samedi 23 novembre 2024

Narbonne au XIIIème siècle - Le Clan des Cisterciens (1209)

3 février 1209le pape Innocent III reconnaît que la pieuse obstination dont font preuve ses missionnaires et ses prêcheurs, depuis de nombreuses années, n'a pas ralenti la progression de l'hérésie "cathare" sur les terres du Comte de Toulouse. Il exige, en conséquence, qu'y soient éliminés, sans attendre, tous ceux qui s'affranchissent des règles fixées par l'Eglise et exhorte, sous peine de sanctions, les fidèles à se croiser. Il demande au roi Philippe-Auguste de prendre la tête de l’expédition à laquelle il donne le nom d’ « Affaire de la Paix et de la Foi » (Negotium pacis et fidei). Il accorde, en outre, à tous ceux qui s’engagent les mêmes faveurs qu’à ceux qui sont allés combattre en Terre Sainte.

Les seigneuries d'Occitanie au début de l'année 1209
1er mai 1209 – Fort peu enclin à s'engager dans ce qu'il considère comme une entreprise d'autant plus hasardeuse qu'elle concerne des terres sur lesquelles il n'exerce qu'un droit symbolique de suzeraineté, le roi Philippe-Auguste réunit ses barons à Villeneuve-sur-Yonne en présence des légats du pape Milon et Arnaud Amalric, également abbé de Citeaux. Parmi eux figurent notamment Eudes III, duc de Bourgogne, Hervé, comte de Nevers et Gaucher de Chatillon, comte de Saint Pol. Il leur annonce, courageusement, que malgré l’insistance du pape Innocent III, il ne se joindra pas à la croisade contre les hérétiques du sud de la France, trop préoccupé par les démêlés qui l'opposent au roi Jean d’Angleterre et au nouvel empereur d’Allemagne Otton de Brunswick.


Saint Gilles le 22 juin 1209
Le Comte Raymond VI de Toulouse flagellé en public par le légat Milon

Ayant refusé, depuis de nombreuses années, de combattre l'hérésie cathare qui a séduit bon nombre de ses sujets dont plusieurs seigneurs, le comte de Toulouse a accepté, dans leur totalité, les conditions humiliantes que lui ont imposé les légats du pape, espérant que sa soumission servira à apaiser les ardeurs guerrières de l'armée croisé venue du nord. Il lui faudra bientôt reconnaître sa naïveté. 


18 Juin 1209 – le légat Milon invite le comte Raymond VI à se rendre à Saint Gilles pour une ultime réunion de conciliation. Les conditions qui lui sont imposées sont très dures mais le comte de Toulouse n’a d’autre choix que de répondre à cette convocation sachant que c’est, en quelque sorte, le rendez-vous de la dernière chance. Il doit livrer sept châteaux et renoncer à ses droits sur le comté de Melgueil, désormais attribués à l’Eglise. Le légat exige aussi que les consuls des diverses villes, les barons et toutes les personnes concernées, dans le comté de Toulouse par les problèmes de paix et de foi se portent caution pour Raymond VI. Un seul manquement à ces engagements signifierait l’excommunication du comte et libérerait ses vassaux de tous leurs serments et de leurs obligations de fidélité. 
Pour un aristocrate de haut rang comme Raymond VI, ces conditions ne sont rien d’autre qu’une terrible humiliation mais il est seul face à 3 archevêques et 12 évêques accusateurs qui voient alors l'opportunité d'ajouter à leur hégémonie spirituelle une nouvelle puissance temporelle. Le comte de Toulouse accepte, malgré lui, les conditions, se répétant que jamais, il ne viendra se battre contre ses propres sujets. Il lui faut pour cela gagner du temps, mais le pourra-t-il seulement alors qu’une formidable armée descendant du Nord risque de renverser l’art de vivre qu’ont célébré tout au long du siècle écoulé poètes et troubadours. Gagner du temps, mais comment? Il accepte de prendre part à la croisade en préparation, espérant un hypothétique rôle de médiation. C'est donc pieds et torse nus qu'il se présente devant le porche de l'église de Saint Gilles pour y faire pénitence avant d'être flagellé en public.

1209 Pierre III de Saissac (1188-1243), fils du baron Bertrand de Saissac, récemment décédé, et d'Ava de Fenouillet rend hommage au vicomte Aymeri III de Narbonne pour son château de Fenolhet et la seigneurie de Fenouilhèdes. Il est accompagné pour la circonstance du diacre cathare Arnaud de Fenolhet. Du côté des Saissac aussi bien que des Fenouillet, nul ne cache sa proximit avec les cathares.   

22 juin 1209 – le comte Raymond VI de Toulouse se trouve dans l’obligation de se mettre durant 40 jours au service des croisés dans le cadre de l’Ost, une disposition qu’il lui faut aussi assumer depuis qu’il a accepté de se placer sous la surveillance des légats du pape. Le même jour, les habitants de Villemur du Tarn qui abritent une centaine de Parfaits et de Parfaites cathares, choisissent de mettre le feu à leur cité de peur que leur vie ne soit mise à prix lors de la venue des croisés.

24 juin 1209 – l’armée des croisés quitte Lyon. On estime qu’elle compte entre 15 000 et 20 000 hommes, si l'on inclut tous les métiers liés à une telle mobilisation et plus de 500 chevaliers venus d’Ile de France, d’Anjou, du Poitou, de Bourgogne ou d’Auvergne. On compte aussi des combattants venus d’Allemagne du Nord et du Sud et d’autres encore venus de Lombardie. Le légat Arnaud Amalric en est à la tête, secondé par le duc Eudes III de Bourgogne et le comte de Nevers Hervé IV de Donzy. Figurent aussi Gaucher III de Chatillon, Comte de Saint Pol ; Simon de Montfort (1160-1218), comte de Leicester, escorté par l’abbé Gui des Vaux de Cernay, son conseiller et ami ; Milon IV de Puiset, comte de Bar ; Guichard IV, seigneur de Beaujeu ; Gaucher de Joigny, seigneur de Château-Renard ; Pierre II de Courtenay, comte d’Auxerre ; Enguerrand de Marle, seigneur de Coucy ; Guy 1er de LévisBouchard 1er de Marly, Robert II de Mauvoisin ou encore Alain de Roucy, Gaubert d’Essigny, Amaury et Guillaume de Poissy. De nombreuses personnalités ecclésiastiques se sont jointes à la croisade, telles que l’évêque de Sens Pierre de Corbeil ; l’évêque d’Autun Gauthier II ; l’évêque de Clermont Robert d’Auvergne et l’évêque de Nevers Guillaume de Saint Lazare. Le pape Innocent III a pris la précaution de promettre à ceux qui ont pris les armes les mêmes indulgences que lors des croisades en Terre Sainte, donnant à cette expédition dans le sud de la France un caractère sacré. Le fait d’assimiler la doctrine cathare à un crime de lèse-majesté envers Dieu légitime le sort qui doit être réservé aux hérétiques, à savoir la peine de mort.

Les grandes seigneuries d'Occitanie au début du XIIIème siècle

12 juillet 1209
- les croisés traversent Montélimar. Au même moment, une autre armée conduite par l’archevêque de Bordeaux
 Guillaume II Amanieu, les évêques de Cahors, de Limoges, du Puy et d’Agen, à laquelle participent aussi le comte Guy II d’Auvergne et le vicomte Raimond III de Turenne poursuit ses opérations dans l’Agenais. L'hérésie cathare s’y est considérablement développée à partir du moment où la province est passé sous la suzeraineté du comté de Toulouse après avoir été offerte en dot à Jeanne d’Angleterre par son frère le roi Richard Cœur de Lion, à l’occasion de son mariage avec Raymond VI.

