son épouse, ses enfants et sa lignée, le Sénat et le peuple romain, les colons et les domiciliés de la colonie Julia Paterna Narbo Martius, qui se sont engagés à honorer sa puissance divine par un culte perpétuel. La plèbe de Narbonne a placé sur le forum un autel, auprès duquel, chaque année le neuvième jour avant les calendes d’octobre (23 septembre), jour où le bonheur du siècle l’a fait naître pour gouverner le monde habité, trois chevaliers romains recommandés par la plèbe et trois affranchis immoleront individuellement des victimes et à leur frais, ce jour là, assureront l’encens et le vin aux colons et aux domiciliés pour adresser des prières à sa puissance divine ; (...) le septième jour avant les ides de janvier (7 janvier), également, jour où il a inauguré son pouvoir [imperium] sur le monde habité, ils adresseront leurs prières par l’encens et le vin, ils immoleront individuellement des victimes, et ce jour ils assureront aux colons et aux domiciliés l’encens et le vin.

13-14 Titidius Labeo, Proconsul de Narbonnaise.  

Ce magistrat romain issu d'une famille plébéienne voit rapidement sa carrière s’achever  suite à la condamnation de sa femme pour prostitution. Du fait de son appartenance à la classe équestre, Vistilia, l’épouse de Titidius avait, en effet, depuis une loi datée de l’an 19 interdiction de se livrer à la prostitution. Son mari rechignant à entamer contre elle une procédure, bien que menacé lui-même d'être accusé de proxénétisme, accepte toutefois qu’elle soit déportée dans l’île grecque de Sephiros, dans les Cyclades. On raconte qu'il s'adonnait avec passion à la peinture au point d'en négliger les obligations liées à sa fonction.

Le Capitole de Narbonne
illustration de Jean-Claude Golvin

Début de la construction du Capitole dédié à Jupiter, Junon et Minerve.

Érigé au milieu du forum, l’édifice, entièrement revêtu de marbre blanc, était particulièrement ambitieux. Sur un podium haut de 3 mètres, large de 40 mètres et long de 50 mètres, s’élevaient des colonnes de 18 mètres de haut surmontés de chapiteaux "corinthiens" de 2,10 m. Le fronton atteignait environ 34 mètres. L’intérieur était composé de 3 cellae accolées avec au milieu celle de Jupiter encadrée par celles de Junon et Minerve. En tant que colonie romaine, le statut juridique de la ville de Narbonne lui imposait de réserver un culte aux trois divinités mais le résultat des fouilles archéologiques n'a pas permis de confirmer qu'il s'agissait d'un Capitolium, selon la définition. Il serait donc possible que le temple ait été à l'origine réservé au culte impérial. On ignore les dommages qu'il a pu subir au cours de l'incendie qui a détruit une partie de la ville en 145 mais la description que fait Ausone des monuments de Narbonne à la fin du IVème siècle en parle comme d'un souvenir du passé. 


14 début des travaux de construction de la Via Aquitania destinée à relier Toulouse (Tolosa) et Bordeaux (Burdigala).

Emprunté dès l’Age du Bronze pour le transport de l’étain des Cornouailles, le tracé reprenait une route aménagée au cours du IIème siècle av J.C pour répondre au développement du commerce entre l’Atlantique et la Méditerranée. L’aménagement de la Via Aquitania se fit sur des fondations renforcées entre Narbonne et Toulouse où la circulation des marchandises s’effectuait uniquement par voie terrestre.

La Via Aquitania reliant Narbonne à Bordeaux

15-17 - Manius Vibius Balbinus.proconsul de Narbonne. Ancien chevalier devenu sénateur

La gens Vibia était une vieille famille de la classe équestre qui s’était fait remarquer au cours des Guerres Puniques. Jusque là discrète et modeste bien qu’ayant le droit de battre monnaie, elle avait vu pour la première fois un de ses membres, Caius Vibius, accéder au consulat en 43 av. JC. Originaire de Treia dans le Picenum, Balbinus était inscrit dans la tribu Vilena. Il a, de son côté, suivi le Cursus Honorum, étant successivement tribun militaire et préfet d'une aile de cavalerie avant d'être élu à la questure et de devenir sénateur et préteur. "Homo Novus" dans le Sénat d'Auguste, il hérite, en 14, de l'administration du Trésor Public, une charge renouvelée par Tibère

30-34 - Torquatus Novellius Atticus, proconsul, fonction qu’il cumule en Narbonnaise avec celle de censitaire.

Selon son titre « légat chargé des opérations de cens et de la levée de recrues et proconsul de Narbonnaise". Cet ancien militaire, chargé du jugement des litiges, tribun de la légion I Germanica, avait notamment commandé un détachement en 21 lors d’une opération destinée à réprimer un soulèvement des Turones. Successivement questeur, édile, préteur au tribunal des centumvirs, curateur des lieux publics, légat au cens, il s’était surtout fait une réputation de grand buveur, capable d’avaler d’un trait jusqu’à six litres de vin. Il devait mourir de son alcoolisme à Fréjus à l’âge 44 ans.

Ancien tribun de la Légion X, il se vit attribuer la responsabilité de recruter des jeunes pour devenir légionnaires. On sait qu’ils furent au cours du Haut Empire plusieurs centaines de jeunes Narbonnais âgés de 20 ans en moyenne à intégrer la vie militaire.

34-37Titus Mussidus Pollianus, proconsul de Narbonnaise  

Issu de la modeste gens Mussida, une vieille famille plébéienne de la ville de Rome,  il a été précédemment curateur de routes et praefectus frumenti dandi (chargé de la distribution de blé à la plèbe romaine). Il accèdera au consulat entre 38 et 46

41 –  Claude (10-54) est nommé empereur à la suite de l'assassinat de Caligula. Narbonne devient Colonia Julia Paterna Claudia Narbo Martius. Parmi les proconsuls figure M’ Acilius C.

