dimanche 27 octobre 2024

Narbonne au XIIème siècle - au temps de la Vicomtesse Ermengarde (1160-1199)

février 1157 - la vicomtesse Ermengarde de Narbonne prête serment de fidélité au Comte de Barcelone Raymond-Bérenger IV. Il s'agît, surtout, pour elle de garder ses distances avec les Comtes de Toulouse, rivaux des comtes de Barcelone, rappelant que c'est avec les seigneurs catalans que la maison de Narbonne entretient les liens les plus étroits.  

1157 - la Vicomtesse Ermengarde cède à l'abbaye de Fontfroide un vaste lot de terres héritées de son grand-père Aymeri Ier, permettant à l'établissement cistercien d'accroître de façon conséquente son patrimoine foncier.

1158 -  La vicomtesse Ermengarde de Narbonne se joint à la ligue formée contre le comte de Toulouse Raymond V par le comte de Barcelone Raymond-Bérenger IV, Raymond Ier Trencavel, Guilhem VII de Montpellier et le roi d'Angleterre Henri II Plantagenet.


1160
-  Bernard d’Anduze décède à l’âge de 60 ans après être resté dans l'ombre de son épouse la  vicomtesse Ermengarde de Narbonne. Mariés depuis 1142, ils n’ont pas eu d’enfant. 

Ermengarde n’avait que 7 ans lorsque son père le vicomte Aymeri II a été tué aux frontières de l’Aragon en combattant les Almoravides lors de la bataille de Fraga. En tant que seule héritière de la vicomté de Narbonne, elle a vite ranimé les rivalités entre le comte de Toulouse et celui de Barcelone pour savoir lequel des deux parviendrait, le premier, à mettre la main sur cette seigneurie jugée stratégique. Pour ces grands féodaux auxquels étaient venus s’ajouter les Trencavel qui régnaient sur Carcassonne et Béziers, la vicomté de Narbonne constituait, de par sa position géographique privilégiée, à la fois le point de passage obligé des routes menant vers le sud, le nord et l’ouest et un port actif donnant sur la Méditerranée.

Ermengarde achève son enfance auprès de sa belle-mère Ermessinde, seconde épouse d’Aymeri II, son père, veuve après quatre ans de mariage et mère d’une fille, prénommée elle aussi Ermessinde, de 4 ans sa cadette. On ne dispose, en revanche, d’aucune information sur ce qui est advenu de sa mère Ermengarde de Servian, dont le nom disparait des registres à partir de 1126. Issue de la noblesse biterroise, sa famille était réputée pour sa proximité avec les vicomtes Trencavel. Est-ce pour cette raison qu'elle aurait pu être répudiée par le vicomte Aymeri à un moment où il était entré en conflit avec ses ambitieux voisins Trencavel mais aucun élément ne permet de l’affirmer. On pense trouver sa trace dans un acte postérieur de plusieurs années mais le lien ne peut être établi de façon sûre. Il est, en, revanche, certain que ni la mère, ni la fille n’entretiendront de relation après la mort d’Aymeri.

 En 1142, Ermengarde vient d'atteindre l’âge de 15 ans lorsque le Comte Alphonse-Jourdain, tout juste veuf de sa première épouse, la demande en mariage. Le contrat stipule, cependant, de façon, par trop évidente, que l'objectif réel du Comte de Toulouse est d'absorber la vicomté de Narbonne. Cette disposition, qui risque de modifier de façon définitive les équilibres géopolitiques de la région est immédiatement remise en cause par le comte de Barcelone Raymond-Bérenger IV et le vicomte de Carcassonne Roger Trencavel. Ceux-ci parviennent à faire annuler le projet d’Alphonse-Jourdain et trouvent dans l’urgence un parti de mariage à leur mesure pour la jeune vicomtesse. Ermengarde épouse Bernard d’Anduze, un seigneur de la vicomté de Nîmes, veuf et âgé de 47 ans. Au fil des ans, la vicomtesse Ermengarde va affirmer une forte personnalité sur la scène politique régionale. En 1148, après avoir assisté le comte de Barcelone Raymond-Bérenger IV lors de la prise de la ville de Tortosa aux Almoravides, elle participe aux côtés de l’archevêque de Narbonne à la fondation du monastère de Poblet, sur une terre que Raymond-Bérenger vient d’offrir, pour la remercier à l’abbaye de Fontfroide. En 1156, elle parvient, avec le comte de Toulouse Raymond V et l’archevêque d’Arles à mettre un terme au conflit qui oppose les seigneurs des Baux au comte de Barcelone.

1160 - C'est à partir de cette époque que la Vicomtesse Ermengarde fait de Narbonne un foyer intellectuel florissant fréquenté par les troubadours. 

Peire Rogiers (c.1145-1197)
Originaire de Clermont, il était, dit-on chanoine lorsqu'il décida d'abandonner le monde ecclésiastique pour une carrière de chanteur, de jongleur et de conteur.
Il va dès lors fréquenter les cours seigneuriales de langue d'oc, à commencer par celle de Narbonne où il reçoit le meilleur accueil de la part de la vicomtesse Ermengarde.
« E venc s'en Narbona, en la cort de madomma Ermegenda qu'era adoncs de gran valor e de gran pretz et ella l'acuilhit fort e l'onret, l'ill fetz grans bes. »
Très impressionné par sa personnalité, il écrit notamment pour elle plusieurs chansons d'amour, ce qui ne tarde pas à alimenter les ragots sur une éventuelle liaison entre eux. Pour faire taire la calomnie, la vicomtesse n'a d'autre choix que de demander à Peire Rogiers de quitter sa cour. Il va dès lors faire valoir ses capacités artistiques auprès d'autres seigneurs comme le comte Raymond V de Toulouse, les rois Alphonse II d'Aragon et Alphonse VIII où il recevra, à chaque fois, le meilleur accueil.

Jusqu'à la fin du siècle, la cour d'Ermengarde devient un lieu de rencontres très prisé des poètes et des musiciens, témoignant d'une vie intellectuelle intense. On la considère même, à l'égal de Montpellier, comme un des creusets du "réveil intellectuel" qui caractérise la fin du XIIème siècle. On y rencontre des artistes mais aussi des juristes dont le provençal Maître Géraud auteur d'un commentaire du Code de Justinien et des médecins à l'instar de Maître Brémond dès 1155 et Maître Raoul de 1171 à 1174.

Parmi les troubadours qui fréquentent la cour de la vicomtesse Ermengarde figure d'abord Peire Rogier (c.1145-1197), originaire de Clermont. Doté, selon les témoignages, d'une belle voix, il a troqué son habit de chanoine pour celui de chanteur et de jongleur. Très impressionné par Ermerngarde, il écrit pour elle de nombreux vers qu'il met aussi en chanson. Il paraît, aussi, qu'il s'est épris d'elle et, selon la rumeur qu'il a même entretenu une liaison avec elle. La vicomtesse préférera l'éloigner pour faire taire les mauvaises langues.