L'archevêque de Bordeaux fait ériger à Casseneuil le premier bûcher destiné aux cathares

Après avoir copieusement ravagé et pillé le Marmandais, les croisés menés par l’archevêque de Bordeaux ont pour objectif de faire tomber la cité de Casseneuil que commande Seguin de Balencs et qui sert de refuge à de nombreux cathares. Le comte Guy refuse dans un premier temps d’assiéger  la ville après avoir reçu de l’argent des habitants mais l’impétueux Guillaume Amanieu ne l’entend pas de cette oreille. Il exige, pour lever le siège, que les cathares abjurent. Ceux-ci refusent, cependant, dans leur majorité de renoncer à leur foi. Furieux d’une telle obstination, l’archevêque de Bordeaux condamne les hérétiques à l’enfer et fait ériger un bûcher où périront les réfractaires. On ignore combien ce tout premier bûcher fit de victimes mais le Canso, poème anonyme de l’époque raconte que « Maintes belles hérétiques…furent jetées aux flammes ».

C'était la première fois, dans les terres méridionales, que des hérétiques étaient condamnés à périr par le feu alors que ce type d'exécution était, en revanche, assez courant dans le nord du royaume et dans les Flandres sans que les populations ne s'en émoient. Dans le midi, les sanctions pour hérésie se traduisaient généralement par le bannissement et la confiscation des biens.

19 juillet 1209 – les croisés passent Montpellier sans heurt, la ville relevant du roi Pierre II d’Aragon, fidèle soutien du pape Innocent III. Ils prennent la route de Béziers, première ville connue pour abriter une forte communauté cathare.

21 juillet 1209 – les croisés arrivent devant Béziers. Par opportunisme mais aussi défiance envers le vicomte Raimond-Roger Trencavel, certains seigneurs biterrois font le choix de se soumettre, à l’instar d’Etienne de Servian. Le vicomte de Béziers tente de négocier avec le légat Arnaud-Amalric des conditions similaires à celles qu’a acceptées son oncle Raymond VI de Toulouse mais on ne lui pardonne pas d’avoir littéralement abandonné ses seigneuries aux hérétiques. Arnaud-Amalric exige que lui soient livrés les cathares mais, du haut de leurs remparts, les Biterrois, se sentant protégés, narguent le légat et ses croisés. L’évêque de Béziers Renaud de Montpeyroux tente bien une médiation en soumettant une liste de 222 hérétiques mais Arnaud-Amalric prend la décision d’investir la cité. Il demande alors à l’évêque et à tous les catholiques de quitter la ville au plus vite. Ils ne sont que quelques-uns à partir. Le vicomte Raimond-Roger Trencavel part pour Carcassonne après avoir promis d’envoyer une armée de secours.

L'armée croisée devant Béziers le 22 juillet 1209
Vêtu de rouge sur son cheval, le légat Arnaud-Amalric brandit une croix. C'est certainement à ce moment précis qu'il s'écrie "Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens", autorisant de la sorte le massacre de toute une population, sans distinction d'âge ni de sexe. On parlerait aujourd'hui de crime contre l'humanité.
L'artiste a représenté la cathédrale St Nazaire sous son aspect actuel. Elle était alors bien différente. 


22 juillet 1209 – Surs d’eux, les Biterrois s’apprêtent à résister à un siège d’au moins 40 jours mais, impatients d'en découdre, certains font preuve d’imprudence en allant directement provoquer les croisés. Ceux-ci en profitent pour se lancer à leur poursuite jusqu’aux portes de la ville où les aventureux se replient dans le plus grand désordre. Commence alors un véritable carnage. Les habitants sont massacrés (gran mazel), y compris ceux qui se sont réfugiés dans les églises. La ville est livrée au pillage et incendiée. La nouvelle va vite se répandre dans toute l’Europe. On estime que c’est la moitié de la population qui a été tuée, soit environ 4000 personnes. A qui en incombe la responsabilité ? Les barons prétendent avoir été débordés par leurs ribauds, des hommes sans solde qui se sont mis à leur service en quête de butin tandis que pour nombre de chevaliers, l’expédition approche de son 40ème jour, censé annoncer la fin de leur engagement. Pour contenir le risque de défections, le pape Innocent III réinstaure habilement la dîme dite "saladdine" qui condamne à un impôt supplémentaire tous ceux qui renonceraient à la croisade.
L'histoire retiendra, d'abord, de cet évènement, ces paroles attribués au légat du pape Arnaud-Amalric : « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens »*. Connaissant le personnage, entre la haine qui l’habite et le sentiment de supériorité qu’il ressent de se savoir à la tête d’une véritable guerre sainte, même si les avis des historiens sont partagés, il n’est pas interdit qu’elle ait pu lui échapper. Face à l’ampleur du désastre, certains seigneurs occitans préfèrent se joindre aux croisés. 

*Selon le moine cistercien Césaire d’Histerbach qui a relaté les faits quelques années plus tard, Arnaud Amaury aurait plutôt crié « Massacrez-le, car Dieu reconnaît les siens ». La tradition quelque peu arrangé les paroles.

Le Sac de Béziers
Tableau de Jean-Noël Sylvestre (Béziers - Musée des Beaux-Arts)
L'artiste a reproduit le moment où les croisés s'engouffrent dans les rues de la ville après avoir poursuivi certains habitants qui avaient, en toute imprudence, pris l'initiative
d'aller les provoquer près de leur campement.

25 juillet 1209 –  
Alors que l’armée croisée passe à Capestang, l’archevêque Bérenger et le vicomte Aymeri III viennent lui présenter la soumission de Narbonne, s’engageant à lui fournir des armes et des vivres. Jusque-là très controversé étant donné son attitude parfois conciliante envers les cathares, Bérenger n'a désormais d'autre choix que de  prêter serment à Arnaud-Amalric et aux chefs de l’armée croisée. Quand à Aymeri, il se voit reprocher une neutralité que l'on assimile à de la complicité, bien qu'il figure au rang des grands bienfaiteurs de l’abbaye cistercienne de Fontfroide, réputée pour sa proximité avec la papauté. Pressé par le duc de Bourgogne et le comte de Nevers, il se range officiellement du côté de l’Eglise. Il a, au préalable, pris la précaution de créer un "certificat d'orthodoxie", document permettant d'accueillir chez soi un étranger, punissant, en revanche, de façon très sévère ceux de ses sujets qui protègeraient des hérétiques.

1er août 1209les croisés entament le siège de Carcassonne. La ville où vivent d’ordinaire environ 4000 habitants accueille, à ce moment, de nombreux paysans venus s’y réfugier par peur de représailles. Suivant les conseils de son second Pierre-Roger Cabaret, le vicomte Raimond-Roger Trencavel ne prend pas le risque d’un affrontement direct avec l’armée croisée. Il attend la venue de son suzerain le roi Pierre II d’Aragon, censé lui prêter secours.

