dimanche 27 octobre 2024

Narbonne au XIIème siècle - au temps de la Vicomtesse Ermengarde (1160-1199)

février 1157 - la vicomtesse Ermengarde de Narbonne prête serment de fidélité au Comte de Barcelone Raymond-Bérenger IV. Il s'agît, surtout, pour elle de garder ses distances avec les Comtes de Toulouse, rivaux des comtes de Barcelone, rappelant que c'est avec les seigneurs catalans que la maison de Narbonne entretient les liens les plus étroits.  

1157 - la Vicomtesse Ermengarde cède à l'abbaye de Fontfroide un vaste lot de terres héritées de son grand-père Aymeri Ier, permettant à l'établissement cistercien d'accroître de façon conséquente son patrimoine foncier.

1158 -  La vicomtesse Ermengarde de Narbonne se joint à la ligue formée contre le comte de Toulouse Raymond V par le comte de Barcelone Raymond-Bérenger IV, Raymond Ier Trencavel, Guilhem VII de Montpellier et le roi d'Angleterre Henri II Plantagenet.


1160
-  Bernard d’Anduze décède à l’âge de 60 ans après être resté dans l'ombre de son épouse la  vicomtesse Ermengarde de Narbonne. Mariés depuis 1142, ils n’ont pas eu d’enfant. 

Ermengarde n’avait que 7 ans lorsque son père le vicomte Aymeri II a été tué aux frontières de l’Aragon en combattant les Almoravides lors de la bataille de Fraga. En tant que seule héritière de la vicomté de Narbonne, elle a vite ranimé les rivalités entre le comte de Toulouse et celui de Barcelone pour savoir lequel des deux parviendrait, le premier, à mettre la main sur cette seigneurie jugée stratégique. Pour ces grands féodaux auxquels étaient venus s’ajouter les Trencavel qui régnaient sur Carcassonne et Béziers, la vicomté de Narbonne constituait, de par sa position géographique privilégiée, à la fois le point de passage obligé des routes menant vers le sud, le nord et l’ouest et un port actif donnant sur la Méditerranée.

Ermengarde achève son enfance auprès de sa belle-mère Ermessinde, seconde épouse d’Aymeri II, son père, veuve après quatre ans de mariage et mère d’une fille, prénommée elle aussi Ermessinde, de 4 ans sa cadette. On ne dispose, en revanche, d’aucune information sur ce qui est advenu de sa mère Ermengarde de Servian, dont le nom disparait des registres à partir de 1126. Issue de la noblesse biterroise, sa famille était réputée pour sa proximité avec les vicomtes Trencavel. Est-ce pour cette raison qu'elle aurait pu être répudiée par le vicomte Aymeri à un moment où il était entré en conflit avec ses ambitieux voisins Trencavel mais aucun élément ne permet de l’affirmer. On pense trouver sa trace dans un acte postérieur de plusieurs années mais le lien ne peut être établi de façon sûre. Il est, en, revanche, certain que ni la mère, ni la fille n’entretiendront de relation après la mort d’Aymeri.

 En 1142, Ermengarde vient d'atteindre l’âge de 15 ans lorsque le Comte Alphonse-Jourdain, tout juste veuf de sa première épouse, la demande en mariage. Le contrat stipule, cependant, de façon, par trop évidente, que l'objectif réel du Comte de Toulouse est d'absorber la vicomté de Narbonne. Cette disposition, qui risque de modifier de façon définitive les équilibres géopolitiques de la région est immédiatement remise en cause par le comte de Barcelone Raymond-Bérenger IV et le vicomte de Carcassonne Roger Trencavel. Ceux-ci parviennent à faire annuler le projet d’Alphonse-Jourdain et trouvent dans l’urgence un parti de mariage à leur mesure pour la jeune vicomtesse. Ermengarde épouse Bernard d’Anduze, un seigneur de la vicomté de Nîmes, veuf et âgé de 47 ans. Au fil des ans, la vicomtesse Ermengarde va affirmer une forte personnalité sur la scène politique régionale. En 1148, après avoir assisté le comte de Barcelone Raymond-Bérenger IV lors de la prise de la ville de Tortosa aux Almoravides, elle participe aux côtés de l’archevêque de Narbonne à la fondation du monastère de Poblet, sur une terre que Raymond-Bérenger vient d’offrir, pour la remercier à l’abbaye de Fontfroide. En 1156, elle parvient, avec le comte de Toulouse Raymond V et l’archevêque d’Arles à mettre un terme au conflit qui oppose les seigneurs des Baux au comte de Barcelone.

1160 - C'est à partir de cette époque que la Vicomtesse Ermengarde fait de Narbonne un foyer intellectuel florissant fréquenté par les troubadours. 

Peire Rogiers (c.1145-1197)
Originaire de Clermont, il était, dit-on chanoine lorsqu'il décida d'abandonner le monde ecclésiastique pour une carrière de chanteur, de jongleur et de conteur.
Il va dès lors fréquenter les cours seigneuriales de langue d'oc, à commencer par celle de Narbonne où il reçoit le meilleur accueil de la part de la vicomtesse Ermengarde.
« E venc s'en Narbona, en la cort de madomma Ermegenda qu'era adoncs de gran valor e de gran pretz et ella l'acuilhit fort e l'onret, l'ill fetz grans bes. »
Très impressionné par sa personnalité, il écrit notamment pour elle plusieurs chansons d'amour, ce qui ne tarde pas à alimenter les ragots sur une éventuelle liaison entre eux. Pour faire taire la calomnie, la vicomtesse n'a d'autre choix que de demander à Peire Rogiers de quitter sa cour. Il va dès lors faire valoir ses capacités artistiques auprès d'autres seigneurs comme le comte Raymond V de Toulouse, les rois Alphonse II d'Aragon et Alphonse VIII où il recevra, à chaque fois, le meilleur accueil.

Jusqu'à la fin du siècle, la cour d'Ermengarde devient un lieu de rencontres très prisé des poètes et des musiciens, témoignant d'une vie intellectuelle intense. On la considère même, à l'égal de Montpellier, comme un des creusets du "réveil intellectuel" qui caractérise la fin du XIIème siècle. On y rencontre des artistes mais aussi des juristes dont le provençal Maître Géraud auteur d'un commentaire du Code de Justinien et des médecins à l'instar de Maître Brémond dès 1155 et Maître Raoul de 1171 à 1174.

Parmi les troubadours qui fréquentent la cour de la vicomtesse Ermengarde figure d'abord Peire Rogier (c.1145-1197), originaire de Clermont. Doté, selon les témoignages, d'une belle voix, il a troqué son habit de chanoine pour celui de chanteur et de jongleur. Très impressionné par Ermerngarde, il écrit pour elle de nombreux vers qu'il met aussi en chanson. Il paraît, aussi, qu'il s'est épris d'elle et, selon la rumeur qu'il a même entretenu une liaison avec elle. La vicomtesse préférera l'éloigner pour faire taire les mauvaises langues.

C'est à sa cour que se retrouvent les troubadours les plus célèbres, n'hésitant pas à faire en vers l'éloge de celle en qui ils reconnaissent tous leur protectrice. Citons parmi eux Bernard de Ventadour, Giraut de Boneilh, Peire d'Alvernhe ou encore la poétesse (trobairitz) Azalaïs de Porcairagues.

On raconte aussi que le comte norvégien (Jarl) des Orcades, Rögnvald Kali Kolsson (110-1158), parti en 1153 en pèlerinage vers Jérusalem, atteignit l'Espagne et les rivages de la Méditerranée où, à l'occasion d'une halte dans le port de "Nerbon" il fit la connaissance de la vicomtesse Ermengarde. Se serait ensuivie, dit-on, une romance courtoise au cours de laquelle le comte aurait composé pour elle des chants en poésie scaldique. Il est certain, en revanche, que le souvenir de la dame de Narbonne est remonté jusqu'aux Orcades où le prénom Arminger est devenu très courant chez les jeunes filles.

 1162 - L'archevêque Bérenger de Narbonne décède le 7 avril. Fils puiné du vicomte Aymeri Ier, il était aussi l'oncle d'Ermengarde. Voué dès son plus jeune âge à la cléricature, il était surtout connu pour avoir été durant plus de quarante ans abbé de Lagrasse, s'étant, au passage, illustré lorsque, non content d'être à la tête d'un patrimoine déjà considérable, il avait, par la force, pris possession du monastère de St Felix de Guixols, relevant du diocèse de Gérone. Ardent défenseur du pouvoir ecclésiastique, on peut supposer que s'est installé, lorsqu'il est devenu archevêque, un véritable concours d'influence entre lui et sa nièce la vicomtesse d'Ermengarde car c'est justement à cette époque que celle-ci fit preuve des plus grandes largesses envers l'abbaye de Fontfroide qui relevait directement de sa part territoriale, en réponse à la puissance, par trop affichée, de celle de Lagrasse. Et preuve de cette émancipation, les abbés de Fontfroide Sanche puis Vital 1er ne jugèrent pas utile d'informer le pape de ces donations contrairement aux usages habituels.  

Pons d'Arsac, jusque là archidiacre de Narbonne devient le nouvel archevêque. Cette nomination pourrait être, en fait, le fruit d'une entente entre la vicomtesse Ermengarde et le seigneur Guilhem de Montpellier. Pons devait certainement être originaire de Montpellier ou de ses environs. C'est justement dans cette ville qu'il venait d'être consacré par le pape Alexandre III et il n'est pas exclu qu'il ait préalablement exercé comme chanoine à Maguelonne. 

Juin 1163 - après des décennies de brouille entre leurs deux familles, le comte de Toulouse Raymond V fait la paix avec Raymond 1er Trencavel, vicomte d'Albi, de Béziers, de Carcassonne et du Razès. Celle-ci est signée dans l'église d'Olmes, aux confins du Comté de Foix. Le comte reconnaît à Raymond Trencavel la pleine jouissance de toutes ses terres en engagement, en contrepartie de quoi le vicomte reconnait tenir tous ses domaines du Comte de Toulouse. En gage de bonne volonté de sa part, Raymond V s'oblige à rembourser les cinq mille marcs d'argent de la rançon qu'avait du verser le vicomte de Carcassonne lorsqu'il avait été emprisonné à Toulouse. Parmi les seigneurs présents à ce traité figurent Roger-Bernard Comte de Foix, Hugues Comte de Rodez, Guilhem seigneur de Montpellier, Hugues des Baux, Guillaume de Sabran, Pierre de Minerve, Raimond de Termes et bien sûr la vicomtesse Ermengarde de Narbonne.  

Les seigneuries occitanes vers 1160


1163
- Le pape Alexandre III préside un concile à Tours où sont réunis 17 cardinaux, 124 évêques et plus de 400 abbés. Il s'agit à présent, pour l'Eglise, de définir la bonne attitude face à l'hérésie qui ne cesse de progresser dans le comté de Toulouse et commence à s'étendre en Gascogne. Il est, en conséquence, ordonné à, tous les évêques et ecclésiastiques du pays, sous peine d'excommunication, de refuser tout asile aux hérétiques et de n'avoir aucun commerce avec eux. Les princes catholiques se voient, quant à eux, dans l'obligation d'emprisonner tous ceux qui seraient identifiables à des hérétiques, de confisquer leurs biens et de les traquer jusque dans les endroits où ils peuvent se réunir. Le but est que tous évitent le commerce des hérétiques albigeois. On ne peut qu'y voir une façon perverse de faire renaître, au sein même du royaume de France, l'esprit des croisades à l'exception près que l'ennemi ne sera plus l'infidèle qui s'est emparé de la Terre Sainte mais un compatriote.

Un témoignage contemporain décrit ainsi ces hérétiques que l'on appellera bien plus tard les cathares, et qui, alors, se définissent comme les "bons hommes":  "Ces faux prophètes prétendent mener une vie apostolique et imiter les apôtres. Ils prêchent sans cesse, marchent nu-pieds, prient à genoux sept fois par jour et autant pendant la nuit ; ils ne veulent recevoir d’argent de personne, ne mangent point de viande et ne boivent pas de vin, et se contentent de recevoir leur simple nourriture ; ils disent que l’aumône ne vaut rien, parce que personne ne doit rien posséder ; ils refusent de participer à la sainte communion, prétendent que la messe est inutile, et déclarent qu’ils sont prêts à mourir et à souffrir le dernier supplice pour leur croyance. Ils font semblant d’opérer des prodiges…."

1164 - Ermengarde de Narbonne n'hésite pas à faire appel au roi Louis VII dans un litige l'opposant au seigneur Bérenger de Puisserguier, vassal des Trencavel qui, profitant du rapprochement entre le vicomte de Béziers et le Comte Raymond V de Toulouse, s'est affranchi de ses obligations pour ses terres relevant de la juridiction narbonnaise  Le seigneur Guilhem VII de Montpellier, l'évêque de Maguelonne Jean de Montlaur et la pape Alexandre III, alors exilé à Montpellier, sollicitent le roi de France en faveur de la vicomtesse. Celui-ci lui donne finalement raison. plutôt satisfait de l'occasion qui lui est faite de posséder dorénavant un contact dans une région qui a toujours échappé aux Capétiens. Il lui répond en ces termes :

 "Louis, par la grâce de Dieu roi des Français, à sa très chère et illustre dame E[rmengard] de Narbonne, salutations. Comme nous l’a indiqué votre amour par les messagers dignes, l’abbé de St. Paul et Pierre Raymond, il y a hésitation dans votre domaine pour permettre le pouvoir judiciaire aux femmes en matière de droit impérial. Mais la coutume de notre royaume est beaucoup plus bienveillante, permettant aux femmes, si le meilleur sexe fait défaut, de réussir et d’administrer leur héritage. Rappelez-vous donc que vous êtes de notre royaume et nous voulons que vous gardiez l’usage de notre royaume ; et bien que vous soyez un voisin de l’empire, ne pas acquiescer à ses coutumes ou lois en cela. Assieds-toi donc au jugement des affaires, examinant diligemment les choses avec le zèle de celui qui t’a créé une femme alors qu’il aurait pu te faire un homme, et dans sa bonté a donné la règle de la province de Narbonne à une femme. Selon notre autorité, personne n’est autorisé à se détourner de votre juridiction parce que vous êtes une femme. Faites-le bien."