C'est à sa cour que se retrouvent les troubadours les plus célèbres, n'hésitant pas à faire en vers l'éloge de celle en qui ils reconnaissent tous leur protectrice. Citons parmi eux Bernard de Ventadour, Giraut de Boneilh, Peire d'Alvernhe ou encore la poétesse (trobairitz) Azalaïs de Porcairagues.

On raconte aussi que le comte norvégien (Jarl) des Orcades, Rögnvald Kali Kolsson (110-1158), parti en 1153 en pèlerinage vers Jérusalem, atteignit l'Espagne et les rivages de la Méditerranée où, à l'occasion d'une halte dans le port de "Nerbon" il fit la connaissance de la vicomtesse Ermengarde. Se serait ensuivie, dit-on, une romance courtoise au cours de laquelle le comte aurait composé pour elle des chants en poésie scaldique. Il est certain, en revanche, que le souvenir de la dame de Narbonne est remonté jusqu'aux Orcades où le prénom Arminger est devenu très courant chez les jeunes filles.

 1162 - L'archevêque Bérenger de Narbonne décède le 7 avril. Fils puiné du vicomte Aymeri Ier, il était aussi l'oncle d'Ermengarde. Voué dès son plus jeune âge à la cléricature, il était surtout connu pour avoir été durant plus de quarante ans abbé de Lagrasse, s'étant, au passage, illustré lorsque, non content d'être à la tête d'un patrimoine déjà considérable, il avait, par la force, pris possession du monastère de St Felix de Guixols, relevant du diocèse de Gérone. Ardent défenseur du pouvoir ecclésiastique, on peut supposer que s'est installé, lorsqu'il est devenu archevêque, un véritable concours d'influence entre lui et sa nièce la vicomtesse d'Ermengarde car c'est justement à cette époque que celle-ci fit preuve des plus grandes largesses envers l'abbaye de Fontfroide qui relevait directement de sa part territoriale, en réponse à la puissance, par trop affichée, de celle de Lagrasse. Et preuve de cette émancipation, les abbés de Fontfroide Sanche puis Vital 1er ne jugèrent pas utile d'informer le pape de ces donations contrairement aux usages habituels.  

Pons d'Arsac, jusque là archidiacre de Narbonne devient le nouvel archevêque. Cette nomination pourrait être, en fait, le fruit d'une entente entre la vicomtesse Ermengarde et le seigneur Guilhem de Montpellier. Pons devait certainement être originaire de Montpellier ou de ses environs. C'est justement dans cette ville qu'il venait d'être consacré par le pape Alexandre III et il n'est pas exclu qu'il ait préalablement exercé comme chanoine à Maguelonne. 

Juin 1163 - après des décennies de brouille entre leurs deux familles, le comte de Toulouse Raymond V fait la paix avec Raymond 1er Trencavel, vicomte d'Albi, de Béziers, de Carcassonne et du Razès. Celle-ci est signée dans l'église d'Olmes, aux confins du Comté de Foix. Le comte reconnaît à Raymond Trencavel la pleine jouissance de toutes ses terres en engagement, en contrepartie de quoi le vicomte reconnait tenir tous ses domaines du Comte de Toulouse. En gage de bonne volonté de sa part, Raymond V s'oblige à rembourser les cinq mille marcs d'argent de la rançon qu'avait du verser le vicomte de Carcassonne lorsqu'il avait été emprisonné à Toulouse. Parmi les seigneurs présents à ce traité figurent Roger-Bernard Comte de Foix, Hugues Comte de Rodez, Guilhem seigneur de Montpellier, Hugues des Baux, Guillaume de Sabran, Pierre de Minerve, Raimond de Termes et bien sûr la vicomtesse Ermengarde de Narbonne.  

Les seigneuries occitanes vers 1160


1163
- Le pape Alexandre III préside un concile à Tours où sont réunis 17 cardinaux, 124 évêques et plus de 400 abbés. Il s'agit à présent, pour l'Eglise, de définir la bonne attitude face à l'hérésie qui ne cesse de progresser dans le comté de Toulouse et commence à s'étendre en Gascogne. Il est, en conséquence, ordonné à, tous les évêques et ecclésiastiques du pays, sous peine d'excommunication, de refuser tout asile aux hérétiques et de n'avoir aucun commerce avec eux. Les princes catholiques se voient, quant à eux, dans l'obligation d'emprisonner tous ceux qui seraient identifiables à des hérétiques, de confisquer leurs biens et de les traquer jusque dans les endroits où ils peuvent se réunir. Le but est que tous évitent le commerce des hérétiques albigeois. On ne peut qu'y voir une façon perverse de faire renaître, au sein même du royaume de France, l'esprit des croisades à l'exception près que l'ennemi ne sera plus l'infidèle qui s'est emparé de la Terre Sainte mais un compatriote.

Un témoignage contemporain décrit ainsi ces hérétiques que l'on appellera bien plus tard les cathares, et qui, alors, se définissent comme les "bons hommes":  "Ces faux prophètes prétendent mener une vie apostolique et imiter les apôtres. Ils prêchent sans cesse, marchent nu-pieds, prient à genoux sept fois par jour et autant pendant la nuit ; ils ne veulent recevoir d’argent de personne, ne mangent point de viande et ne boivent pas de vin, et se contentent de recevoir leur simple nourriture ; ils disent que l’aumône ne vaut rien, parce que personne ne doit rien posséder ; ils refusent de participer à la sainte communion, prétendent que la messe est inutile, et déclarent qu’ils sont prêts à mourir et à souffrir le dernier supplice pour leur croyance. Ils font semblant d’opérer des prodiges…."

1164 - Ermengarde de Narbonne n'hésite pas à faire appel au roi Louis VII dans un litige l'opposant au seigneur Bérenger de Puisserguier, vassal des Trencavel qui, profitant du rapprochement entre le vicomte de Béziers et le Comte Raymond V de Toulouse, s'est affranchi de ses obligations pour ses terres relevant de la juridiction narbonnaise  Le seigneur Guilhem VII de Montpellier, l'évêque de Maguelonne Jean de Montlaur et la pape Alexandre III, alors exilé à Montpellier, sollicitent le roi de France en faveur de la vicomtesse. Celui-ci lui donne finalement raison. plutôt satisfait de l'occasion qui lui est faite de posséder dorénavant un contact dans une région qui a toujours échappé aux Capétiens. Il lui répond en ces termes :

 "Louis, par la grâce de Dieu roi des Français, à sa très chère et illustre dame E[rmengard] de Narbonne, salutations. Comme nous l’a indiqué votre amour par les messagers dignes, l’abbé de St. Paul et Pierre Raymond, il y a hésitation dans votre domaine pour permettre le pouvoir judiciaire aux femmes en matière de droit impérial. Mais la coutume de notre royaume est beaucoup plus bienveillante, permettant aux femmes, si le meilleur sexe fait défaut, de réussir et d’administrer leur héritage. Rappelez-vous donc que vous êtes de notre royaume et nous voulons que vous gardiez l’usage de notre royaume ; et bien que vous soyez un voisin de l’empire, ne pas acquiescer à ses coutumes ou lois en cela. Assieds-toi donc au jugement des affaires, examinant diligemment les choses avec le zèle de celui qui t’a créé une femme alors qu’il aurait pu te faire un homme, et dans sa bonté a donné la règle de la province de Narbonne à une femme. Selon notre autorité, personne n’est autorisé à se détourner de votre juridiction parce que vous êtes une femme. Faites-le bien."