L'implantation Aragonaise dans le sud de de la France au début du XIIIème siècle

6 août 1209
– 
le roi Pierre II d’Aragon se présente en médiateur devant Carcassonne à la tête de 100 chevaliers en armure. Il a dû laisser l’essentiel de son armée aux prises avec les Almohades dans la péninsule ibérique mais n'a, de toute façon, aucune envie de se confronter aux croisés, étant donné que le pape Innocent III lui accorde toute sa confiance. Il est autorisé à rencontrer le vicomte Trencavel qui accepte qu'il lui serve d'intermédiaire dans la perspective d’une reddition. Mais, en nette positon d’infériorité, Pierre d’Aragon se voit imposer des conditions impitoyables de la part d’Arnaud-Amalric. Celles-ci sont simplement inacceptables. Il autorise, en effet, Raimond-Roger à quitter Carcassonne avec 11 de ses hommes avant que les croisés n’investissent la ville à laquelle il réserve le même sort que Béziers. Le vicomte refuse tout net et le roi d’Aragon se retire.

Le siège de Carcassonne
14 août 1209 : le vicomte Raymond-Roger Trencavel accepte d'être fait prisonnier en échange de quoi tous les habitants de la ville ont la vie sauve.
Les Carcassonnais ont tous la vie sauve mais doivent sortir un par un sans bagages ni vêtements.

14 août 1209
– 
l’eau commence à manquer dans les puits et la chaleur continue de s’abattre sur Carcassonne. Face à la dégradation de la situation, le vicomte Raimond-Roger Trencavel demande à reprendre les négociations avec les croisés. Il propose de se rendre à la condition qu’en échange, la population de la ville ait la vie sauve. Cette offre acceptée, il est immédiatement conduit en prison. Quant aux habitants de Carcassonne, ils sont autorisés à quitter, un à un, la ville par une petite poterne, sans vêtements ni bagages, « n’emportant avec eux que leurs péchés » comme l’a cyniquement souligné l’abbé Gui des Vaux de Cernay. La cité vide tombe intacte aux mains des croisés sans qu’on ne dénombre de victimes. Les rescapés se disperseront dans les diverses régions d’Occitanie jusqu’en Aragon. Quant à Arnaud-Amalric il pourra se féliciter de sa mansuétude et s’enorgueillir du fait qu’il aura, pour une fois, résisté à Innocent III en laissant la vie sauve à des hérétiques. 

15 août 1209 – Raymond VI de Toulouse et le comte de Nevers Hervé de Donzy quittent la croisade estimant être arrivés au terme de leur engagement;

Simon de Montfort devient "malgré lui" comte de Béziers et de Carcassonne

Fin août 1209 – Après avoir essuyé les refus de principe du duc de Bourgogne, des comtes de Nevers et de Saint Pol, les légats du pape forment une commission de deux évêques et de quatre chevaliers qui choisissent à l’unanimité Simon de Montfort comme capitaine de la « chevalerie du Christ » (Militia Christi) et l’investissent  des titres de comte de Béziers et de Carcassonne. Celui-ci refuse au départ, par politesse, mais finit par céder face à la pression conjointe de son « conseiller intime » l’abbé Gui des Vaux de Cernay et du légat Arnaud Amalric. Cette nomination ne peut que ravir le grand absent Philippe-Auguste qui compte Simon de Montfort parmi ses fidèles vassaux.

Septembre 1209 – Alors qu’une large part de l’armée croisée a rejoint ses terres d’origine, Simon de Montfort ne relâche pas la pression, encouragé par la gloire qu’il vient d’acquérir en s'étant substitué, en seulement quelques semaines, aux puissants Trencavel Bien qu’il n’ait plus à ses côtés qu’une trentaine de chevaliers et quelques 500 ribauds prêts à tout, nul n’ose plus lui résister. Il profite de cette situation pour compenser les difficultés financières auxquelles il commence à être confronté en restaurant la dîme et en instaurant un nouvel impôt de trois deniers annuels par foyer au bénéfice du Saint Siège. Il donne, par ailleurs, 40 jours aux hérétiques pour réintégrer l’Eglise, faute de quoi ils seront passibles de lourdes amendes.  

Simon de Montfort assied son pouvoir territorial envoyant une partie de ses fidèles s’emparer de Limoux et de Saissac dont il offre la seigneurie à Bouchard de Marly tandis qu'il se saisit d’Alzonne, de Montréal et surtout de Fanjeaux où il va installer ses quartiers d'hiver. Ce choix tient quelque part de la provocation, car s'il est devenu le nouveau seigneur des lieux depuis qu'il a hérité du comté de Carcassonne, la cité est aussi connue pour accueillir l'évêque cathare Guilhabert de Castres et dominer du haut de son clocher le monastère de Prouille où le prêcheur Dominique de Guzman tente de faire rentrer dans le rang les "brebis égarées". Ce sont toutefois des villes à demi désertes qui lui ouvrent leurs portes et l’accueillent, dans la crainte, en triomphateur. Remontant vers le nord, il investit Castres, Lombers et surtout Albi où il reçoit la soumission de l’évêque.

Novembre 1209Simon de Montfort fait le voyage jusqu’à Narbonne pour s’entendre avec le roi Pierre II d’Aragon. Il lui propose de devenir son vassal pour les comtés dont il vient de déposséder Raymond-Roger Trencavel mais Pierre II refuse cette offre. Il lui propose en échange de l’accompagner à Montpellier, une invitation on ne peut plus embarrassante pour Simon de Montfort qui se sent toutefois obligé de l’accepter. De nombreux seigneurs se désolidarisent pour l’occasion. Ils retournent, pour la plupart, dans leurs châteaux, prêts à en découdre en profitant des possibilités que leur offre la nature du relief pour pratiquer une tactique de harcèlement.

Aymeri III de Narbonne et Simon de Montfort : une nouvelle relation de cousinage

Aymeri de Narbonne a soutenu du bout des lèvres l’armée croisée, pressé par le duc Eudes III de Bourgogne mais aussi par solidarité envers le comte Raymond VI de Toulouse, soumis pieds et poings liés au bon vouloir du tout-puissant légat Arnaud-Amalric. De son côté, Simon de Montfort, investi des titres appartenant jusque-là à la famille Trencavel s’efforce de se rapprocher du vicomte de Narbonne dans l’espoir de légitimer de façon formelle ses nouvelles attributions. Il dispose, en cela, d’un atout, de charme. Parmi les gens de sa suite figure notamment Marguerite de Montmorency (1175-1230) dame de Verneuil, Poissy, Vernouillet et Meulan dont le père Mathieu de Montmorency-Marly s’est illustré en Terre Sainte. Son frère Bouchard de Marly (1170-1227) est aussi le cousin par alliance de Simon de Montfort du fait de son mariage avec Alix de Montmorency. Marguerite est âgée de 34 ans et, fait exceptionnel à l’époque, n’a encore jamais été mariée. Quant à Aymeri, il s’est séparé l’année précédente de sa première épouse Guillema de Castelvell sans avoir eu d’enfant. Leur union sera rapidement célébrée, portant, bien évidemment une immense charge symbolique tant par son improbabilité première que par le message de réconciliation qu’elle peut envoyer, Aymeri de Narbonne ayant désormais une relation de cousinage avec Simon de Montfort. Le chemin, restera, cependant, encore très long à parcourir. 

10 novembre 1209Raimond-Roger Trencavel meurt dans la prison de son château de Carcassonne à l’âge de 24 ans. On ne connait pas précisément les raisons de sa mort, la dysenterie, a-t-on-dit. On suggère aussi que Simon de Montfort n’y serait pas étranger et qu'il l'aurait fait empoisonner, du fait qu’il est le grand bénéficiaire de cette disparition en tant que nouveau comte de Carcassonne. Il n’oublie justement pas, au passage, d’obliger Agnès de Montpellier, veuve de Raimond-Roger, à renoncer à ses droits sur la seigneurie. 