1165 - Soucieux de s'assurer une neutralité bienveillante envers la vicomté de Narbonne, Le roi Louis VII confirme dans une charte adressée à l'archevêque Pons d'Arsac, son co-seigneur, les privilèges de l'église métroplitaine. 

1165 - Faisant suite aux recommandations du concile de Tours relatives aux hérétiques, l'archevêque de Narbonne Pons d'Arsac organise, à la demande du pape, une assemblée à Lombers, dans la vicomté d'Albi, afin de statuer sur le mouvement chrétien qui se désigne sous le nom de "bons hommes". Une foule nombreuse s'est déplacé pour suivre les débats. Outre le prélât narbonnais, y participent les évêques Aldebert de Nîmes, Guillaume d'Albi, Gaucelin de Lodève, Gérard de Toulouse et Guillaume d'Agde ainsi que plusieurs abbés dont Alphonse de Fontfroide. Le vicomte Raymond Trencavel , la comtesse de Toulouse Constance de France et le vicomte de Lautrec Sicard V sont aussi présents.le comte de Provence Raymond-Bérenger III (1136-1166) meurt devant Nice ne laissant comme héritière qu’une fille, Douce, âgée de quatre ans. Son cousin le roi Alphonse II (1152-1196) d’Aragon, dont il assurait la régence en compagnie du grand-sénéchal Guillaume-Raimond de Moncada et de l'évêque de Barcelone depuis la mort de son père, ne tarde pas à s’emparer du comté prétextant que, seul, un héritier mâle peut le revendiquer. Il se heurte alors au comte de Toulouse Raymond V qui, grâce à un astucieux montage marital, se déclare comme le véritable héritier du comté de Provence en épousant Richezza de Pologne (1140-1185), tout juste veuve du comte Raymond-Bérenger III et, pour mémoire, la nièce de l’empereur Frédéric-Barberousse et auparavant reine de Castille. Cette fois, la guerre est déclarée entre les maisons de Barcelone et de Toulouse avec, en ligne de mire, les seigneuries de la frange languedocienne allant de Perpignan à Nîmes.

L'assemblée écoute les arguments d'un "parfait" du nom d'Olivier. Celui-ci déclare que son mouvement religieux appartient bien à l'Eglise catholique même s'il le reconnaît plus austère. Les débats font ressortir que ceux que, dans certains cercles théologiques, notamment en Allemagne, on désigne depuis au moins 1155 sous le nom de cathares (bien qu'eux-mêmes n'utiliseront jamais ce terme) ont, certes, une connaissance très poussée de la Bible mais doivent être dénoncés comme hérétiques du fait qu'ils ne reconnaissent pas la hiérarchie ecclésiastique, l'accusant même de s'être éloigné du message du Christ. Au terme du synode, le catharisme est officiellement reconnu comme une hérésie. 

 C'est au début du IVème siècle qu'Eusèbe de Césarée dans son Histoire Ecclésiastique utilise, pour la première fois, le terme "καθαροί" (Katharoi signifiant "purs") pour désigner un mouvement schismatique fondé en Phrygie par un certain Novatien qui prônait une pratique manichéenne de la  religion, la considérant d'abord comme la lutte du Bien contre la Mal. Il s'était surtout distingué en refusant le retour parmi les chrétiens de ceux qui avaient renoncé à leur foi durant les persécutions de Dèce (251). Le "catharisme" était réapparu sous la plume du moine allemand Eckbert von Schöngau en 1163 pour désigner de manière générale les diverses hérésies recensés à l'époque dans l'Europe chrétienne.

1166 - après avoir fait remettre en état la Via Domitia, renommée via mercaderia, dans le but d'améliorer les échanges par voie terrestre entre Narbonne et Barcelone, la vicomtesse Ermengarde supervise la signature d'un traité avec la République de Gênes destiné à développer les relations commerciales avec la péninsule italienne. 

1166 – le comte de Provence Raymond-Bérenger III (1136-1166) meurt devant Nice ne laissant comme héritière qu’une fille, Douce, âgée de quatre ans. Son cousin le roi Alphonse II (1152-1196) d’Aragon, dont il assurait la régence en compagnie du grand-sénéchal Guillaume-Raimond de Moncada et de l'évêque de Barcelone depuis la mort de son père, ne tarde pas à s’emparer du comté prétextant que, seul, un héritier mâle peut le revendiquer. Il se heurte alors au comte de Toulouse Raymond V qui, grâce à un astucieux montage marital, se déclare comme le véritable héritier du comté de Provence en épousant Richezza de Pologne (1140-1185), tout juste veuve du comte Raymond-Bérenger III et, pour mémoire, la nièce de l’empereur Frédéric-Barberousse et auparavant reine de Castille. Cette fois, la guerre est déclarée entre les maisons de Barcelone et de Toulouse avec, en ligne de mire, les seigneuries de la frange languedocienne allant de Perpignan à Nîmes.

Au mois d'avril, le guerre reprend entre Alphonse II et Raymond V. Le roi d'Aragon peut compter sur le soutien de Roger II Trencavel, d'Ermengarde de Narbonne et d'Hugues II des Baux, tandis que le Comte de Toulouse s'assure l'appui de l'archevêque d'Arles Raimon de Bollène et des Génois. Les combats vont se dérouler pendant plus d'une année, principalement en Camargue et dans l'Argence, s'achevant par la défaite de Raymond V qui accepte de renoncer à ses prétentions sur le Comté de Provence.  

1167 - la répression qu'est censée mettre en place l'Eglise depuis la décision de l'assemblée de Lombers (1165) n'empêche pas le catharisme de se répandre en Occitanie. Quatre évêchés cathares sont pour l'occasion créés lors d'un synode qui se tient à Saint Félix de Lauragais : Toulouse, Albi, Agen et Carcassonne.

1167 - le chapitre de St Just mentionne l'existence d'une maladrerie sous le nom d'Hôpital des Lépreux de Cité.

1167 - la vicomtesse Ermengarde se voit confier par sa demi-soeur Ermessinde la garde de son fils aîné Aymeri avec pour mission de l'associer aux responsabilités. La vicomtesse n'a pas eu d'enfant et c'est, en tout état de cause, à son neveu que reviendra la charge vicomtale après sa mort.

1167 - Raymond 1er Trencavel porte secours à son neveu Bernard Aton VI, menacé à Nîmes par le roi d'Aragon Alphonse II. C'est alors qu'éclate un incident entre un des soldats du vicomte et un bourgeois de Béziers. Raymond, par solidarité avec son armée punit le bourgeois mais soulève contre lui, cette partie de la population, soudain animée d'un esprit de vengeance. 

Le Meurtre de Raymond Trencavel à Béziers
Tableau de Joseph-Noël Sylvestre (Béziers, Musée des Beaux-Arts)

15 octobre 1167
– le vicomte Raymond Ier Trencavel est assassiné à Béziers, au cours de l’office du dimanche, par des bourgeois en colère, devant l’autel de l’église Sainte Madeleine. 

Les véritables raisons de cette violence restent incertaines mais le fait est qu'il il régnait, alors, à Béziers un véritable climat d'émeute. C’est dans l'église où se tenaient d’ordinaire les réunions des consuls de la ville que le vicomte assistait, ce jour-là, à la messe célébrée par l’évêque Guillaume, accompagné de certains de ses vassaux. Un groupe de bourgeois a surgi soudain, sortant les poignards qu’ils cachaient sous leurs vêtements, tuant le vicomte et des gens de sa suite. Pourquoi un tel déchaînement ? On dit qu’un des chevaliers du vicomte avait eu un grave différend avec un bourgeois qui aurait essayé de voler sa mule et que, malgré la temporisation du vicomte Trencavel, l’homme s’était senti humilié au point d’en nourrir un fort ressentiment. Il s’était alors entendu avec d’autres habitants de Béziers pour éliminer le vicomte. Il semble que les rancœurs étaient plus anciennes. Cela faisait, en fait, bien longtemps que Raymond Trencavel, négligeait Béziers au profit de Carcassonne et avait abandonné à l'évêque une large partie de son pouvoir. Or, pour la vieille aristocratie biterroise, forte de ses origines wisigothes, tels que les Servian, les Arnaud de Sauvian, les Gairald de Maureilhan, les Rainard de Villeneuve, les Lespignan ou les Nissan, le comportement de Raymond 1er était indigne de ce que l'on attendait d'un seigneur respectable. A qui donc pouvait profiter cet assassinat ? Aux bourgeois, aux nobles, au Comte de Toulouse ?

 décembre 1167 – le comte Raymond V de Toulouse dépouille Roger II Trencavel (1149-1194) des vicomtés de Carcassonne et Béziers bien qu’il en soit l’héritier légitime depuis l’assassinat de son père. Il semble, à ce propos, que le seigneur de Toulouse a été impliqué dans le mouvement de colère qui a animé les habitants de Béziers mais aussi ceux de Nîmes contre le vicomte Bernard-Aton Trencavel. 

Raymond remet les possessions de Roger II au comte Roger-Bernard de Foix, époux de sa sœur Cécilia de Béziers. Ermengarde et son neveu Aymeric figurent parmi les témoins de cet acte qui, en l’occasion a été rédigé par le propre clerc de la vicomtesse, nommé Gérald (peut-être s'agit-il de Géraud le Provençal, le juriste connu pour avoir fait partie de l'entourage d'Ermengarde). On ignore les raisons pour lesquelles la vicomtesse de Narbonne s’est rangée du côté du comte de Toulouse alors qu’elle a, en même temps, rejoint la ligue formée par le roi d’Aragon Alphonse II dans la guerre de succession qui perdure en Provence. Faut-il y voir du pragmatisme ou de l’opportunisme mais les années ont montré que tout peut basculer en faveur de l’une ou de l’autre des deux grandes maisons rivales moins par le jeu des armes que celui des alliances matrimoniales. Ne serait-ce donc pas plutôt de la prévoyance ?

1171 - le consul Bérenger de Volta signe l'acte par lequel l'archevêque Pons d'Arsac autorise la construction d'une église dans la léproserie de Cité placée sous le vocable de St Laurent. 

1171 - la vicomtesse Ermengarde et l’archevêque Pons de Narbonne figurent parmi les signataires de l’acte de mariage unissant le vicomte Roger II Trencavel à Adalaïs (c.1158-1200), la fille du Comte Raymond V de Toulouse.

A 14 ans, la jeune Adalaïs est déjà célébrée pour sa beauté par les troubadours. Le Comte Raymond V de Toulouse a senti la nécessité de resserrer les liens avec les vicomtes Trencavel qu’il juge trop intimement liés au roi d’Aragon Alphonse II. Pour Roger Trencavel, cette union met en évidence l’importance géopolitique que représente sa famille dans le sud de la France car le fait d’épouser Adalaïs dont la mère Constance de France n’est autre que la sœur de Louis VII fait de lui le neveu par alliance du roi de France. 

30 décembre 1171Ermengarde et Roger II Trencavel échangent un serment de fidélité contre tous, excepté le Comte de Toulouse et leurs propres « hommes ». Ils s’entendent ensuite sur la démolition de la forteresse de Villemagne (peut-être Villemagne l’Argentière) située sur une terre dont les revenus provenant des ressources minières (plomb, étain) sont partagées entre les vicomtes Narbonne et de Béziers.  

L'abbaye de Fontfroide
C'est à partir des années 1170 que commencent les grands travaux destinés à reconfigurer l'abbaye à la mesure de sa renommée mais aussi de sa puissance.  

1172
- le roi Alphonse II d'Aragon prend sous sa protection l'abbaye Sainte Marie de Fontfroide et lui accorde divers privilèges. Il reconnaît, de la sorte, le rôle majeur de l'abbaye dans la création et le développement du monastère de Poblet dont la fondation a été inspiré par son père le comte de Barcelone Raymond-Bérenger IV et qu'il a choisi pour être, le moment venu, son lieu de sépulture 

1173 – Se voyant isolée depuis que le Comte Raymond V de Toulouse a rejoint l’alliance que le roi Henri II Plantagenet vient de constituer avec le roi Alphonse II d’Aragon, la vicomtesse Ermengarde fait acte d’allégeance au roi Louis VII. Elle s’engage à n’avoir aucun commerce avec les ennemis de la couronne de France, se sentant d’autant plus libre d’agir que le comte Raymond V a répudié son épouse Constance de France, la propre sœur de Louis VII et trahi son propre camp au profit du roi d’Angleterre, oubliant simplement que le roi de France lui avait, dans l’urgence, porté secours lorsqu’il avait failli tomber aux mains d’Henri II en 1159. Ermengarde appelle le roi à intervenir dans le Midi, relayée en cela par l’archevêque Pons qui interpelle le monarque sur la menace d’une invasion que projettent les Plantagenet.