1165 - Soucieux de s'assurer une neutralité bienveillante envers la vicomté de Narbonne, Le roi Louis VII confirme dans une charte adressée à l'archevêque Pons d'Arsac, son co-seigneur, les privilèges de l'église métroplitaine. 

1165 - Faisant suite aux recommandations du concile de Tours relatives aux hérétiques, l'archevêque de Narbonne Pons d'Arsac organise, à la demande du pape, une assemblée à Lombers, dans la vicomté d'Albi, afin de statuer sur le mouvement chrétien qui se désigne sous le nom de "bons hommes". Une foule nombreuse s'est déplacé pour suivre les débats. Outre le prélât narbonnais, y participent les évêques Aldebert de Nîmes, Guillaume d'Albi, Gaucelin de Lodève, Gérard de Toulouse et Guillaume d'Agde ainsi que plusieurs abbés dont Alphonse de Fontfroide. Le vicomte Raymond Trencavel , la comtesse de Toulouse Constance de France et le vicomte de Lautrec Sicard V sont aussi présents.le comte de Provence Raymond-Bérenger III (1136-1166) meurt devant Nice ne laissant comme héritière qu’une fille, Douce, âgée de quatre ans. Son cousin le roi Alphonse II (1152-1196) d’Aragon, dont il assurait la régence en compagnie du grand-sénéchal Guillaume-Raimond de Moncada et de l'évêque de Barcelone depuis la mort de son père, ne tarde pas à s’emparer du comté prétextant que, seul, un héritier mâle peut le revendiquer. Il se heurte alors au comte de Toulouse Raymond V qui, grâce à un astucieux montage marital, se déclare comme le véritable héritier du comté de Provence en épousant Richezza de Pologne (1140-1185), tout juste veuve du comte Raymond-Bérenger III et, pour mémoire, la nièce de l’empereur Frédéric-Barberousse et auparavant reine de Castille. Cette fois, la guerre est déclarée entre les maisons de Barcelone et de Toulouse avec, en ligne de mire, les seigneuries de la frange languedocienne allant de Perpignan à Nîmes.

L'assemblée écoute les arguments d'un "parfait" du nom d'Olivier. Celui-ci déclare que son mouvement religieux appartient bien à l'Eglise catholique même s'il le reconnaît plus austère. Les débats font ressortir que ceux que, dans certains cercles théologiques, notamment en Allemagne, on désigne depuis au moins 1155 sous le nom de cathares (bien qu'eux-mêmes n'utiliseront jamais ce terme) ont, certes, une connaissance très poussée de la Bible mais doivent être dénoncés comme hérétiques du fait qu'ils ne reconnaissent pas la hiérarchie ecclésiastique, l'accusant même de s'être éloigné du message du Christ. Au terme du synode, le catharisme est officiellement reconnu comme une hérésie. 

 C'est au début du IVème siècle qu'Eusèbe de Césarée dans son Histoire Ecclésiastique utilise, pour la première fois, le terme "καθαροί" (Katharoi signifiant "purs") pour désigner un mouvement schismatique fondé en Phrygie par un certain Novatien qui prônait une pratique manichéenne de la  religion, la considérant d'abord comme la lutte du Bien contre la Mal. Il s'était surtout distingué en refusant le retour parmi les chrétiens de ceux qui avaient renoncé à leur foi durant les persécutions de Dèce (251). Le "catharisme" était réapparu sous la plume du moine allemand Eckbert von Schöngau en 1163 pour désigner de manière générale les diverses hérésies recensés à l'époque dans l'Europe chrétienne.

1166 - après avoir fait remettre en état la Via Domitia, renommée via mercaderia, dans le but d'améliorer les échanges par voie terrestre entre Narbonne et Barcelone, la vicomtesse Ermengarde supervise la signature d'un traité avec la République de Gênes destiné à développer les relations commerciales avec la péninsule italienne. 

1166 – le comte de Provence Raymond-Bérenger III (1136-1166) meurt devant Nice ne laissant comme héritière qu’une fille, Douce, âgée de quatre ans. Son cousin le roi Alphonse II (1152-1196) d’Aragon, dont il assurait la régence en compagnie du grand-sénéchal Guillaume-Raimond de Moncada et de l'évêque de Barcelone depuis la mort de son père, ne tarde pas à s’emparer du comté prétextant que, seul, un héritier mâle peut le revendiquer. Il se heurte alors au comte de Toulouse Raymond V qui, grâce à un astucieux montage marital, se déclare comme le véritable héritier du comté de Provence en épousant Richezza de Pologne (1140-1185), tout juste veuve du comte Raymond-Bérenger III et, pour mémoire, la nièce de l’empereur Frédéric-Barberousse et auparavant reine de Castille. Cette fois, la guerre est déclarée entre les maisons de Barcelone et de Toulouse avec, en ligne de mire, les seigneuries de la frange languedocienne allant de Perpignan à Nîmes.

Au mois d'avril, le guerre reprend entre Alphonse II et Raymond V. Le roi d'Aragon peut compter sur le soutien de Roger II Trencavel, d'Ermengarde de Narbonne et d'Hugues II des Baux, tandis que le Comte de Toulouse s'assure l'appui de l'archevêque d'Arles Raimon de Bollène et des Génois. Les combats vont se dérouler pendant plus d'une année, principalement en Camargue et dans l'Argence, s'achevant par la défaite de Raymond V qui accepte de renoncer à ses prétentions sur le Comté de Provence.  

1167 - la répression qu'est censée mettre en place l'Eglise depuis la décision de l'assemblée de Lombers (1165) n'empêche pas le catharisme de se répandre en Occitanie. Quatre évêchés cathares sont pour l'occasion créés lors d'un synode qui se tient à Saint Félix de Lauragais : Toulouse, Albi, Agen et Carcassonne.

1167 - le chapitre de St Just mentionne l'existence d'une maladrerie sous le nom d'Hôpital des Lépreux de Cité.