Raimond-Roger Trencavel, qui de par sa généalogie n'était, ni plus ni moins, que le petit neveu du roi Louis VII, laisse aussi un fils Raymond II (1207-1263/7), confié quelques mois plus tôt par son père au comte Raymond-Roger de Foix (1152-1227), un proche du roi Pierre II d’Aragon qui a bataillé par le passé aux côtés de Philippe-Auguste et de Richard Cœur de Lion. 

13 novembre 1209 Sollicité par le pape Innocent III pour apporter son soutien aux croisés, le vicomte Aymeri III  accepte de se joindre à Simon de Montfort pour aller assiéger le château de Puisserguier. Celui-ci vient de tomber aux mains de Guiraud de Pépieux (c.1170- c.1240), seigneur d’Aigues-Vives, d’Agel et de Pouzols, vassal des vicomtes de Narbonne qui a profité, du déplacement de Simon de Montfort à Montpellier pour s'en emparer. Bien que n'ayant pas adhéré, à titre personnel, à la doctrine cathare, il voue une véritable haine à ces chevaliers venus du nord  qu’il accuse de l’avoir trahi en brutalisant à mort son oncle au mois d’aout devant Carcassonne alors qu’il avait offert ses services à Simon de Montfort. Au dernier moment, Aymeri se ravise et fait demi-tour avec la compagnie de Narbonnais qui l’accompagnent. Isolé, Simon de Montfort se retire à Capestang tandis que Guiraud part se réfugier à Minerve auprès du seigneur Guilhem IV, emmenant avec lui deux chevaliers qu’il tenait prisonniers. Il na jamais adhéré à la doctrine des cathares même si plusieurs de ses proches les ont rejoints mais sa haine des croisés est devenue si forte qu’il est prêt, pour les combattre, à tous les excès. 

Novembre 1209 – Faisant suite à la mort de Raimond-Roger Trencavel et au refus de Pierre II d’Aragon de reconnaître Simon de Montfort comme son vassal pour le comté de Carcassonne, Pierre Roger Cabaret, seigneur de Lastours organise la résistance contre les croisés. Il avait eu la vie sauve après le siège de Carcassonne mais se considère délié de son devoir de fidélité et défend sa seigneurie qu’il considère victime d’une imposture.

Le château de Pierre-Roger Cabaret à Lastours
C'est dans le donjon de Cabaret que Bouchard de Marly, à la fois cousin de Simon de Montfort et beau-frère du vicomte Aymeri de Narbonne est tenu prisonnier après être tombé dans l'embuscade que lui a tendue le seigneur de Lastours

Novembre 1209
– 
Simon de Montfort et la trentaine de chevaliers qui lui sont restés fidèles assiègent les châteaux de Lastours où Pierre-Roger Cabaret abrite notamment des membres de la communauté cathare venus s’y réfugier après la chute de Carcassonne. Il résiste farouchement à Simon de Montfort qui n’a vite d’autre choix que de se retirer, conscient qu’il ne dispose pas des effectifs suffisants pour s’emparer d’une position naturellement si bien défendue. Imprudent, Bouchard de Marly, compagnon de Simon de Montfort est piégé dans une embuscade préparée par Pierre-Roger Cabaret. Il est fait prisonnier et enfermé dans une des tours des châteaux de Lastours.

La capture de Bouchard de Marly constitue une intéressante monnaie d’échange pour Pierre-Roger Cabaret, d’autant qu’il est devenu tout récemment le beau-frère du vicomte Aymeri de Narbonne.

6 décembre 1209 - Pierre de Fenolhet et sa mère Ava, connue pour sa proximité avec les cathares, rendent à Narbonne hommage au vicomte Ameri III pour leur château de Fenouillet et la seigneurie de Fenouilledès. Pierre de Fenolhet est le fils de Bertrand de Saissac dont il avait hérité de la seigneurie dans le Cabardès avant d'en être dépossédé pour "crime d'hérésie" au profit de Bouchard de Marly. Le fait de se placer sous la suzeraineté de la vicomté de Narbonne lui permet d'éviter que soient confisquer ses titres et ses domaines dans le Fenouilledès. 

Décembre 1209 – après son échec à Lastours, Simon de Montfort se dirige vers Pamiers, répondant à l’appel de Vital, abbé de Saint Antonin de Frédelas. Il s’empare de Mirepoix, hier encore un haut lieu cathare, qu’il offre à son beau-frère Guy de Lévis. Il prend ensuite Saverdun avant de retourner à Fanjeaux. Dépourvu d'effectifs et de moyens, Simon de Montfort doit suspendre ses opérations jusqu'au printemps suivant, laissant, de fait, aux seigneurs vassaux des Trencavel, le temps de s'organiser pour préparer la résistance.


jeudi 21 novembre 2024

Narbonne au XIIIème siècle - Innocent III décrète la fin de la tolérance (1200-1208)

C’est toute une génération de grands féodaux qui, à l'aube du XIIIème siècle, a cédé la place en nourrissant l’illusion qu'après avoir passé des décennies à se disputer les mêmes territoires, une trêve permettrait d'imaginer un avenir commun. Raymond V de ToulouseAlphonse II d’Aragon et Roger II Trencavel sont tous les trois morts après avoir fait la paix entre eux mais leurs successeurs vont très vite être confrontés à des enjeux qu’ils n’auraient jamais imaginés. En 1200, c’est à Rome que se joue l’avenir de l’Europe, pour ne pas dire du monde. Le nouveau pape s’appelle Innocent III et est issu de la vieille noblesse romaine. Théologien abouti et juriste qualifié, c’est à l’université, et notamment à Paris qu’il a forgé sa personnalité intellectuelle. Il n’a pas eu besoin d’être prêtre pour s’imposer auprès des plus hauts dignitaires de l’Eglise qui voient en lui celui qui va asseoir la suprématie de la religion catholique. Innocent III ne tarde, d'ailleurs, pas à afficher ses ambitions. Il veut être le vrai maître, plaçant la « toute-puissance » de son sacerdoce au-dessus de celle des princes, des rois et des empereurs, ramenant même les évêques au rang de subalternes. Ses armes, l’excommunication et l’interdit. Pour lui, les princes tiennent leur pouvoir de Dieu, et donc implicitement de lui, car il est le représentant du Christ sur la terre. Dès son ascension sur le trône papal, il engage la lutte contre les hérésies, interdit à ses évêques de faire traduire, ni même, de lire la Bible dans une autre langue que le latin, excommunie le roi Philippe-Auguste pour avoir annulé son mariage avec Ingeburge de Danemark et veut relancer une nouvelle croisade pour reprendre Jérusalem aux armées de Saladdin. Et ce n’est là que le débutle nouveau pape Innocent III, élu l’année précédente, engage la lutte contre les hérésies qu’il compare à une « aberration dans la foi » .   

Lotario de Segni (1160-1216) est élu pape le 8 janvier 1198 sous le nom d'Innocent III.
D'une intelligence remarquable mais aussi très autoritaire, il se définit comme le "vicaire du Christ" dans le dessein d'affirmer la toute puissance du Saint-Siège sur le monde chrétien. Afin d'y parvenir, il n'hésite pas à utiliser l'arme fatale de l'excommunication pour soumettre les rois et le princes à sa doctrine théocratique. La lutte contre les hérésies constituant l'un des piliers de sa mission, il va ranimer la dynamique des croisades non plus seulement pour lutter contre les Infidèles mais aussi contre ceux qui veulent simplement retourner à l'esprit originel des Evangiles.  