54 -68 Néron, empereur. Seius Calpurnius Quadratus Sittianus de nouveau proconsul de Narbonnaise avant Titus Vinius Rufinus, genéral ayant eu le commandement d’une légion. 

Aucun des 4 empereurs de la dynastie julio-claudienne qui succèdent à Auguste ne fera halte à Narbonne. Déjà âgé lorsqu'il est arrivé au pouvoir, Tibère (42 av. JC - 37) détestait tant Rome qu'il ne quittait pratiquement jamais son palais de Capri. Caligula (12- 41) a, certes, connu durant son enfance le quotidien de la vie militaire aux frontières auprès de son père Germanicus mais une fois empereur, il s'est abandonné dans les excès et les plaisirs. Il ne lui a fallu que 4 ans pour vider le trésor public et plonger l'empire dans la crise.

Néron (Antium, 37 - Rome, 68), né Lucius Domitius Ahenobarbus. D'une ambition démesurée, il vient à bout de plusieurs conjurations mais déclaré ennemi public après une série de scandales, il préfère se suicider avant que les soldats de sa garde ne viennent l'arrêter, répétant "Quel grand artiste périt à moi"



 

L'assassinat de Caligula a porté son oncle Claude (10-54) au pouvoir, celui-là même que l'on n'osait montrer en public en raison de ses déficiences physiques. Administrateur résolument novateur, il a, cependant, su faire oublier le règne calamiteux de son neveu en renouant avec l'esprit conquérant qui avait fait la gloire de ses illustres prédécesseurs César et Auguste. Ses légions parviennent notamment à conquérir la Bretagne où il effectuera un des rares voyages de son règne. La tradition veut que sa seconde épouse Agrippine l'aie fait empoisonner en 54 avec des champignons pour offrir l'Empire à son fils Néron (37-68). 

C'est un jeune homme de 17 ans qui arrive, alors au pouvoir, soumis à l'influence de sa mère. Se révélant peu à peu cruel, violent et paranoïaque, il cultive le paradoxe avec un rare cynisme. D'une brutalité impitoyable, il fait notamment assassiner sa propre mère tout en se prévalant de rares talents littéraires comme lors de l'incendie de Rome en 64 où, inspiré par les flammes qui ravagent la ville, il s'accompagne d'une lyre pour déclamer un poème de sa composition.        

Titus Vinius Rufinus (12-69) - issu d’une famille de la classe sénatoriale, il a opté pour la carrière militaire franchissant les échelons jusqu’au grade de général où il prend la tête d’une légion. Très critique à son égard, l’historien Tacite a surtout insisté sur son comportement dévoyé, son goût pour l’argent et d’une manière générale, sa vénalité, lui reconnaissant toutefois d’avoir administré la Narbonnaise avec une totale intégrité lorsqu’il en avait été préfet. On ignore cependant à quelle date il avait été nommé à ce poste.

En 68, à la mort de Néron, il se trouve aux côtés de Galba, alors gouverneur d’Espagne lorsque celui-ci est proclamé empereur. Il  accompagne le vieux général à Rome qui, en échange de son soutien, le nomme consul pour l’année 69. Préoccupé par la recherche d’un héritier, Galba préfère Lucianus Pison à Othon, jadis favori de Néron, malgré la recommandation de Vinius. Furieux d’avoir été éconduit alors qu’il se voyait déjà succéder à Galba, Othon se fait proclamer empereur avec le soutien de la garde prétorienne. Resté fidèle à Galba, Vinius tente de le convaincre de rester à l’abri dans le palais mais suivant d’autres conseils, le vieil empereur choisit de se montrer à la foule. Il est tué par les prétoriens le 16 janvier 69. Vinius tente, de son côté de s’enfuir mais est transpercé par une lance en proclamant sa loyauté envers Othon.  

68 - tout juste déclaré empereur, Galba fait halte à Narbonne sur la route qui le conduit d'Espagne à Rome. Il y réunit les élites provinciales pour s'assurer de leur engagement à ses côtés. 

69-79 - l'empereur Vespasien fonde la dynastie flavienne – les élites de la Narbonnaise se sont ralliés à lui après les débordements provoqués par les légions de Vitellius dans la province. 

Valerius Ummesus Bassus, proconsul. Précédemment légat propréteur de Crète-Cyrénaïque, il sera nommé à Rome préfet du Trésor de Saturne à la suite de son mandat.

L'amphithéatre de Narbonne 
Reconstitution de Jean-Claude Golvin
C'est sous le règne de Vespasien que démarre la construction de l’amphi-théatre dans le secteur est de la ville. Bâti selon un plan ovale de 121,60 m sur 93,20 m, il sera achevé vers la fin du règne de son fils Domitien. 

Narbonne devient à l'époque le siège de l’assemblée provinciale appelé Concile de Narbonne qui réunit les représentants de toutes les cités de la Narbonnaise. Ils élisent un prêtre : le flamine* d'Auguste qui en occupe la présidence et doit résider à Narbonne. 

*flamine : prêtre voué au culte d'un seul dieu auquel il doit consacré sa vie. Personnage respecté jouissant d'un grand prestige, il est aussi l'objet de nombreux interdits. 

Devenues trop petites, les installations du port situées à La Nautique sont abandonnées au profit du nouveau port d’embouchure, un chantier au cours duquel l’Aude a été encadrée par deux jetées distantes de 50 mètres puis équipée sur près de 2 kilomètres par un ensemble de quais de chargement et déchargement des marchandises 

c. 77 - Lucius V..bius Bassus, proconsul de Narbonnaise. Il est chargé par l'empereur Vespasien de faire effectuer un nouveau cadastrage de la colonie.