4 mars 1174 - Pierre Gualterius, légat de la vicomtesse Ermengarde de Narbonne et les représentants consulaires de la ville concluent un traité de paix et de commerce avec la République de Pise. 

18 avril 1176 – la paix est signée à Tarascon entre Alphonse II et Raymond V mettant un terme à la guerre successorale qui a débuté en Provence en 1123. Le Comte de Toulouse en est le grand perdant car, en échange de 30 000 marcs d’argent, il accepte de perdre ses droits sur le Comté de Provence et renonce aux comtés de Gévaudan, de Millau et de Carlat, ne conservant finalement qu’une petite part du marquisat de Provence située autour d’Avignon.

Louis VII (1120-1180) 
surnommé "le Jeune" puis "le Pieux"
(portrait d'Henri Decaisne (1837) - Musée historique de Versailles)
Marié à 16 ans avec Aliénor d'Aquitaine qui lui apportait en dot un ensemble de terres aussi étendu que ne l'était jusque-là le domaine royal, il fut aussi le premier roi à partir en croisade en Terre Sainte, ce qui lui permit d'en acquérir une certaine gloire. 
Il n'avait cependant pas prévu que l'annulation de son mariage allait bouleverser pour plusieurs siècles l'environnement géopolitique du royaume de France. En épousant en secondes noces le roi d'Angleterre Henri II Plantagenet, c'est à lui qu'Aliénor d'Aquitaine offrait son immense héritage, permettant au à son nouveau mari de devenir le personnage le plus puissant de France.
Louis VII conservait la suzeraineté sur toutes les seigneuries situés à l'intérieur des frontières du royaume mais quel était son réel pouvoir face à des princes souvent mieux fieffés qu'il ne l'était lui-même. Jalouse de préserver la singularité de sa vicomté de Narbonne, ardemment convoitée par les Comtes de Toulouse ou de Barcelone, c'était au roi de France que la vicomtesse Ermengarde s'était adressé pour garantir sa protection. Celui-ci lui avait reconnu d'immenses mérites mais était resté en retrait, par peur des conséquences qu'aurait pu entraîner son intervention.
 
1177 – Le roi Louis VII, malade, ne peut répondre aux sollicitations de la vicomtesse Ermengarde alors qu'il lui faut, en même temps, travailler à la signature d’un pacte de non-agression avec Henri II Plantagenet. Pour Raymond V de Toulouse, le fait d’avoir renoncé au Comté de Provence doit lui permettre d'orienter ses ambitions vers des territoires bien moins éloignés. Parmi ceux-ci, la vicomté de Narbonne passe pour un objectif de choix. La vicomtesse Ermengarde se retrouve, en effet, bien seule depuis que son neveu Aymeri, destiné à devenir le prochain vicomte, a choisi de mener une vie recluse à Fontfroide. Conscients de l’imminence de la menace, le  vicomte de Nîmes et d’Agde Bernard-Aton VI Trencavel, son cousin Roger II Trencavel, vicomte d’Albi, de Carcassonne et de Béziers, et Guihem VIII, seigneur de Montpellier se joignent à la vicomtesse de Narbonne pour former une nouvelle alliance, comptant sur la protection du roi d’Aragon.

Furieux, le comte de Toulouse répond à ce qu'il considère comme une provocation en dénonçant à l’abbé de Clairvaux Henri de Marcy (ou Marsiac) son gendre Roger II Trencavel comme hérétique. L'affaire connait vite un fort retentissement. Au courant de l'automne, le cardinal Pierre de St Chrysogone rencontre les rois Louis VII et Henri II Plantagenet. Tous trois conviennent de la possibilité d'organiser une expédition armée dans le sud de la France en pendant à la mission de prédication auprès des populations. Les deux souverains refusent toutefois de s'impliquer directement dans cette opération contrairement à ce qu'aurait souhaité Raymond V. Ils proposent que cette responsabilité revienne aussi à Pierre de St Chrysogone.

1177 - l'archevêque de Narbonne Pons d'Arsac autorise les Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem à construire une chapelle dans le quartier de Cité (emplacement de la future chapelle des Pénitents Bleus). Bernard du Lac est alors procureur des biens de l'Ordre dans le Narbonnais et le Minervois.

1177 - Ermessinde, demi-soeur de la vicomtesse Ermengarde de Narbonne, veuve de Manrique de Lara, comte de Molina et Meza, meurt à l'âge de 47 ans. Elle a donné naissance à 4 enfants mais on n'en cite plus que deux au moment de son décès ; Aymeri et Pedro

Ermessinde n'a pas encore 4 ans lorsque son père, le vicomte Aymeri II de Narbonne trouve la mort au cours de la bataille de Fraga en combattant les Almoravides. Elle va, dès lors, être élevée par sa mère, la vicomtesse Ermessinde, aux côtés de sa demi-sœur Ermengarde, née du premier mariage du vicomte et de 3 ans son aînée. Parvenue à 15 ans, Ermengarde, héritière de la vicomté épouse Bernard d'Anduze, un mari que lui ont choisi les seigneurs traditionnellement alliés à sa famille. Il en va tout autrement pour Ermessinde qui, en 1152, épouse un noble issu des plus illustres familles de Castille, le comte Manrique Perez de Lara (?- 1164) comte de Molina* et Meza, gouverneur entre autres des villes d'Avila, de Tolède, de Madrid et de Ségovie, qui vient, de plus, de s'illustrer lors de la prise d'Almeria en 1147. Cette union pourrait ne rien devoir au hasard et lever le voile sur le mystère qui entoure les origines de la seconde épouse d'Aymeri II. Ermessinde devait certainement descendre de la noblesse castillane. Manrique meurt en 1164 au cours de la bataille fratricide de Huete qui oppose les Lara aux Castro, laissant deux fils Pedro et Aymeri. Le cadet est confié à sa tante, la vicomtesse Ermengarde, qui se charge de son éducation mais, renonçant à toutes ses prérogatives, il a décidé de se vouer à la vie monastique et s'est retiré à l'abbaye de Fontfroide il décèdera peu après sa mère. Pedro se retrouve, ainsi, seul héritier des titres de son père mais devient aussi, de droit, celui de la vicomtesse Ermengarde, qui n'a pas eu d'enfant.                                                                                                              * Le Comté de Molina était situé aux confins de l'Aragon et de la Castille. Couronné par une imposante forteresse avait été conquis sur les Almoravides en 1129. Il a été confié à la famille de Lara, de façon conjointe, par le roi de Castille Alphonse VII, le prince d'Aragon et le comte de Barcelone Raymond-Bérenger IVB à partir de 1139-40.                                                 

1178 – Le pape Alexandre III décide d’envoyer un légat dans le Comté de Toulouse afin d’enquêter sur les progrès de l’hérésie dans la région. Il choisit pour cette mission l’abbé de Clairvaux Henri de Marcy qu’il nomme, pour la circonstance, évêque d’Albano, l'élevant, qui plus est, au cardinalat. Il lui adjoint le cardinal Pierre de St Chrysogone. Connus, tous deux, pour leurs talents de prédicateurs, les deux émissaires ont l’expérience de la contradiction théologique et l’art de l’argumentaire, ne se privant pas de pointer du doigt des sujets sensibles comme la sexualité. 

1178 – le cardinal Pierre de Pavie, évêque de St Chrysogone arrive à Toulouse où il reçoit un accueil hostile de la part de la population. Mais après avoir mis en scène, devant la foule, le retour à la foi catholique du marchand Pierre Maurand, il excommunie, à titre d’exemple, deux chefs des hérétiques, Raymond de Baimiac et Bernard Raimundi, accusés de faire la promotion de l’antéchrist. Ceux-ci se réfugient au château de Lavaur où réside d’habitude la vicomtesse Adalaïs de Toulouse, épouse de Roger II Trencavel et qui, outre la protection qu’elle accorde aux troubadours, ne cache pas son intérêt pour la pensée "cathare". Soucieux de faire un exemple, le cardinal de Saint Chrysogone excommunie le vicomte Roger Trencavel en personne.

1179 – Le vicomte Roger II Trencavel rompt l'alliance qui le lie à son beau-père le Comte de Toulouse au profit de sa nouvelle entente avec le roi Alphonse II d’Aragon auquel il rend hommage. Il reçoit en fief le Carcassès, le Razès, le Pays de Sault, le Termenès et le Minervois, en somme l’équivalent du Comté de Carcassonne. A la même époque Roger Trencavel et son cousin le comte de Nîmes Bernard-Aton IV commencent à s'inquiéter des décisions du concile de Latran III qui vient de condamner comme hérétiques les Cathares dont ils se sont faits les protecteurs.

17 octobre 1179 Pedro (Pierre) de Lara  apparait pour la première fois aux côtés de sa tante, la vicomtesse Ermengarde de Narbonne. Elle a alors 52 ans. C'est à cette époque qu'elle fait construire le porche monumental de l'église Notre-Dame de Lamourguier.  

Abbaye Notre Dame de Fontfroide
Avec sa voute en berceau brisé de style encore roman, culminant à 21 mètres, la nef de l'église abbatiale est le plus ancien vestige du grand chantier de construction qui va s'étaler sur plusieurs siècles. On situe le début des travaux à al fin des années 1150 mais c'est surtout entre les années 1170 et 1200 que vont être édifiés l'église à trois vaisseaux, la salle capitulaire et le premier cloître.

1180 – c’est au cours de la décennie que sont bâtis l’église, la salle capitulaire et le premier cloître de l’abbaye de Fontfroide. Ces travaux se poursuivront jusqu’au début du siècle suivant.

1180 – début de la construction de la basilique St Paul Serge (le chœur sera achevé entre 1224 et

15 février 1181l’archevêque de Narbonne Pons d’Arsac est déposé par le légat du pape Henri de Marcy.

On ne connait pas les raisons exactes d’une décision aussi grave. L’archevêque s’était, jusque là, conformé aux décisions des différents conciles concernant l’attitude à adopter vis-à-vis des hérétiques. Il avait, deux ans plus tôt, fait le voyage jusqu'à Rome pour participer au Concile de Latran III et avait souscrit au Canon 27 qui interdisait, désormais, aux membres de la communauté catholique d’avoir un quelconque contact avec les hérétiques, en l’occurrence les cathares et tous ceux qui les soutenaient. On suppose, dès lors, que les points de vue défendus par l’archevêque et le légat étaient devenus irréconciliables quant à la façon de lutter contre la progression de l’hérésie.  

Le poste d’archevêque restera, semble-t-il, vacant pendant les mois qui suivent. Il est possible qu’il y ait eu, alors, un vrai cafouillage, étant donné la difficulté de désigner un successeur en raison du contexte. Jean Belles-Mains, un prélât d’origine anglaise connu pour manier aussi bien le goupillon que l’épée, évêque de Poitiers depuis 1176 et membre de la mission d’Henri de Marcy, assure pendant quelques mois l’intérim.

5 avril 1181 –  le comte de Provence Raymond-Bérenger III est tué près de Montpellier, lors d’une embuscade que lui ont tendu les hommes d’Adhémar de Murviel. En conflit depuis quelques années avec le seigneur Guilhem VIII de Montpellier dont la famille a rejoint la coalition qui unit les vicomtes Trencavel, la vicomtesse de Narbonne et le comte de Barcelone, Adhémar se voit accusé d’avoir œuvré pour le compte de Raymond V. Raymond-Bérenger n’ayant pas d’enfant, Alphonse II confie le comté de Provence à son frère Sanche, le dernier de la fratrie.

Les hostilités ne vont pas tarder à reprendre de plus belle entre le Comte de Toulouse et le roi d’Aragon.

1181 – le légat du pape et cardinal Henri de Marcy assiège le château de Lavaur où se sont réfugiés  plusieurs hérétiques. Soucieuse d’épargner les vies, la vicomtesse Adalaïs de Toulouse ( ?-,1200), fille du comte Raymond V et de Constance de France, de ce fait nièce du roi Louis VII, épouse de Roger II Trencavel, préfère négocier leur reddition en échange de leur engagement de réintégrer l’église catholique. On dit qu’ils abjurèrent, mais on ne sait pas ce qui leur advint par la suite. Quant aux « parfaits » Raymond de Baimiac et Bernard Raimundi, ils auraient renié leur foi et seraient devenus chanoines, on ne sait où. C’est à cette époque que commencent à se mettre en place les premières procédures inquisitoriales.   

1181 - Dans le testament qu'il rédige, Pierre de Lara prévoit qu'après avoir succédé à sa tante Ermengarde en qualité de vicomte de Narbonne, il lui faudra partager son temps entre cette seigneurie et son comté de Molina. Il décide que s'il vient à décéder à Lérida, il sera enterré au monastère d'Arandella tandis que s'il vient à mourir à Narbonne, son lieu de sépulture sera l'abbaye de Fontfroide.

1182 Bernard Gaucelin est nommé archevêque de Narbonne. Très certainement rattaché à la famille seigneuriale de Lunel, il était évêque de Béziers depuis 1167.