1199 – le nouveau pape Innocent III, élu l’année précédente, engage la lutte contre les hérésies qu’il compare à une « aberration dans la foi ». Il s'inspire, en cela, de la politique répressive conduite par les roi Alphonse II d'Aragon et son fils Pierre II qui en 1194 à Lérida puis à Gérone, au mois de février de l'année précédente, ont promulgué ordonnant aux hérétiques de quitter au plus vite le territoire sous peine d'être condamnés à périr brûlés vifs.

1200 – le pape Innocent III jette « l’interdit » sur le royaume de France et excommunie Philippe II (qui portera un peu plus tard le titre d’Auguste), exigeant de lui qu’il renonce à son tout récent mariage avec Agnès de Méranie et rende sa place à Ingeburge de Danemark, son épouse éconduite.

Novembre 1200 – Dans une lettre qu’il écrit à son légat Jean de Saint Prisque, le pape Innocent III s’en prend clairement à l’archevêque de Narbonne Bérenger de Barcelone, qu’il accuse d’être responsable du progrès de l’hérésie dans son archidiocèse, en raison de sa passivité, pire de sa complicité. Il diligente une enquête qui en conclut qu’il cumule les bénéfices, mène une vie dissolue et s’adonne à la luxure, passant le clair de son temps à la chasse en compagnie de ses maîtresses.

1201 – l’archidiacre de Maguelonne Pierre de Castelnau (1170-1209) choisit de se faire moine et se retire dans l’abbaye cistercienne de Fontfroide.

Certainement issu d’une famille fieffée à Castelnau-le-Lez, rattachée à la seigneurie des Guilhem de Montpellier, il a officié comme chanoine à Maguelonne depuis le milieu des années 1180 avant d’être désigné archidiacre en 1197 par l’évêque Guillaume de Fleix. Voyant cette nomination contestée par le prévôt Gui de Ventadour, Pierre de Castelnau fait le voyage à Rome où il rencontre Lothaire de Segni peu avant qu'il ne soit élu pape sous le nom d’Innocent III. Celui-ci lui donne raison et confirme officiellement sa nomination. Il est probable que le départ de Pierre de Castelnau pour Fontfroide ait été motivé par la poursuite du différend avec le très influent prévôt Gui de Ventadour.   

30 mai 1201 – le pape Innocent III enjoint à l’archevêque de Narbonne Bérenger de Barcelone de se démettre de son mandat, considérant qu’il consacre l’essentiel de son temps à l’abbaye de Mont Aragon. Il l’accuse de laxisme face aux progrès de l’hérésie et d’une passivité coupable concernant la conversion de certains prêtres au catharisme. Fait étrange, cependant, alors que le pape excommunie sans hésiter quiconque s’oppose à son autorité, l’archevêque de Narbonne semble intouchable. Il faut dire qu’il est l’oncle du roi Pierre II d’Aragon, un soutien essentiel au pape. A plus de 60 ans, Bérenger peut encore nourrir de beaux jours. 

Les seigneuries d'Occitanie eu début du XIIIème siècle

1202
le vicomte Aymeri III de Narbonne épouse Guillema de Castelvell, petite fille du comte Bérenger III de Barcelone. 
Celle-ci a été marié en premières noces au vicomte de Béarn Guillaume 1er de Moncade dont elle a eu un fils prénommé lui aussi Guillaume. Elle a, par la suite, été déclarée veuve suite à la mystérieuse disparition de son mari, dont on a soupçonné Bérenger de Villademuls, l’oncle de Guillema d'en être le meurtrier.

1203 – Raymond VI de Toulouse épouse Eléonore d’Aragon (1182-1226), la seconde fille du roi Alphonse II d’Aragon et de Sancha de Castille. Son frère aîné Pierre II (1178-1213) est devenu, à la mort de leur père, roi d’Aragon, comte de Barcelone, de Roussillon et de Pallars tandis qu’Alphonse (1180-1209), le second, a hérité des comtés de Provence, de Gévaudan et de la vicomté de Millau.

Eleonore est la 4ème épouse de Raymond VI . Il s’est marié en premières noces avec Ermessende Pelet, héritière du Comté de Melgueil décédée en 1176. Il a ensuite épousé Béatrice de Béziers (1154-1193), la fille de Raymond 1er Trencavel  qui lui a donné une fille Constance de Toulouse. Ils ont divorcé  en 1193, Béatrice se vouant à la foi cathare, devenant même une « parfaite ». Raymond VI s’est alors remarié avec Burgondie de Lusignan, fille du roi de Jérusalem Amaury II de Lusignan qu’il a répudié trois ans plus tard en 1196 pour se remarier avec Jeanne Plantagenet (1165-1199), la sœur du roi Richard Cœur de Lion, veuve en premières noces du roi Guillaume II de Sicile. Richard lui a remis en dot le Quercy et l’Agenais, préférant se faire un allié du comte de Toulouse alors qu’il est occupé à défendre ses terres normandes sous la menace du roi de France. Éléonore meurt en 1199 après avoir donné, deux ans plus tôt, naissance à un fils prénommé Raymond.

1203 – Le vicomte de Carcassonne Raimond-Roger Trencavel (1185-1209) épouse Agnès de Montpellier, fille du seigneur Guilhem VIII de Montpellier et d’Agnès de Castille, dont le mariage n'étant reconnu ni par l’évêque de Maguelonne ni par l’archevêque de Narbonne, vaut à Guilhem VIII d’être excommunié. 

Comme son père Roger II avant lui, Raimond-Roger Trencavel n'a jamais adhéré à la doctrine cathare mais a toujours fait preuve de la plus grande bienveillance envers ceux qui la professent et qui affichent leur respect le plus strict des préceptes de la Bible, ne souhaitant rien de moins que de vivre selon le modèle des premiers chrétiens. Ils accusent, en revanche, l’Eglise officielle de les avoir trahis. Plus engagée, sa tante Béatrice s’est, de son côté, totalement engagée aux côtés des cathares. 

Le catharisme s’inspire de la doctrine dualiste fondée sur la lutte entre le Bien et le Mal. Cette théologie apparue au cours du IIIème siècle, dite manichéenne, du nom de son fondateur Manès, oppose Le Bien, c’est-à-dire l’œuvre de Dieu que représente l’âme au Mal qui correspond à la matière et au monde sensible. Selon les cathares, l’Eglise s’est éloignée de Dieu, y préférant les richesses et les biens terrestres. Pour eux, tout commence avec le rejet des sacrements : le baptême, d’abord, que l’on impose à des bébés au point de les faire pleurer ; l’eucharistie, ensuite, comme participant du principe de l'Incarnation symbolisée par le miracle divinatoire de la transsubstantiation au cours duquel les prêtres se substituent à Dieu pour changer le pain et le vin en corps et sang du Christ. Ils considèrent, aussi, que le mariage, en tant qu’union corporelle entre deux êtres ne peut, de ce fait, être considéré comme un sacrement. Pour eux, l’intercession des saints et le culte des reliques n’est qu’une mystification dont l’intérêt est purement mercantile. Le rituel cathare, qui inclut le melhorament et le consolament (imposition des mains), a pour obsession la purification, c’est-à-dire, la chasteté, le rejet des relations charnelles jugées impures, mais aussi la revendication d’interdits alimentaires dont le refus de consommer tout produit animal ainsi que le respect de règles de vie comme l’interdiction de jurer, de mentir et de tuer. Pour les cathares, tuer un animal est un crime car les animaux, au même titre que les humains, ont reçu une âme céleste. Verser leur sang est, donc, aussi grave que verser le sang d’un chrétien. Les cathares s’opposent, enfin, à la propriété privée, prônent la pauvreté et préconisent le jeûne comme une pratique courante, allant même jusqu’à ce qu’ils appellent l’endura, pouvant conduire à la mort.

