samedi 31 août 2024

Narbonne la Wisigothe (VIème - VIIème siècle)

 462 le général romain Agrippinus, gouverneur de la Narbonnaise cède Narbonne à Théodoric II, roi des Wisigoths.   

Selon la décision de l’empereur Libius Severus, ou plutôt de Ricimer, le véritable Maître des Horloges, non seulement la ville mais aussi toute la Narbonnaise passent sous domination wisigothe en remerciement de l’appui militaire que lui fournit Théodoric dans le combat qu’il vient d’engager contre le général Aegidius qui, soutenu par les Francs de Childéric 1er vient de proclamer l’indépendance de la Gaule du nord.

466 - Euric fait égorger son frère Théodoric II et s'empare du titre de roi des Wisigoths. Motivé par sa haine de Rome et de l'église chrétienne officielle, il a pour ambition de bâtir un royaume qui engloberait la Gaule et la péninsule ibérique. La crainte qu'il n'engage des persécutions contre les chrétiens s'apaise, toutefois, lorsque Euric appelle à sa cour, comme conseiller, Léon, membre d'une influente famille narbonnaise Celui-ci engage, notamment, le roi à mener une politique religieuse tolérante, dont vont, finalement, profiter les Wisigoths auprès des populations. Léon restera, d'ailleurs, au service du fils d'Euric, Alaric II, 

Euric, roi des Wisigoths (420-484)
Tableau de Manuel Rodriguez de Guzman (1855)
Madrid - Musée du Prado
Très hostile à Rome, à sa culture et ses traditions, il avait appris le latin mais refusait de s'exprimer dans cette langue, demandant à des interprètes de la faire à sa place

Euric (c. 420-484) – il s’était illustré en 451 aux côtés de son père Théodoric 1er face aux hordes d’Attila mais, n’étant que le troisième dans l’ordre de succession, il lui fallut patiemment attendre le moment où la couronne lui reviendrait, quitte si nécessaire à forcer le destin. A la fois soucieux de maintenir la pureté des traditions du peuple wisigoth et resté à contre-temps très attaché à l’arianisme, il ne supportait pas des Romains le sentiment de supériorité qu’ils puisaient de leur culture, en voulant particulièrement à son demi-frère de s’y soumettre avec un empressement dans lequel il ne voyait que de la faiblesse. De haine, il fit égorger Théodoric II en 466 et s’empara du titre de roi des Wisigoths. Il parlait le gotique et le grec mais détestait le latin au point qu’il faisait mine de ne pas comprendre les ambassadeurs  qui s’adressaient à lui dans cette langue, alors même qu’il avait auprès de lui des conseillers issus de la classe sénatoriale gallo-romaine. Il jugea nécessaire de persécuter les catholiques au nom de la doctrine arienne mais se retrouva, de ce fait, et malgré des conquêtes territoriales symboliques comme celle de Marseille en 476, de plus en plus isolé sur la scène géopolitique au moment où l’Empire Romain d’Occident s’effondrait. Il mourut en 484 de causes naturelles, une exception dans le contexte du moment.

 

Le Royaume Wisigoth à la fin du Vème siècle

475 - l'empereur Julius Nepos cède l'Auvergne aux Wisigoths et concède à leur royaume une pleine et entière indépendance vis-à-vis de Rome.  

484 - Alaric II (460-507) est élu roi des Wisigoths à la mort d’Euric, son père légitime. Réputé pour l’abondance de sa production agricole, le royaume dont il hérite est alors à l’apogée de son extension territoriale, s’étendant au nord jusqu’aux berges de la Loire, incluant à l’est la Provence et comprenant pratiquement toute l’Espagne, à l’exception de la Galice toujours tenue par les Suèves, et l’actuelle Andalousie disputée aux Vandales. Arien davantage par nécessité politique envers ses fidèles que par adhésion réelle à la doctrine religieuse, il poursuit les brimades envers les catholiques. On rapporte à ce sujet qu’il aurait fait abattre à Narbonne le clocher de bois de l'église St Félix, sous prétexte qu’il gênait la vue qu’il avait de son palais aménagé dans l'ancien Capitole. Cette mesure, considérée comme un caprice "d'enfant gâté" fut particulièrement mal vécue par les chrétiens de Narbonne car l'église abritait notamment les reliques de St Saturnin, martyrisé à Gérone sous l'empereur Dioclétien. On raconte, à ce propos, que Léon, le vieux conseiller d'Alaric, qui s'était empressé sans broncher de satisfaire la volonté du roi, s'était retrouvé subitement aveugle. Alaric laissera le souvenir d’un roi inconstant, trop conciliant, trop naïf à une époque où seul comptaient les rapports de force. 

Alaric II (460-507)
Tableau de Carlos Esquivel y Rivaz (1856)
Madrid, Musée du Prado
Son nom reste, bien entendu, associé à la Montagne qui s'étend entre Monze et Fabrezan formant la limite septentrionale des Corbières. Selon la tradition, une grotte située sur le flanc nord de la montagne, dominant Capendu, abriterait le tombeau du roi Alaric ainsi que le  trésor provenant du Sac de Rome en 410. Sachant qu'Alaric 1er, responsable du pillage, est mort au sud de l'Italie quelques mois seulement après la prise de Rome, il devrait alors s'agir de son arrière petit-fils Alaric II. Mais ce dernier ayant été tué en 507 par les soldats de Clovis à plus de quinze jours de marche, il ne peut être envisagé que son corps ait été transporté sur une si longue distance. Alors, le trésor ? Des pièces d'or, dit-on, plutôt banal.

Alaric dépensa beaucoup d’énergie à sceller une alliance avec Théodoric le Grand, son homologue Ostrogoth qui régnait alors sur l’Italie, espérant de lui un appui militaire dans la perspective d’une éventuelle agression franque. Cette alliance n’ira cependant pas au-delà de son mariage avec Teodegonde Alasunta, la fille de Théodoric le Grand. Il pactisera bien avec les Burgondes mais plutôt pour leur venir en aide que pour créer un front commun face à la menace franque. Il avait, au début de son règne, tenté de trouver un compromis avec Clovis en lui livrant de façon peu glorieuse Syagrius, le dernier général romain héritier de la Gaule du Nord vaincu par les Francs à qui il venait pourtant d’accorder refuge. N'étant pas du genre à s'apitoyer, Clovis, put, une fois débarrassé de Syagrius, consacrer son énergie à préparer dans l’ombre, l’invasion du royaume wisigoth.  

 En sa qualité de nouveau converti, celui que l‘on surnommait déjà « le nouveau Constantin » s’était, fort intelligemment imposé comme le bras armé du catholicisme romain, la meilleure façon pour lui de jumeler la lutte contre l’hérésie à la conquête de nouvelles terres, à commencer par celles de son tonitruant voisin Alaric. Impressionné par la campagne éclair grâce à laquelle Clovis venait de mettre la main sur Bordeaux, Alaric II s’empressa de réintégrer les catholiques nicéens dans leurs prérogatives, restaurant leur prestige aux évêques, tentant même de concilier l’arianisme de ses congénères au christianisme trinitaire majoritaire en Gaule, mais la manœuvre n’allait pas prendre. 

Profitant de ce qu’Alaric tenait sa cour à Poitiers, Clovis marcha promptement sur la cité. Surpris, le roi Wisigoth qui avait laissé le gros de ses troupes en Espagne repousser les velléités revanchardes des Romains d’Orient, n’avait avec lui que sa garde habituelle. Il tenta une manœuvre de diversion mais se trouvant bientôt en cruelle position d’infériorité, il tomba, selon la tradition, en combat singulier face à Clovis en personne. Sa mort imprévue laissait à l’armée franque la route ouverte jusqu’à Toulouse, sa capitale. 

Même s’il a laissé son nom à la montagne qui longe la route de Narbonne à Carcassonne, les historiens ne sont guère tendres avec lui, lui reconnaissant tout juste la paternité du Bréviaire qui porte son nom, un recueil appelé à devenir la référence ultime à l’usage des juristes où sont consignées, de façon méthodique, les lois romaines les plus importantes . Celui-ci constituera, tout au moins, un outil incontournable au cours du Moyen-Âge du Moyen-Age, jusqu’à servir de base au Code Civil de 1804.

