5 février 1221 – le cardinal légat Conrad von Urach déclare que toutes les terres données à l’Ordre de la Foi de Jésus par Amaury de Montfort et ses chevaliers devront lui revenir ainsi qu’aux autres bénéficiaires. Frère Savary, maître de la milice de la Foi du Christ s’engage, de son côté, à protéger Amaury de Montfort et les siens contre leurs ennemis, chrétiens ou hérétiques.
6 février 1221 – le roi Jacques 1er d’Aragon (1208-1276)
épouse Aliénor de Castille (1202-1244).
Né à Montpellier dans la seigneurie dont sa mère Marie était l'héritière, l’infant Jacques (Jacme en occitan) n’avait encore que 2 ans lorsqu'au cours d'une rencontre à Melgueil (Mauguio), son père Pierre II d'Aragon et Simon de Montfort se firent la promesse de le marier à la fille du chef des croisés prénommée Amicie, elle-même âgée d’une dizaine d’années. Le jeune garçon fut alors envoyé comme otage vivre à Carcassonne de manière à sceller cet engagement. Deux ans plus tard, le roi d'Aragon trouvait la mort au cours de la bataille de Muret et le prince Jacques, déjà retenu à Carcassonne, se retrouvait, de fait, prisonnier de Simon de Montfort. Le légat Pierre de Bénévent dût, à l’époque, user de toute son autorité pour que le chef croisé restitue l’enfant qui, entre temps, venait d’hériter de la seigneurie de Montpellier suite à la mort de sa mère. Jacques retourna en Aragon où il fut reconnu roi dans un contexte très tendu au sein de la noblesse aragonaise.
Jacques épouse à 13 ans Aliénor de Castille qui en compte 6
de plus. La jeune femme est, du côté de sa mère, la fille d’Aliénor
Plantagenet et donc la nièce du comte Raymond VI et, du côté de son père, la
petite cousine du vicomte Aymeri III de Narbonne. Les fins politiques de cette
union sont claires, visant resserrer les liens entre les royaumes d’Aragon et
de Castille à un moment où prend forme la Reconquista face à l’Al Andalus
arabo-musulman.
Février 1221 – le comte Raymond VI reprend Montréal. Le
croisé Alain de Roucy (av.1172-1221), fidèle compagnon de Simon de Montfort, trouve la mort en
défendant la cité.
Alain de Roucy avait porté le coup fatal qui avait tué le roi Pierre II d’Aragon lors de la bataille de Muret. C’est à lui qu’avaient été inféodé le Termenès, relevant des domaines confisqués en 1210 aux Trencavel.
Février 1221 – les trois cours seigneuriales de Narbonne (
le vicomte, l’archevêque et l’abbé de Saint Paul) rédigent une ordonnance
concernant la législation des créances avec l’assentiment des prud’hommes et
des 12 consuls de la ville (6 pour Cité et 6 pour Bourg).
10 mars 1221 – Amaury de Montfort lève le siège de Castelnaudary et part se replier à Carcassonne
2 juin 1221 – partant du constat qu’un bon nombre
d’ecclésiastiques rechigne à supporter la cause de la croisade (negotium
fidei), le pape Honorius III demande au légat Conrad von Urach d’enquêter et de
juger les archiprêtres et les moines qui auraient manqué à leur devoir en sympathisant avec les hérétiques aux dépens
des Cisterciens, des Hospitaliers et de Templiers.
16 juillet 1221 – le vicomte de Narbonne Amaury III fait don de son château de Coursan à Emmanuel, grand-prieur de l'abbaye de Saint Gilles et aux Hospitaliers de Narbonne représentés par leur commandeur adresse une lettre au
légat Conrad Von Urach l’informant que la règle des Templiers sera applicable à
l’Ordre de la Foi de Jésus chargé de combattre l’hérésie dans le sud de la
France
16 juillet 1221 – le pape Honorius III adresse une lettre au légat Conrad Von Urach l’informant que la règle des Templiers sera applicable à l’Ordre de la Foi de Jésus chargé de combattre l’hérésie dans le sud de la France
Août 1221 – l’évêque de Limoges arrive à Carcassonne avec
quelques renforts parmi lesquels figure le chevalier Aymeric de Rancon, un seigneur de Basse-Marche en quête d’émotions.