27 mars 1184 - l'abbé et les chanoines de Quarante concluent à Narbonne, en présence de la vicomtesse Ermengarde, un accord avec Bérenger d'Ouveillan au sujet du droit de pêche dans l'étang de Cucumareco. Celui-ci appartiendra par moitié aux deux parties mais celle-ci qui voudra y exercer son droit devra en informer l'autre au préalable. Elle conservera la totalité du poisson pêché.  

1185 – le roi Alphonse II d’Aragon démet son frère Sanche du titre de comte de Provence, l’accusant de l’avoir trahi au profit du comte de Toulouse Raymond V et des Génois.

Avril 1185 – le fils du Roi Henri II, Richard Cœur de Lion, duc d'Aquitaine, rencontre au château de Najac le roi Alphonse II d’Aragon avec lequel il conclut une alliance contre le comte de Toulouse Raymond V. Roger II Trencavel se joint à l’entrevue pour prêter hommage de fidélité au roi d’Aragon.

Une nouvelle fois, les alliances se font et se défont au gré des saisons. Deux mois plus tôt, le roi Alphonse II s’était, en effet, rapproché du comte de Toulouse pour signer avec lui une trêve (convenientia), en présence de la vicomtesse Ermengarde de Narbonne. Il faut n'y voir là qu'un calcul, histoire pour le roi d’Aragon de gagner du temps, après la trahison de son frère Sanche.

1185 – l’archevêque de Narbonne Bernard Gaucelin rachète à Raymond de Traguille tous ses droits sur Cauquenne (île Ste Lucie) et Sigean écartant, pour l’occasion les prétentions de la vicomté de Narbonne. La richesse de l’île provient surtout de ses salins, déjà mentionnés en 844 et qui constituent une des principales sources de revenus de l’archevêché.

10 mai 1188 – l’archevêque de Narbonne Bernard Gaucelin reçoit du pape Clément III une bulle qui interdit aux chrétiens de baptiser de force les Juifs, de les blesser, de les tuer, de voler leur argent ou leurs biens ni de saccager leurs cimetières. Il ne semble pas que les juifs de Narbonne aient eu à subir de telles violences mais ces directives reflètent une tendance qui devait, alors, être tristement répandue au sein de la chrétienté.

Avril 1189 – la maison des lépreux de Bourg achète un emplacement pour  qu'y soit construite une église par le "peuple" de Narbonne. Cette acquisition en alleu est réalisée par les probi homines Burgi qui en achètent la seigneurie aux chanoines de Saint Paul.

26 janvier 1190 – le roi Alphonse II d’Aragon et le comte Raymond V de Toulouse concluent un traité de paix à Jarnègues sur la terre d’Argence par l’intermédiaire de l’archevêque Gaufred de Béziers et du vicomte Barral de Marseille.

1190 – la Vicomtesse Ermengarde de Narbonne souscrit une donation du roi Alphonse II d’Aragon à l’abbaye de Fontfroide.

1191 – Dans le même esprit qui l’a conduit à signer un traité de paix avec le roi d‘Aragon, Raymond V de Toulouse fait la paix avec le vicomte Roger II Trencavel selon une convention que confirme l’évêque d’Albi Guillaume Pierre

1192 – Impatient de mettre un terme à ce qu'il peut considérer comme un règne qui n'en finit plus, et alors qu'il a déjà près de 36 ans, Pierre de Narbonne-Lara s’approprie le titre de vicomte de Narbonne, obligeant sa tante Ermengarde à abdiquer en sa faveur.

Pedro Manrique de Lara (c.1155-1202) n’a pas encore 15 ans lorsque le roi de Castille Alphonse VIII lui confie ses premiers gouvernements. Il se signale aussi, en 1177, en prenant une part active à la prise de la ville de Cuenca sur les Almohades. Il apparait, par la suite, en 1185 à la cour du roi Ferdinand II de Leon qui lui confie la garde de la citadelle royale avant qu’il ne devienne gouverneur d’Oviedo, de Ciudad Rodrigo et de Salamanque. Il avait été convenu qu'il hériterait des terres de son père le comte de Molina Manrique Perez de Lara tandis que son frère cadet Aymeric deviendrait vicomte de Narbonne. Celui-ci avait, finalement choisi de devenir moine et s'était retiré dans l'abbaye de Fontfroide où il était décédé en 1177.

 Pedro a épousé en 1173 Sancha de Navarre, file du roi Garcia V et d'Urraca de Castille. Elle décède en 1176 après avoir donné naissance à trois enfants. Garcia l'aîné meurt en bas âge mais le second Aymeri accompagne son père lorsqu'il vient  séjourner à Narbonne.

Pedro, devenu Pierre en arrivant à Narbonne avait, alors, été initié au gouvernement de la vicomté par sa tante Ermengarde, dans un contexte qui contrastait sévèrement avec l'atmosphère castillane, dominée par l'esprit de la Reconquista face à un ennemi contre lequel il fallait batailler sans relâche. A Narbonne, en revanche, l'entourage de la vicomtesse était composé d'intellectuels brillants dont les batailles se livraient en vers et en musique. Et s'il y avait un problème auquel le jeune comte castillan n'était pas préparé, c'était le partage de la seigneurie avec l'archevêque et le fait que la cité de Narbonne était coupée en deux moitiés, dont l'une, était placée sous domination ecclésiastique, réduisant de façon conséquente l'autorité vicomtale. Le nouveau "maître des lieux" Pierre de Lara allait-il vraiment s'accommoder de ce partage des pouvoirs ? 

1193 - Le roi Alphonse II d'Aragon inféode au comte Raymond-Roger de Foix la suzeraineté sur la vicomté de Narbonne et ses terres vassales du Fenouilledes et du Peyrepertuses. 

Le roi d'Aragon n'a pas supporté la façon, on ne peut plus irrespectueuse, dont la vicomtesse Ermengarde a été chassée de chez elle par son neveu Pedro Manrique de Lara, alors qu'ils avaient tous deux bataillé ensemble pour défendre leur intérêt commun, sauf, que le véritable suzerain de Narbonne était d'abord le comte de Toulouse. S'agissait-il d'une intimidation ou d'un coup d'esbrouffe, toujours est-il  que Raymond-Roger de Foix n'osera jamais revendiquer une quelque autorité sur la vicomté.

20 mars 1194 – Roger II Trencavel, vicomte de Béziers, d’Albi, de Carcassonne et du Razès, meurt à l’âge de 50 ans. Il laisse comme héritier son fils unique Raymond-Roger qui n’a encore que 7 ans. C’est à Bertrand de Saissac, un de ses fidèles vassaux converti au catharisme, qu’il en confie la tutelle Selon ses dispositions testamentaire Roger II est inhumé dans le monastère Notre Dame de Casssan.

Les rumeurs ont prospéré au sujet d’une liaison entre son épouse Adalaïs, la fille du Comte Raymond V de Toulouse, réputée pour sa beauté, et le roi Alphonse II d’Aragon. On a même été jusqu’à suggérer qu’Alphonse était, en fait, le vrai père de Raymond-Roger.

28 avril 1194 - le vicomte de Narbonne Pierre de Lara décide de retourner en Espagne. Il remet la seigneurie à son fils Aymeri III (c. 1175-1239). Afin d'éviter toute ambiguïté dans un contexte qui reste malgré tout très tendu, celui-ci reconnait sans attendre la suzeraineté du comte d Toulouse.

Force est de reconnaître que, Pierre de Lara, aristocrate de pur sang hispanique qui avait jusque-là passé sa vie au service des souverains qu'ils fussent de Castille, de Leon, de Navarre ou d'Aragon, portant sans relâche les armes pour chasser de la péninsule l'envahisseur arabo-musulman qui avait profané sa terre au VIIIème siècle, ne se sentait guère à l'aise dans cette vicomté de Narbonne si policée où chacun se connaissait trop bien, même si aux limites de la seigneurie sourdait une hérésie qui agitait, certes, beaucoup les religieux mais possédait aussi l'attrait de la transgression, alors que tout autour semblait immobile, hormis, comme à l'ordinaire, les interminables querelles entre châtelains jaloux. Pour le nouveau vicomte Pierre, il était temps de rentrer en Castille où l'avenir restait à conquérir. A près de 20 ans, son fils Aymeric avait le prénom qu'il fallait pour devenir le nouveau vicomte de Narbonne. Il lui abandonna le titre et ses prérogatives, pressé de reprendre le cours de sa vraie vie. 

Les seigneuries occitanes à la fin du XIIème siècle

Décembre 1194
– le comte Raymond V de Toulouse décède à Nîmes à l’âge de 60 ans. Il est enterré dans l’église Notre Dame de la ville. Son fils aîné Raymond VI (1156-1222), né de son mariage avec la fille du roi Louis VII Constance de France lui succède en tant que comte de Toulouse, comte de Melgueil et de Saint Gilles, duc de Narbonne, marquis de Gothie et de Provence. Il a dès son jeune âge été fiancée, par l’entremise de son père, à Douce de Provence, héritière du comté mais celle-ci est morte prématurément en 1172. Il a ensuite épousé Ermessende Pelet, dernière descendante des comtes de Melgueil dont il a hérité de la seigneurie à sa mort en 1176*. Il s'est, par la suite, remarié avec Béatrice, la sœur de Roger Trencavel, qui par son mariage avec sa sœur Adalaïs de Toulouse était aussi son beau-frère. De nouveau veuf en 1193, il a épousé trois ans plus tard à Rouen la fille d’Henri II d’Angleterre et d’Aliénor d’Aquitaine, sœur du roi Richard Cœur de Lion, Jeanne Plantagenet (1165-1199), reine de Sicile.
* Ermessende était la fille de Bernard II de Narbonne-Pelet (arrière petit-fils du vicomte Raymond II de Narbonne) et de Béatrice de Melgueil. Elle avait un frère aîné, Bertrand, qui devint seigneur d'Alès. La question qui se pose est de savoir pourquoi ce n'est pas à lui qu'est revenu le titre de comte de Melgueil.  

Raymond V laisse à sa mort un comté apaisé bien qu'il ait, au cours de son règne, constamment bataillé contre ses puissants voisins, le roi d’Angleterre Henri II et les comtes de Barcelone, le premier en vertu des droits familiaux revendiqués par son épouse sur le comté de Toulouse et le second en raison de l'interminable guerre successorale qui ronge, depuis des décennies, le comté de Provence. Raymond V laisse aussi le souvenir d’un prince lettré, grand amateur de poésie. Mais c’est surtout pour l’organisation du fonctionnement même de sa ville de Toulouse qu’il est resté dans les mémoires. C’est à lui, en effet, que l’on doit la charte du premier règlement municipal, datée de 1152, qui annonce le transfert du pouvoir en direction des capitouls (consuls) qui vont désormais assurer la justice et la police, fixer et prélever les impôts, mais aussi gérer la milice et surtout faire la guerre.

 1196 – En conclusion du réchauffement des relations entre le roi d‘Angleterre et le comte de Toulouse amorcé depuis le début de la décennie, Raymond VI épouse Jeanne d’Angleterre, la sœur du roi Richard Cœur de Lion.

25 avril 1196 - le roi Alphonse II d'Aragon meurt à Perpignan à son retour d'un pèlerinage à Saint Jacques de Compostelle. Il est inhumé, selon se dernières volontés dans le monastère de Poblet, devenu le tombeau dynastique. Ses dispositions testamentaires que son fils aîné Pierre hérite du royaume d'Aragon et du comté de Barcelone tandis que les comtés de Provence et de Gévaudan reviennent à son cadet Alphonse.

4 octobre 1197 – La vicomtesse Ermengarde décède à l’aube de ses 70 ans dans le monastère du Roussillon où elle s’est retirée après avoir été littéralement chassé du pouvoir par son neveu Pierre de Narbonne-Lara. Elle est inhumée dans la Commanderie Templière du Mas-Dieu près de Perpignan.

1197Bertrand de Saissac, tuteur du jeune vicomte Roger-Raymond Trencavel, connu pour s’être converti à la doctrine cathare, conteste la nomination de Bertrand de Saint Ferréol en qualité d’abbé d’Alet-les-Bains. Il s’empare de l’abbaye, tuant quelques moines avant d’exhumer et d’exposer dans l’église, après l'avoir revêtu de ses habits, le corps déjà en décomposition de l’abbé Pons d’Amiel qui vient de mourir et fait élire à sa place Boson, favorable aux cathares. A la fois lâche et cupide, l’archevêque de Narbonne, Bérenger de Barcelone, accepte de fermer les yeux sur cette nomination en échange d’une coquette somme d’argent.

La violence de cet évènement contraste avec le caractère paisible affiché d'ordinaire par les "bons hommes" qui professaient la doctrine cathare. Elle ne va pas manquer de servir de justification à d'autres violences. 

Février 1198 - Le roi Pierre II d'Aragon prend les "Ordonnances de Gérone", destinées à rendre exécutoires les dispositions du Concile de Latran III relatives aux hérétiques. Ceux-ci devront avoir quitté le royaume d'Aragon et ses terres vassales avant Pâques sous peine de mort et de confiscation de leurs biens. 

25 mars 1199 - le pape Innocent III (1160-1216) promulgue la décrétale de Viterbe qui confirme la confiscation des biens des hérétiques. Il annonce renforcer le système de légation et accuse les prélats d'avoir fait preuve d'inertie face aux progrès de l'hérésie. Il vise particulièrement l'archevêque de Narbonne, Bérenger de Barcelone

 


mercredi 23 octobre 2024

Narbonne au XIIème siècle - les enjeux féodaux (1100-1160)

 

Les grandes seigneuries du sud de la France au début du XIIème siècle

1105 - Parti en croisade en Terre Sainte, le vicomte de Narbonne Aymeri 1er décède à Alep. Son fils Aymeri II (1084-1134) lui succède sous la régence de sa mère Mahaut de Pouille.