1167 - la vicomtesse Ermengarde se voit confier par sa demi-soeur Ermessinde la garde de son fils aîné Aymeri avec pour mission de l'associer aux responsabilités. La vicomtesse n'a pas eu d'enfant et c'est, en tout état de cause, à son neveu que reviendra la charge vicomtale après sa mort.

1167 - Raymond 1er Trencavel porte secours à son neveu Bernard Aton VI, menacé à Nîmes par le roi d'Aragon Alphonse II. C'est alors qu'éclate un incident entre un des soldats du vicomte et un bourgeois de Béziers. Raymond, par solidarité avec son armée punit le bourgeois mais soulève contre lui, cette partie de la population, soudain animée d'un esprit de vengeance. 

Le Meurtre de Raymond Trencavel à Béziers
Tableau de Joseph-Noël Sylvestre (Béziers, Musée des Beaux-Arts)

15 octobre 1167
– le vicomte Raymond Ier Trencavel est assassiné à Béziers, au cours de l’office du dimanche, par des bourgeois en colère, devant l’autel de l’église Sainte Madeleine. 

Les véritables raisons de cette violence restent incertaines mais le fait est qu'il il régnait, alors, à Béziers un véritable climat d'émeute. C’est dans l'église où se tenaient d’ordinaire les réunions des consuls de la ville que le vicomte assistait, ce jour-là, à la messe célébrée par l’évêque Guillaume, accompagné de certains de ses vassaux. Un groupe de bourgeois a surgi soudain, sortant les poignards qu’ils cachaient sous leurs vêtements, tuant le vicomte et des gens de sa suite. Pourquoi un tel déchaînement ? On dit qu’un des chevaliers du vicomte avait eu un grave différend avec un bourgeois qui aurait essayé de voler sa mule et que, malgré la temporisation du vicomte Trencavel, l’homme s’était senti humilié au point d’en nourrir un fort ressentiment. Il s’était alors entendu avec d’autres habitants de Béziers pour éliminer le vicomte. Il semble que les rancœurs étaient plus anciennes. Cela faisait, en fait, bien longtemps que Raymond Trencavel, négligeait Béziers au profit de Carcassonne et avait abandonné à l'évêque une large partie de son pouvoir. Or, pour la vieille aristocratie biterroise, forte de ses origines wisigothes, tels que les Servian, les Arnaud de Sauvian, les Gairald de Maureilhan, les Rainard de Villeneuve, les Lespignan ou les Nissan, le comportement de Raymond 1er était indigne de ce que l'on attendait d'un seigneur respectable. A qui donc pouvait profiter cet assassinat ? Aux bourgeois, aux nobles, au Comte de Toulouse ?

 décembre 1167 – le comte Raymond V de Toulouse dépouille Roger II Trencavel (1149-1194) des vicomtés de Carcassonne et Béziers bien qu’il en soit l’héritier légitime depuis l’assassinat de son père. Il semble, à ce propos, que le seigneur de Toulouse a été impliqué dans le mouvement de colère qui a animé les habitants de Béziers mais aussi ceux de Nîmes contre le vicomte Bernard-Aton Trencavel. 

Raymond remet les possessions de Roger II au comte Roger-Bernard de Foix, époux de sa sœur Cécilia de Béziers. Ermengarde et son neveu Aymeric figurent parmi les témoins de cet acte qui, en l’occasion a été rédigé par le propre clerc de la vicomtesse, nommé Gérald (peut-être s'agit-il de Géraud le Provençal, le juriste connu pour avoir fait partie de l'entourage d'Ermengarde). On ignore les raisons pour lesquelles la vicomtesse de Narbonne s’est rangée du côté du comte de Toulouse alors qu’elle a, en même temps, rejoint la ligue formée par le roi d’Aragon Alphonse II dans la guerre de succession qui perdure en Provence. Faut-il y voir du pragmatisme ou de l’opportunisme mais les années ont montré que tout peut basculer en faveur de l’une ou de l’autre des deux grandes maisons rivales moins par le jeu des armes que celui des alliances matrimoniales. Ne serait-ce donc pas plutôt de la prévoyance ?

1171 - le consul Bérenger de Volta signe l'acte par lequel l'archevêque Pons d'Arsac autorise la construction d'une église dans la léproserie de Cité placée sous le vocable de St Laurent. 

1171 - la vicomtesse Ermengarde et l’archevêque Pons de Narbonne figurent parmi les signataires de l’acte de mariage unissant le vicomte Roger II Trencavel à Adalaïs (c.1158-1200), la fille du Comte Raymond V de Toulouse.

A 14 ans, la jeune Adalaïs est déjà célébrée pour sa beauté par les troubadours. Le Comte Raymond V de Toulouse a senti la nécessité de resserrer les liens avec les vicomtes Trencavel qu’il juge trop intimement liés au roi d’Aragon Alphonse II. Pour Roger Trencavel, cette union met en évidence l’importance géopolitique que représente sa famille dans le sud de la France car le fait d’épouser Adalaïs dont la mère Constance de France n’est autre que la sœur de Louis VII fait de lui le neveu par alliance du roi de France. 

30 décembre 1171Ermengarde et Roger II Trencavel échangent un serment de fidélité contre tous, excepté le Comte de Toulouse et leurs propres « hommes ». Ils s’entendent ensuite sur la démolition de la forteresse de Villemagne (peut-être Villemagne l’Argentière) située sur une terre dont les revenus provenant des ressources minières (plomb, étain) sont partagées entre les vicomtes Narbonne et de Béziers.  

L'abbaye de Fontfroide
C'est à partir des années 1170 que commencent les grands travaux destinés à reconfigurer l'abbaye à la mesure de sa renommée mais aussi de sa puissance.  

1172
- le roi Alphonse II d'Aragon prend sous sa protection l'abbaye Sainte Marie de Fontfroide et lui accorde divers privilèges. Il reconnaît, de la sorte, le rôle majeur de l'abbaye dans la création et le développement du monastère de Poblet dont la fondation a été inspiré par son père le comte de Barcelone Raymond-Bérenger IV et qu'il a choisi pour être, le moment venu, son lieu de sépulture 

1173 – Se voyant isolée depuis que le Comte Raymond V de Toulouse a rejoint l’alliance que le roi Henri II Plantagenet vient de constituer avec le roi Alphonse II d’Aragon, la vicomtesse Ermengarde fait acte d’allégeance au roi Louis VII. Elle s’engage à n’avoir aucun commerce avec les ennemis de la couronne de France, se sentant d’autant plus libre d’agir que le comte Raymond V a répudié son épouse Constance de France, la propre sœur de Louis VII et trahi son propre camp au profit du roi d’Angleterre, oubliant simplement que le roi de France lui avait, dans l’urgence, porté secours lorsqu’il avait failli tomber aux mains d’Henri II en 1159. Ermengarde appelle le roi à intervenir dans le Midi, relayée en cela par l’archevêque Pons qui interpelle le monarque sur la menace d’une invasion que projettent les Plantagenet.