L'Horreum
Il subsiste aujourd'hui encore, dans son intégralité,
la partie souterraine de cet important entrepôt de la fin
du 1er siècle dédié au stockage des céréales
et de l'huile autant qu'à la maturation du vin.

92 L’Empereur Domitien (81-96) ordonne l'arrachage de la moitié des vignes de la Narbonnaise pour faire face à la pénurie de céréales. Il est dit qu'il a du céder à la pression des vignerons romains qui se plaignent de la concurrence des vins de Narbonne mais il rédigera par la suite un édit similaire pour l'Italie. C'est à cette époque qu'est bâti à Narbonne, l'Horreum, un entrepôt dont subsiste aujourd'hui le niveau inférieur. Composé de galeries ouvrant sur une série de caves, il était destiné à conserver du grain et de l'huile mais servait aussi à la maturation du vin 

98 – 117 - Trajan empereur

98 ? Caius Iulus Cornutus Tertullus. Proconsul. Ami de Pline le Jeune qui le cite souvent dans ses Lettres, il partagera avec lui le consulat en 100 avant d'être nommé gouverneur de Bythinie trois ans plus tard;

103 -109 - Aulus Larcius Priscus, proconsul de Narbonnaise – ancien commandant de la légion IVa Scythia il retrouvera son commandement militaire à la tête de le Iia Augusta puis de la IIIa Augusta. Sera élu consul

118 -120 - Marcus Acilius Priscus Egrilius Plarianus, proconsul de Narbonnaise

Issu d'une importante famille d'Ostie, il a suivi le cursus honorum dans la perspective de devenir membre du Sénat. Il a servi comme tribun militaire dans la Légion V stationnée en Mesie Inférieure sur les bords du Danube. De retour à Rome, il assuré la fonction de questeur puis celle de prêteur avant d'être nommé légat auprès des proconsuls en Sicile puis en Asie. Après son gouvernorat de Narbonnaise, il part commander la Légion VIII stationnée à Argentorate (Strasbourg) avant que l'on ne perde sa trace en 126.

121 – Depuis son avènement trois ans plus tôt, l’empereur Hadrien, soucieux de renforcer la cohésion du peuple romain, dans son ensemble, sillonne les routes, visite les provinces, accordant la citoyenneté aux cités. De retour de Lyon, après un arrêt à Nîmes où il a inauguré une basilique dédiée au culte impérial, il s'arrête à Narbonne avant de poursuivre sa route vers Tarragone.

c. 124 - 125 - Lucius Annius Sextus Fiorentinus, proconsul de Narbonnaise, précédemment légat de légion questeur en Achaïe. Il terminera sa carrière gouverneur d’Arabie en mourant à ce poste.

125 -128Lucius Aurelius Gallus, Proconsul de Narbonnaise. D’abord légat de la province d’Afrique puis curateur des routes et légat de la IIIa Gallica, il devint Préfet du Trésor de Saturne après la fin de son mandat avant d’être élu consul

Comme c’est souvent dans la planification de la ville romaine, le plan en damier de 16 hectares de Narbo Martius a été construit autour de deux rues principales, le Cardo Maximus (nord-sud) et le Decumanus Maximus (de l’ouest à l’est). A leur intersection sont situés le Forum (ou le marché), la Basilique (ou le tribunal de la loi), la Curie (ou la salle de réunion), et un Capitolium pour le culte officiel de l’Etat.

138 - … Cn. Cornelius Aquilius Niger, proconsul de Narbonnaise

144-146  - Lucius Novius Crispinus Martialis Saturninus, proconsul de Narbonnaise. Auparavant « légatus juiridicus » en Asturie puis légat de la Ia Italica. Il retrouvera son poste de légat auprès de la IIIa Augusta avant d'être élu consul.

145 un incendie accidentel ravage la majeure partie de la ville de Narbonne. La plupart des édifices ont été détruits, portant un coup d'arrêt au rayonnement de la cité. A l'instar d'autres villes frappées par des catastrophes, Antonin le Pieux exonère la ville d'impôts le temps de procéder à sa reconstruction.

149 - Le Capitole est le premier des bâtiments majeurs reconstruit grâce notamment à la générosité de Sextius Fadius Secundus Musa, un riche armateur narbonnais dont l'activité s'étend sur une bonne partie du pourtour méditerranéen. Grâce à son concours financier, Musa devient premier flamine du nouveau Capitole. C'est aussi à cette époque qu'est aménagé le canal qui relie la mer au port de Narbonne.

av. 150 - Caius Seius Calpurnius Quadratus Sitianus, proconsul de Narbonne

160 - Les édifices publics sont progressivement reconstruits grâce à la générosité de l’empereur Antonin le Pieux

Epitaphe commémorative de la reconstruction des édifices du forum de Narbonne grâce à l'intervention de l'empereur Antonin le Pieux (Narbonne , Musée Narbo Via)

Antonin le Pieux (86-161) - de son vrai nom Titus Aurelius Fulvius Boionus Antoninus, il est issu d'une famille sénatoriale originaire de Nemausus (Nîmes). Son mariage avec Faustine l'Ancienne, la fille du consul Marcus Annius Varus, le rapproche du nouvel empereur Hadrien dont elle est aussi la nièce.  Celui-ci l'adopte comme son fils et le désigne comme son successeur. Le règne d'Antonin qui s'étend de 138 à sa mort en 161 passe pour être le moment ultime de la fameuse "Pax Romana", un temps véritablement suspendu au cours duquel l'Empire Romain atteint son apogée. Administrateur efficace, architecte de grands projets d'utilité publique, mais aussi protecteur des arts et des lettres, Antonin parvient de plus à laisser un trésor public s'élevant à 2,7 milliards de sesterces ! Notons aussi qu'en tant que magistrat, on lui doit d'avoir instauré la notion de présumé innocent tant que la culpabilité d'un suspect n'a pas été établi.