506 Caprarius, évêque de Narbonne

Il est fait mention de lui à l’occasion du Concile d’Agde organisé sous l’égide du roi Alaric II où il est représenté par un prêtre nommé Anilius. On a avancé que Caprarius avait refusé de participer à ce synode parce que vexé du fait que la présidence en ait confié à Césaire, l'évêque d'Arles mais il est aussi possible qu'il ait été, au moment, tout simplement indisposé . Parmi les thèmes abordés figure celui de la conversion des Juifs au christianisme, jugée peu sincère.

507Geisalic (c.490-512), fils bâtard d’Alaric II, né de mère inconnue, est élu roi des Wisigoths à Narbonne

Le trône ayant été déclaré vacant après la mort d’Alaric, les proches du roi s’empressèrent de lui désigner un successeur. Geisalic recueillit les suffrages mais se heurta rapidement à la question de la validité de son trône, ayant face à lui le jeune Amalaric qui bien que n’ayant que 6 ans pouvait prétendre à succéder à son père Alaric II, d’une part parce qu’il en était le fils légitime et d’autre part du fait qu’il bénéficiait du soutien du parti soutenu par le roi Théodoric le Grand, son grand-père, pour lutter contre les Francs.  

Le Royaume Wisigoth à son apogée

 508 Narbonne, où réside le roi wisigoth Geisalic depuis la perte de Toulouse est prise et pillée par Gondebaud, roi des Burgondes, avec l’aide des Francs. L'année précédente, il avait envoyé son fils Sigismond à la tête d’un détachement pour venir en soutien l'armée de Clovis, lors de la bataille de Vouillé. 

Fort de son alliance avec les Francs, l'objectif de Gondebaud est, à présent, d’envahir la Provence tenue par les Wisigoths depuis 476. Il met le siège devant Arles mais la ville résiste. Il renonce alors à la Provence et se tourne vers la Narbonnaise, dans l’espoir de faire la jonction avec l’armée franque qui descend vers Toulouse. C'est un nouvel échec. 

Averti des visées Burgondes sur la province, Théodoric le Grand (455-526), roi des Ostrogoths, entre en campagne pour défendre, même s’il est un peu tard, le royaume Wisigoth. Son intérêt est double : il est d’abord le beau-père d’Alaric par le mariage de celui-ci avec sa fille Teodegonde Amalasunta mais aussi, depuis la mort du roi wisigoth, le tuteur de son petit-fils Amalaric, âgé de 5 ans et héritier du trône du Royaume de Toulouse. Geisalic s’enfuit d’abord à Barcelone où il parvient à lever une armée avant d’être à nouveau défait près d’Ampurias par les troupes du général ostrogoth Ibba. Il va dès lors chercher refuge auprès du roi vandale Thrasamund qui n’est autre que le beau-frère de Théodoric.

Gondebaud (450- 516) – élu roi des Burgondes en 480 à la mort de son oncle Chilpéric, il dut, comme le voulait la coutume germanique, partager le pouvoir avec ses trois frères Gondomar, Chilpéric et Godegisile. Les découpages territoriaux à la serpe qui matérialisaient alors les successions royales furent, au cours de cette période, à l’origine de violences fratricides, de jeux complexes d’intrigues ou d’alliance, de trahisons mais aussi de mariages improbables. 

Animé par l’intérêt supérieur de son royaume, Gondebaud, chercha à le consolider en lui forgeant une identité propre, rassemblant de façon harmonieuse Burgondes et gallo-romains. Or, il lui fallut pour y parvenir franchir toutes les étapes du redoutable parcours d’un héritier du trône. Ses frères Chilperic et Gondomar se liguèrent les premiers (485) pour l’éliminer mais il l’emporta et se débarrassa des vaincus et de leur famille. Gondomar étant mort au combat, Gondebaud fit décapiter Chilpéric et ses deux fils puis fit jeter son épouse Carétène dans un puits. Chilpéric avait aussi deux filles mais il les épargna, semble-t-il dans l’espoir d’un bon parti matrimonial. Ce fut le cas Clotilde qui allait devenir reine des Francs après avoir épousé Clovis (493). Pensant tirer parti de la défaite de ses frères, Godegisile n’hésita pas, de son côté, à s’allier avec Clovis, la force montante du moment, espérant faire tomber Gondebaud et devenir seul maître du royaume. Après une première campagne prometteuse, il se trouva toutefois piégé à Vienne face à son frère. Gondebaud s’empara de la ville et poursuivit Godegisile jusque dans l’église où il le tua en même temps que l’évêque. Il fit aussi exécuter sa femme, ses deux fils, les sénateurs et tous les membres du parti de Godegisile. Une fois de plus les filles furent épargnées. Elles épouseront toutes deux des fils de Clovis. Seul roi des Burgondes, Gondebaud pouvait désormais se consacrer à l’avenir du royaume. En tant que législateur, il fut notamment à l’origine de la Loi Gombette destiné à régler les conflits entre Burgondes et Gallo-Romains. 

 508 – faisant suite à la prise de Narbonne par les Burgondes, les Wisigoths installent leur capitale à Barcelone sans renoncer pour autant à la Septimanie et la Provence.

509Narbonne est reprise aux Burgondes par les Ostrogoths de Théodoric le Grand placés sous les ordres du Général Ibba.

L’arrivée des Ostrogoths est accueillie avec soulagement par les Narbonnais marqués par les pillages opérés par les troupes de Gondebaud. L’évêque de Narbonne (probablement Caprarius) remet à Ibba les clés de la ville et obtient du général Ostrogoth que soit restitués à son église les biens usurpés par Geisalic.

Obligés de se replier en catastrophe, les Burgondes se heurtent de leur côté aux troupes ostrogothes du général Mammo qui s’emparent d’Orange et Valence. Gondebaud et son fils Sigismond II doivent signer une paix humiliante avec les Ostrogoths.

Ibba (c. 470 – c.520) - le libérateur de Narbonne. Il a été envoyé par Théodoric la Grand, le roi Ostrogoth qui règne alors en Italie, pour déloger les Burgondes et les Francs qui ont profité de la mort du roi Wisigoth Alaric, pour s’emparer de son royaume. Théodoric y voit son intérêt premier car Alaric, ayant été son gendre, Amalaric, le jeune garçon dont il était le père est donc son petit-fils. Il espère ainsi le voir, au plus vite, devenir roi des Wisigoths dans la perspective d’un rapprochement stratégique entre les deux royaumes. D’origine gothique bien que chrétien d’obédience, Ibba se montra, dit-on, sans pitié envers les Francs

510 – Le général Ibba parvient à chasser les Francs de Carcassonne qui, depuis plusieurs mois assiègent vainement la cité. Il libère le jeune prince Amalaric, réfugié dans la ville après avoir fui Toulouse.

 511Ibba installe le jeune roi Amalric II sur le trône, la régence étant assurée par Théodoric le Grand

Le royaume wisigoth sera placé durant 11 ans sous la souveraineté directe de Théodoric le Grand, représenté sur place par deux fonctionnaires Ampelio et Libère. Il tentera au cours de ces années à s’attirer la sympathie des populations, leur remboursant les tributs payés en 511, limitant les déprédations dues aux soldats en les nourrissant à ses propres frais tout en fournissant aux différentes blé du blé en quantité.

Placé sous la tutelle de Théodoric le Grand, son grand-père, Amalaric est envoyé en résidence à Barcelone sous la protection de Theudis, un noble ostrogoth écuyer du roi qui a toute sa confiance.     

Amalaric II (502-531) - fils d’Alaric II et de Téodegonde Alasunta, petit-fils de Théodoric le Grand, roi des Ostrogoths, il accompagnait son père lorsque celui-ci est tué au cours de la bataille de Vouillé (507). Son frère aîné Geisalic, bien qu’enfant illégitime d’Alaric a été élu roi à Narbonne mais son trône vacille bientôt du fait qu’il n’a pu empêcher les Francs de s’emparer de Toulouse, sa capitale, et qu’il s’efforce de limiter l’influence du parti ostrogoth davantage porté à défendre les intérêts d’Amalaric. Geisalic est chassé de Narbonne par l’armée envoyée par Théodoric tandis qu'élu alors qu'il n'a pas encore 10 ans, Amalaric est placé sous la tutelle de son grand-père maternel. Amputé par les Francs de toute sa partie occidentale, le royaume wisigoth comprend alors l’Hispanie, la Septimanie et la Provence.

xacerber les tensions religieuses entre les époux, allant jusqu’à la violence. 