4 mars 1174 - Pierre Gualterius, légat de la vicomtesse Ermengarde de Narbonne et les représentants consulaires de la ville concluent un traité de paix et de commerce avec la République de Pise. 

18 avril 1176 – la paix est signée à Tarascon entre Alphonse II et Raymond V mettant un terme à la guerre successorale qui a débuté en Provence en 1123. Le Comte de Toulouse en est le grand perdant car, en échange de 30 000 marcs d’argent, il accepte de perdre ses droits sur le Comté de Provence et renonce aux comtés de Gévaudan, de Millau et de Carlat, ne conservant finalement qu’une petite part du marquisat de Provence située autour d’Avignon.

Louis VII (1120-1180) 
surnommé "le Jeune" puis "le Pieux"
(portrait d'Henri Decaisne (1837) - Musée historique de Versailles)
Marié à 16 ans avec Aliénor d'Aquitaine qui lui apportait en dot un ensemble de terres aussi étendu que ne l'était jusque-là le domaine royal, il fut aussi le premier roi à partir en croisade en Terre Sainte, ce qui lui permit d'en acquérir une certaine gloire. 
Il n'avait cependant pas prévu que l'annulation de son mariage allait bouleverser pour plusieurs siècles l'environnement géopolitique du royaume de France. En épousant en secondes noces le roi d'Angleterre Henri II Plantagenet, c'est à lui qu'Aliénor d'Aquitaine offrait son immense héritage, permettant au à son nouveau mari de devenir le personnage le plus puissant de France.
Louis VII conservait la suzeraineté sur toutes les seigneuries situés à l'intérieur des frontières du royaume mais quel était son réel pouvoir face à des princes souvent mieux fieffés qu'il ne l'était lui-même. Jalouse de préserver la singularité de sa vicomté de Narbonne, ardemment convoitée par les Comtes de Toulouse ou de Barcelone, c'était au roi de France que la vicomtesse Ermengarde s'était adressé pour garantir sa protection. Celui-ci lui avait reconnu d'immenses mérites mais était resté en retrait, par peur des conséquences qu'aurait pu entraîner son intervention.
 
1177 – Le roi Louis VII, malade, ne peut répondre aux sollicitations de la vicomtesse Ermengarde alors qu'il lui faut, en même temps, travailler à la signature d’un pacte de non-agression avec Henri II Plantagenet. Pour Raymond V de Toulouse, le fait d’avoir renoncé au Comté de Provence doit lui permettre d'orienter ses ambitions vers des territoires bien moins éloignés. Parmi ceux-ci, la vicomté de Narbonne passe pour un objectif de choix. La vicomtesse Ermengarde se retrouve, en effet, bien seule depuis que son neveu Aymeri, destiné à devenir le prochain vicomte, a choisi de mener une vie recluse à Fontfroide. Conscients de l’imminence de la menace, le  vicomte de Nîmes et d’Agde Bernard-Aton VI Trencavel, son cousin Roger II Trencavel, vicomte d’Albi, de Carcassonne et de Béziers, et Guihem VIII, seigneur de Montpellier se joignent à la vicomtesse de Narbonne pour former une nouvelle alliance, comptant sur la protection du roi d’Aragon.

Furieux, le comte de Toulouse répond à ce qu'il considère comme une provocation en dénonçant à l’abbé de Clairvaux Henri de Marcy (ou Marsiac) son gendre Roger II Trencavel comme hérétique. L'affaire connait vite un fort retentissement. Au courant de l'automne, le cardinal Pierre de St Chrysogone rencontre les rois Louis VII et Henri II Plantagenet. Tous trois conviennent de la possibilité d'organiser une expédition armée dans le sud de la France en pendant à la mission de prédication auprès des populations. Les deux souverains refusent toutefois de s'impliquer directement dans cette opération contrairement à ce qu'aurait souhaité Raymond V. Ils proposent que cette responsabilité revienne aussi à Pierre de St Chrysogone.

1177 - l'archevêque de Narbonne Pons d'Arsac autorise les Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem à construire une chapelle dans le quartier de Cité (emplacement de la future chapelle des Pénitents Bleus). Bernard du Lac est alors procureur des biens de l'Ordre dans le Narbonnais et le Minervois.

1177 - Ermessinde, demi-soeur de la vicomtesse Ermengarde de Narbonne, veuve de Manrique de Lara, comte de Molina et Meza, meurt à l'âge de 47 ans. Elle a donné naissance à 4 enfants mais on n'en cite plus que deux au moment de son décès ; Aymeri et Pedro

Ermessinde n'a pas encore 4 ans lorsque son père, le vicomte Aymeri II de Narbonne trouve la mort au cours de la bataille de Fraga en combattant les Almoravides. Elle va, dès lors, être élevée par sa mère, la vicomtesse Ermessinde, aux côtés de sa demi-sœur Ermengarde, née du premier mariage du vicomte et de 3 ans son aînée. Parvenue à 15 ans, Ermengarde, héritière de la vicomté épouse Bernard d'Anduze, un mari que lui ont choisi les seigneurs traditionnellement alliés à sa famille. Il en va tout autrement pour Ermessinde qui, en 1152, épouse un noble issu des plus illustres familles de Castille, le comte Manrique Perez de Lara (?- 1164) comte de Molina* et Meza, gouverneur entre autres des villes d'Avila, de Tolède, de Madrid et de Ségovie, qui vient, de plus, de s'illustrer lors de la prise d'Almeria en 1147. Cette union pourrait ne rien devoir au hasard et lever le voile sur le mystère qui entoure les origines de la seconde épouse d'Aymeri II. Ermessinde devait certainement descendre de la noblesse castillane. Manrique meurt en 1164 au cours de la bataille fratricide de Huete qui oppose les Lara aux Castro, laissant deux fils Pedro et Aymeri. Le cadet est confié à sa tante, la vicomtesse Ermengarde, qui se charge de son éducation mais, renonçant à toutes ses prérogatives, il a décidé de se vouer à la vie monastique et s'est retiré à l'abbaye de Fontfroide il décèdera peu après sa mère. Pedro se retrouve, ainsi, seul héritier des titres de son père mais devient aussi, de droit, celui de la vicomtesse Ermengarde, qui n'a pas eu d'enfant.                                                                                                              * Le Comté de Molina était situé aux confins de l'Aragon et de la Castille. Couronné par une imposante forteresse avait été conquis sur les Almoravides en 1129. Il a été confié à la famille de Lara, de façon conjointe, par le roi de Castille Alphonse VII, le prince d'Aragon et le comte de Barcelone Raymond-Bérenger IVB à partir de 1139-40.                                                 

1178 – Le pape Alexandre III décide d’envoyer un légat dans le Comté de Toulouse afin d’enquêter sur les progrès de l’hérésie dans la région. Il choisit pour cette mission l’abbé de Clairvaux Henri de Marcy qu’il nomme, pour la circonstance, évêque d’Albano, l'élevant, qui plus est, au cardinalat. Il lui adjoint le cardinal Pierre de St Chrysogone. Connus, tous deux, pour leurs talents de prédicateurs, les deux émissaires ont l’expérience de la contradiction théologique et l’art de l’argumentaire, ne se privant pas de pointer du doigt des sujets sensibles comme la sexualité. 