IIème siècle - Aponius Cherea fils de Lucius, tribu Papiria, augure et questeur de Narbonne fait don de 1500 sesterces à la colonie suite à l’obtention du titre d’édile honoraire.

 180 ? - Lucius Cestius Gallus Natalis devient pour un an proconsul de Narbonnaise.

Originaire de Volturnum en Campanie, il a gravi peu à peu les échelons du cursus sénatorial en occupant notamment la fonction prétorienne de légat de la XXè Légion Valeria Victrix basée à Deva (Chester). Il est possible qu'il ait exercé cette responsabilté au moment où l'empereur Marc-Aurèle avait associé son fils Commode au trône (176-180). De retour à Rome, il dirige pendant trois ans le Trésor de Saturne. Sa mort prématurée le privera de l'accès au Consulat.

188 L. Fabius Cilo, Proconsul de Narbonnaise, anciennement questeur en Crète-Cyrénaïque avant d’être nommé légat propréteur en Narbonnaise. Après son mandat proconsulaire, il sera nommé Préfet du Trésor Militaire à Rome et occupera divers commandements militaires en Bythinie, en Mésie et en Pannonie. Il accédera à deux reprises à la fonction consulaire.

A la fin du IIème siècle, on estime la population de l'agglomération à environ 35 000 habitants. Ses origines sont très diversifiés. Y figurent en premier lieu les descendants des premiers colons romains et des indigènes gaulois, anciens Volques pour la plupart qui ont adopté des noms romains et et la culture latine. L'activité économique et son développement portuaire ont également favorisé l'installation de populations venues des horizons les plus divers. On y rencontre des celtes originaires d'autres cités gauloises attirés par l'essor de la cité mais surtout des Gréco-orientaux et des Ibères, libres ou affranchis dont la venue a été favorisée par les échanges maritimes.






lundi 17 avril 2023

52- 45 av. JC - Jules César fait plusieurs haltes à Narbonne

 

Lionel ROYER "Vercingétorix jette ses armes aux pieds de César" (1899)
Musée Crozatier - Le Puy en Velay
Cette représentation très allégorique de la reddition de Vercingétorix a été popularisée par tous les manuels d'histoire pour faire du chef gaulois un héros national. César et les soldats qui l'entourent reproduisent la même expression, hautaine et féroce à la fois, face à la noblesse naturelle du vaincu d'Alésia, forçant un sentiment d'empathie à son égard.
D'après les sources, cette mise en scène est en fait loin de la réalité.

52 av. JC Narbonne est sous la menace du chef Cadurque Luctère (Lucterios), rallié à Vercingétorix depuis que celui-ci a pris la tête de l’insurrection gauloise. César part pour Narbonne où il rassure les habitants effrayés. Il organise la défense de la ville et de la région en établissant des postes chez les Rutènes de la province, mais aussi chez les Volques Arécomiques et les Tectosages. Luctère préfère rebrousser chemin.

Selon César : « Vercingétorix envoie chez les Rutènes, avec une partie des troupes, le Cadurque Lucterios, homme d’une rare intrépidité ». Celui-ci « les gagne aux Arvernes. Il pousse chez les Nitiobroges et chez les Gabales, reçoit de chaque peuple des otages, et, ayant réuni une forte troupe, entreprend d’envahir la Province, en direction de Narbonne ». Luctère renonce finalement à son projet à l’approche de l’hiver après que César aie décidé d’envoyer deux légions en direction des Cévennes où il a établi son camp. Après la chute d’Alésia, il projette avec le chef Sénon Drappès de lever une nouvelle armée et de mener une seconde expédition contre la Province  mais sous la menace des légions de Caninius, les deux hommes se retranchent dans la place forte d’Uxellodunum, en pays Cadurque. Assiégée et privée d’eau par César, la cité se rend tandis que Luctère se réfugie chez le chef arverne Espanactos qui le livre aux Romains. 

 51 av. JCaprès avoir séjourné en Aquitaine auprès des légions de son lieutenant Crassus et y avoir reçu la soumission des Etats gaulois, César s’arrête à Narbonne avec son escorte de cavalerie. Il y répartit les quartiers d’hiver de ses  troupes, y règle les contentieux locaux et distribue des récompenses avant de repartir vers la Belgique

Septembre 49 av. JC César s’arrête à Narbonne après avoir mené une campagne éclair en Espagne contre les armées de Pompée. 

Il prend alors la route de Massilia, décidé à faire plier la cité qui a refusé au printemps de lui ouvrir ses portes et s’est depuis rangé du côté de Pompée. Bien qu’assiégée sur terre et sur mer par 3 légions placées sous la conduite de Trebonius et Brutus, deux  lieutenants fidèles à César, la ville continue de résister brillamment.

Caius Julius Caesar (100 - 44 av. JC)
Issu d'une des plus anciennes familles patriciennes de Rome,
il adhère par opportunisme aux idées réformatrices des populares,
 mettant à profit le cursus pour jouer sa carte personnelle dans
l'objectif de conquérir le pouvoir. Stratège hors pair, mais aussi
démagogue éclairé et bien sûr homme de lettres brillant, il se fait
nommer dictateur à vie après avoir éliminé Pompée, son illustre
opposant et gagné le contrôle du Sénat.
Confiant en son destin au point de s'honorer de descendre
de la déesse Vénus, il est assassiné en mars 44 av. JC par ceux
de ses proches qui ont vu en lui une menace pour la survie
de la République. 
 