522Amalaric devient officiellement roi des Wisigoths tandis que son protecteur Theudis reste en fonction. C’est lui qui possède en fait le pouvoir réel.

Sous l’impulsion de Théodoric, avec l’aide de Liberius (461-555), le préfet du prétoire et de son adjoint, le vicaire Gemellus, tous deux chargés du gouvernement de la Septimanie par le roi Ostrogoth lui-même, Narbonne retrouve symboliquement son ancien statut de préfecture des Gaules en redevenant la capitale du royaume wisigoth au détriment de Barcelone.

 526 - La mort de Théodoric le Grand renforce chez les Wisigoths la crainte que les Francs, jusque-là tenus en respect, ne soient tentés de chercher à nouveau à étendre leurs territoires vers la Méditerranée. Mais coup de tonnerre ! le roi Amalaric épouse Clotilde, la fille de Clovis. Celle-ci apporte en dot une partie de l'Aquitaine dont les Francs s'étaient emparés suite à leur victoire à Vouillé (507), ce qui permet de sceller une trêve entre les deux royaumes. 

Des tensions apparaissent, bientôt, entre les deux époux, du fait de conviction religieuses irréconciliables. Amalaric reste un fervent tenant de l’arianisme tandis que Clotilde se veut fidèle au catholicisme, chacun tentant de convertir l’autre à sa doctrine. Clotilde va précipiter le déclenchement des hostilités. 

  

Amalaric II (502-531) Tableau de Leopoldo Sanchez del Bierzo (1855)
Madrid - Musée du Prado
Elu roi des Wisigoths encore enfant, il a été placé durant 11 ans sous la tutelle de son grand-père Théodoric le Grand, roi des Ostrogoths. L'émancipation qu'il pouvait espérer de son mariage avec Clotilde, la fille de Clovis va, au contraire, précipiter sa perte dans un contexte d'extrême tension entre chrétiens ariens et chrétiens nicéens. 

531 Childebert, roi de Paris, défait devant Narbonne les Wisigoths d’Amalaric. Les troupes wisigothes sont écrasées et Amalaric, qui a préféré se tenir à l’écart de la mêlée, s’enfuit sur un des navires de sa flotte stationné non loin de la ville. Childebert rentre dans la ville mais se contente d’une simple razzia avant de se retirer, emmenant avec lui la reine Clotilde, sa sœur qu’il est officiellement venu délivrer

Childebert était venu avec son armée à l’appel de sa sœur Clotilde, victime de violences de la part de son époux Amalric, en raison de son refus de se convertir à l’arianisme, religion officielle des Wisigoths. Elle aurait, selon la tradition adressé un mouchoir taché de sang à son frère comme preuve de la maltraitance qu’elle subissait.

Mis en échec, Amalaric partit trouver refuge à Barcelone, abandonnant à la fois son armée et son trésor. Totalement discrédité, il fut poignardé à mort par un de ses propres soldats en décembre de la même année. On lui attribue la paternité de la reine Goswinthe (530-589), future épouse du roi Athanagilde 1er mais il est aussi probable qu’avec lui se soit éteinte la lignée royale des Balthes dont le fondateur aurait reçu de Gaut, le dieu de guerre la fameuse Terving, une épée magique symbole de victoire et de justice.

531 – Theudis (470-548) succède à Amalaric. Il transfère sa capitale à Barcelone.

On ne saura jamais quel fut son rôle exact dans la défaite d’Amalaric. Le fait qu’il ait été son tuteur pendant plus de dix ans puis son gouverneur une fois que celui-ci eut été élu roi dissimulait, aux yeux de certains, une ambition d’un autre ordre. Fidèle à Théodoric, il fut un administrateur zélé voire même consensuel, parvenant à donner des Wisigoths une image acceptable auprès de populations qui, issues dans leur immense majorité de la culture gallo-romaine, ne les considéraient jamais que comme des barbares de passage, tenants, de plus, d’une hérésie aussi barbare qu’eux. Pour ces gens-là, composer avec les Wisigoths n’était qu’une épreuve de plus dans l’attente de jours meilleurs. 

On ne dira jamais assez le trouble que sema la mort de Théodoric après des années d’un règne bienveillant et la menace qu’elle engendra de voir dépecer en peu d’années son projet de reconstituer l’empire romain. Il était parvenu à réaliser des alliances matrimoniales propres à restaurer, sous sa coupe, un ensemble hégémonique comparable à ce qu’était l’Empire Romain d’Occident. Or, sa disparition pouvait, en revanche aiguiser les appétits de certains. Theudis n’avait aucun lien de sang avec la famille royale mais il était le mieux placé pour être élu roi d’un pays improbable qu’il connaissait dans ses moindres renfoncements depuis qu’il avait été choisi comme tuteur du petit Amalaric en 511, 20 ans plus tôt. Il n’avait de plus aucun compte à rendre à Théodoric, celui-ci étant mort.

Theudis devait mourir en 548 dans son palais de Séville, assassiné par un déséquilibré en 548, augurant pour le royaume wisigoth une période d’instabilité au cours de laquelle se succèdent Theudegisel et Agila, tous deux assassinés après des règnes chaotiques. Athanagilde promu roi en 555 installe sa capitale à Tolède, un endroit plus sûr face à la pression des Byzantins, très présents en Hispanie. Il parvient restaurer l’autorité de son Royaume et son rayonnement. Ses deux filles Brunehaut et Galswinthe épouseront notamment pour la première Sigebert 1er , roi d’Austrasie et pour la seconde Chilpéric 1er roi de Neustrie.

567Narbonne redevient capitale du royaume wisigoth sous Liuva 1er

Jusque là gouverneur de Septimanie, Liuva succède à Athanagilde, décédé sans héritier mâle, après un interrègne de 5 mois.  Il a été désigné par les Grands du Royaume pour ses qualités mais son mariage avec Goswinthe, veuve d’Athanagilde lui permet d’asseoir son autorité. Il associe l’année l’année suivante son frère Leovigild au trône, se réservant pour lui la Septimanie, laissant l’Hispanie à son cadet.

572 le roi Wisigoth Liuva meurt à Narbonne. Son frère Leovigild lui succède, réunissant la Septimanie et l’Hispanie.

Leogivild parviendra à chasser d’Hispanie les derniers Byzantins et réunir à son royaume celui des Suèves, maîtres de la Galice depuis 409 après sa victoire sur Andeca. En tant qu’ardent défenseur de l’arianisme, Leovigild marqua, cependant son règne de son hostilité envers les catholiques, se rendant coupable de persécutions à leur égard. En 585, il fit même décapiter son fils aîné Hermenegilde, nouvellement converti au catholicisme parce qu’il refusait de renier sa foi.

572-576 - Aquilinus, évêque de Narbonne.

Le 7 avril 572, il reçut du roi Leovigild, de passage à Narbonne à l’occasion du décès de son frère une concession d’immunité pour ses propriétés situées en Tarraconaise. En 576, il fit don de deux domaines au monastère San Martin de Asan

580  - la peste justinienne fait son apparition dans le port de Narbonne.

580-588 - Athaloc, évêque arien de Narbonne. Depuis plus d'une vingtaine d'années, le siège de l'évêché catholique reste vacant en raison des mauvais traitements infligés aux fidèles par le pouvoir wisigoth.

8 mai 586 – le roi des Wisigoths Leovigild meurt à Tolède. Son fils Récarède lui succède. Le premier geste du nouveau roi est de faire exécuter Sisbert, le bourreau de son frère Herménégilde.

588 – la conversion du roi wisigoth Récarède au catholicisme provoque des troubles dans plusieurs provinces. L’évêque arien de Narbonne Athaloc tente de soulever la Septimanie avec l’aide de deux nobles goths Widigern et Granista. Ils s’en prennent violemment aux moines et aux prêtres faisant parmi eux de nombreuses victimes. Devant l’ampleur de l’insurrection, le roi Gontran de Burgondie, bien que catholique, envoie une armée sous les ordres de Boson, en soutien aux rebelles dans l’espoir de tirer profit du désordre ambiant pour accroître son influence territoriale.

La révolte échoue grâce à l’intervention du duc de Lusitanie, Claudius, appelé par le roi Récarède. L’armée burgonde est mise en déroute tandis qu’Athaloc meurt, dit-on de désespoir. Après sa mort, l'arianisme s'effondre rapidement face à l'importance des conversions.