Amaury de Montfort en fait rapidement un de ses lieutenants, y voyant surtout
un parti pour sa belle-sœur Pétronille de Bigorre, veuve de son frère Guy après
l’avoir été de ses deux précédents époux.
6 août 1221 – le fondateur de l’Ordre des Frères Prêcheurs Dominique
de Guzman meurt au cours d’un voyage à Bologne à l’âge de 51 ans.
Originaire de Castille, le prédicateur Dominique de Guzman s’était établi à Fanjeaux en 1206. Il y avait, peu après, fondé le monastère féminin de Prouilhe destiné à servir de refuge aux femmes cathares revenues à la religion catholique. Ardent défenseur de l’Eglise de Rome mais ayant aussi fait vœu de pauvreté, il s’était fortement impliqué dans les controverses religieuses pour y défendre ses arguments face aux cathares. Invité en 1215 à s’installer à Toulouse par l’évêque Foulques, il y avait fondé la première communauté des Frères Prêcheurs vouée à la prière, l’étude et la prédication. Au moment de sa mort, ce nouvel ordre « mendiant » qui prendra en 1234 le nom de Dominicains compte déjà 20 couvents de frères et 4 de sœurs.
6 novembre 1221 – de passage à Narbonne, Amaury de Montfort
prend sous sa protection les moines de Fontfroide et leurs biens, défendant à
tous ses officiers et ses sujets de les molester à l’avenir.
30 novembre 1221 – A Narbonne, les 6 consuls de Cité se voient confirmer
par le vicomte Aymeri III les droits de « banderage, lignerage,
dépaissance et abreuvage des troupeaux dans le territoire de l'île de Lec», tels qu'ils leur ont, à l’origine, été accordés par la
vicomtesse Ermengarde.
Le banderage était la possibilité de faire appel à de la main d’œuvre ou de lever des biens en fonction des nécessités. Le lignerage était un droit d’usage sur les activités artisanales. La dépaissance et l’abreuvage concernaient la nature des lieux et les conditions dans lesquelles devaient paître les troupeaux.
2 août 1222 – le comte Raymond VI décède à Toulouse à l’âge
de 65 ans, des suites d'une maladie aussi soudaine que brutale. Toujours excommunié, l’Eglise refuse à
sa famille qu’il soit inhumé selon le rite chrétien.
Fidèle à ses principes tout au long de sa vie, Raymond VI a acquis, avec le temps, la stature d’un véritable héros auprès des gens du midi. Dans un contexte d’une rare violence, il a choisi de défendre, envers et contre tout, les aspirations de ses sujets, considérant avec bienveillance la progression de l’hérésie cathare quitte à s’attirer les foudres de l’Eglise officielle. Accusé sans preuve formelle, voire même à tort, d’avoir commandité en 1208 la mort du légat du pape Pierre de Castelnau, il a, alors, vu le monde ecclésiastique dans toute sa fureur et sa cruauté. Il a aussi vu des étrangers, venus du Nord, piétiner ses modèles culturels, se partager ses terres, supplicier les siens mais il n’a jamais renoncé. Excommunié à de nombreuses reprises, fouetté même en public, contraint d’avancer à genoux en quête d’une hypothétique miséricorde, il n’en a pas pour autant renoncé à la fidélité qui l’unissait à ses proches, à ses vassaux et au peuple toulousain. Il a su maîtriser les traitres et tenir bon lorsqu’en 1215 à Rome, devant le pape Innocent III, il a entendu l’implacable sentence qui le dépouillait de tous ses titres et de ses biens. Il ne lui restait alors que son honneur et l’amitié de son beau-frère le roi Jean d’Angleterre pour oser imaginer un jour que l’horizon puisse s’éclaircir. C’est justement à Marseille au printemps 1216 que le destin commença pour lui à basculer. Devant une foule en liesse, il sentit qu’un nouveau chapitre allait pouvoir s’ouvrir. Et ce fut à Beaucaire où s’illustra son fils Raymond le Jeune au cours de l’été que le vent commença vraiment à tourner en sa faveur. Deux ans plus tard, Simon de Montfort trouvait la mort devant les remparts de Toulouse annonçant la prochaine déroute des croisés. Dès lors, tout devait aller très vite. Sans même avoir recouvré son titre de comte, il avait en quelques mois vu se rallier à lui la grande majorité des cités méridionales.