Malgré sa victoire sur les Gaulois, Jules César (100 – 44 av. JC) n’avait pas reçu de Rome le triomphe qu’il aurait pu espérer en raison de sa proximité avec les populares, le parti des réformateurs héritiers de Marius, son oncle. Pire encore, le Sénat majoritairement acquis au parti des optimates, avait refusé de prolonger son proconsulat et n’autorisait son retour à Rome qu’une fois son armée congédié alors qu’il avait, dans le même temps, accordé à Pompée le pouvoir consulaire unique. Face au refus de César de se séparer de ses soldats, le Sénat le déclara ennemi public et remit les pleins pouvoirs à Pompée. Le 10 janvier 49, César franchit le Rubicon à la tête de la XIIIème Légion*, bravant ainsi l’obligation faite au consul de congédier ses troupes avant de traverser ce fleuve. Cette décision constitua le point de départ de la Guerre Civile. César entama ainsi sa marche sur Rome, recueillant au passage le soutien de nouvelles légions tandis que Pompée et bon nombre de sénateurs s’étaient repliés vers le sud de l’Italie. Le parti aristocratique qui soutenait Pompée profita cependant de ses réseaux d’influence pour organiser la contre-offensive, ralliant à sa cause plusieurs provinces dont l’Hispanie, la Macédoine et surtout la cité massaliote.

*XIIIème légion « Gemina » – formée par César en 58 av. JC lors de la campagne des Gaules, elle participa à la campagne contre les Helvètes, à la bataille de Gergovie et fut présente au siège d’Alésia. Dissoute en 45 av. JC, elle fut reconstituée par Octave trois ans plus tard. 

49 av. JC Assiégée par les légions de César depuis le printemps, Massalia finit par se rendre le 25 octobre. César lui fait payer son soutien inconditionnel à Pompée et aux optimates, le parti conser-vateur. La ville perd dès lors son leadership au profit de Lyon, Narbonne et Arles.

Trois légions de César passent l’hiver à Narbonne.: Legio VIII, Legio IX et Legio X

46 av. JC suite à la Bataille de Thapsus (6 avril) au cours de laquelle les forces de César ont vaincu l’armée du parti conservateur, restée fidèle à Pompée malgré sa défaite et sa disparition deux ans plus tôt, la Légion X Veneria est dissoute et ses vétérans envoyés à Narbonne.

La Legio X "Veneria"

La Xème légion appelée Equestris ou Veneria avait été formée en 90 à la demande du Sénat lors de la Guerre Sociale qui avait vu les Italiques se soulever contre le refus de Rome de leur accorder la citoyenneté. 

Stationnée par la suite en Gaule Transalpine et probablement dans la région de Narbonne, elle est placée sous le commandement du Consul Caius Calpurnius Piso lors de la révolte des Allobroges au cours des années 67-65. Utilisée par Jules César à partir de 58, elle participe à toute la campagne contre les Gaulois. Après la prise d’Alesia, elle retrouve ses quartiers dans les environs de Narbonne. 

Rappelée lors de la Guerre Civile, elle prend part au Siège de Marseille puis à la campagne en Hispanie. Transférée en Macédoine, elle participe à la victoire de César sur Pompée à Pharsale (48) puis en Afrique à la bataille de Thapsus (46). Dissoute, ses vétérans sont envoyés à Narbonne

fin 46 av. JCQuelques mois à peine après leur démobilisation, les vétérans de la Xème Légion nouvellement installés à Narbonne profitent du passage de César dans la ville pour lui demander de les réintégrer dans son armée en route pour l’Espagne. Celui-ci accède à leur requête et demande à Marc-Antoine (83 – 30 av. JC), son Maître de Cavalerie, revenu dans ses bonnes grâces, de reformer la Legio X et d’en prendre le commandement. 

45 av. JC Faisant halte à Narbonne à son retour d’Espagne, César adjoint à la ville la Colonia Julia Narbo Martius et choisit d’y installer des vétérans de la Xème Légion dont il vient une seconde fois de prononcer la dissolution.

La sanglante bataille de Munda qui s’est déroulée le 17 mars, dans le Sud de l’Espagne, a scellé la victoire définitive des armées de César sur les forces des derniers partisans de Pompée emmenées par deux fils Gnaeus et Sextus auxquels s’était adjoint Titus Labienus, un de ses plus fidèles lieutenants durant la guerre des Gaules.

Jules César met à profit son séjour à Narbonne pour y créer une seconde colonie nommée Colonia Julia Narbo Martius. Celle-ci est destinée à accueillir les vétérans de la Xème Légion, nommés les Decumani Narbonenses, qui reçoivent chacun un lot en récompense de leurs participations à ses diverses campagnes. La mise en œuvre de cette nouvelle déduction qui recouvre entre autres l’oppidum de Montlaurès est confiée à Tiberius Claudius Nero. Les nouveaux colons parmi lesquels on retrouvait les noms de Baebius, Manlius et Fulvius étaient inscrits dans la tribu Papiria, descendant notamment d’equites romains venus s’installer dans la province pour affaires. Introduite par César, la tribu Papiria se substituait de la sorte à la Pollia, tribu d'origine de la colonie. Le site de Montlaurès est, quant à lui, vidé de ses derniers habitants. 

Tiberius Claudius Nero (82 – 33 av. JC) – questeur, il avait commandé avec succès la flotte de César pendant la guerre d’Alexandrie puis avait été nommé pontife avant d’être chargé de créer des colonies pour les vétérans de la Légion X à Narbonne et ceux de la Légion VI à Arles, une mission qui s’avéra en fait délicate en raison de nombreux conflits d’intérêt. Plutôt proche du parti conservateur, il afficha son soutien aux responsables de la mort de César Mêlé par la suite, malgré lui, à la rivalité qui opposa Octave à Marc-Antoine, il fut pressé de divorcer de son épouse Livia au profit d’Octave qui l’épousa sans même respecter le délai de convenance. Il est le père du futur empereur Tibère, successeur d’Auguste.  