589 Concile de Narbonne convoqué par le roi des Wisigoths Récarède. Sont rassemblés Migetius, évêque de Narbonne et les évêques d’Elne, Béziers, Carcassonne, Agde, Lodève, Maguelonne et Nîmes. Parmi les décisions prises, l’une porte sur l’obligation pour les prêtres de savoir lire et écrire.

Il est aussi décidé de combattre le paganisme toujours vivace en interdisant de fêter le jeudi comme jour dédié à Jupiter et de condamner à une amende tous ceux qui consulteraient ou accueilleraient des devins ou des sorciers. Selon des canons du concile, outre les Wisigoths et les Romains, les peuples présents en Septimanie se composaient également de Juifs, de Syriens et de Grecs, preuve que le négoce y était toujours très actif. Sont aussi visés les Juifs désormais obligés de respecter le repos dominical et interdits de chanter des psaumes aux enterrements. Ce concile édicte également des règles disciplinaires à l'usage des clercs. Interdiction de flâner sur les places ni de porter des vêtements de luxe figurent parmi les nouvelles prescriptions à l'attention de ces prêtres, diacres et sous-diacres de nouvelle génération, souvent peu instruits, que l'on doit portés vers les avantages matériels

L’évêque de Narbonne Migetius fait la même année fait le voyage jusqu’au Concile de Tolède qui réunit pas moins de 72 évêques.

23 octobre 610 – La tentative de restauration de l'arianisme soutenue par le roi Witteric (603-610) et une poignée de nobles ayant échoué, Serge, évêque de Narbonne souscrit à l’édit de Gundomar, nouveau roi des Wisigoths (610-612) reconnaissant l’évêque de Tolède comme le métropolitain de la Carthaginoise (archidiocèse de Carthagène)

633 Selva, évêque de Narbonne, siège la même année au Concile de Tolède. Parmi les décisions prises lors de cet assemblée figure l'abolition de le loi édictée par le roi Sisebut qui obligeait les Juifs à être convertis au christianisme par la force. Il est désormais demandé aux prêtres de leur accorder le baptême parla persuasion. Il est, en revanche, confirmé qu'il est interdit aux Juifs de posséder des esclaves chrétiens.

638 – l’évêque Selva de Narbonne préside le Concile de Tolède. Il est convenu que les Juifs convertis au christianisme n'auront pas le droit d'abjurer leur nouvelle religion.

672 - Argebaud, cité comme évêque de Narbonne. Il serait mort l'année suivante.

672 – les Narbonnais se révoltent contre Wamba (roi de 672 à 680), l’improbable successeur du roi Receswinthe qui résidait alors en Espagne. S’estimant trop vieux pour assurer cette fonction, bien qu’âgé de 38 ans, Wamba est sacré à Tolède avec l’huile bénite, légitimant son pouvoir.

673 - Envoyé pour soumettre les rebelles, le duc Paul se fait élire par les Narbonnais roi de Septimanie avant d’être dépossédé de son titre par Wamba lui-même lors d’une campagne dont le roi sort vainqueur bien qu'il eut aussi face à lui le duc de Tarraconaise Ronasind mais aussi le roi des Francs Childeric II. Wamba se présente devant Narbonne où les partisans de Paul, conduits par un certain Witimir offrent une forte résistance. Les remparts sont finalement forcé et Witimir arrêté.

2 septembre 673 – Réfugié à Nîmes, le duc Paul est vaincu par Wamba qui le fait tondre et revêtir d’une couronne de cuir en signe d’humiliation. Il est ramené en guise de trophée à Tolède avec une foule de prisonniers où on lui crève les yeux.

29 janvier 680 – Nommé archevêque par le roi Wamba, Julien de Tolède, bien que lui-même d’origine juive, organise l’enlèvement des enfants pour les baptiser de force et leur donner des noms chrétiens

Devenu impopulaire en raison, dit-on, de ses réformes militaires et religieuses, Wamba est, en quelque sorte, poussé vers la sortie, contraint de faire nommer, à sa place Ervige, un comte marié à Liubigotona, la fille du roi Swinthila (c.590-635), celui-là même dont le père Récarède (559-601), avait, le premier, renoncé en 587 à la religion arienne, pourtant emblématique de la culture wisigothe, au profit du christianisme nicéen. 

Roi parfois controversé mais doté de sa part de légende, Wamba fut aussi le premier souverain Wisigoth à faire face aux raids musulmans dans le sud de l’Hispanie. Malade, mais aussi en proie à une contestation de plus en plus marquée, il abandonna le pouvoir en 680 laissant à ses successeurs un royaume fragilisé. Il mourut en 688 dans le monastère où il s'était retiré.

683 Sunifroi (ou Sunifred), évêque de Narbonne. Il souscrit aux Conciles de Tolède jusqu’en 688, recevant pour l’occasion l’éloge d’Idale, évêque de Barcelone

La façon dont Ervige (643-687) est devenu roi des Wisigoths soulève cependant nombre de questions, tant sa légitimité, mise en doute, l'oblige à céder systématiquement à l'assemblée des évêques. Malade, il nomme en 687, son neveu par alliance Egica pour lui succéder.

Egica, roi des Wisigoths (687-701)
Tableau de Carlos Esquivel y Rivas (1853)
Madrid - Musée du Prado

On dit de la vengeance qu'elle est un plat qui se mange froid. Egica, qui n'était autre que le neveu de Wamba par sa mère Ariberga attendait, ainsi, son heure pour régler ses comptes avec Ervige qu'il estimait responsable de l'empoisonnement de son oncle. Une fois devenu roi des Wisogoths, 
Egica répudie sa femme Cioxilo, la fille d'Ervige ainsi que tous les membres de sa famille. 

La vengeance ne pardonne pas, pour autant, tous les excès. Au Concile de Tolède qui eut lieu en 693, Egica exigea de l'Eglise qu'elle promulgue des lois particulièrement hostiles aux Juifs, les faisant, de fait, les esclaves des chrétiens, exigeant que tous les enfants juifs, dès l'âge de 7 ans, soient enlevés à leur famille et élevés selon les préceptes du christianisme. Ces lois ne furent, en fait appliquées qu'à Tolède tant le rôle des Juifs était, d'une manière générale, considéré comme indispensable au bon fonctionnement de l'économie, mais constituèrent la prélude à la désintégration du pouvoir wisigoth. Egica se réconciliera, par la suite, avec son épouse et associera, au trône, son fils Wittiza, à partir de 697. 


687- Une stèle funéraire, découverte à Narbonne, portant les noms de trois enfants d'un seigneur Paragorus se terminant par la mention "Paix sur Israël" montre que les Juifs jouissaient alors d'une relative tranquillité. Dès l'époque gallo-romaine, en effet, la communauté juive, du fait de son implication dans la gestion des activités portuaires bénéficiait de certains droits, dont celui de posséder des biens en toute propriété. Conscients de l'importance de leur rôle dans le fonctionnement économique de la ville, les Wisigoths ne s'opposèrent jamais au maintien de ce privilège. 

694une épidémie de peste frappe Narbonne et ses environs. Cela fait déjà un an que l'infection a commencé à faire des ravages en Septimanie.



mercredi 28 août 2024

Les Wisigoths dans Narbonne (Vème siècle)

 

La migration des Goths depuis le 1er  siècle
 
Septembre 411 Constantin III, usurpateur élu empereur par ses troupes en 407 est exécuté à Arles.

En réponse à l’incapacité de l’empereur Honorius de repousser les barbares, quelques généraux profitent de la situation pour prendre le pouvoir et tenter de ramener l’ordre en Gaule. C'est le cas de Constantin qui, après avoir été proclamé empereur en Bretagne par ses troupes (407), a livré bataille en Gaule contre les envahisseurs germaniques avant de venir au secours de Rome.

Bien que gratifié en retour du titre de co-empereur par Honorius, Constantin se heurte vite à la rébellion de son propre général Gerontius qui soutient Maxime, un nouvel usurpateur venu d’Hispanie. Ce dernier s’empare à Vienne du propre fils de Constantin qu’il fait exécuter. Traqué, Constantin III se réfugie, alors, à Arles où il négocie sa reddition auprès de Constance, général resté fidèle à Honorius, contre l’assurance d’avoir la vie sauve. Faisant fi de sa promesse, Constance le fait cependant décapiter.