1178 – le cardinal Pierre de Pavie, évêque de St Chrysogone arrive à Toulouse où il reçoit un accueil hostile de la part de la population. Mais après avoir mis en scène, devant la foule, le retour à la foi catholique du marchand Pierre Maurand, il excommunie, à titre d’exemple, deux chefs des hérétiques, Raymond de Baimiac et Bernard Raimundi, accusés de faire la promotion de l’antéchrist. Ceux-ci se réfugient au château de Lavaur où réside d’habitude la vicomtesse Adalaïs de Toulouse, épouse de Roger II Trencavel et qui, outre la protection qu’elle accorde aux troubadours, ne cache pas son intérêt pour la pensée "cathare". Soucieux de faire un exemple, le cardinal de Saint Chrysogone excommunie le vicomte Roger Trencavel en personne.

1179 – Le vicomte Roger II Trencavel rompt l'alliance qui le lie à son beau-père le Comte de Toulouse au profit de sa nouvelle entente avec le roi Alphonse II d’Aragon auquel il rend hommage. Il reçoit en fief le Carcassès, le Razès, le Pays de Sault, le Termenès et le Minervois, en somme l’équivalent du Comté de Carcassonne. A la même époque Roger Trencavel et son cousin le comte de Nîmes Bernard-Aton IV commencent à s'inquiéter des décisions du concile de Latran III qui vient de condamner comme hérétiques les Cathares dont ils se sont faits les protecteurs.

17 octobre 1179 Pedro (Pierre) de Lara  apparait pour la première fois aux côtés de sa tante, la vicomtesse Ermengarde de Narbonne. Elle a alors 52 ans. C'est à cette époque qu'elle fait construire le porche monumental de l'église Notre-Dame de Lamourguier.  

Abbaye Notre Dame de Fontfroide
Avec sa voute en berceau brisé de style encore roman, culminant à 21 mètres, la nef de l'église abbatiale est le plus ancien vestige du grand chantier de construction qui va s'étaler sur plusieurs siècles. On situe le début des travaux à al fin des années 1150 mais c'est surtout entre les années 1170 et 1200 que vont être édifiés l'église à trois vaisseaux, la salle capitulaire et le premier cloître.

1180 – c’est au cours de la décennie que sont bâtis l’église, la salle capitulaire et le premier cloître de l’abbaye de Fontfroide. Ces travaux se poursuivront jusqu’au début du siècle suivant.

1180 – début de la construction de la basilique St Paul Serge (le chœur sera achevé entre 1224 et

15 février 1181l’archevêque de Narbonne Pons d’Arsac est déposé par le légat du pape Henri de Marcy.

On ne connait pas les raisons exactes d’une décision aussi grave. L’archevêque s’était, jusque là, conformé aux décisions des différents conciles concernant l’attitude à adopter vis-à-vis des hérétiques. Il avait, deux ans plus tôt, fait le voyage jusqu'à Rome pour participer au Concile de Latran III et avait souscrit au Canon 27 qui interdisait, désormais, aux membres de la communauté catholique d’avoir un quelconque contact avec les hérétiques, en l’occurrence les cathares et tous ceux qui les soutenaient. On suppose, dès lors, que les points de vue défendus par l’archevêque et le légat étaient devenus irréconciliables quant à la façon de lutter contre la progression de l’hérésie.  

Le poste d’archevêque restera, semble-t-il, vacant pendant les mois qui suivent. Il est possible qu’il y ait eu, alors, un vrai cafouillage, étant donné la difficulté de désigner un successeur en raison du contexte. Jean Belles-Mains, un prélât d’origine anglaise connu pour manier aussi bien le goupillon que l’épée, évêque de Poitiers depuis 1176 et membre de la mission d’Henri de Marcy, assure pendant quelques mois l’intérim.

5 avril 1181 –  le comte de Provence Raymond-Bérenger III est tué près de Montpellier, lors d’une embuscade que lui ont tendu les hommes d’Adhémar de Murviel. En conflit depuis quelques années avec le seigneur Guilhem VIII de Montpellier dont la famille a rejoint la coalition qui unit les vicomtes Trencavel, la vicomtesse de Narbonne et le comte de Barcelone, Adhémar se voit accusé d’avoir œuvré pour le compte de Raymond V. Raymond-Bérenger n’ayant pas d’enfant, Alphonse II confie le comté de Provence à son frère Sanche, le dernier de la fratrie.

Les hostilités ne vont pas tarder à reprendre de plus belle entre le Comte de Toulouse et le roi d’Aragon.

1181 – le légat du pape et cardinal Henri de Marcy assiège le château de Lavaur où se sont réfugiés  plusieurs hérétiques. Soucieuse d’épargner les vies, la vicomtesse Adalaïs de Toulouse ( ?-,1200), fille du comte Raymond V et de Constance de France, de ce fait nièce du roi Louis VII, épouse de Roger II Trencavel, préfère négocier leur reddition en échange de leur engagement de réintégrer l’église catholique. On dit qu’ils abjurèrent, mais on ne sait pas ce qui leur advint par la suite. Quant aux « parfaits » Raymond de Baimiac et Bernard Raimundi, ils auraient renié leur foi et seraient devenus chanoines, on ne sait où. C’est à cette époque que commencent à se mettre en place les premières procédures inquisitoriales.   

1181 - Dans le testament qu'il rédige, Pierre de Lara prévoit qu'après avoir succédé à sa tante Ermengarde en qualité de vicomte de Narbonne, il lui faudra partager son temps entre cette seigneurie et son comté de Molina. Il décide que s'il vient à décéder à Lérida, il sera enterré au monastère d'Arandella tandis que s'il vient à mourir à Narbonne, son lieu de sépulture sera l'abbaye de Fontfroide.

1182 Bernard Gaucelin est nommé archevêque de Narbonne. Très certainement rattaché à la famille seigneuriale de Lunel, il était évêque de Béziers depuis 1167.