Montlaurès, ancienne Naro capitale des Elisyques ?

Montlaurès au temps des Elisyques
illustration de Gilbert Benedetto dans
Narbo Martius La Cité Disparue (2019)

Montlaurès faisait partir des oppidums attribués à l’ancienne tribu des Elisyques, un peuple indigène mystérieux mentionné pour la première fois au VIème siècle par le géographe Hécatée de Milet (c.550-c.475) qui, dans son Periegese les rattache aux Ligures. Au Vème siècle, en revanche, l’historien Hérodote les considère comme de vrais autochtones. 

L’œuvre originale d’Hécatée ayant été largement détruite comme de nombreux manuscrits de l’époque, on doit à Etienne de Byzance, un auteur du VIème siècle, d’en avoir rassemblé les quelques éléments préservés dans son ouvrage Ethniques. Or, son texte laconique ne donnait aucune information concernant les Elisyques eux-mêmes. Ces pêcheurs et agriculteurs dont l’installation remontait certainement bien au-delà du premier Âge du Fer devaient être culturellement proches des Ibères si l’on en croit les rares témoignages linguistiques qui nous sont parvenus mais étaient aussi ouverts aux influences héllènes, étrusques ou massaliotes, comme l’indiquent les divers vestiges archéologiques mis à jour.

 Les premières traces d’occupation du site remontent à la fin du VIIème siècle, un moment clé qui correspond au renforcement de l’oppidum du Cayla à Mailhac et à la fondation d’Ensérune, de Pech Maho (Sigean) et de la Moulinasse (Salles d’Aude). Les origines de ces habitats défensifs restent indéterminées. Faute d’écrits, on ne peut vraiment savoir pour quelle raison ces populations éprouvèrent de façon simultanée la nécessité de se regrouper et de se retrancher sur des hauteurs si ce n’était pour se protéger, ou peut-être aussi pour assurer une domination. 

l'Oppidum de Montlaurès

On en reste donc à l’état des supputations. L’apparition d’une menace externe n’étant jamais exclue, il est permis d’envisager l’aboutissement d’une lente hiérarchisation de l’organisation sociale et la prise du pouvoir par les catégories possédantes. On peut de même évoquer une division cadastrée des territoires en cités vite jalouses les unes des autres, se livrant à des luttes intestines avec pour conséquence des saccages et des destructions.

Peut-être faut-il y voir aussi, à un moment, une tentation expansionniste des Ligures dont la frontière longeait les rives de l’Hérault grâce notamment à l’amélioration de l’armement. 

Le premier oppidum de Montlaurès est démoli et abandonné dès le début du Vème siècle, tout comme celui de La Moulinasse, incendié presque au même moment, laissant présager la fin des Elisyques dont on ne retrouvera désormais plus traces dans les écrits. C’est peut-être à ce moment précis que certains faits doivent interroger. On relève, effectivement, en passant, qu’Hérodote mentionne la présence de mercenaires Elisyques venus prêter main forte aux Carthaginois lors de leur tentative de s’emparer de la Sicile. En 480 av. JC, lors de la Bataille d’Himère, l’armée carthaginoise conduite par Hamilcar s’oppose, en effet, à Gélon de Syracuse, le tyran qui bénéficie de l’appui de la flotte grecque. Malgré leur bravoure, la présence en grand nombre de mercenaires venus de Phénicie, de Libye, d'Ibérie, de Sardaigne ou encore de Corse contribue à créer du désordre au sein de l'armée carthaginoise; La défaite d’Hamilcar est cinglante, son armée décimée, sa flotte si anéantie qu’on raconte qu’un seul de ses bateaux parviendra à rejoindre Carthage. 

Qu’est-il advenu des mercenaires Elisyques, morts au champ d’honneur ou condamnés à payer le tribut des vaincus ? Bien que largement détruit vers 400 av. JC, le site sera réoccupé de manière discontinue jusqu’au IIème siècle av. JC, sans que l’on en connaisse vraiment la raison, hormis peut-être la découverte inopinée d’un casque celtique du IIIème siècle, seule preuve d’une activité militaire ou tout au moins du passage à cette époque du rouleau compresseur que représentait la migration massive de peuples celtes, et notamment des Volques venus du centre de l’Europe dont l’armement était bien supérieur. A partir du IIème siècle, la donne change totalement avec la reprise d’une activité économique conséquente confirmée par la présence de nombreux bâtiments de stockage. Les Celtes, que ce soient les Volques Arécomiques ou leurs cousins Tectosages étaient alors devenus les maîtres des lieux. Des Elisyques, il ne reste rien d’autre que ce que l’archéologie en exhume, et pourtant…

Eté -45 après quelques semaines passées à Narbonne, Jules César part pour Rome y célébrer son retour triomphal. Il est accompagné de Marc-Antoine et de Caius Trebonius

Fidèle soutien de César, à ses côtés durant la majeure partie de la campagne des Gaules, Caius Trebonius avait été nommé en 47 proprêteur d’Hispanie Ultérieure. Il avait, cependant, échoué dans sa mission et assisté à la défection de ses troupes, parties rejoindre Pompée. Jules César lui avait, certes, renouvelé sa confiance mais Trebonius craignait que sa mésaventure hispanique ne se solde par une disgrâce. C’est à Narbonne qu’il prépara une conjuration destinée à éliminer César. Marc-Antoine aurait été à l’époque mis dans la confidence comme le mentionne Cicéron dans la 2ème Philippique (XIV) : « Si c’est un crime d’avoir voulu que César soit tué, que doit-on penser de vous-même Antoine ? On sait que vous en aviez formé le projet à Narbonne, avec Trebonius ». Plutarque confirme lui aussi l’entrevue de Narbonne dans sa Vie d’Antoine (XII) précisant que Marc-Antoine avait été mis au courant du complot par Trebonius mais qu’il avait tenu le secret. C’est finalement lors des Ides de Mars 44 que César est assassiné par un groupe de 13 sénateurs. Faisant partie du complot, Trebonius s’est arrangé pour distraire Marc-Antoine, laissant César entrer seul dans la Curie. Nommé proconsul en Asie, il sera lui-même exécuté un an plus tard à Smyrne par Publius Cornélius Dolabella, un protégé de César proche de Marc-Antoine surtout connu pour ses débordements.   