Pierre de Castelnau (1170-1209)
chanoine à Maguelonne, il est allé à Rome plaider sa cause devant le pape Innocent III à propos d'un banal différend. Celui-ci lui a donné raison et c'est en se rappelant cette rencontre avec cet homme brillant et digne de confiance qu'il le sort de l'abbaye de Fontfroide où il est devenu moine pour faire de Pierre de Castelnau son nouveau légat.
Portrait symbolique - Ecole d'Avignon (c. 1470)

1203le pape Innocent III nomme légat Pierre de Castelnau, alors moine cistercien de l’abbaye de Fontfroide, lui assignant pour mission de ramener les hérétiques à la vraie foi.

Décembre 1203 – le nouveau légat du pape Pierre de Castelnau se rend à Toulouse. Le Comte Raymond VI est absent mais le légat fait prêter serment aux capitouls et aux habitants de la ville en échange de quoi, il leur confirme, leurs privilèges et leurs libertés.

Janvier 1204 – le pape Innocent III s’en prend à nouveau à l’archevêque de Narbonne Bérenger de Barcelone qu’il accuse à présent d’avoir refusé d’aider ses légats à organiser leur voyage vers Toulouse, leur refusant même la mise à disposition d’une mule. L’archevêque n’a que faire de ses réprimandes.

1204 – peu de temps après avoir été déclaré seigneur de Montpellier par sa mère Agnès de Castille, Guilhem IX  doit faire face à la révolte des habitants de la ville, organisée par le prévôt Gui de Ventadour. Il doit abdiquer au profit de sa demi-sœur Marie.

Son père Guilhem VIII est mort deux ans plus tôt sans avoir pu faire valider, par le pape, son mariage avec Agnès de Castille. Il avait, depuis longtemps, répudié sa première épouse Eudoxie Comnène, petite-fille de l’empereur byzantin Jean II Comnène mais faute d’obtenir la légitimation de sa seconde union, c’était à sa première fille Marie que revenaient, de droit, ses titres de seigneur de Montpellier et d’Aumelas. Guilhem IX venait certainement d’atteindre l’âge de la majorité mais son investiture pouvait, en l’occurrence, passer pour une imposture. Il part avec sa mère Agnès et ses autres frère et sœurs se réfugier à Pézenas. On perdra bientôt sa trace.

Avril 1204 le pape Innocent III continue de harceler l’archevêque de Narbonne. Il l’informe qu’il le dépossède de l’abbaye de Mont Aragon et qu’il fait procéder à l’élection d’un nouvel abbé.

L'abbé de Citeaux Arnaud Amalric nommé légat par le
pape Innocent III 

manuscrit anonyme (C. 1250)

28 mai 1204 – le pape Innocent III essaye d'impliquer le roi de France Philippe-Auguste dans sa volonté de conduire une croisade contre l'hérésie. Il lui écrit en ces termes "confisquez les biens des comtes et des barons qui ne voudraient pas éliminer l'hérésie de leurs terres ou qui oseraient l'entretenir. Ne tardez pas à rattacher leur pays tout entier au domaine royal". Le roi de France lui adresse une fin de non recevoir, estimant que le pape n'a pas à s'ingérer dans des affaires relevant strictement des rapports féodaux.
 
31 mai 1204le pape Innocent III nomme Arnaud Amalric légat aux côtés de Pierre de Castelnau et Raoul de Fontfroide.

Arnaud Amalric (1160-1225)  - on le sait d’origine catalane, mais les hypothèses vont bon train quant à son pédigrée. On le dit apparenté par son mariage avec Manrique de Lara, à Ermessinde, fille du vicomte Aymeri II de Narbonne tandis que d'autres y voient un fils naturel du comte Raymond-Bérenger IV de Barcelone. Peut-être n'est-il, en fait, qu'un intellectuel brillant de la petite noblesse qui s'est fait religieux au sein du monastère cistercien de Poblet avant d'en devenir prieur en 1196. Sa carrière a connu, dès lors, une extraordinaire ascension. Promu deux ans plus tard abbé de Grandselve, il devient en 1200 le 17ème  abbé de Citeaux, l’abbaye cistercienne qui contrôle 600 établissements et est à la tête d’environ 10 000 moines, possédant des ramifications de la Scandinavie à la Terre Sainte. Considéré comme un administrateur zélé et un orateur persuasif, Arnaud Amalric se veut l’héritier de l’action antihérétique dont l’ordre cistercien est le véritable moteur depuis Bernard de Clairvaux. Il va, surtout, compter pour sa mission, sur l’appui d’un parti pro-catalan stratégiquement basé dans la vicomté de Narbonne où se retrouvent Pierre de Castelnau, Foulques de Marseille et Raoul de Fontfroide.

15 juin 1204 Marie (1180/83-1213), héritière du seigneur Guihem VIII de Montpellier épouse le roi Pierre II d’Aragon.

Elle a été mariée à l’âge de 10 ans au vicomte Raymond Geoffroy II « Barral » de Marseille mais celui-ci est mort deux ans plus tard. En 1197, son père et sa belle-mère Agnès parviennent à lui faire signer un acte de renonciation à ses droits sur la seigneurie de Montpellier pour lui faire épouser le comte Bernard IV de Comminges. Marie a deux enfants de ce mariage avant de la faire annuler, le comte étant déjà deux fois bigame.

juin 1204 - A son retour de Montpellier, le roi Pierre II d'Aragon convoque à Carcassonne une conférence contradictoire au cours de laquelle les légats du pape et les évêques cathares opposent leurs arguments. Comme à chaque fois, depuis l'assemblée de Lombers en 1165, chacun campe sur ses positions, confirmant leur irréconciabilité avec en perspective la menace d'une radicalisation. 

1204 - Jean Bistan, un bourgeois de Narbonne qui s'est enrichi dans le commerce maritime fait don aux moines de Fontfroide d'un domaine situé sur le flanc ouest du massif de la Clape à la condition qu'ils y établissent une abbaye cistercienne de femmes. C'est dans cet endroit situé en lisière des étangs dans un environnement relativement hostile, conforme aux exigences de la règle cistercienne, que va s'installer dès l'année suivante une première communauté de moniales dans ce qui va devenir l'abbaye Notre-Dame des Olieux (aujourd'hui appelée abbaye des Monges).

1204 - Les rois Pierre II d'Aragon et Alphonse VIII de Castille se rencontrent à Campillo, non loin de Sarragosse, pour fixer les frontières de leurs royaumes respectifs.

11 novembre 1204le roi Pierre II d'Aragon a fait le voyage à Rome pour recevoir sa couronne des mains du pape Innocent III. Il devient, de ce fait, le grand défenseur de la foi catholique mais le fait qu'il reconnaisse la suzeraineté pontificale sur son royaume ne recueille pas l'adhésion de ses sujets.

26 novembre 1204 – resté, jusque-là, passif face aux attaques répétées du pape Innocent III, l’archevêque de Narbonne, Bérenger de Barcelone contre-attaque, accusant l’évêque de Rome de nuire à sa réputation et d’abuser de ses pouvoirs, de taxer d’hérésie les fautes des clercs, même les plus insignifiantes. Il s’en prend aussi au légat Pierre de Castelnau dont il condamne les méthodes, selon lui, irrespectueuses voire indignes. Il s’en prend également à Raoul de Fontfroide qu’il accuse de l’avoir frappé d’anathème uniquement pour l’empêcher d’aller à Rome s’explique directement avec le pape. Cette réaction va porter ses fruits.