![]() |
| Le 2ème sceau de Raymond VII le Jeune "De Raymond par la Grâce de Dieu comte de Toulouse et Marquis de Provence" |
21 septembre 1222 – Raymond le Jeune (1197-1249) succède à son père sous le nom de Raymond VII, se voyant par la même occasion frappé d’excommunication. Il s’est vu accorder au concile de Latran le Marquisat de Provence mais ne peut revêtir le titre de Comte de Toulouse détenu officiellement par Amaury de Montfort.
Raymond le Jeune a épousé la princesse Sancie d'Aragon (11865-1241) en 1211. Il n'avait alors que 14 ans. Cette union s'inscrivait dans la politique matrimoniale ambitieuse conduite depuis plusieurs années par le roi Alphonse VII d'Aragon son père. Née en 1186, Sancie avait huit frères et sœurs. L'aîné, Pierre II était devenu roi d'Aragon; Constance (1176-1222) avait épousé en seconde noces l'empereur Conrad II Hohenstaufen; Alphonse II (1180-1209) était devenu comte de Provence; Eléonore (1182-1226), la sœur aînée de Sancie avait épousé en 1202 le comte Raymond VI de Toulouse, ce qui faisait de Raymond le Jeune à la fois son beau-frère et son gendre; Ferdinand (1190-1249) avait commencé sa carrière dans les ordres avant de contester la légitimité au trône de son frère.
1223 – Placée sous l’autorité du frère Rainald, la
commanderie des Hospitaliers de Saint Jean installée à Narbonne est détachée de
celle de Béziers.
14 juillet 1223 – le roi Philippe-Auguste meurt à Mantes à
l’âge de 56 ans.
Il aura eu l’habileté de ne jamais s’impliquer personnellement dans la Croisade des Albigeois sous prétexte de sa mobilisation contre l’Angleterre et l’empire d’Allemagne, évitant surtout de s’opposer frontalement au comte Raymond VI, son cousin par sa mère Constance de France. Sa neutralité de façade aura, en fait, plutôt servi ses intérêts, ramenant peu à peu sous la suzeraineté du royaume de France une noblesse qui s’estimait depuis longtemps plus proche de ses voisins d’Hispanie. Il a laissé agir à sa place son fils le prince Louis, lui accordant toute latitude pour faire valoir l’autorité royale sur les terres occitanes, quitte même à fermer les yeux sur les dérives de la répression.
1223 – le vicomte Aymeri III concède à l’universitas de
Narbonne le droit de posséder un poids pour le pesage de la farine et de tout
le blé moulu dans les moulins de Narbonne et de son territoire.
![]() |
| La cité de Carcassonne avant sa restauration par Viollet-Le-Duc |
14 janvier 1224 – Amaury de Montfort et ses chevaliers concluent à Carcassonne une trêve avec les comtes de Toulouse et de Foix leur promettant d’œuvrer en faveur d’une réconciliation avec l’Eglise et le nouveau roi Louis VIII. Celle-ci s’étendra à toutes les possessions d’Amaury de Montfort à l’exception de Carcassonne, Minerve et Penne d’Agenais.
Amaury de Montfort quitta alors la ville pour rejoindre ses terres d’Ile-de-France emmenant avec lui les cercueils contenant les dépouilles de son père Simon et de son frère Guy qui seront inhumées dans le prieuré des Hautes Bruyères fondé en 1114 dans la seigneurie de Montfort par son aïeul Amaury III.
Sans le reconnaître de manière officielle, la paix que venait de signer Amaury de Montfort s'apparentait à une capitulation. Elle mettait un terme à une croisade de15 ans qui, censée éradiquer une hérésie avait, peu à peu, pris la forme d’une guerre féodale implacable qui n’avait finalement généré que de la confusion. La fin justifiant les moyens, l’Eglise a préféré ne considérer les crimes commis que comme un épisode de la lutte contre les forces sataniques. Mais les vrais vainqueurs auront été, à n’en pas douter les cathares qui sortent renforcés de cette épreuve grâce à la solidarité sans faille dont ils ont pu bénéficier de la part d’une majeure partie de la population et de la noblesse locales.