 Septembre 413 - Le roi Athaulf et ses Wisigoths font leur entrée à Narbonne, ramenant, avec eux, l’usurpateur Jovinus (Jovien). Accusant l'empereur Honorius de s'être montré incapable de maintenir l'ordre dans la Narbonnaise, les propriétaires et les commerçants leur ouvrent, avec bienveillance, les portes de la ville.

D’abord allié à Jovien (Jovinus), un aristocrate gaulois élu en 411 par une partie de l’aristocratie romaine pour ramener le calme en Gaule, alors en proie au désordre provoqué par les invasions barbares, Athaulf s’est retourné contre lui, vexé qu’il ait choisi son frère Sébastianus comme co-empereur. Il met le siège devant Valence où s’est réfugié Jovien. Il s’emparé de lui et le remet au préfet du prétoire Claudius Postumus Dardanus, demeuré fidèle à Honorius, afin qu’il soit exécuté. D’autres nobles captifs subissent le même sort. En contrepartie, l’empereur promet à Athaulf une importante livraison de blé

Les têtes de Sebastianus et Jovinus sont envoyées à Ravenne pour y être exposées.

Claudius Postumus Dardanus – issu d’un milieu modeste, il accède au patriciat à la suite de ses études. Elevé au grade de questeur, il est nommé préfet du prétoire des Gaules à partir de 402, exerçant d’abord à Trèves puis à Arles et enfin à Narbonne à partir de 412. 

Athaulf (375- Barcelone, 415)
Elu roi des Wisigoths à la mort de son beau-frère Alaricson mariage en grande pompe avec Gallia Placidiafille de l'empereur Théodose suscite très vite l'hostilité
 des siens et de l'empereur romain Honorius qui ne supporte pas de voir un barbare, même "romanisé" entrer dans sa famille. Athaulf est tué par un de ses proches à l'automne 415.
Tableau de Raimondo de Madrazo y Garreta (1888)

Né en 375, Athaulf appartenait à la famille des Balthes, illustre représentante de la noblesse wisigothe. Il avait en premières noces épousé Goisunte la sœur du roi Alaric dont il avait eu six enfants. Homme cultivé resté attaché à l’arianisme, connu aussi pour son élégance, il portait en 409 le titre de Comte des Cavaliers, avec pour charge de protéger la frontière de l’Empire le long du Danube face aux incursions des Huns lorsqu’il fut appelé en Toscane pour rejoindre Alaric. Celui-ci projetait de s’emparer de Rome et il lui fallait composer une armée de fidèles aguerris au combat. En août 410, les troupes wisigothes mettent Rome à sac avec la complicité opportune de Priscus Attale, l’homme de confiance d’Honorius, puis se dirigent vers le sud de l’Italie. Elles emmènent dans leurs bagages Galla Placidia, la fille de l’empereur Théodose dont la garde leur a été confiée par son demi-frère, l’empereur Honorius enfermé dans son palais de Ravenne. Mais alors qu’il se prépare à envahir la Sicile, Alaric meurt subitement de fièvre à Cosenza.

Elu roi à l’unanimité pour lui succéder, Athaulf renonce aux projets d’Alaric et décide de faire remonter son armée en direction de la Gaule, se livrant au passage à des violences et des pillages. Il y arrive en 412 à l’invitation du général Sarus (Sâr), un aristocrate Wisigoth au service d’Honorius qui s’est rangé depuis peu du côté de l’usurpateur Jovinus dans l’espoir que celui-ci remettrait un peu d’ordre en Gaule après les destructions provoquées par les Vandales, les Suèves et les Alains. Athaulf préfère, cependant, s’allier à Constance, général (magister militum) resté fidèle à l’empereur Honorius qui vient d’acquérir ses titres de gloire en triomphant de l’usurpateur Constantin III à Arles.

Représentation allégorique du mariage d'Athaulf et de Galla Placidia à Narbonne

1er janvier 414 Athaulf épouse en grande pompe Galla Placidia, la fille de l’empereur Théodose. Le mariage est célébré dans la maison du notable romain Ingenuus. Athaulf est vêtu à la romaine et Galla Placidia en impératrice.

Priscus Attalus prononce le discours du mariage et selon les dires, est chargé de la mise en scène des chants et des danses du spectacle.

Proche de l’empereur Honorius qui l’avait nommé Comte des Largesses, Priscus Attalus avait été chargé par le sénat de négocier avec Alaric lorsque celui-ci menaçait d’assiéger Rome. Mais il s’était, en fait, entendu avec le roi wisigoth qui l’avait élevé au rang d’Auguste, lui proposant même de devenir co-empereur. A la fois très habile et sans scrupule, il était parvenu, un temps, à retrouver les faveurs d’Honorius avant de se ranger à nouveau dans le camp d’Alaric. Devenu persona non grata aux yeux du pouvoir romain, il n’avait dès lors eu d’autre choix que de suivre les Wisigoths dans leurs déplacements aux côtés de Galla Placidia, servant à l’occasion d’intermédiaire.

Galla Placidia (388-450)
Fille de l'empereur Théodose le Grand et demi-soeur d'Honorius, elle est enlevée comme  otage par les Wisigoths suite au Sac de Rome en 410. Elle épouse le roi Wisigoth Athaulf à Narbonne le 1er janvier 414. un évènement qui frappe d'autant plus les contemporains qu'Athaulf est un aryen affirmé tandis que Gallia est, à l'image de son père, une chrétienne nicéeenne convaincue. Suite à l'assassinat d'Athaulf, elle retourne à Ravenne où Honorius l'oblige à épouser Constance, son maître des milices (Magister Militium) dont elle aura un fils, Valentinien qui deviendra empereur en 423.
Honorius est furieux que sa demi-soeur ait épousé Athaulf, qui, tout en étant roi, n'est jamais qu'un barbare indigne de faire partie de la famille impériale. Il décide, en conséquence, de rompre l’accord de livraison de blé consenti quelques mois plus tôt tandis que les Goths eux-mêmes reprochent à Athaulf de trahir ses valeurs essentielles. De cette union va naître un fils Théodose, mort en bas-âge, probablement assassiné par des membres de la noblesse gothe hostiles à Athaulf.

Printemps 414 - Faute de recevoir les rations de blé promises par l’empereur Honorius, les Wisigoths se vengent en s’emparant des villes de Gaule méridionale. Bordeaux et Toulouse sont prises mais Marseille résiste. Constance, prétendant à la main de Gallia Placidia, jaloux d’avoir été éconduit, fait alors bloquer les ports gaulois de Méditerranée, une stratégie qui  ne tardera pas à porter ses fruits. En réponse à cette provocation Athaulf élève Priscus-Attalus au rang d’empereur mais la manœuvre reste vaine car, faute de provisions et obligés de piller les populations locales, les Wisigoths acceptent à la fin de l’année de quitter la Narbonnaise pour s’installer dans le nord de l’Hispanie en échange de la promesse d’en chasser les Vandales. Athaulf et Galla Placidia résident désormais dans le palais de Barcelone. C’est là que va mourir leur fils Théodose, inhumé pour la circonstance dans un cercueil d’argent.

En septembre 415, Athaulf est égorgé à Barcelone par Dubius, un Goth de son entourage. Violemment anti-romain, le nouveau roi Sigeric, frère de Sarus fait exécuter les 6 enfants d’Athaulf malgré les protestations de l’évêque aryen Sigesaire, attaché à la cour wisigothe. Sigeric est assassiné après seulement 7 jours de règne au nom de la faide (vendetta germanique). Wallia est élu roi pour lui succéder. Quant à Attale, il finit par être livré à Constance qui l’exile aux Iles Lipari où il mourra dans l’anonymat.

Hilaire, évêque de Narbonne (417-427)

417 Hilaire, membre de l’élite locale exerçant déjà comme prêtre à Narbonne, est nommé évêque du diocèse. Il envoie une lettre au pape Zozime critiquant les méthodes de Patroclus, l'évêque d’Arles, mais essuie, de sa part, une fin de non-recevoir.

Depuis la venue de Paul au milieu du IIIème siècle, l’évêché de Narbonne était resté étrangement discret, voire inexistant. Alors que les églises de Béziers, Nîmes et Arles, officiellement placées sous l’autorité du métropolitain de la Narbonnaise, s’enorgueillissaient d’un réel dynamisme, à Narbonne même, l’activité religieuse était étrangement confidentielle. On ne peut pas dire, pour autant, que les Narbonnais étaient restés fidèles au culte des dieux romains de l’empereur, tant l’image même de Rome s’était dégradée depuis Antonin. Quant aux cultes païens comme celui de Mithra, de Cybèle ou d’Isis qui s’étaient répandus en Gaule Méridionale, on sait seulement, à la lumière de quelques vestiges archéologiques, qu'ils possédaient quelques adeptes à Narbonne. 