Bien qu'il ait hérité, encore adolescent, des droits sur la vicomté de Narbonne, Aymeri 1er (1055-1105) a vécu pendant près de 20 ans sous la tutelle de son oncle Pierre-Bérenger, évêque longtemps omnipotent, contraint toutefois de prendre sa retraite en 1085 après avoir été excommunié à plusieurs reprises. 

Il a épousé, entre 1083 et 1085, Mahaut de Pouille (c. 1060-c.1112), veuve en premières noces du Comte de Barcelone Raymond Bérenger II duquel elle a eu un fils, Raymond Bérenger, né à Rodez en 1082. Celui-ci a été appelé à devenir Comte de Barcelone en 1097 après que Bérenger Raymond, son oncle mais surtout le meurtrier de son père, ait été contraint à l’exil. De son second mariage, Mahaut a eu au moins 6 enfants parmi lesquels Aymeri II, l'aîné qui devient vicomte à la mort de son père, Bernard, Guiscard et Bérenger (-1165) destiné, quant à lui à la cléricature.

Né en 1084, Aymeri II était, de par sa mère le demi-frère du Comte de Barcelone Raymond-Bérenger III, de deux ans son aîné.

1105Aymeri II épouse Ermengarde de Servian dont la famille appartient à la partie de la noblesse biterroise fidèle aux Trencavel, héritiers du Vicomté de Béziers depuis qu’en 1067 une autre Ermengarde, dernière vicomtesse de Carcassonne et de Béziers est devenue l’épouse du Vicomte d’Albi Raymond-Bernard Trencavel. Il n’est fait aucune mention d’Ermengarde de Servian avant 1114, ce qui rend effectivement aléatoire la date précise du mariage d’Aymeri mais le fait que certaines généalogies situent en 1105 la naissance de sa fille aînée, prénommée, elle aussi, Ermengarde laisse entendre, en toute logique, qu’il ait pu avoir lieu autour de cette date. Il semble, à ce propos, que le fait qu’Aymeri ait hérité du titre de vicomte de Narbonne alors qu’il n’avait que 21 ans permettrait de supposer que ce mariage a pu être conclu dans une certaine précipitation. Ceci n’est bien sûr qu’une hypothèse, faute d’archives.

1105 – Parti depuis 1097 en croisade en Terre Sainte, Raymond de Saint Gilles, Comte de Toulouse et de Rouergue, duc de Narbonne, marquis de Gothie et de Provence, meurt au château de Mont-Pèlerin dans son fief de Tripoli. Il s’est arrogé le titre de Comte de Toulouse en 1094, à la mort de son frère Guillaume IV, alors que celui-ci laissait une fille, Filippa, mariée au duc Guillaume d’Aquitaine, bien décidé, de son côté, à faire valoir les droits testamentaires de son épouse sur le comté. L’exhumation, en la  circonstance, d’une prétendue loi salique interdisant aux femmes de régner permit alors à Raymond de Saint Gilles d’imposer son coup de force, sans pour autant mettre un terme au contentieux car, d’après le droit wisigothique, jamais aboli, les filles possédaient les mêmes droits que les fils en termes de succession. Après avoir assuré l’intérim depuis le départ de Raymond en croisade, son fils aîné Bertrand (1065-1112), issu d’une union reconnue illégitime car consanguine avec une fille du comte de Provence, devient officiellement le nouveau Comte de Toulouse dans l’attente de l’arrivée en France de son jeune frère Alphonse-Jourdain, tout juste âgé de deux ans.

1106l’archevêque de Narbonne Bertrand de Montredon est déposé par le pape Pascal II.

On ignore la raison de cette destitution mais elle semble être liée au conflit qui oppose alors l’abbaye de Psalmody qui relève du diocèse de Nîmes à la puissante abbaye St Victor de Marseille qui entretient déjà des liens familiaux étroits avec l’archidiocèse de Narbonne.

5 novembre 1106Richard de Millau (dit aussi Richard de Carlat), à la fois cardinal et abbé de St Victor de Marseille depuis 1078, est nommé archevêque de Narbonne

Le nouvel archevêque est le fils du vicomte Richard de Millau et de Rixinde de Narbonne, elle-même la fille du Vicomte Bérenger de Narbonne et de Garsinde de Besalù. Il est donc le cousin d’Aymeri 1er, vicomte de Narbonne. Veuve à partir de 1051, Rixinde a épousé en secondes noces le vicomte Geoffrey 1er de Marseille dont naîtront trois autres enfants. Ce mariage aura aussi permis à la famille de Millau d’acquérir une part prépondérante au sein de la hiérarchie ecclésiastique de Marseille. Bernard (1045-1079), le troisième fils de Rixinde, né de son mariage avec Richard de Millau, devient à vingt ans abbé de Saint Victor. Son frère cadet, Richard (1051-1121) lui succède à sa mort. Il a fréquenté, très jeune, l’abbaye bénédictine de St Paul Hors les Murs à Rome avant de devenir légat du Pape. Très impliqué dans la diffusion de la réforme Grégorienne visant à restaurer l’autorité de l’Eglise au sein de sa propre hiérarchie, il a été nommé cardinal en 1078. Il a aussi eu l’occasion de fréquenter l’ancien archevêque de Narbonne Dalmace lorsqu’abbé de St Victor, il avait été invité par le prélat à installer ses religieux en l’église Sainte Marie de Lamourguier.

Comtés et Vicomtés d'Occitanie au XIIème siècle 

 
1107 le jeune Vicomte Aymeri II de Narbonne signe avec le vicomte Bernard-Aton Trencavel (c.1060 – 1129) un pacte d’assurance concernant les comtés de Béziers, Carcassonne, Nîmes, Agde, Albi et le Razès. Il s’engage aussi à lui venir en aide en cas d’agression, excepté s’il s’agit des Comtes de Toulouse, de Rodez et de Besalù, de ses frères Gilbert et Richard (?) et de l’archevêque de Narbonne.

Le vicomte Bernard-Aton Trencavel est le fils de Raymond-Bernard Trencavel mort en 1074 et d’Ermengarde de Carcassonne (? - 1099). Il a hérité, de son père, des vicomtés d’Albi et de Nîmes et de sa mère des vicomtés de Carcassonne, de Béziers et d’Agde après une véritable guerre de succession qui aura duré jusqu’en 1082, année de la mort du Comte de Barcelone Raymond-Bérenger II dont le père s’était attribué, depuis 1067, le titre de Comte de Carcassonne se prévalant d’être le grand-oncle par alliance de Raymond-Bernard.

1107 – le pape Pascal II confirme la possession, au profit de l’archevêque de Narbonne, de la moitié du territoire de la vicomté. Les droits de justice restent, toutefois, en majorité inféodés au pouvoir séculier.

1108 – Le petit Alphonse-Jourdain, âgé de six ans, arrive à Toulouse avec sa mère Elvire de Castille. Il est investi du titre de Comte de Toulouse tandis que son frère aîné Bertrand part de son côté pour la Terre Sainte prendre possession du Comté de Tripoli dont il a hérité de son père Raymond de Saint Gilles.

1110 – Olivier, seigneur de Termes restitue à l'archevêque de Narbonne le fief de Villerouge en échange de 1100 sous melgoriens. Ceui-ci avait à l'origine été cédé en 1079 par l'archevêque Pierre Béranger à Béranger Petri de Peyrepertuse mais le seigneur Pierre d'Olivier de Termes était parvenu à se l'approprier en épousant le fille de ce dernier. Malgré plusieurs excommunications, les archevêques de Narbonne Dalmace et Betrand avaient, par la suite, vainement tenté de récupérer la seigneurie. 

1112Aymeri II se dédit de son pacte d’alliance avec Bernard-Aton Trencavel et se range du côté du Comte de Barcelone Raymond-Bérenger III (1082-1131), son demi-frère, depuis peu en guerre avec les Vicomtes de Carcassonne. Il reçoit en échange le Fenouillèdes et le Peyrepertusès dont les seigneurs deviennent désormais ses vassaux. 

Ce retournement est d’autant plus stratégique que Raymond-Bérenger III est entré en possession du Comté de Provence après avoir épousé en 3ème noce Douce de Rouergue, unique héritière de la terre provençale depuis l’extinction de la branche mâle mais aussi de Millau, du Gévaudan et du Carladès, suite à la mort de son père parti en croisade. Pour Raymond-Bérenger, ce mariage est l’occasion de recréer, à son profit, un espace géographique assimilable à l’ancienne Septimanie permettant d’unir la Catalogne à la Provence. Plus modestement, Aymeri reçoit, pour son ralliement, la seigneurie de Beaucaire et la terre d’Argence qui jouxte Arles. Il n'est, en fait, pas le seul à se détacher de ses serments de vassalité, c’est au tour d’une certain Pierre-Raimond co-seigneur d’Hautpoul de se défaire de la tutelle des Trencavel pour rejoindre le comte de Barcelone Raymond-Bérenger III

1112 Raymond-Bérenger III profite de sa toute récente entente avec Aymeri II pour menacer le Comte de Carcassonne Bernard-Aton Trencavel qu’il accuse d’avoir usurpé des droits de suzeraineté sur la seigneurie, dévolus à sa famille. L’archevêque de Narbonne Richard de Millau parvient à convaincre le Comte de Barcelone de calmer les hostilités mais c’est sans compter sur le caractère rancunier de Bernard Aton qui noue une alliance avec le Comte de Toulouse Alphonse-Jourdain contre Raymond-Bérenger III.

1114Aymeri II prend part à une expédition vers les Iles Baléares conduite par la République de Pise et Raymond-Bérenger III avec le soutien du pape Pascal II.

Certainement inspirée par ce qu’on appelle la « Croisade Norvégienne » organisée en 1109 par le roi Sigurd contre de nombreuses positions tenues en Méditerranée par les Arabo-musulmans, cette campagne a pour objectif de conquérir la taifa (principauté semi-indépendante) musulmane qui contrôle notamment l’ile de Majorque. Il s’agit aussi de libérer des chrétiens maintenus en captivité et à terme d’en finir avec la piraterie musulmane dans la région. De nombreux seigneurs d’Occitanie, de Catalogne, d’Italie du Nord, de Corse et de Sardaigne sont venus en renfort. On ne dénombre pas moins de 300 navires pisans auxquels s’ajoutent des contingents envoyés par les cités de Florence, Lucques, Sienne, Rome, Pistoia et Volterra. Parmi les seigneurs catalans et occitans figurent Aymeric II avec 20 navires. Guillaume V de Montpellier avec 20 navires, Raymond I des Baux avec 7 navires. Bernard Aton Trencavel est présent lui aussi. En revanche, le Comte de Toulouse Alphonse-Jourdain est absent.

Août 1114 – Les « croisés » de Raymond-Bérenger III s’emparent de la forteresse de Palma de Majorque mais les négociations menées avec l’émir sont rapidement suspendues suite à un différend entre les catalans plutôt favorables au versement d’un tribu annuel et le cardinal Pietro Moriconi qui juge cette proposition contraire aux intérêts de la République de Pise dont il est le représentant. 

Avril 1115 – après des mois de tergiversations, et une série d’échecs face à une contre-offensive maritime conduite par les Almoravides, les « croisés » parviennent à investir la ville de Palma et à réduire toute sa population en esclavage. Les Iles Baléares sont toutes investies les unes après les autres et les quelques 30 000 chrétiens en captivité libérés. Burabe, l’émir de la taifa, est de son côté fait prisonnier et transféré à Pise. La piraterie cesse bien dans cette partie de la Méditerranée, mais les  dissensions qui ne cessent de perdurer entre les divers protagonistes de l’expédition offrent  aux Almoravides l'occasion de réoccuper les Baléares à peine un an plus tard.

13 décembre 1117 –  La constitution de l'Ordre des Templiers est signée. Il est dit que la ville devient le coeur de la kabbale médiéviale. 

1121 – Le vicomte de Carcassonne Bernard -Aton Trencavel  fait hommage à l’archevêque de Narbonne Richard de Millau de la terre d’Auriac.

1121 – l’archevêque de Narbonne Richard de Millau meurt après quinze ans d’un épiscopat émaillé de conflits souvent brutaux concernant l’appropriation abusive de terres relevant de l’Église au profit du Vicomte Aymeri, autant que de détournements en sa faveur de taxes et de revenus au détriment du diocèse. Certaines affaires dont, notamment un différend concernant le partage du contrôle des tours du rempart ont été portés devant le pape Pascal II qui a statué en faveur de Richard de Millau, obligeant le vicomte à lui prêter serment de loyauté, à reconnaître à l’archevêque l’indépendance de sa seigneurie temporelle et à considérer qu’il tenait en fief de celui-ci ses droits sur la ville de Narbonne.