Février 1224 – Amaury de Montfort renonce en faveur de Louis
VIII à tous les droits que le Saint Siège lui a concédés ainsi qu'à son père sur
la conquête de l'Albigeois. Ceux-ci incluent notamment le titre de duc de Narbonne. Il espère, en retour, être honoré par le roi du titre
de connétable.
3 juin 1224 – Concile de Montpellier. Le comte Raymond VII
et ses alliés le comte Roger Bernard de Foix (fils de Raymond-Roger décédé
l’année précédente) et Raymond II Trencavel demandent au pape de reconnaître
leur légitimité et leurs droits héréditaires sur les comtés de Toulouse, de
Foix et de Carcassonne. Ils font, en la circonstance, le serment d’éradiquer l’hérésie cathare
de leurs terres et de restituer au clergé les biens qui lui ont été spoliés.
Raymond II Trencavel (1207-1263) – fils de Raymond-Roger, vicomte de Carcassonne, de Razès, d’Albi et de Béziers et d’Agnès de Montpellier. A la mort de son père, survenue dans des circonstances mal élucidées alors qu’il avait été emprisonné à Carcassonne sur ordre de Simon de Montfort, le jeune Raymond, alors âgé de trois ans avait été confié à son oncle le comte Raymond-Roger de Foix auprès duquel il passera son enfance. Le comte Raymond VII a profité du départ d’Amaury de Montfort pour réinvestir Carcassonne et l’offrir à son détenteur légitime, le jeune Raymond II Trencavel. Ce retour est aussi l’occasion pour sa mère Agnès de Montpellier (1190-1226) de retrouver sa place alors qu’elle avait été contrainte par Simon de Montfort de renoncer à ses droits en échange d’une rente viagère.
25 août 1224 – le pape Honorius III accède à la requête des
comtes Raymond VII, Roger Bernard et Raymond II Trencavel et leur restitue
leurs titres et leurs possessions.
23 octobre 1225 – Retiré à Fontfroide, l’ancien archevêque
Arnaud-Amalric fait don à l’abbaye de ses biens. Il ne s’agît, en fait, que de
quelques livres, d’un palefroi, d’un coffret et de deux charrettes avec leurs
chevaux.
Il décédera quelques jours plus tard. Malgré ses origines catalanes revendiquées et sa défense affichée d'une identité occitane, son corps sera transféré à l’abbaye de Citeaux pour y être inhumé. Arnaud- Amalric laissera derrière lui le souvenir controversé d’un cistercien à la fois inflexible dans la conduite de la mission que lui avait confié le pape au moment de la croisade des Albigeois mais aussi obstiné jusqu’à l’outrance lorsqu’il s’était accroché au titre de duc de Narbonne, mêlant de façon quelque peu contradictoire la mission spirituelle qui lui était dévolue à une quête du pouvoir temporel.
29 novembre 1225 – le Concile de Bourges considère que le comte Raymond VII de Toulouse n’a pas respecté ses engagements en se rendant complice des cathares et le déclarent ennemi du roi. Les prélats se rangent du côté d’Amaury de Montfort qui, depuis des mois, revendique ses droits sur le comté de Toulouse au nom de Louis VIIII.
Les eût-il vraiment respectés que les évêques auraient trouvé une autre raison pour justifier leur revirement. L’échec de la première croisade était trop patent pour que l’Eglise ne revoie pas sa stratégie vis-à-vis des terres de Languedoc. Profitant de l’impétuosité du nouveau roi Louis VIII et du fait qu’il s’était lui-même impliqué personnellement à deux reprises contre le comte de Toulouse et ses alliés, les prélats ne cachaient plus leur intention de déclencher une nouvelle croisade destinée à réduire de manière définitive les libertés dont abusaient, selon eux, les principautés du midi au profit d’un renforcement de l’autorité royale.





_-_Amaury_VI_de_Montfort.jpg)