27 mars 1184 - l'abbé et les chanoines de Quarante concluent à Narbonne, en présence de la vicomtesse Ermengarde, un accord avec Bérenger d'Ouveillan au sujet du droit de pêche dans l'étang de Cucumareco. Celui-ci appartiendra par moitié aux deux parties mais celle-ci qui voudra y exercer son droit devra en informer l'autre au préalable. Elle conservera la totalité du poisson pêché.  

1185 – le roi Alphonse II d’Aragon démet son frère Sanche du titre de comte de Provence, l’accusant de l’avoir trahi au profit du comte de Toulouse Raymond V et des Génois.

Avril 1185 – le fils du Roi Henri II, Richard Cœur de Lion, duc d'Aquitaine, rencontre au château de Najac le roi Alphonse II d’Aragon avec lequel il conclut une alliance contre le comte de Toulouse Raymond V. Roger II Trencavel se joint à l’entrevue pour prêter hommage de fidélité au roi d’Aragon.

Une nouvelle fois, les alliances se font et se défont au gré des saisons. Deux mois plus tôt, le roi Alphonse II s’était, en effet, rapproché du comte de Toulouse pour signer avec lui une trêve (convenientia), en présence de la vicomtesse Ermengarde de Narbonne. Il faut n'y voir là qu'un calcul, histoire pour le roi d’Aragon de gagner du temps, après la trahison de son frère Sanche.

1185 – l’archevêque de Narbonne Bernard Gaucelin rachète à Raymond de Traguille tous ses droits sur Cauquenne (île Ste Lucie) et Sigean écartant, pour l’occasion les prétentions de la vicomté de Narbonne. La richesse de l’île provient surtout de ses salins, déjà mentionnés en 844 et qui constituent une des principales sources de revenus de l’archevêché.

10 mai 1188 – l’archevêque de Narbonne Bernard Gaucelin reçoit du pape Clément III une bulle qui interdit aux chrétiens de baptiser de force les Juifs, de les blesser, de les tuer, de voler leur argent ou leurs biens ni de saccager leurs cimetières. Il ne semble pas que les juifs de Narbonne aient eu à subir de telles violences mais ces directives reflètent une tendance qui devait, alors, être tristement répandue au sein de la chrétienté.

Avril 1189 – la maison des lépreux de Bourg achète un emplacement pour  qu'y soit construite une église par le "peuple" de Narbonne. Cette acquisition en alleu est réalisée par les probi homines Burgi qui en achètent la seigneurie aux chanoines de Saint Paul.

26 janvier 1190 – le roi Alphonse II d’Aragon et le comte Raymond V de Toulouse concluent un traité de paix à Jarnègues sur la terre d’Argence par l’intermédiaire de l’archevêque Gaufred de Béziers et du vicomte Barral de Marseille.

1190 – la Vicomtesse Ermengarde de Narbonne souscrit une donation du roi Alphonse II d’Aragon à l’abbaye de Fontfroide.

1191 – Dans le même esprit qui l’a conduit à signer un traité de paix avec le roi d‘Aragon, Raymond V de Toulouse fait la paix avec le vicomte Roger II Trencavel selon une convention que confirme l’évêque d’Albi Guillaume Pierre

1192 – Impatient de mettre un terme à ce qu'il peut considérer comme un règne qui n'en finit plus, et alors qu'il a déjà près de 36 ans, Pierre de Narbonne-Lara s’approprie le titre de vicomte de Narbonne, obligeant sa tante Ermengarde à abdiquer en sa faveur.

Pedro Manrique de Lara (c.1155-1202) n’a pas encore 15 ans lorsque le roi de Castille Alphonse VIII lui confie ses premiers gouvernements. Il se signale aussi, en 1177, en prenant une part active à la prise de la ville de Cuenca sur les Almohades. Il apparait, par la suite, en 1185 à la cour du roi Ferdinand II de Leon qui lui confie la garde de la citadelle royale avant qu’il ne devienne gouverneur d’Oviedo, de Ciudad Rodrigo et de Salamanque. Il avait été convenu qu'il hériterait des terres de son père le comte de Molina Manrique Perez de Lara tandis que son frère cadet Aymeric deviendrait vicomte de Narbonne. Celui-ci avait, finalement choisi de devenir moine et s'était retiré dans l'abbaye de Fontfroide où il était décédé en 1177.

 Pedro a épousé en 1173 Sancha de Navarre, file du roi Garcia V et d'Urraca de Castille. Elle décède en 1176 après avoir donné naissance à trois enfants. Garcia l'aîné meurt en bas âge mais le second Aymeri accompagne son père lorsqu'il vient  séjourner à Narbonne.

Pedro, devenu Pierre en arrivant à Narbonne avait, alors, été initié au gouvernement de la vicomté par sa tante Ermengarde, dans un contexte qui contrastait sévèrement avec l'atmosphère castillane, dominée par l'esprit de la Reconquista face à un ennemi contre lequel il fallait batailler sans relâche. A Narbonne, en revanche, l'entourage de la vicomtesse était composé d'intellectuels brillants dont les batailles se livraient en vers et en musique. Et s'il y avait un problème auquel le jeune comte castillan n'était pas préparé, c'était le partage de la seigneurie avec l'archevêque et le fait que la cité de Narbonne était coupée en deux moitiés, dont l'une, était placée sous domination ecclésiastique, réduisant de façon conséquente l'autorité vicomtale. Le nouveau "maître des lieux" Pierre de Lara allait-il vraiment s'accommoder de ce partage des pouvoirs ? 

1193 - Le roi Alphonse II d'Aragon inféode au comte Raymond-Roger de Foix la suzeraineté sur la vicomté de Narbonne et ses terres vassales du Fenouilledes et du Peyrepertuses. 

Le roi d'Aragon n'a pas supporté la façon, on ne peut plus irrespectueuse, dont la vicomtesse Ermengarde a été chassée de chez elle par son neveu Pedro Manrique de Lara, alors qu'ils avaient tous deux bataillé ensemble pour défendre leur intérêt commun, sauf, que le véritable suzerain de Narbonne était d'abord le comte de Toulouse. S'agissait-il d'une intimidation ou d'un coup d'esbrouffe, toujours est-il  que Raymond-Roger de Foix n'osera jamais revendiquer une quelque autorité sur la vicomté.

20 mars 1194 – Roger II Trencavel, vicomte de Béziers, d’Albi, de Carcassonne et du Razès, meurt à l’âge de 50 ans. Il laisse comme héritier son fils unique Raymond-Roger qui n’a encore que 7 ans. C’est à Bertrand de Saissac, un de ses fidèles vassaux converti au catharisme, qu’il en confie la tutelle Selon ses dispositions testamentaire Roger II est inhumé dans le monastère Notre Dame de Casssan.