Armoiries des vicomtes de Narbonne
"de gueules plain"
C'est au vicomte Aymeri III que l'on attribue le choix d'armoiries monochromes. D'ordinaire très rares, elles sont plutôt réservés à des héros littéraires comme ceux issus du cycle arthurien.

27 décembre 1204 
– le vicomte Aymeri III reçoit, à Narbonne, un serment de la part de Dalmace de Creissel en l'église du Saint Sauveur en présence de dix témoins dont Arnaldus Amalricus pour le castrum de Fenouillet. S'il s'agit effectivement du moine cistercien Arnaud Amalric, nommé légat, la communauté anthroponymique entre Manrique et son équivalent castillan Amalric laisserait supposer que le religieux pourrait être rattaché à la famille des seigneurs de Narbonne quitte même à être un neveu de la vicomtesse Ermengarde. Théorie fumeuse, faute d'empreinte ADN....  

26 février 1205 – première mention des consuls de Narbonne qui remplacent les prud'hommes (probes homines). Ce jour là, quatre consuls de Boug et quatre consuls de Cité soumettent à l'arbitrage de Maître Jacques, chanoine de Narbonne et abbé de Ste Aphrodise à Béziers un différend qui les oppose à l'archevêque Bérenger de Narbonne et au prieur de Sainte Marie de Bourg au sujet des droits que ceux-ci prélèvent sur les salaisons de porc. Il est confirmé aux plaignants que seuls les porcs destinés à la vente sont redevables d'une taxe. L’archevêque et le prieur reçoivent chacun 40 livres tournoi à titre compensatoire.

Juin 1205 – l’archevêque Bérenger de Narbonne est convoqué à Rome par le pape Innocent III afin de s’expliquer sur son hostilité envers les légats et sa passivité face à la montée de l'hérésie dans son archidiocèse. Au même, moment l'évêque de Béziers, Guillaume IV de Corozels est démis de ses fonctions pour trahison après avoir refusé d'excommunier les consuls de sa ville convertis au catharisme. Il est assassiné peu après par un partisan d'Innocent III.

Février 1206 – les légats du pape font élire Foulques dit "de Marseille" (c.1155-1231), évêque de Toulouse. Celui-ci s'est fait connaître lorsqu'il était troubadour du temps où il fréquentait avec succès les cours des comtes de Toulouse et de Barcelone. Mais c'est suite à une histoire d'amour contrariée avec Eudoxie Comnène, l'épouse du seigneur Guilhem VIII de Montpellier, qu'il a décidé en 1195 de prendre l'habit de moine, adoptant la règle cistercienne. Les légats du pape viennent l'extraire de l'abbaye de Thoronet où il s'est retiré, désireux de mettre à profit ses talents oratoires et son sens de la communication pour les aider à lutter contre l'hérésie cathare. La procédure n’a cependant pas été respectée car cette nomination a été consacrée par l’évêque d’Arles alors que ce droit revient à l’archevêque métropolitain de Narbonne. Le pape tente de temporiser.

1206 – Pierre d’Aragon tente de répudier son épouse Marie de Montpellier mais sa demande est finalement refusée par les légats Pierre de Castelnau et Raoul de Fontfroide qui, avec l’évêque de Pampelune Juan de Tarazona, ont été chargés de statuer sur ce divorce.

1206 – le seigneur Pierre-Roger de Mirepoix organise dans sa ville un grand concile cathare qui réunit plus de 600 personnes. Devenu lui-même membre de la communauté, il a reçu deux ans plus tôt le Consolament des mains de l’évêque Guilhabert de Castres après avoir été blessé lors d’un attentat.

Mirepoix est alors une des cités qui abrite une importante communauté cathare. De nombreux seigneurs locaux se sont convertis à la doctrine de telle sorte que l’église catholique a pratiquement disparu de la région.

Mai 1206Après avoir été directement entendu par le pape Innocent III, l’archevêque Bérenger de Narbonne obtient gain de cause. Les légats ont désormais l’ordre de laisser le prélât en paix et de ne jamais intervenir sans en avoir, d’abord, référé au pontife. 

Juillet 1206de retour en Castille après une longue mission diplomatique qui les a conduits au Danemark, les prédicateurs Dominique de Guzman (1170-1221) et Diego de Acebes (?- 1207), évêque d'Osma s'arrêtent à Montpellier où se tient un concile auquel participent notamment les légats pontificaux Pierre de CastelnauRaoul de Fontfroide et Arnaud Amalric ainsi que l'évêque Bérenger de Narbonne. Ayant repris la route, ils font halte à Servian où une "controverse" est organisée par le seigneur des lieux Etienne de Servian. Il s'agit pour les deux représentants de l'Eglise catholique de faire valoir leurs arguments face aux cathares dont Etienne de Servian est un ardent partisan. Les débats vont durer huit jours, sans vraiment désigner de vainqueur, chacun défendant âprement ses positions. 

Décembre 1206 – Dominique de Guzman (1170-1225) et Diego, évêque d’Osma, fondent un monastère féminin à Prouilhe. Les premières religieuses sont d’anciennes cathares revenues à la fois catholique.

Les deux prédicateurs ont entrepris de parcourir le sud de la France pour convaincre les hérétiques de réintégrer  le giron de l’Eglise. Ils ont fait vœu de pauvreté et d’humilité, ce qui leur permet d’établir une relation de confiance avec les populations.

Avril 1207 – Pierre de Castelnau excommunie le comte Raymond VI de Toulouse et, fait rarissime, libère ses vassaux de leur serment de fidélité. Il lui reproche son inaction lors de la récente querelle qui vient d’opposer le comte de Provence Alphonse II au comte Forcalquier bien qu’il soit co-suzerain du second. 

Pierre de Castelnau sanctionne, par la même occasion, Raymond pour sa complaisance, qu’il juge, coupable, envers les hérétiques, ce qui fait de lui un hérétique. Les griefs sont, de plus, multiples et variés : il viole le Carême, transforme les églises en forteresses, confie des fonctions publiques aux juifs, augmente les péages, et ne veut pas jurer la paix. Le légat du pape se fait, alors, remarquer par sa véhémence, commençant à générer à son encontre, une véritable hostilité lors des débats qu’il mène contre les hérétiques. Le comportement du Comte de Toulouse, se situe, quant à lui, dans la tradition des grands féodaux, entre exactions, violences envers les personnes, usurpations de biens ou pillages.  

Avril 1207 les deux missionnaires castillans Dominique de Guzman et Diego d'Osma sont invités à participer à une "controverse" organisée à Montréal par les seigneur des lieux Aymeri de Roquefort, reconnu tout comme son épouse Blanche de Laurac comme un ardent défenseur de la doctrine cathare. Les légats Pierre de Castelnau et maître Raoul représentent l'Eglise tandis que les cathares sont notamment représentés par Arnaud Oth, Guilhabert de Castres et Benoît de Termes (1160-130), un des fils du seigneur Raimond de Termes. Après quinze jours de débats enflammés, les positions de chacun restent inchangés même si l'on reconnaît que Dominique de Guzman a su marquer les esprits par son éloquence.