En revanche, Arles qui n'avait été, jusque-là qu'une cité cité de second rang, s’était, depuis le début du Vème siècle propulsée au rang de capitale sous l’impulsion de l’usurpateur Constantin III qui y avait établi sa résidence durant son court règne (407-411). Suite à l’invasion de tribus germaniques, elle était aussi devenu le siège de la Préfecture des Gaules à la place de Trèves. C’était donc en toute logique que l’évêque Patroclus, connu pour disposer de quelques bons appuis politiques, était parvenu à grouper sous son autorité métropolitaine les provinces de Gaule méridionale, dont la Narbonnaise. Hilaire, nouvel évêque de Narbonne, ne manquant ni de courage ni d’émotion, se prit de l’envie de redonner à son diocèse l’autorité historique qu’il avait perdu, se plaignant de l’importance prise, selon lui, abusivement par Arles. Après plus de 150 ans de silence, cette demande aurait pu aboutir si le pape Innocent 1er (401- 12 mars 417), qui y était favorable, n’était pas mort dans l’intervalle. Or, son successeur, Zozime (18 mars 417 – 16 décembre 418), élu quelques jours plus tard, s’empressa d’accorder de nouveaux privilèges à l’évêque d’Arles qu’il considérait comme l’Eglise-mère des Gaules, au détriment de Vienne, de Marseille et de Narbonne. Il reprocha même à Hilaire de n’être qu’un ambitieux et un manipulateur, le menaçant d’excommunication au cas où il ne se soumettrait pas. Hilaire se résolut à rentrer dans le rang avant que le nouveau pape Boniface (28 décembre 418- 4 septembre 422) ne change d’avis vis-à-vis des intrigues de Patroclus.

 9 février 422 – le pape Boniface répond à un courrier d’Hilaire, évêque de Narbonne, lui apportant son soutien dans le litige qui oppose le clergé et la population de Lodève à Patroclus d’Arles.

Le poste d’évêque était vacant à Lodève depuis fin 421 et profitant de ses privilèges, Patroclus y avait installé un de ses proches. Opposés à cette nomination, les Lodévois avaient alertés le pape Boniface qui, déjà bien renseigné sur les agissements de Patroclus, demanda à Hilaire de se rendre sans tarder à Lodève, lui renouvelant sa confiance et surtout ses prérogatives en qualité de métropolitain de la Narbonnaise. 

Bien que désavoué, Patroclus conservera son évêché mais mourra assassiné en 426 avec la complicité du nouveau Maître de la Milice et dit-on de Proculus, l’évêque de Marseille avec qui il avait été régulièrement en conflit.

 Rustique, évêque de Narbonne (427-761)

3 octobre 427 Rusticus est nommé évêque de Narbonne. Il succède à Hilaire

Né en 394, on le dit fils d'un évêque nommé Bonose sans que l'on puisse identifier ce dernier au prélat de Trèves qui officiait à la fin du Vème siècle. Parti étudier à Rome où il avait croisé St Jérome puis devenu moine à St Lérins en 413, il avait été ordonné prêtre à Marseille par l’évêque Proculus.

431Rusticus figure parmi les « Pères » du Concile d’Ephèse qui condamnent les thèses de Nestorius sur la nature de la Vierge Marie. 

435 Après avoir échoué par deux fois à s’emparer d’Arles, Théodoric 1er, roi des Wisigothe met le siège devant Narbonne, en vain

436Encouragé par les désordres provoqués par les Bagaudes, les Burgondes et la révolte des Armoricains, Théodoric Ier assiège une nouvelle fois Narbonne. Il parvient à s’en emparer, la pille et s’y installe

Flavius Aetius
(Durostorum (Mésie), 395 - Ravenne, 454)
Elevé à Ravenne à la cour de l'empereur Honorius, il est envoyé, encore enfant, comme otage auprès du roi des Wisigoth Alaric Ier puis à l cour du roi des Huns Ruga. Nommé préfet de prétoire en 426 grâce à l'appui de Galla Placidia, il accède au rang de généralissime en 429 avant de devenir consul en 432. Surnommé le "Dernier des Romains", il combat en Gaule les Francs et les Wisigoths du roi Théodoric Ier avec lequel il finit par signer un traité. Vainqueur des Huns à la Bataille des Champs Catalauniques (451), il fait son retour triomphal à Ravenne attisant la jalousie de l'empereur Valentinien III qui le tue de son poignard le 24 septembre 454, craignant un coup d'état de sa part.

437Litorius, "Magister Militum per Gallias", lieutenant d’Aetius reprend Narbonne à Théodoric après un an d’occupation. Il est aidé par des auxiliaires Huns qui terrifient les Wisigoths.

Litorius poursuivit Theodoric jusqu’à Toulouse à la tête de ses cavaliers mais échoua devant les murs de la ville. Fait prisonnier, il fut exécuté peu après. Reconnu pour sa bravoure, il reste toutefois un chef très controversé du fait d’être résolument resté païen et d’avoir persisté à sacrificier aux dieux anciens.

Theodoric 1er ( c. 390 -451) Elu roi des Wisigoths depuis 418, il a succédé à Wallia et confirmé Toulouse comme capitale de son royaume. Il était lié à Alaric 1er par son premier mariage avec sa fille Pédauque dont il avait eu deux fils Thorismond et Théodoric puis à son prédécesseur Wallia par son second mariage avec la fille de celui-ci Flavia Valiana dont il avait eu un fils, Euric. Ses trois fils seront tour à tour rois des Wisigoths

Il chercha à s’émanciper du statut de fédéré qui le liait à l’Empire romain au nom du principe de « l’hospitalité » en éditant notamment un code dans lequel il reprenait les usages et coutumes du peuple Wisigoth destiné à fixer leur identité mais dans un contexte plus large à unir au sein d’un même projet les populations vivant dans son royaume, celtes, romains, goths mais aussi chrétiens.

Il se trouvera souvent en compétition avec les troupes romaines, tantôt alliés, tantôt adversaires, motivé par l’ambition d’accroître les limites de son royaume. Echouant devant Arles puis chassé de Narbonne, il recevra du préfet du prétoire la Novempopulanie  en échange de ses services. Soucieux d’instaurer une véritable lignée dynastie, il sera, toutefois moins heureux avec les mariages de ses filles. La première épousera le roi vandale Huneric avant qu’il ne s’en débarrasse au profit d’un meilleur parti, la mutilant sauvagement au passage. La seconde, mariée au roi Suève Réchiaire, ne connaîtra que les pillages et les ravages de son époux sur les terres mêmes de son père.

En 451, Théodoric et ses fils joignent leur armée à celles du général romain Aetius et des Francs pour aller combattre Attila, profitant de l’occasion pour se venger des Vandales et de l’horreur qu’ils ont fait subir à sa fille (ils lui avaient coupé le nez et les oreilles) qu’ils soupçonnent d’avoir secrètement pactisé avec les Huns. Théodoric est tué dans la mêlée au cours de la bataille des Champs Catalauniques.

 438 – Les armées d’Aetius et Théodoric s’affrontent à la bataille dite du Mont des Couleuvres (Mons Colubarius). Aetius remporte une victoire écrasante sur les Wisigoths.

Les Wisigoths (illustration)
Ce lieu resté mystérieux pourrait être le Roc de la Garde Roland à proximité d’Olonzac, selon une source occitane du XIIIème siècle.