1121 Arnaud de Lévezou est nommé archevêque de Narbonne. Il n’est autre que le neveu du précédent archevêque Richard de Millau par sa mère Arsinde (1035-1097), fille du vicomte Richard II de Millau et de Rixinde de Narbonne. Évêque de Béziers depuis 1096, il figure parmi les plus fidèles partisans des Comtes de Toulouse. C’est notamment, à lui, que le jeune Comte Alphonse-Jourdain, a confié en 1119 le gouvernement de la ville de Toulouse, après que ses habitants aient fini par déloger le duc d’Aquitaine Guillaume IX qui, depuis la mort du Comte Guillaume IV n’a cessé de revendiquer le titre en tant qu'époux de sa fille Filippa. Or depuis la mort de Guillaume en 1094, c’est son frère Raymond de Saint Gilles mort en 1105, puis son fils aîné Bertrand et son cadet Alphonse-Jourdain qui ont été investi du titre de Comte de Toulouse, prétextant l’existence d’une improbable loi salique, devenue l’objet du litige. La nomination d’Arnaud de Lévezou a, en revanche, pour effet, de freiner les ambitions du vicomte de Narbonne en restreignant ses effectifs et l’obligeant à adopter une position défensive.

1123 – les comtes Alphonse-Jourdain de Toulouse et Raymond-Bérenger III de Barcelone concluent un accord destiné à régler la succession du Comté de Provence. Alphonse-Jourdain obtient le marquisat de Provence qui regroupe les terres situées au nord de la Durance tandis que Raymond-Bérenger hérite du Comté de Provence qui englobe la majeure partie du territoire situé entre la Durance et la Méditerranée. Cet accord se heurte rapidement à l’opposition de familles provençales dont celle des Baux, bien décidées à s’émanciper de ces nouveaux suzerains.

 1124 – le comte Bernard-Aton Trencavel engage les hostilités contre Aymeric II qui lui répond en faisant raser le château de Montséret tenu par Bernard Amati, son vassal. Celui-ci vient, en effet, de trahir Aymeri en se rangeant du côté de Bernard-Aton.

15 mars 1126Ermengarde, l’épouse du Vicomte Aymeri II de Narbonne est mentionnée pour la dernière fois dans les archives. Il semble qu’elle ait, en fait, été répudiée. On ne connait pas les raisons précises de cette rupture mais on est en droit de supposer que les liens étroits que sa famille entretiennent avec Bernard-Aton Trencavel permettent d’accréditer une séparation du couple au moment où les deux vicomtes sont l’un et l’autre entrés dans une guerre ouverte.

Ermengarde a eu trois enfants d’Aymeri, deux fils morts en bas âge et une fille prénommée Ermengarde, née, apparemment, très peu de temps avant l’annulation du mariage.

1127 – la prise de Tarragone par le Comte de Barcelone Raymond-Bérenger III permet d’y reconstituer un archevêché métropolitain, libérant, de la sorte, les diocèses catalans de la tutelle des archevêques de Narbonne sous lesquels ils ont été placés depuis l’ère carolingienne.

1127 – Naissance officielle d’Ermengarde de Narbonne (1127-1199). Elle va devenir une figure importante de l’Occitanie au XIIème siècle.

1130 - Fondé l'année précédente pour accompagner les pélerins qui se rendent en Terre Sainte, l'Ordre des Templiers ouvre un premier hôpital à Narbonne dans le quartier de Bourg appelé Ile Sainte Marguerite. Un hôpital de l'Ordre existe également dans le quartier de Cité, non loin de la Vicomté. 

1130Ermessinde (1115-1171) est citée comme étant la seconde épouse d’Aymeri II de Narbonne. On ne dispose d’aucune information à son sujet bien que certaines généalogies lui attribueraient une origine castillane. De ce mariage va naître une fille prénommée elle aussi Ermessinde.

1131 – les consuls de Narbonne Bernard Ubolard et Bardina Sapte signent un accord commercial avec le République de Gênes. Un accord similaire a été signé quatre ans plus tôt entre la cité italienne et le Comte de Barcelone Raymond-Bérenger III.

Il est possible que l’idée de créer une organisation gérée par les marchands de la ville soit née des relations que le Vicomte Aymeri II a noué avec les Républiques de Gênes et de Pise à l’occasion des campagnes menées conjointement contre la piraterie musulmane en Méditerranée. L’intérêt pour Aymeri était de créer une structure semblable au consulat mis en place notamment par la République de Gênes qui, tout en restant sous son contrôle, pourrait être investie de missions à la fois diplomatiques et commerciales tout en disposant, s'il devait s'absenter, d’une autorité sur l’organisation défensive voire militaire de la ville, de façon à maintenir un juste équilibre  entre les prérogatives du vicomte et celles de l’archevêque à l’intérieur de la cité. On ne connaît pas la date précise de la nomination des premiers consuls mais ils sont déjà quatre en 1131. On constate dans plusieurs actes signés dans les année la présence de ces représentants du populus narbonensis aux côtés de la vicomtesse Ermengarde.

Blason des vicomtes de
Narbonne
"De Gueules Plein"

1131Aymeri II se rend au chevet de son demi-frère, le Comte de Barcelone Raymond-Bérenger III en qualité de témoin de son dernier testament dont il sera aussi l’exécuteur. Une fois encore, son héritage fait l’objet de disputes. 

Son fils ainé Raymond-Bérenger IV dit "le Vieux" (1113-1162)  hérite du comté de Barcelone tandis que son frère cadet Bérenger-Raymond dit "Le Jeune" (1114-1144) devient comte de Provence. Cette dernière investiture ne va pas tarder à soulever une partie de la noblesse provençale. Douce de Rouergue  avait offert en dot le Comté de Provence dont elle avait hérité de sa mère Gerberge suite à mariage en 1112 avec le  comte de Barcelone Raymond-Bérenger III. Or, Douce avait une soeur, Etiennette (1100-1160) qui avait épousé en 1120 Raymond, seigneur des Baux. Celui-ci vient, alors, revendiquer des droits sur le Comté de Provence qui devaient échoir à sa femme Etiennette à la mort de sa sœur Douce survenu en 1128. Raymond des Baux (1085-1150) avait été allié au comte de Barcelone Raymond-Bérenger III, qui était aussi son beau-frère. Il avait notamment participé à la croisade de 1114 aux Iles Baléares. La nomination de Bérenger-Raymond à la tête du Comté de Provence n'est, en revanche, pas de son goût et il ne va  pas tarder à le faire savoir.

1132 – la mort du Comte Bernard IV de Melgueil permet à Alphonse-Jourdain d'assurer la tutelle sur sa seigneurie tant que sa fille et unique héritière Béatrix, âgée de 7 ans, est mineure. Il doit cependant partager cette prérogative avec le seigneur de Montpellier Guilhem VI. Une clause qui ne manque pas d'un certain cynisme, prévoit que si Béatrix vient à mourir avant l'expiration d'un délai de six ans, le Comté de Melgueil reviendra de plein droit à Alphonse-Jourdain

1134le vicomte Aymeri II de Narbonne meurt en combattant les Almoravides lors de la bataille de Fraga. Il est venu avec d’autre seigneurs occitans apporter son concours au roi d’Aragon Alphonse 1er « le Batailleur » dans le combat qu’il mène, bien souvent seul contre les forces arabo-musulmanes au service des Almoravides, la dynastie berbère installée à Marrakech et qui, depuis le milieu du XIème siècle, règne sur un territoire qui comprend la moitié sud de la péninsule ibérique mais  s’étend surtout en Afrique d’Alger au fleuve Sénégal. La bataille tourne à l’avantage des Almoravides qui remportent une victoire écrasante sur les Aragonais, mettant pour un temps un coup d’arrêt à la Reconquista. Aymeri a été tué durant la mêlée, tout comme le jeune vicomte Centulle de Béarn. Quant à Alphonse "le Batailleur", il ne tardera pas à mourir des suites de ses blessures. Le corps d’Aymeri est rapatrié et inhumé dans l’abbaye de Lagrasse dont l’abbé n’est autre que son frère Bérenger. Quant aux Comtes de Barcelone, effectivement peu présents sur les champs de bataille, ils continuent d’adopter une position de conciliation entre les intérêts des Almoravides, avec lesquels ils composent depuis plusieurs décennies

1134 le comte de Toulouse Alphonse-Jourdain occupe Narbonne, décidé à faire valoir de façon plus formelle ses droits de suzeraineté sur une seigneurie dont il a hérité du titre, jusque là, très honorifique de duc. Il bénéficie, en cela, de l’appui de l’archevêque Arnaud de Lévezou, son vieil allié, auquel il avait même confié le gouvernement de la ville de Toulouse lors de ses démêlés avec le duc d’Aquitaine. La mort brutale du vicomte Aymeri II constitue un véritable choc, d’autant qu’il n’a pour lui succéder qu’une fille, Ermengarde (1127-1197), âgée d’à peine 7 ans, née de son premier mariage avec Ermengarde de Servian. Ils avaient d'abord eu un fils, Aymeri, mais celui-ci était mort avant d'atteindre l'adolescence. Alphonse-Jourdain s’attribue de la sorte le beau rôle en se présentant habilement comme le protecteur et le tuteur de la toute jeune vicomtesse. Cette intervention ne va pas tarder à créer des tensions au sein même de la cité de Narbonne entre les partisans du Comte de Toulouse et les familles restées fidèles aux Comtes de Barcelone, créant un véritable climat de guerre civile. 

Alphonse-Jourdain (1103-1149) est le fils de Raymond de Saint Gilles et d’Elvire de Castille. Il est né dans le Comté de Tripoli, au Liban, dans le château que bâtissait son père à un moment où, à l’instar de nombreux seigneurs partis en croisade, il pensait pouvoir faire de cette terre un symbole de la victoire du christianisme. On avait appelé l’enfant Alphonse en hommage à son grand-père le roi Alphonse VI de Castille et Jourdain car c’était dans les eaux de ce même fleuve qu’il avait été baptisé, tout comme le Christ lui-même, plus de mille ans plus tôt.

1134 - Le roi Alphonse 1er d'Aragon décède des suites de ses blessures lors de la Bataille de Fraga. Comme il n'a pas eu d'enfant, c'est son frère Ramire, évêque de Huesca qui est élu par la noblesse aragonaise pour lui succéder.

1135 - le comte de Provence Bérenger-Raymond "le Jeune" épouse Béatrice de Melgueil au grand dam d'Alphonse-Jourdain de Toulouse qui, en tant que tuteur de la jeune femme depuis la mort de son père avait espéré entrer en possession du Comté de Melgueil.

1137 - un contrat de mariage est établi entre Raymond Bérenger IV, comte de Barcelone et Pétronille d'Aragon (1136-1173), unique héritière du royaume, tout juste âgée d'un an. Celle-ci est la fille de Ramire II, d'abord moine à l'abbaye de St Pons de Thomières, par la suite évêque de Huesca, devenu roi d'Aragon en 1134 à la mort de son frère Alphonse Ier "le Batailleur" décédé sans enfant. Abandonnant, à regret, sa carrière ecclésiastique, Ramire a épousé l'année suivante Agnès de Poitiers (1103-1159), fille du duc d'Aquitaine Guillaume IX et de Filippa de Toulouse, veuve d'Aymeri V de Thouars dont il a bientôt fille, Pétronille. Celle-ci est promise à Raymond-Bérenger qui reçoit, à cette occasion le titre de Prince d'Aragon. Il est convenu que le comte de Barcelone hérite du royaume d'Aragon à la mort de Ramire. Le mariage officiel sera, quant à lui, célébré à Lérida en 1150, soit un an tout juste après que la ville ait été reprise aux Almoravides.

1139 – le comte Alphonse-Jourdain tente de rallier à sa cause des vassaux narbonnais en inféodant par une charte les moulins de Bougna relevant jusque-là du territoire vicomtal à un certain Pierre Monetarius. Bien qu’elle se veuille conciliatrice, cette attitude ne suffit, cependant, pas à calmer les esprits. Les oppositions sont même si vives que l’importante communauté juive traditionnellement installée à Narbonne (environ 2000 membres) voit sa neutralité mise en cause au point d’être la cible de nombreuses violences. Nombreux sont ses membres qui choisissent de s’exiler vers les terres appartenant au roi de France Louis VII, reconnu pour sa tolérance. 

 Le Comte de Toulouse bénéficie toutefois du soutien inconditionnel de l'archevêque Arnaud de Lévezou, fidèle parmi les fidèles. Il prend, ainsi, le contrôle de l'atelier monétaire vicomtal, se permettant de faire frapper un denier à son nom "ANFOS DUX" . Il est probable que la jeune vicomtesse Ermengarde ait été exfiltrée par les partisans du Comte de Barcelone Raymond-Bérenger IV car on la retrouve la même année en Vallespir, sur des terres sous administration catalane.

1141 – aspirant au consulat, les bourgeois de Montpellier chassent leur seigneur Guilhem VI de la ville. Alphonse-Jourdain choisit, alors, de soutenir les révoltés, y voyant l’occasion d’accroître son autorité sur le Languedoc. Cette option s’avère être, en fait, une erreur stratégique majeure. Les vassaux languedociens conduits par les Trencavel se rallient tous à Guilhem, jusqu’au pape Innocent II qui, peut-être à l’instigation de l’abbé Bérenger de Lagrasse, frère du défunt vicomte Aymeric II, prend parti contre les bourgeois, apportant le soutien de l’Eglise au seigneur de Montpellier. Isolé, Alphonse-Jourdain doit, à présent, faire face au roi Louis VII le Jeune qui profite du moment pour mettre le siège devant Toulouse, ravivant la guerre successorale qui oppose depuis près de cinquante ans les ducs d’Aquitaine aux seigneurs toulousains. Le roi de France a, en effet, épousé Aliénor (1122-1204), unique héritière des ducs d’Aquitaine et surtout la petite fille de Filippa, unique héritière, elle aussi, de la branche ainée des Comtes de Toulouse. Le roi de France renonce, toutefois, bientôt à son projet, peu enclin à entrer en guerre sur un territoire qui lui est, à l’époque, parfaitement inconnu et qui s’est déjà signalé par son hostilité envers les Aquitains . Le repli précipité d’Alphonse-Jourdain permet, en revanche, aux Trencavel et à tous les vassaux de la bordure méditerranéenne de s’afficher en vainqueurs à Narbonne.