Les chevaliers Bernard de Villeneuve et Bernard d'Arzens présidaient le jury chargé de désigner le vainqueur. Parmi les orateurs, Arnaud Oth se distingua, du côté cathare pour la virulence de son argumentaire déclarant notamment que "l'Eglise romaine n'était pas l'épouse du Christ mais celle du Diable et le doctrine des Démons, qu'elle était cette Babylone que Jean dans l'Apocalypse appelle "la mère de fornication et d'abomination ivre du sang des saints et des martyrs de Jésus-Christ...que son institution n'est ni sainte, ni bonne..et que jamais le Christ ni ses apôtres n'ont institué ou défini le rite de la messe tels qu'il se célèbre aujourd'hui", 

29 mai 1207 – le pape Innocent III s’emporte, comme à son habitude, contre l’archevêque de Narbonne, Bérenger de Barcelone, constatant que sa province est d’après ses mots "infesté de loups qui ravagent le bercail de Dieu". Il ordonne la déposition du prélât et l’organisation de sa succession. Or, l’archevêque a eu la malice, quelques jours plus tôt, de faire don de l’église St Martin de Limoux au monastère de Prouille fondé par le frère Dominique de Guzman. La déposition est, donc, reportée à plus tard.

9 juillet 1207– Maître Raoul de Fontfroide, théologien et ancien moine cistercien nommé, en 1204, légat en compagnie de Pierre de Castelnau par le pape Innocent III pour lutter contre l'hérésie cathare meurt alors qu'il poursuit inlassablement sa mission de prédicateur.

15 janvier 1208 –  Au moment où il s’apprête à franchir le Rhône, le légat du pape Pierre de Castelnau est frappé à mort par un coup de lance qu'on attribue à un officier du comte de Toulouse. L'envoyé du pape vient, tout juste, de prendre le chemin de Rome après l’échec de l’entrevue de Saint Gilles au cours de laquelle il a fait éclater sa colère contre Raymond VI de Toulouse.

Cette rencontre avait pour but d’obtenir, de la part du comte, son engagement à combattre l’hérésie qui ne cessait de progresser sur ses terres, en échange de quoi serait levée l’excommunication dont il était frappé. Pierre de Castelnau reprochait à Raymond VI sa trop grande sollicitude envers les cathares, estimant qu’il devait, pour se racheter, les anéantir par les armes, si nécessaire. Pour le comte de Toulouse, il n’était, en revanche, aucunement question d’aller se battre contre ses propres sujets. Opposant un net refus à l’appel du légat, une violente dispute avait alors éclaté entre les deux hommes.

l'assassinat de Pierre de Castelnau
Le 15 janvier 1208, alors qu'il vient de quitter Saint Gilles pour rendre compte au pape Innocent III de l'échec de son entrevue avec le comte Raymond VI de Toulouse, le légat Pierre de Castelnau est frappé à mort d'un coup de lance. On accuse, par facilité, un des hommes de la suite du comte. Cet évènement va constituer pour le pape Innocent III une formidable opportunité, en servant de prétexte pour justifier sur le sol même du royaume de France une croisade destinée à éradiquer le véritable ennemi de l'intérieur qu'est l'hérétique.

Cet entretien s’est soldé par un échec. Non seulement, l’excommunication n’a pas été levée mais de nouvelles sanctions risquent de s’abattre sur le comte de Toulouse. C’est, toutefois, l’assassinat de Pierre de Castelnau qui génère la véritable onde de choc. On accuse Raymond VI d’être à l’origine d’un guet-apens, même si rien n’est prouvé. L’assassin est un écuyer à son service, originaire, dit-on de Beaucaire. Celui-ci ne sera, d’ailleurs, jamais condamné mais jouira, au contraire, des faveurs du Comte qui, de son côté, ne cessera jamais de nier son implication. A peine informé, le pape qui entretenait une solide relation de confiance avec son légat s’empresse de lancer un appel à la croisade.

Certains historiens se sont permis de douter de l'implication directe du comte Raymond VI dans l'assassinat de Pierre de Castelnau, estimant qu'il n'aurait jamais osé commettre une telle imprudence étant donné les graves conséquences auxquelles il se saurait exposé. Mais alors qui? On a évoqué le nom de Raymond-Roger Trencavel dont l'ambition aurait été de devenir le nouveau comte de Toulouse mais, le grand gagnant, en fait, ne pouvait qu'être Arnaud Amaury qui, débarrassé de Pierre de Castelnau se retrouvait investi des pleins pouvoirs, n'ayant de comptes à rendre qu'au pape seul tant qu'il ne contreviendrait pas à ses propres intérêts. On parle, à ce propos, d'une certaine Confrérie Blanche aux mains des grands dignitaires cisterciens et qui aurait su concentrer le réel pouvoir de l'Eglise.

10 mars 1208Le pape Innocent III prêche la croisade contre les cathares et les nobles occitans qui les protègent. Il adresse une lettre aux archevêques d’Aix, d’Arles, d’Embrun, de Narbonne et de Vienne les enjoignant à excommunier le meurtrier de Pierre de Castelnau et ses complices. Il envoie également une lettre à tous les seigneurs des cinq archidiocèses, les invitant à prendre les armes contre le Comte de Toulouse. Il mobilise jusqu'aux barons d'ile de France en ces termes : "Appliquez-vous à détruire l'hérésie par tous les moyens que Dieu vous inspirera. Quant au Comte de Toulouse, chassez-le, lui et ses complices , des tentes du Seigneur. Dépouillez-les de leurs terres afin que des catholiques y soient substitués aux hérétiques éliminés..."

1208 le vicomte Aymeri III de Narbonne rompt, semble-t-il son premier mariage avec Guillema de Castelvell. Le couple n'a pas eu d'enfant mais on ne sait pas s'il s'agît d'une rupture ou bien si elle est due au décès de la vicomtesse.

1208le pape Innocent III décrète la solution finale à l'encontre des  hérétiques, promettant le pire à tous ceux qui refuseraient de les exterminer. Il proclame ainsi "Faites crier les indulgences par toute la terre et jusqu'à Constantinople, que celui qui ne se croisera pas ne boive jamais du vin, qu'il ne mange plus sur une nappe ni soir ni matin, qu'il ne s'habille plus ni de chanvre ni de lin et qu'à sa mort on l'enterre comme un chien.... les hérétiques sont pire que les Sarrasins".

Avril 1208 - le roi Philippe-Auguste déclare que ni lui ni son fils Louis ne prendront la tête d'une croisade dans le Midi alors qu'il doit, au même moment, faire face aux prétentions du roi d'Angleterre et de l'empereur Othon de Brunswick. Il s'en prend à son cousin le comte Raymond VI de Toulouse auquel il reproche de s'être allié avec la couronne d'Angleterre par son mariage avec Jeanne la fille d'Henri II Plantagenet mais surtout la sœur des rois Richard Cœur de Lion, décédé 9 ans plus tôt et de Jean Sans Terre qu'il accuse de protéger les hérétiques, rappelant au passage au pape lui-même que les terres du comte de Toulouse sont sous sa suzeraineté et que celle-ci est inaliénable quel qu'en soient les prétentions. De dépit, Raymond VI tente alors de chercher le soutien d'Othon de Brunswick mais celui-ci n'est pas prêt à s'impliquer dans des territoires éloignés de ses juridictions. Le temps presse désormais pour le Comte de Toulouse. Il attend de son beau-frère le roi d'Angleterre un véritable engagement, au risque de bouleverser les fragiles équilibres géopolitiques qui règnent en Aquitaine. De son côté, Philippe-Auguste, dont le désintérêt pour le Comté de Toulouse est manifeste depuis le début de son règne, répond aux sollicitations du pape en insistant sur le fait que ce n'est pas dans le Midi que se joue le destin de son royaume mais de l'autre côté de la Manche, n'excluant plus d'aller jusqu'en Angleterre combattre le roi Jean Sans Terre.