Flavien Merobaude, un fidèle d’Aetius, raconte comment il a appris la nouvelle alors qu’il se trouvait en IIlyrie « … j’ai rencontré quelqu’un qui rapportait qu’il avait assisté à tes récents exploits. "L’ensemble des forces gothiques, disait-il, avaient fait une sortie avec leur roi pour ravager la Romanité. Dès que le général l’apprit…" Et je n’ai pas attendu qu’il ajoutât : "Il s’avança, livra combat." C’est que je ne doutais pas de cette action de ta part, mais je lui demandai sur-le-champ où, comment et combien tu en avais mis en déroute. Alors lui : "Au mont, dit-il, que l’antiquité a nommé Colubrarius dans une sorte de prémonition (là en effet ont maintenant été terrassés des serpents qui empoisonnaient l’État), il livra à l’improviste, comme souvent, la plus grande partie de l’ennemi au carnage et, après avoir mis en déroute les troupes d’infanterie, qui étaient les plus nombreuses, et poursuivi lui-même les escadrons dans leur débandade, il écrasa avec vigueur la résistance, avec vivacité les fuyards." »

441 la cathédrale de Narbonne (emplacement de l’actuelle cour de La Madeleine) est détruite par un incendie (peut-être basilique St Saturnin et St Marcel)

18 novembre 444pose de la première pierre de la nouvelle cathédrale de la Major à Narbonne sous l’égide de Rusticus, évêque de Narbonne et de Marcellus, préfet des Gaules

29 novembre 445Rusticus inaugure la cathédrale de Narbonne dédiée à St Genès d'Arles (inscription gravée).

C’est incontestablement sous son mandat que la ville change de physionomie. Les grands monuments à commencer par le capitole sont démantelés. Les matériaux sont réemployés dans la construction des nouveaux édifices religieux mais aussi dans la réfection des digues à un moment où l’activité portuaire connaît un nouvel essor. Ces opérations s'avèrent, aussi, très coûteuses, obligeant Rusticus à solliciter des concours financiers bien au-delà de son diocèse. Hormis de riches particuliers, quelques évêques dont Venerius, celui de Marseille apportent leur contribution jusqu'au préfet des Gaules Marcellus qui offrira 2000 sous d'or pour le paiement des ouvriers.

451Thorismond, fils aîné de Théodoric 1er devient roi de Wisigoths à la mort de son père, tué à la Bataille des Champs Catalauniques en combattant les Huns.

Thorismond ( ? -453) – contrairement aux autres membres de sa famille, il n’a pas reçu l’enseignement d’un précepteur latin, restant, selon la volonté de son père, porteur de la culture visigothe. Résolument attaché à la vie militaire, il va poursuivre jusque dans la Vallée du Rhône les restes de l’armée d’Attila et de ses alliés Alains. Devenus méfiants, les Romains le dissuadent de s’emparer d’Arles tandis que du côté de sa famille, on commence à déplorer son peu d’empressement à s’intéresser aux affaires du royaume. De retour à Toulouse, malade, il est assassiné par un de ses proches après qu’il l’ait informé d’un complot contre lui. Les choses sont allées très vite. Les comploteurs ne seront jamais démasqués mais on soupçonnera ses frères.   

455 -56 Rusticus fait construire à Narbonne une chapelle dédiée à St Félix de Gérone (du nom de la ville où celui-ci a subi le martyre). Cette chapelle sera démolie au cours du XVIIème siècle.

457 Rusticus fait édifier une église à Minerve (linteau en marbre sculpté porte l’inscription)

26 novembre  461 – mort de Rusticus. Epuisé par le poids de la fonction et les problèmes soulevés par l’accueil des réfugiés chrétiens venus d’Afrique du Nord pour fuir les persécutions des Vandales, il avait manifesté son désir de se retirer de la vie ecclésiastique mais le pape Léon 1er (29 septembre 440- 10 novembre 461) s’y était opposé. 

Rusticus avait, entre temps, nommé Hermès, son archidiacre, évêque de Béziers, le siège étant devenu vacant, mais comme les Biterrois n’en avaient pas voulu, il l’avait fait revenir à Narbonne avant qu’il ne soit choisi comme évêque pour lui succéder.

Considérant cette nomination comme une usurpation, Frédéric, le frère du roi des Wisigoths, alerta le pape. Se voulant les « champions de la discipline ecclésiastique », les nouveaux maîtres du pays voulaient de la sorte montrer au clergé narbonnais qu’ils n’appréciaient guère son attitude méprisante et sa façon de conserver dans ses décisions une forme d’entre-soi qui n’était plus de mise. 

3 octobre 462 – faisant suite aux recommandations de plusieurs évêque gaulois, le pape Hilaire (19 novembre 461 – 29 février 468) accepte de nommer Hermès évêque de Narbonne tout en lui refusant toute autorité de métropolitain, attribuant celle-ci au doyen d’âge de la province, en la circonstance l’évêque d’Uzès.

Le pape reconnaissait qu’il avait accordé trop de foi aux arguments fallacieux des Biterrois et qu’Hermès était, en fait, irréprochable. Alors évêque de Béziers, Hermès avait été proposé au pape Hilaire par Rusticus pour lui succéder ce que celui-ci avait alors refusé, estimant ce choix entaché d’irrégularité.

3 décembre 462 – le pape Hilaire confirme dans une lettre que la perte des droits de métropolitain ne concerne que l’évêque Hermès et que le prochain évêque de Narbonne les recouvrera dans leur intégralité. On ne connaîtra jamais la vérité sur l'objet du litige ni même le nom de son successeur

462 le général romain Agrippinus, gouverneur de la Narbonnaise cède Narbonne à Théodoric II, roi des Wisigoths.   

 Agrippinus ( 410 – 463) – d’origine nobiliaire, il aurait épousé Fredémonde, une fille de la famille royale franque ou un certaine Engeltrude d’Orléans. Maître de la Milice, il fut accusé en 456 de déloyauté par son successeur Aegidus et envoyé à Rome pour y être jugé. Condamné à mort, il parvint à s'échapper de la prison et se réfugia dans l'église Saint Pierre. Finalement blanchi par le nouvel empereur Libius Severus, il put retourner en Gaule "avec tous les honneurs". Cest lui qui fut chargé de céder la Narbonnaise aux Wisigoths, en échange de leur participation dans lutte qui s'engageait contre Aegidus, maître du Royaume dissident de Soissons.  

Selon la décision de l’empereur Libius Severus, ou plutôt de Ricimer, le véritable Maître des Horloges, non seulement la ville mais aussi toute la Narbonnaise passent sous domination wisigothe en remerciement de l’appui militaire que lui fournit Théodoric dans le combat qu’il vient d’engager contre le général Aegidius qui, soutenu par les Francs de Childéric 1er ,vient de proclamer l’indépendance de la Gaule du nord.

Ricimer (405-478), élevé en 466 au grade de magister militum (maître de la milice), par l’empereur Avitus contre lequel il se retourne aussitôt, il va devenir, durant 16 ans, le véritable maître de l’Italie, se comportant tantôt en ardent défenseur de l’unité de l’Empire Romain et tantôt en aventurier sanguinaire. Dans le contexte géopolitique des plus complexes qui régnait alors, Ricimer disposait d’un certain nombre d’atouts, étant par son père petit fils du roi suève Rechila et par sa mère petit fils du roi wisigoth Wallia. En véritable « faiseur de rois », il préféra exercer le pouvoir dans l’ombre d’empereurs fantoches (Majorien, Libius Severus, Anthémius… Olybrius …) totalement à sa merci. Il mourra d’une hémorragie à l’automne 472 après avoir organisé une dernière fois le sac de Rome et dévalué de façon définitive la fonction impériale.

Théodoric II ( ? – 466) – fils de Théodoric 1er et de Pédauque, petit-fils d’Alaric 1er, il est élu roi à la mort de son frère aîné Thorismond, assassiné suite à un complot auquel il est soupçonné d’avoir participé. Contrairement à son prédécesseur, Théodoric a bénéficié dans sa jeunesse de l’enseignement d’Avitus, un noble arverne qui l’a initié à la culture latine, tant littéraire que politique. Il devient vite, pour ce qui reste encore de l’Empire Romain, un interlocuteur incontournable dans la guerre qu’il mène contre les Vandales et les Suèves, selon lui de simples pillards « sans foi ni loi » venus de Germanie, la terre des barbares pour lesquels il n’a que du mépris. Sauf que son alliance avec les Romains qui assistent en direct à l’effondrement de leur Empire, lui offre l’opportunité de conduire pour son propre compte une politique d’expansion territoriale qui passera d’abord par la Gaule Narbonnaise (Septimanie), puis par la péninsule ibérique avec l’anéantissement de l’éphémère royaume Suève. Il va cependant échouer à conquérir les Pays de Loire solidement tenus par le maitre de la milice Aegidius. L’édit qu’il promulgue vers 460, connu sous le nom d’Edit de Théodoric, modifie celui de son père dans le sens qu’il établit une distinction entre la classe des Wisigoths et celle des Romains, ainsi qu’entre le groupe des libres et des non-libres.