Au cours des deux décennies, la ville de  Narbonne se développe en direction du Nord Est avec la construction de nouvelles villas de type pompéien.

le 15 mars 44 av. JC
César est assassiné à Rome, victime d'une conjuration ourdie par un groupe de 23 sénateurs qui n'ont pas supporté qu'il ait été nommé dictateur à vie. Parmi les membres de la conspiration figurent certains de ses proches dont son propre fils adoptif Marcus Junius Brutus
Vincenzo Camuccini "La Mort de César" (1806) détail
Rome - Galleria Nazionale


jeudi 6 avril 2023

80-70 av. JC - les légions de Pompée stationnent à Narbonne

 


80 -70 av. JC La Gaule méridionale et plus particulièrement la colonie de Narbo Martius attirent les ambitions de nombreux représentants de la classe équestre romaine. Indépendamment de la réputation dont jouit déjà l’emporion de Narbonne, les nouveaux territoires conquis offrent un climat propice aux affaires qui en font un véritable « Eldorado ». 

Il semble, en revanche, que l’installation de cette génération « d’aventuriers » se fasse au détriment des élites indigènes, souvent dépossédées de leurs terres au profit d’hommes d’affaires venus d’Italie. En tant que siège du gouvernement de la province, Narbonne assiste également à l’essor d’une classe dirigeante (incolae) qui profite de ses prérogatives en matière financière et juridique pour amasser de grosses fortunes, hors de tout contrôle.

En 80, la Guerre Civile qui a fait rage entre les populares du général Marius et les optimates de Sylla a tourné à l'avantage de ce dernier. Nommé dictateur, Sylla a fait établir des listes de proscrits sur lesquelles figurent notamment les derniers marianistes. Ceux-ci n'ont d'autre choix que l'exil pour échapper à une mort certaine. Mais en Espagne, un homme tient tête au Sénat romain totalement acquis au parti conservateur. Il s'agît de Quintus Sertorius, un magistrat, mais surtout un brillant orateur qui jouit d'une forte popularité. N'ayant jamais caché son soutien à Marius, il a formé un gouvernement autonome en Espagne. 

A Rome, le décision est prise d'en finir par tous les moyens avec ce que l'on considère comme une tentative de sécession. Sertorius est devenu l'ennemi à abattre. Quintus Cecilius Metellus Pius a été nommé gouverneur d'Hispanie pour conduire la lutte contre Sertorius mais malgré ses huit légions (environ 40 000 hommes), il choisit de suspendre les opérations après plusieurs défaites. Pour faire face aux déboires de Metellus, le Sénat décide d'envoyer en Espagne le nouveau général Pompée, vainqueur en Sicile et en Afrique, à la tête de 25 000 hommes. 

 77-76 av. JC Guerre contre Sertorius – les légions de Pompée établissent leur base à Narbonne après s'être heurtées, en cours de route, aux Volques Arécomiques.

La traversée du pays des Volques Arécomiques a été mouvementée, les Gaulois faisant preuve d’une hostilité à laquelle les Romains n’étaient pas habitués depuis qu’ils avaient posé le pied dans la région. La défaite des partisans de Marius a, semble-t-il, provoqué la colère de populations auprès desquelles le général romain avait acquis une certaine popularité, ce qui était loin d'être le cas pour Sylla dont la violence avait davantage créé un climat de sécession. La route qui conduit Pompée jusqu’aux Pyrénées se fait donc dans un climat de tension selon ce qu’en rapporte Salluste dans ses Histoires. Il cite, à ce propos, une lettre de Pompée dans laquelle celui-ci décrit une véritable situation de guerre face à des Arécomiques soucieux de venger la mémoire du vainqueur des Cimbres et des Teutons. Cicéron va même plus loin en évoquant le massacre des adversaires dans Pro Lege Manilia. 

Sertorius et son faon blanc
Léon Paillère (1849)
Musée des Beaux-Arts de Valence
Considéré en Espagne comme un héros, Sertorius ne quittait jamais le faon blanc qui lui transmettait, dit-on, les ordres de la déesse Diane

Nommé propréteur d’Hispanie en -83, Quintus Sertorius (126 - 72 av. JC), magistrat romain issu de la classe équestre, a su se fait apprécier des peuples d’Ibérie par son sens de la justice et sa mansuétude. Attiré par la carrière militaire, il avait servi sous les ordres de Caepio lors de la Guerre contre les Cimbres, puis aux côtés de Marius auprès duquel il s'était fait apprécier pour son audace et son courage. Partisan convaincu des populares, le camp des réformateurs qui soutient Caius Marius durant la guerre civile qui l’oppose au parti aristocratique conduit par Sylla (138-78 av. JC), Sertorius s’est réfugié à Tanger. Il parvient, de la sorte, à échapper aux armées de Sylla et en profite pour lever une troupe composée pour moitié d’indigènes avant de retourner en Espagne pour y former un gouvernement autonome. Connu pour être un brillant orateur, un administrateur énergique et un militaire exigeant, Sertorius enchaîne les victoires sur les troupes conduites par Metellus Pius, un proche de Sylla. L’autonomie qu’il acquiert, ainsi, en Hispanie suscite la colère du Sénat alors totalement acquis aux optimates, la noblesse conservatrice de Rome.