21 octobre 1142 – Tout juste veuf de sa première épouse Faydide d’Uzès, Alphonse-Jourdain compte jouer une nouvelle carte en proposant un contrat de mariage à la Vicomtesse Ermengarde de Narbonne que contresignent les fidèles Pierre Monetarius, Bernard de Carcassonne et Pierre de Minerve. Les termes en sont clairs et pour le moins intéressés car outre le fait que la vicomtesse accepte de se donner au comte « pour loyale femme », elle lui apporte en dot « Narbonne et toutes ses dépendances ». Cette disposition suscite la colère du Comte de Barcelone avec lequel les vicomtes de Narbonne sont liés depuis plusieurs générations. Celui-ci a le dernier mot et le projet de mariage est vite annulé tant il risque de menacer les équilibres régionaux. Le comte de Barcelone Raymond-Bérenger IV et le vicomte Roger Trencavel s’activent pour trouver au plus vite un époux à Ermengarde. L’heureux élu s’appelle Bernard d’Anduze, un seigneur de la région nîmoise, bien plus âgé qu'elle (elle a 15 ans, il en a 42), veuf et père de plusieurs enfants . Il appartient à la mouvance des Trencavel et possède des relations de cousinage avec les seigneurs de Montpellier. Cette union, venant rappeler la logique des conventions féodales, transfère les droits de suzeraineté vers le nouveau seigneur. La vicomté de Narbonne se voit, dès lors, inféodée aux Anduze par droit seigneurial et passe sous la suzeraineté des Trencavel, eux-mêmes suzerains des Anduze en tant que vicomtes de Nîmes. Alphonse-Jourdain s’oppose farouchement à ce mariage qu’il considère comme une menace pour sa propre suzeraineté. Or, le mariage a bien lieu, mettant, de fait, un terme à toute contestation, la guerre reprend de plus belle entre le Comte de Toulouse et les catalans et leurs alliés.

12 décembre 1142 – Le Comte Alphonse-Jourdain fait don à l’archevêque de Narbonne Arnaud de Lévezou du château de Conilha (Conilhac-Corbières) pour le « remercier de son amitié et de la fidélité qu’il lui a témoigné depuis son plus jeune âge ».  

La petite cité de Conilhac, qui relevait du Vicomté de Narbonne était aussi entourée de remparts. Ceux-ci furent démolis au XVIIIème siécle et il n’existe plus aucune trace de l’ancien château.

1143 – De plus en plus isolé, Alphonse-Jourdain est fait prisonnier par la coalition des seigneurs locaux conduite par Roger Trencavel. Ceux-ci obligent le comte de Toulouse à signer un traité selon lequel il renonce à tous ses droits sur la seigneurie de Narbonne, libérant, de la sorte la vicomtesse Ermengarde et tous ses vassaux de leurs divers serments d’allégeance, y compris sur les terres. Alphonse-Jourdain n’est censé recouvrer la liberté qu’après avoir accepté les conditions humiliantes que lui impose le traité. Celui-ci doit, en effet, être juré par 40 chevaliers du Narbonnais vassaux d'Ermengarde, 20 autres pour son époux Bernard d'Anduze, 20 également pour Roger Trencavel, 20 encore pour son frère Raymond et 20 chevaliers venus de l'Albigeois.

Selon le premier article du traité, le comte de Toulouse s'engage à « restituer Narbonne à dame Ermengarde et libérer les hommes de Narbonne et de sa région des serments [de fidélité] qu'ils lui avaient prêtés pour Narbonne et les terres appartenant à la ville [...] et il doit également leur restituer les transcriptions de ces serments »

La vicomté de Narbonne occupait alors une position singulière, formant une enclave au cœur même des terres de Roger Trencavel. Elle constituait le lieu de passage obligatoire entre ses fiefs de Carcassonne et du Razès et ceux de Béziers, d’Agde et de Nîmes. Elle se situait, de plus à mi-chemin entre les deux grandes entités que représentaient le Comté de Barcelone et celui de Toulouse et son contrôle donnait à l’une ou l’autre un avantage substantiel en cas de conflit. Très lié au comte Alphonse-Jourdain, l’archevêque Arnaud de Lévezou n’avait pu que constater son impuissance et tentait, à présent, de se faire oublier, soucieux avant tout de maintenir, en l’état les revenus confortables de sa seigneurie ecclésiastique.

1143 – contraints de fuir Montpellier après le retour dans sa ville du seigneur Guilhem, certains des bourgeois qui avaient participé au soulèvement, parmi lesquels la famille Aimoin trouvent refuge à Narbonne, accueillis par l’archevêque Arnaud de Lévezou resté envers et contre tous fidèle au Comte de Toulouse. Le prélât se le voit reprocher part le pape Célestin II.  

1143 – les Templiers fondent une commanderie à Narbonne dans le quartier de Bourg à l'île Saint Jean, à proximité de l'hôpital dont ils ont la charge. 

1143 - l'archevêque de Narbonne Arnaud de Lévézou réinstaure le concept de la Paix de Dieu, tombé dans l'oubli après s'être développé au sein de la classe seigneuriale au cours du siècle précédent. Les princes déclarent la paix sur leurs terres, imposant en contrepartie des sanctions à tous les contrevenants. Il s'agit de rétablir un climat de sérénité après l'épisode douloureux qui aurait pu conduire à une guerre générale entre les grands seigneurs de l'Aquitaine à la Catalogne. La paix est donc instaurée mais assortie d'une contribution d'un setier de grains (152 litres) par charrue à payer aux Templiers. On sait que ceux-ci possédaient, non loin de la Vicomté, un établissement à Narbonne depuis 1130

3 septembre 1143 Le comte de Toulouse Alphonse-Jourdain renonce à toutes ses prétentions sur Narbonne et reconnaît ne mettre aucune entrave à l'application des traités de commerce que la ville a signé avec  les villes de Pise et de Gênes.

1144 – Le seigneur Raymond des Baux se rend à Würzbourg où il rencontre l'empereur Conrad III de Hohenstaufen, grand suzerain de la terre de Provence qui relève toujours à cette date de l'empire d'Allemagne. Sans trop s'engager, Conrad penche en faveur de Raymond des Baux et lui octroie une "bulle d'or" (diplôme marqué de son sceau) reconnaissant sa prétention au titre comtal. De retour dans ses terres, Raymond mobilise ses alliés, Alphonse-Jourdain de Toulouse et les Républiques de Pise et de Gênes. Cette dernière envoie une flotte sur les côtes languedociennes dans le but d'isoler les comtés de Barcelone et de Provence. C'est justement après avoir débarqué que les Génois prennent d'assaut la ville de Melgueil (Mauguio). Le comte Bérenger-Raymond le "Jeune" qui défend la cité trouve la mort au cours des combats. Raymond des Baux et le comte de Toulouse sortent vainqueurs de ce premier épisode. Raymond-Bérenger III (1136-1166), le fils de Bérenger Raymond, passe, quant à lui, sous la protection de son oncle, le comte de Barcelone Raymond-Bérenger IV.

L'abbaye de Fontfroide 

1144
l’abbaye de Fontfroide fondée en 1093, et depuis cette date particulièrement discrète est rattachée à l’ordre de Citeaux, et placée sous le patronage de Sainte Marie. Elle fait appel pour cela à des moines de l’abbaye de Grandselve, près de Toulouse, qu'elle charge de mettre en place les nouvelles règles 

Tombée dans un étrange oubli depuis que le vicomte Aymeri II y avait discrètement patronné l’installation d’une communauté bénédictine, cette abbaye n’avait depuis jamais bénéficié de donations comme il en était d’usage pour la plupart des établissements religieux. Ce n’est qu’à partir des années 1140 qu’elle commence à attirer des bienfaiteurs, profitant certainement du déclin irrémédiable de l’abbaye voisine de Montlaurès, minée par des problèmes internes. Le fait d’adopter la règle cistercienne, connue pour sa rigueur, permet à l’abbaye de Fontfroide d’acquérir d’autant plus de prestige que l’ordre auquel elle appartient ne relève que du pape et joue un rôle politico-militaire de première importance. Ce qui fait aussi la force des cisterciens vient de l’interdiction d’engager des frais somptuaires ou des dépenses de luxe, les obligeant en fait à investir sans cesse leurs capitaux dans des biens patrimoniaux avec pour résultat de bâtir de vastes domaines.

 1146 – Profondément affecté par l’échec de son intervention à Narbonne, le comte de Toulouse Alphonse-Jourdain décide de se joindre à la nouvelle croisade prêchée par l’abbé Bernard de Clairvaux sous l’égide du roi de France Louis VII (1120-1180) et de l’empereur d’Allemagne Conrad III de Hohenstaufen, dont l'objectif est de restaurer le très symbolique comté d’Edesse, tombé aux mains des Seldjoukides

De peur d’être confrontée à la piraterie musulmane qui quadrille la Méditerranée, Louis VII part de Metz à la tête de son armée le 12 juin 1147. Il descend le Danube puis chemine à pied jusqu’à Constantinople, espérant de l’empereur byzantin un concours qui ne viendra finalement qu’à petites doses. Les premiers échanges avec les Turcs tournent à l’avantage de ces derniers, réduisant peu à peu les effectifs des croisés. C’est à la tête d’une armée très amoindrie et dans un climat familial des plus tendus que le roi Louis VII et son épouse Aliénor d’Aquitaine arrivent à Jérusalem au printemps 1148.

Alphonse-Jourdain (1103-1148)
Comte de Toulouse 
(enluminure, cartulaire
de la cité de Toulouse, 1205)

Alphonse-Jourdain a, quant à lui, choisi de prendre la mer, accompagné de seigneurs provençaux et bientôt rejoint par la flotte anglaise. Il part, surtout, pour reposer le pied sur sa terre natale, le Liban, avec l’intention de contester à son petit neveu Raymond II le comté de Tripoli, dévolu à son frère aîné Bernard, selon les dispositions testamentaires de leur père Raymond de St Gilles.

Au même moment, le comte de Barcelone Raymond-Bérenger IV s'est entendu avec le comte d'Urgell Armengol VI, le seigneur de Montpellier Guilhem VI, les flottes pisane  et génoise qui patrouillent en Méditerranée pour organiser une croisade contre le port d'Almeria qui est à la fois la plaque tournante commerciale d'Al-Andalus et la principale base de la piraterie arabo-musulmane. C'est une armée forte de 12 000 hommes qui se présente devant Almeria avec ses catapultes et ses machine de siège.

 La ville tombe le 18 octobre; la population est en partie massacrée avant que l'alcazaba (forteresse siège du gouvernement) ne cède quatre jours plus tard et que les "croisés" n'y mettent la main sur un véritable trésor.

1147 - Le comte de Barcelone Raymond-Bérenger IV débarque à Tarascon en février. Il y reçoit l'hommage d'une trentaine de barons restés fidèles. Il entreprend, alors, une tournée à travers la Provence au cours de laquelle il rallie à sa cause bon nombre de seigneurs tout en isolant ceux qui lui restent hostiles. Il parvient surtout à mettre la main sur Raymond des Baux qu'il emmène en captivité dans les Pyrénées. Une tentative de soulèvement menée à l'instigation d'Etiennette, l'épouse du seigneur des Baux, avorte sans résultat, consacrant la victoire des catalans lors du deuxième épisode. Le sort de Raymond des Baux pose toujours question; il est, fort probable, en effet, qu'il n'ait soit mort en prison.

1148 - le comte Raymond Bérenger IV de Barcelone accorde aux habitants de Narbonne un ensemble de privilèges. Ceux-ci concernent notamment l'exemption de taxes arbitraires, le contrôle des poids et mesures, la gestion des fortifications ainsi que les droits d'usage des terres communales.

1148 - Alphonse-Jourdain meurt empoisonné dès son arrivée à Césarée. Le soupçons se portent immédiatement sur Raymond II, dont on pense qu'il craignait que son oncle ne vienne avec l'intention de le dépouiller de son comté sous prétexte que son père était né d'une union déclarée illégitime.

1149 – première mention des Hospitaliers de St Jean de Jérusalem à Narbonne établis à l'emplacement de l'actuelle Chapelle des Pénitents Bleus. Leur présence, de même que celle des Templiers, cités dès 1130, démontre que le dynamisme démographique de Narbonne a aussi son pendant du fait de l'augmentation, en ses murs, des nécessiteux et des malades.

1149 – Le Comte de Barcelone Raymond Bérenger IV fait don à l’abbaye de Fontfroide d’une terre dans le Val de Ladretra, non loin de la ville de Tortosa appelée l’Hort de Poblet, à charge pour elle d’y construire un monastère. Bénéficiant, par ailleurs, de la part du Comte d’avantages considérables, le futur monastère de Poblet va bientôt devenir le sanctuaire de la dynastie aragonaise. Pour l'occasion, la Vicomtesse Ermengarde, l'archevêque Arnaud de Lévezou et les quatre consuls Laurent, Raimond Multone, Guillem de Voltra et Guillem Sigerio se rendent à Tortosa pour contresigner la transaction. 