Jugé à la fois trop romanisé et trop peu impliqué dans la défense de l’arianisme, cette variante du christianisme dans laquelle se reconnaissent les Wisigoths mais que les catholiques condamnent comme une hérésie, Théodoric meurt égorgé par son demi-frère Euric en 466.

L’arianisme – si l’on replace les diverses interprétations de la doctrine chrétienne dans leur contexte, il est aisé de comprendre que la question du croisement de l’humain et du divin qui en constitue l’assise, allait nécessairement faire l’objet de terribles controverses. Le polythéisme antique, tolérant par principe, avait construit des mythologies mettant en scène des dieux semblables en tous points aux hommes à l’exception du fait qu’ils étaient immortels. En revanche, les hommes, du fait qu’ils étaient mortels, n’intéressaient que très peu les dieux. Or, voilà qu’un individu du nom de Paul, un officier d’origine juive réputé pour son zèle à pourchasser les chrétiens fut jeté de son cheval, au moment où il se rendait à Damas, soudain pétrifié en entendant une voix de l’au-delà l'interroger sur le sens de sa mission. Convaincu que c’était le Christ en personne qui l’avait interpelé, il s’est fait le missionnaire de cette nouvelle religion qui tirait son essence du judaïsme dont il était lui-même issu mais qui venait aussi questionner, de plein fouet, la culture hellénique qui était aussi la sienne en proclamant que l’humain et le divin venaient de se croiser en la personne de Jésus. En tant que fils de Dieu venu sur terre pour sauver l’humanité, mort puis ressuscité, il est parti rejoindre dans les nuées le Père fusionnel avec lequel il n’a jamais fait qu’un. Et grâce au Saint Esprit, les deux devenus trois n'ont plus fait qu’un. Pour un homme averti du 21ème siècle, la mayonnaise ne risquerait pas de prendre (et encore, quand on pense que certaines se mettent à croire que la terre ressemble à un disque vinyl) mais pour un homme du IVème siècle, familier des mystères divinatoires et des rituels de tous ordres, nourri aux exotismes de la pensée qui avaient envahi le bassin méditerranéen depuis que, dans son hégémonisme, l’empire romain y avait brassé toute une mosaïque de peuples, jusque-là indifférents les uns aux autres, les controverses revêtaient un caractère ordinaire. L’essor du christianisme ne put donc empêcher, au début du IVème siècle, la diffusion de la doctrine élaborée par le prêtre Arius, un théologien basé à Alexandrie, qui établissait que, bien que semblable au père, le fils lui était soumis sans être pour autant son incarnation. Cette interprétation fut condamnée par le Concile de Nicée qui imposa le concept (par ailleurs tout aussi contestable) selon lequel le fils est de même nature que le père et qu’ils sont en fait tous deux la seule et même personne. Craignant la propagation de cette variante du christianisme, le concile de Constantinople qui s’était tenu en 381 avait condamné à mort quiconque posséderait un livre du moine Arius. Or, les Goths dans leur ensemble s’étant convertis à l’arianisme, la question de la nature réelle du Christ allait nourrir les querelles doctrinales les plus farouches entre les tenants de la romanité que représentait le catholicisme trinitaire et ceux qu’ils considéraient avec mépris comme les Barbares. Une fois installés dans le sud -ouest de la Gaule, les Wisigoths souhaitèrent que l’arianisme constituât la part fondamentale de leur identité dans le but d’asseoir leur propre autorité, une approche, en fait, trop minoritaire pour résister longtemps à la prétention œcuménique de l’Eglise de Rome.

465 de passage à Narbonne, Sidoine Apollinaire écrit « salut Narbonne, riche de santé, belle à voir dans ta ville et ta campagne, avec tes murailles, tes citoyens, ton enceinte, tes boutiques, tes portes, tes portiques, ton forum, ton théâtre, tes sanctuaires, ton capitole, tes bourses, tes thermes, tes arcs, tes greniers, tes marchés, tes espaces verts, tes fontaines, tes îles, tes salines, tes étangs, ton fleuve, tes marchandises, ton pont, ta haute mer ; tu es la seule qui puisse à juste titre vénérer comme tes dieux Bacchus, Cérès, Palès, Minerve, grâce à tes épis, tes vignes, tes pâturages, tes pressoirs à olive… »

Il avait été l’hôte des Consentii, une famille des plus influentes de Narbonne et l’on peut imaginer que l’accueil qu’il avait reçu avait largement contribué à l’impression que lui avait laissé la ville.   Sa description pour le moins emphatique montre à quel point la cité de Narbonne continuait de rayonner malgré les troubles qui agitaient la région depuis des décennies. On constate surtout que la ville avait su résister aux épreuves, bien protégée par ses murailles et que malgré la dégradation de ses ressources et l’affaiblissement de ses activités portuaires, ses monuments conservaient encore fière allure.  

Sidoine Apollinaire (430-486)
Marié à la fille du très influent sénateur Avitus, il s'affirme surtout comme un poète de grand talent, suscitant l'intérêt de l'empereur Majorien auquel il consacre un panygérique. Désireux de prendre ses distances avec la vie politique après l'assassinat de Majorien, il s'installe en Auvergne mais sa réputation est telle qu'on le demande à Toulouse auprès de Théodoric et surtout à Rome où il fait son retour en 468 avec le titre de préfet. Déçu de ne pouvoir mener à bien sa mission dans une ville en proie à des soulèvements populaires récurrents du fait des pénuries alimentaires, il rentre en Gaule. 
Devenu évêque de Clermont en 470, il va lui falloir cette fois batailler contre les velléités anti-romaines du roi Wisigoth Euric
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Sidoine Apollinaire (Lyon 430 – Clermont 486) – issu de la noblesse gallo-romaine, il se fit très vite reconnaître par son aptitude à la poésie, s’imposant bientôt comme un des auteurs les plus fameux de sa génération. Il épousa, en 452, Papianilla, la fille du sénateur Avitus, s’alliant de la sorte à une des plus puissantes familles arvernes. Devenu empereur en 456 grâce à l’appui du parti wisigoth, Avitus allait cependant très vite se heurter à la coalition menée par Ricimer et Majorien, un autre prétendant au trône. Battu, Avitus périt au cours de sa fuite mais Sidoine parvint à trouver grâce auprès du nouvel empereur Majorien qui appréciait son talent, avant que Ricimer ne le fasse lui-même assassiner. Sidoine Apollinaire préféra alors se consacrer à l’écriture, ne fréquentant qu’à l’occasion la cour de Théodoric II. Il eut toutefois l’opportunité de revenir à la vie publique en étant appelé en 470 à occuper le poste d’évêque de Clermont, une charge rapidement encombrante lorsqu’il lui fallut à deux reprises s’opposer aux troupes du roi Wisigoth Euric, très hostile au pouvoir romain. Emprisonné durant deux ans, il ne recouvrira la liberté qu’en adressant à contre-cœur les louanges à Euric. Il mourra en 486, retiré depuis longtemps des rudesses de la vie politique.

Plan de Narbonne au Vème siècle

479 – Tonance II Ferreol (Tonantius Ferreolus) est nommé sénateur de la Gaule Narbonnaise. Issu d'une riche famille de l'aristocratie gallo-romaine dotée d'un important patrimoine, il est né à Narbonne et s'est fait une réputation par sa culture et son goût pour les lettres, comptant parmi ses relations Sidoine Apollinaire qu'il a eu l'occasion d'accueillir dans un de ses domaines. Son père Tonance I Ferréol a été Préfet du Prêtoire au moment des grandes invasions barbares et s'est fait reconnaître pour ses talents de médiateur. En sa qualité de sénateur, fonction qu'il exercera jusquà sa mort, Tonance II (c.450-517) représente la continuité des structures administratives romaines qui, malgré l'effondrement de l'Empire, vont encore se maintenir pendant près d'un siècle, jouant le rôle d'intermédiaire entre les nouveaux pouvoirs, qu'ils soient wisigoth, ostrogoth ou franc et les populations locales, bien plus nombreuses.
Il a épousé Industria (née vers 470) dite de Reims dont on dit qu'elle est la fille de Probus Flavius Magnus, sénateur originaire de Narbonne appartenant lui-même à l'aristocratie romaine. La généalogie leur attribue une fille prénommée Deutéria dite de Reims née en 503 qui aurait épousé le roi Théodebert 1er d'Austrasie en 533. Ce dernier l'aurait assez vite répudié.