Ceux-ci décident en -77 d’envoyer le nouveau général Pompée en Hispanie, à la tête de 25 000 hommes dans le but d’effectuer la jonction avec Metellus, alors en difficulté, et de battre Sertorius que l’on surnomme déjà « le Nouvel Hannibal ». La guerre qui va s’ensuivre sera meurtrière, les deux armées comptant jusqu’à 40 000 hommes du côté de Pompée contre 25 000 pour Sertorius. Le temps va progressivement jouer en faveur de Pompée qui multiple les théâtres d’opérations avant que la nouvelle ne tombe annonçant que Sertorius a été assassiné par Perpenna, son propre bras droit à l’occasion d’un banquet (-72). Définitivement victorieux, Pompée fera tuer Perpenna malgré sa reddition à l’issue de l’ultime bataille, quelque part entre Valence et Sagonte.  

Cnaeus Pompeius Magnus (Pompée le « Grand ») (106-48 av. JC) 

Pompée "Le Grand"
(Picenum, 106 - Péluse (Egypte) , 47 av. JC)
Le Sénat acquis au parti conservateur s'est laissé séduire par ce jeune officier ambitieux qui s'annonce comme le digne successeur de Sylla.
Agé d'à peine 30 ans, Pompée a déjà enchaîné les triomphes à Rome et la confiance du pouvoir lui donne le champ libre pour s'assurer un avenir glorieux.
 
 


Il est le fils du général Pompeius Strabo, figure controversée de l’aristocratie provinciale, consul en 89, surtout connu pour avoir mâté avec une grande cruauté la Confédération Italique créée par les peuples de la Péninsule en révolte contre le refus de Rome de leur accorder la pleine citoyenneté. Pompée commence sa carrière militaire auprès de son père avant de rallier Sylla et de remporter pour lui plusieurs succès. Fidèle soutien du parti aristocratique des optimates, il parvient à lever une armée de 15 000 hommes, permettant à Sylla d’entrer dans Rome. Mandaté par le Sénat, il remporte en -82, alors qu'il vient d'avoir 24 ans, plusieurs succès militaires en Sicile et en Afrique contre les derniers partisans de Marius, s’assurant ainsi un retour triomphal à Rome tandis que Sylla se fait nommer dictateur. 
Pompée tire profit du fort climat d’instabilité qui suit la mort de Sylla (78) pour garder près de lui ses légions et, alors qu’il n’est pas consul, recevoir le commandement d’une armée pour aller combattre Sertorius en Hispanie.

 76 – 74 av. JC - Marcus Fonteius, alors préteur et gouverneur de la Gaule Transalpine, met au point un système de taxation sur les vins transitant par la route qui relie Narbonne à Toulouse. La production locale restant très limitée du fait des arrangements entre les négociants et les autorités, les vins viennent alors principalement d’Italie et sont débarqués à Narbonne avant d’être acheminés par des chariots vers les centres de stockage aménagés le long de la voie romaine en direction de Toulouse. Très prisés des Gaulois qui les consomment notamment purs, c’est-à-dire sans les diluer dans de l’eau, les vins constituent donc une source de revenus conséquente en raison des péages mis en place. Les Volques Tectosages les jugent, en revanche, arbitraires et accusent Fonteius de concussion. Ils portent l’affaire à Rome.

La Gaule Narbonnaise
d'après Adolphe H. Dufour "La Gaule sous l'Empire Romain" (1846)

C’est certainement par l’intermédiaire de Pompée dont il était un des lieutenants que Fonteius obtint le poste de gouverneur de cette nouvelle province romaine avec, pour mission, de participer au financement et à l’approvisionnement de l’armée. Le système de taxation et de confiscation instauré par Fonteius provoqua la colère des Gaulois qui s’entendirent pour porter plainte contre lui. Le procès eut lieu en 69 av. JC. Cicéron assura la défense de Fonteius tandis que Pretorius représentait les intérêts des Volques. L’argumentaire reposa sur le fait que les revenus des péages profitaient aux publicains romains issus de la classe équestre et aux négociants romains tandis que ceux qui en étaient redevables étaient en majorité des peuples étrangers à Rome comme les Rutènes. Cicéron rappela que Narbonne était d'abord "l'observatoire et le rempart du peuple romain", n'hésitant pas, dans son argumentaire, à discréditer les plaignants en insistant sur leur caractère barbare et leur pratique des sacrifices humains en opposition à l’humanité et la popularité de Fonteius. On ne connait pas l’issue du procès. 

 74 – 73 av. JC - les légions de Pompée stationnent de nouveau à Narbonne

La victoire de Pompée en -72 sur Sertorius et les derniers « marianistes » lui permet de rentrer triomphalement à Rome et de préparer de nouvelles campagnes militaires, cette fois, en Asie.

66-65 av. JC - Une fois son consulat achevé, Caius Calpurnius Piso (Rome 110 av. JC - après 59), figure éminente de l'aristocratie sénatoriale (n'est-il pas fils et petit-fils de consul), est nommé proconsul de Gaule Narbonnaise. Connu pour s'être opposé au tribun Aulus Gabinus lorsque celui-ci avait permis d'attribuer à Pompée des pouvoirs exceptionnels pour lutter contre les pirates, Pison refuse de faire appliquer les décisions du Général dans la province qu'il administre. Au cours de son mandat, il réprime une révolte des  Allobroges mais se voit vite accuser de pillage au détriment de ces derniers. Il est certain qu'à l'instar de nombreux membres de la noblesse romaine, il a su profiter de ses charges pour s'enrichir aux dépens des populations de la province placée sous sa gouvernance. Cicéron assure sa défense en 63 lors du procès que César lui a intenté pour détournement de fonds sous son proconsulat en Gaule Cisalpine (65-64).