La fondation de ce monastère était d'autant plus symbolique que la ville de Tortosa venait d'être reconquise par le comte de Barcelone l'année précédente. Celle-ci formait alors une taifa (principauté) aux mains des Almoravides. Ce sont, en fait, les femmes de Tortosa qui avaient combattu victorieusement les arabo-musulmans, les hommes étant parti sur d'autres fronts, se joindre à l'armée de Raymond Bérenger IV. Afin de les récompenser de cet acte de bravoure, fut créé en leur honneur l'Ordre de la Hache

Mai 1149 – le Comte de Toulouse Raymond V (1134-1194) se rend à Béziers pour y recevoir l’hommage du vicomte Raymond 1er Trencavel. Contrairement aux autres vicomtés qui ont échu aux Trencavel, celle de Béziers est largement passée aux mains de l’évêque qui, avec l’appui du Comte de Toulouse, a récupéré la quasi-totalité des droits sur la cité elle-même et les bourgs avoisinants. Hormis un droit de propriété résiduel sur deux des tours de l’enceinte, le pouvoir des Trencavel y est devenu si symbolique qu’ils ont préféré élire résidence hors les murs de la ville et déplacer leur capitale à Carcassonne.

Raymond V n’a que quatorze ans lorsqu’il succède à son père Alphonse-Jourdain, parti en croisade et mort empoisonné dès son arrivée en Terre Sainte. Il hérite d’un titre affaibli par des années de conflits avec les comtes de Barcelone mais aussi par la montée en puissance de certains de ses vassaux à l’instar des Trencavel qui ont peu à peu grignoté une bonne partie du comté de Toulouse.

Fieffée à l’origine à Ambialet, un riche secteur minier dans le Ségala, la famille qui allait s'affubler du nom de Trencavel (de trenca avelana = casse-noisette), détenait la vicomté d’Albi des Comtes de Toulouse eux-mêmes, le fondateur de la lignée Aton 1er  (c.930-c.990) l’ayant reçu en 948 en remerciement de sa fidélité. En épousant Gaucia, unique héritière de la vicomté de Nîmes, celui-ci a ajouté cette seigneurie à ses domaines. Son arrière petit-fils Raimond-Bernard épouse Ermengarde de Carcassonne qui hérite des vicomtés de Carcassonne, du Razès, de Béziers et d’Agde à la mort de son frère, le dernier de la ligné mâle. Leur fils Bernard Aton IV (c.1060-1129) en revendique les titres au nom de sa mère, se heurtant au Comte de Barcelone qui estime, quant à lui, détenir des droits familiaux, faisant référence à une promesse de la vicomtesse Ermengarde elle-même. A sa mort, ses trois fils se partagent l’ensemble des seigneuries. Roger 1er (c. 1090-1150) reçoit les vicomtés de Carcassonne et d’Albi, Raymond 1er (?-1167) hérite des vicomtés de Béziers et d’Agde tandis que Bernard-Aton V ( ?-1159) devient Vicomte de Nîmes.

1149L’archevêque de Narbonne Arnaud de Lévezou meurt le 30 septembre. L’abbé de Saint Gilles Pierre d’Anduze ( ? -1156) est nommé pour lui succéder.

Il appartiendrait à la famille d’Anduze, elle-même vassale des vicomtes Trencavel, et pourrait bien être le frère de Bernard, l’époux de la vicomtesse Ermengarde de Narbonne, sans qu’aucune généalogie ne vienne confirmer ce lien familial de façon formelle. Devenu archevêque sous le nom de Pierre II, il était préalablement à la tête de l’abbaye de Saint Gilles depuis 1125, à un moment où l’établissement, jugé trop émancipé de sa règle monastique connaissait des différends avec sa maison mère de Cluny.

1149 - les deux hôpitaux des pauvres relevant chacun de la cathédrale St Just et de l'église St Paul sont mentionnés pour la première fois dans un testament.

1150  Roger 1er Trencavel, venant de mourir sans héritier, son frère Raymond 1er devient maître des vicomtés d’Albi, de Carcassonne et du Razès. Bernard-Aton V, vicomte de Nîmes, dernier de la fratrie reçoit la moitié de la vicomté d'Agde à titre de compensation.

11 juillet 1151 - La fille de Raymond Ier Trencavel, Cécilia de Béziers (1130-1188) épouse le comte de Foix Roger-Bernard 1er dit le "Gros". Il est par sa mère Ximena le petit-fils du Comte de Barcelone Raymond-Bérenger III

Suite à cette union, le Comte de Foix se détache du Comte de Toulouse, pourtant traditionnellement allié à sa famille pour rejoindre la coalition formée par son beau-père Raymond 1er Trencavel, le seigneur Guilhem VII de Montpellier et le comte de Barcelone contre Raymond V de Toulouse.  

20 juillet 1151 - La vicomtesse Ermengarde établit une convention avec le vicomte Raymond 1er Trencavel selon laquelle elle s'engage à lui porter secours contre tous, à l'exception des comtes de Bracelone et de Rodez, de l'archevêque de Narbonne, des "hommes de ses terres" mais aussi du Comte de Toulouse.

1152  - Huit semaines après avoir été été répudiée par le roi de France Louis VIIAlienor d'Aquitaine épouse Henri II Plantagenet (1133-1189), duc de Normandie, Comte d'Anjou, du Maine et de Tours et bientôt roi d'Angleterre. Elle en profite pour relancer la guerre successorale qui l'oppose depuis des années aux Comtes de Toulouse. Henri II s'allie, en la circonstance avec le comte de Barcelone Raymond-Bérenger IV (1113-1162). 

1153 - Arès avoir réglé avec la vicomtesse Ermengarde un litige au sujet de la reconstruction indue du château familial démoli près de 30 ans plus tôt sur ordre du vicomte Aymeri II, Raingarde de Montséret fonde aux Ollieux, sur le territoire de sa châtellenie, la première abbaye de femmes placée sous la règle cistercienne. Elle deviendra à partir de 1174 un prieuré rattaché à l'abbaye de Fontfroide. 

10 octobre 1153 - Des habitants de Toulouse parviennent à capturer Raymond Ier Trencavel et quelques uns de ses vassaux dont le seigneur de Montpellier Guilhem VII, alors qu'ils opèrent une nouvelle razzia dans le Comté. Ils sont livrés au Comte Raymond V qui les tient prisonniers. Par crainte de représailles, Raymond Trencavel confie la garde de sa femme et de ses filles Cécile et Adélaïde au comte de Barcelone mais tient absolument à ce que ce soit la Vicomtesse Ermengarde de Narbonne qui recueille son fils aîné Roger alors âgé d'à peine 4 ans. Satisfait d'avoir obtenu réparation après les multiples revers endurés par son père Alphonse-Jourdain lors de ses interminables querelles contre les seigneurs languedociens, le Comte de Toulouse Raymond V accepte de libérer Raymond Trencavel en échange d'une rançon de trois mille marcs d'argent.

Le comté de Toulouse face à l'expansion territoriale du roi Henri II Plantagenet

janvier 1155 - la Vicomtesse Ermengarde de Narbonne renonce dans un acte devant témoins au droit de dépouille des archevêques. Ce droit d'ordinaire exercé par le pape mais aussi par des représentants du pouvoir séculier leur permettait de confisquer tous les biens d'un ecclésiastique qui ne figuraient pas dans son testament au moment de sa mort. 

1156 - La Maison des Baux tente de reprendre les hostilités contre les Comte de Barcelone après avoir reçu de l'empereur Frédéric-Barberousse confirmation de la "bulle d'or" signée en 1144 par son prédécesseur Conrad III. Etiennette, veuve de Raymond des Baux, et son fils Hugues peuvent compter sur l'appui du Comte Raymond V de Toulouse. L'affaire tourne finalement à la confusion et une paix est signée à Arles par l'entremise de trois personnalités qui se déclarent, pour la circonstance amies de la famille des Baux, à savoir, le comte Raymond V de Toulouse, l'archevêque d'Arles Raimond de Montredon et la vicomtesse Ermengarde de Narbonne

1156 – L’archevêque de Narbonne Pierre d’Anduze décède après un épiscopat des plus discrets. L’abbé de Lagrasse, Bérenger de Narbonne ( ? – 1165), lui succède. Déjà âgé, celui-ci n’est autre que le dernier fils du vicomte Aymeri 1er de Narbonne décédé en 1105. Promis dès son enfance à la cléricature, il a été nommé abbé de Lagrasse dès 11118. Peut-être avait-il aussi la vocation des armes car il s'est emparé dès la première année de son abbatiat du monastère de St Félix de Guixols, s’attirant en retour les foudres de l’évêque de Gérone qui frappe d’interdit tous les tous les domaines de Lagrasse et porte l’affaire devant le pape. Bérenger devait posséder des appuis car le monastère restera sous son autorité.

1156 - La vicomtesse Ermengarde fait don de la tour et de la bastide de Prat-de-Cest, jusque-là propriété des seigneurs de Narbonne à l'hôpital St Just et St Pasteur de Narbonne. 

février 1157 - la vicomtesse Ermengarde reçoit à Narbonne son cousin le comte de Barcelone Raymond-Bérenger IV. Cette rencontre permet de renforcer les liens qui les unit par une série de gestes à valeur symbolique. La vicomtesse cède notamment ses biens au comte en échange de la somme de 5000 marcs d'argent et lui remet comme garants de leur entente les barons Guilhem de Piteus (descendant des seigneurs d'Haupoul, beau-frère du vicomte Pierre de Minerve) et Ermengaud de Leucate qui figurent, tous deux, parmi ses vassaux les plus fidèles. 

Au cours de sa visite à l'abbaye de Fontfroide, le comte Raymond-Bérenger invite les moines à aller bâtir un monastère en un lieu appelé l'Hort de Poblet, près de Tortosa, dans une région qu'il vient de conquérir aux Almoravides et qu'il souhaite, sans attendre, peupler et cultiver. 

1158 -  La vicomtesse Ermengarde de Narbonne se joint à la ligue formée contre le comte de Toulouse Raymond V par le comte Barcelone Raymond-Bérenger IV, Raymond Ier Trencavel, Guilhem VII de Montpellier et le roi d'Angleterre Henri II Plantagenet.

Mars 1159 - le roi Henri II Plantagenet, qui vient de recevoir à Blaye son nouvel allié le comte Raymond-Bérenger IV de Barcelone, exige du Comte Raymond V qu'il restitue les droits sur Toulouse que revendique son épouse Aliénor d'Aquitaine au nom de sa grand-mère Filippa. Face au refus catégorique que lui adresse le Comte Raymond V, le roi d'Angleterre lève une armée à la hâte et envahit le Quercy, comptant sur la neutralité du roi de France Louis VII, malgré les avertissements que celui-ci lui a adressés. Henri se dirige vers Toulouse comptant bien s'emparer de la ville mais ce n'est pas sans surprise qu'il découvre, en arrivant, que le roi de France a déjà investi les lieux après avoir chevauché dans la plus grande discrétion à la tête d'une compagnie. Face à l'inflexibilité de Louis VII, Henri II finit par se retirer au début de l'automne, ne conservant de son équipée que la ville de Cahors, bien décidé, toutefois, à se venger de l'affront subi.  

31 janvier 1162 - la vicomtesse Ermengarde conclut avec le vicomte de Béziers Raymond Trencavel un accord de concorde et de paix (carta concordiae et pacis) en présence du comte Raymond-Bérenger IV de Barcelone. Celui-ci porte moins sur de questions politiques qu'économiques comme notamment les droits sur les salines

1162 - La famille des Baux relance à nouveau les hostilités contre les comtes de Barcelone. Renforcés par une milice narbonnaise sous les ordres de la vicomtesse Ermengarde, les catalans prennent rapidement le dessus. Raymond-Bérenger IV s'empare du château des Baux jusque-là qualifié d'imprenable. Il en profite pour ravager le pays environnant de manière à confirmer qu'il en est le vrai maître. Hugues de Baux tente désespérément d'obtenir le soutien de Frédéric-Barberousse, mais sans résultat, l'empereur d'Allemagne s'étant opportunément rangé du côté du comte de Barcelone. Il est, en effet, convenu qu'une de ses cousines Richezza de Pologne (Richilde) épouse en secondes noces le comte de Provence et de Gévaudan Raymond-Bérenger II (1136-116) le neveu de Raymond-Bérenger IV, comte de Barcelone.

6 août 1162 - le comte de Barcelone Raymond-Bérenger IV tombe malade en route et meurt à San Dalmazzo di Borgo, à l'âge de 49 ans alors qu'il se rend à Turin où il doit rencontrer l'empereur Frédéric-Barberousse. Son corps est, alors, acheminé vers le monastère de Ripoll où il est inhumé.

D'après ses dispositions testamentaires, son fils Raimond, placé sous un conseil de régence, prend le nom d'Alphonse (1157-1196), héritant  à la fois  du comté de Barcelone et du Royaume d'Aragon à l'exception des comtés de Cerdagne, Bergueda, Capcir, Conflent et Donezan qui reviennent à son cadet Pierre (1158-1181) au même titre que ses droits sur Narbonne.