Les rumeurs ont prospéré au sujet d’une liaison entre son épouse Adalaïs, la fille du Comte Raymond V de Toulouse, réputée pour sa beauté, et le roi Alphonse II d’Aragon. On a même été jusqu’à suggérer qu’Alphonse était, en fait, le vrai père de Raymond-Roger.

28 avril 1194 - le vicomte de Narbonne Pierre de Lara décide de retourner en Espagne. Il remet la seigneurie à son fils Aymeri III (c. 1175-1239). Afin d'éviter toute ambiguïté dans un contexte qui reste malgré tout très tendu, celui-ci reconnait sans attendre la suzeraineté du comte d Toulouse.

Force est de reconnaître que, Pierre de Lara, aristocrate de pur sang hispanique qui avait jusque-là passé sa vie au service des souverains qu'ils fussent de Castille, de Leon, de Navarre ou d'Aragon, portant sans relâche les armes pour chasser de la péninsule l'envahisseur arabo-musulman qui avait profané sa terre au VIIIème siècle, ne se sentait guère à l'aise dans cette vicomté de Narbonne si policée où chacun se connaissait trop bien, même si aux limites de la seigneurie sourdait une hérésie qui agitait, certes, beaucoup les religieux mais possédait aussi l'attrait de la transgression, alors que tout autour semblait immobile, hormis, comme à l'ordinaire, les interminables querelles entre châtelains jaloux. Pour le nouveau vicomte Pierre, il était temps de rentrer en Castille où l'avenir restait à conquérir. A près de 20 ans, son fils Aymeric avait le prénom qu'il fallait pour devenir le nouveau vicomte de Narbonne. Il lui abandonna le titre et ses prérogatives, pressé de reprendre le cours de sa vraie vie. 

Les seigneuries occitanes à la fin du XIIème siècle

Décembre 1194
– le comte Raymond V de Toulouse décède à Nîmes à l’âge de 60 ans. Il est enterré dans l’église Notre Dame de la ville. Son fils aîné Raymond VI (1156-1222), né de son mariage avec la fille du roi Louis VII Constance de France lui succède en tant que comte de Toulouse, comte de Melgueil et de Saint Gilles, duc de Narbonne, marquis de Gothie et de Provence. Il a dès son jeune âge été fiancée, par l’entremise de son père, à Douce de Provence, héritière du comté mais celle-ci est morte prématurément en 1172. Il a ensuite épousé Ermessende Pelet, dernière descendante des comtes de Melgueil dont il a hérité de la seigneurie à sa mort en 1176*. Il s'est, par la suite, remarié avec Béatrice, la sœur de Roger Trencavel, qui par son mariage avec sa sœur Adalaïs de Toulouse était aussi son beau-frère. De nouveau veuf en 1193, il a épousé trois ans plus tard à Rouen la fille d’Henri II d’Angleterre et d’Aliénor d’Aquitaine, sœur du roi Richard Cœur de Lion, Jeanne Plantagenet (1165-1199), reine de Sicile.
* Ermessende était la fille de Bernard II de Narbonne-Pelet (arrière petit-fils du vicomte Raymond II de Narbonne) et de Béatrice de Melgueil. Elle avait un frère aîné, Bertrand, qui devint seigneur d'Alès. La question qui se pose est de savoir pourquoi ce n'est pas à lui qu'est revenu le titre de comte de Melgueil.  

Raymond V laisse à sa mort un comté apaisé bien qu'il ait, au cours de son règne, constamment bataillé contre ses puissants voisins, le roi d’Angleterre Henri II et les comtes de Barcelone, le premier en vertu des droits familiaux revendiqués par son épouse sur le comté de Toulouse et le second en raison de l'interminable guerre successorale qui ronge, depuis des décennies, le comté de Provence. Raymond V laisse aussi le souvenir d’un prince lettré, grand amateur de poésie. Mais c’est surtout pour l’organisation du fonctionnement même de sa ville de Toulouse qu’il est resté dans les mémoires. C’est à lui, en effet, que l’on doit la charte du premier règlement municipal, datée de 1152, qui annonce le transfert du pouvoir en direction des capitouls (consuls) qui vont désormais assurer la justice et la police, fixer et prélever les impôts, mais aussi gérer la milice et surtout faire la guerre.

 1196 – En conclusion du réchauffement des relations entre le roi d‘Angleterre et le comte de Toulouse amorcé depuis le début de la décennie, Raymond VI épouse Jeanne d’Angleterre, la sœur du roi Richard Cœur de Lion.

25 avril 1196 - le roi Alphonse II d'Aragon meurt à Perpignan à son retour d'un pèlerinage à Saint Jacques de Compostelle. Il est inhumé, selon se dernières volontés dans le monastère de Poblet, devenu le tombeau dynastique. Ses dispositions testamentaires que son fils aîné Pierre hérite du royaume d'Aragon et du comté de Barcelone tandis que les comtés de Provence et de Gévaudan reviennent à son cadet Alphonse.

4 octobre 1197 – La vicomtesse Ermengarde décède à l’aube de ses 70 ans dans le monastère du Roussillon où elle s’est retirée après avoir été littéralement chassé du pouvoir par son neveu Pierre de Narbonne-Lara. Elle est inhumée dans la Commanderie Templière du Mas-Dieu près de Perpignan.

1197Bertrand de Saissac, tuteur du jeune vicomte Roger-Raymond Trencavel, connu pour s’être converti à la doctrine cathare, conteste la nomination de Bertrand de Saint Ferréol en qualité d’abbé d’Alet-les-Bains. Il s’empare de l’abbaye, tuant quelques moines avant d’exhumer et d’exposer dans l’église, après l'avoir revêtu de ses habits, le corps déjà en décomposition de l’abbé Pons d’Amiel qui vient de mourir et fait élire à sa place Boson, favorable aux cathares. A la fois lâche et cupide, l’archevêque de Narbonne, Bérenger de Barcelone, accepte de fermer les yeux sur cette nomination en échange d’une coquette somme d’argent.

La violence de cet évènement contraste avec le caractère paisible affiché d'ordinaire par les "bons hommes" qui professaient la doctrine cathare. Elle ne va pas manquer de servir de justification à d'autres violences. 

Février 1198 - Le roi Pierre II d'Aragon prend les "Ordonnances de Gérone", destinées à rendre exécutoires les dispositions du Concile de Latran III relatives aux hérétiques. Ceux-ci devront avoir quitté le royaume d'Aragon et ses terres vassales avant Pâques sous peine de mort et de confiscation de leurs biens. 

25 mars 1199 - le pape Innocent III (1160-1216) promulgue la décrétale de Viterbe qui confirme la confiscation des biens des hérétiques. Il annonce renforcer le système de légation et accuse les prélats d'avoir fait preuve d'inertie face aux progrès de l'hérésie. Il vise particulièrement l'archevêque de Narbonne, Bérenger de Barcelone

 


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