![]() |
| Les grandes seigneuries du sud de la France au début du XIIème siècle |
1105 - Parti en croisade en Terre Sainte, le vicomte de Narbonne Aymeri 1er décède à Alep. Son fils Aymeri II (1084-1134) lui succède sous la régence de sa mère Mahaut de Pouille.
Bien qu'il ait hérité, encore adolescent, des droits sur la vicomté de Narbonne, Aymeri 1er (1055-1105) a vécu pendant près de 20 ans sous la tutelle de son oncle Pierre-Bérenger, évêque longtemps omnipotent, contraint toutefois de prendre sa retraite en 1085 après avoir été excommunié à plusieurs reprises.
Il a épousé, entre 1083 et 1085, Mahaut de Pouille (c. 1060-c.1112), veuve en premières noces du Comte de Barcelone Raymond Bérenger II duquel elle a eu un fils, Raymond Bérenger, né à Rodez en 1082. Celui-ci a été appelé à devenir Comte de Barcelone en 1097 après que Bérenger Raymond, son oncle mais surtout le meurtrier de son père, ait été contraint à l’exil. De son second mariage, Mahaut a eu au moins 6 enfants parmi lesquels Aymeri II, l'aîné qui devient vicomte à la mort de son père, Bernard, Guiscard et Bérenger (-1165) destiné, quant à lui à la cléricature.
Né en 1084, Aymeri II était, de
par sa mère le demi-frère du Comte de Barcelone Raymond-Bérenger III, de deux
ans son aîné.
1105 – Aymeri II épouse
Ermengarde de Servian dont la famille appartient à la partie de la noblesse
biterroise fidèle aux Trencavel, héritiers du Vicomté
de Béziers depuis qu’en 1067 une autre Ermengarde, dernière vicomtesse de
Carcassonne et de Béziers est devenue l’épouse du Vicomte d’Albi
Raymond-Bernard Trencavel. Il n’est fait aucune mention d’Ermengarde de Servian avant 1114, ce qui rend
effectivement aléatoire la date précise du mariage d’Aymeri mais le fait que certaines
généalogies situent en 1105 la naissance de sa fille aînée, prénommée, elle
aussi, Ermengarde laisse entendre, en toute logique, qu’il ait pu avoir lieu
autour de cette date. Il semble, à ce propos, que le fait qu’Aymeri ait hérité
du titre de vicomte de Narbonne alors qu’il n’avait que 21 ans permettrait de
supposer que ce mariage a pu être conclu dans une certaine précipitation. Ceci
n’est bien sûr qu’une hypothèse, faute d’archives.
1105 – Parti depuis 1097 en
croisade en Terre Sainte, Raymond de Saint Gilles, Comte de Toulouse et de
Rouergue, duc de Narbonne, marquis de Gothie et de Provence, meurt au château
de Mont-Pèlerin dans son fief de Tripoli. Il s’est arrogé le titre de Comte de
Toulouse en 1094, à la mort de son frère Guillaume IV, alors que celui-ci
laissait une fille, Filippa, mariée au duc Guillaume d’Aquitaine, bien décidé, de son côté, à faire valoir les droits
testamentaires de son épouse sur le comté. L’exhumation, en la circonstance, d’une prétendue loi salique
interdisant aux femmes de régner permit alors à Raymond de Saint Gilles
d’imposer son coup de force, sans pour autant mettre un terme au contentieux
car, d’après le droit wisigothique, jamais aboli, les filles possédaient les
mêmes droits que les fils en termes de succession. Après avoir assuré l’intérim
depuis le départ de Raymond en croisade, son fils aîné Bertrand (1065-1112),
issu d’une union reconnue illégitime car consanguine avec une fille du comte de
Provence, devient officiellement le nouveau Comte de Toulouse dans l’attente de
l’arrivée en France de son jeune frère Alphonse-Jourdain, tout juste âgé de
deux ans.
1106 – l’archevêque de Narbonne Bertrand de Montredon est déposé par le pape Pascal II.
On ignore la raison de cette
destitution mais elle semble être liée au conflit qui oppose alors l’abbaye de
Psalmody qui relève du diocèse de Nîmes à la puissante abbaye St Victor de
Marseille qui entretient déjà des liens familiaux étroits avec l’archidiocèse
de Narbonne.
5 novembre 1106 – Richard de
Millau (dit aussi Richard de Carlat), à la fois cardinal et abbé de St Victor de Marseille depuis 1078, est nommé archevêque de Narbonne
Le nouvel archevêque est le fils du vicomte Richard de Millau et de Rixinde de Narbonne, elle-même la fille du Vicomte Bérenger de Narbonne et de Garsinde de Besalù. Il est donc le cousin d’Aymeri 1er, vicomte de Narbonne. Veuve à partir de 1051, Rixinde a épousé en secondes noces le vicomte Geoffrey 1er de Marseille dont naîtront trois autres enfants. Ce mariage aura aussi permis à la famille de Millau d’acquérir une part prépondérante au sein de la hiérarchie ecclésiastique de Marseille. Bernard (1045-1079), le troisième fils de Rixinde, né de son mariage avec Richard de Millau, devient à vingt ans abbé de Saint Victor. Son frère cadet, Richard (1051-1121) lui succède à sa mort. Il a fréquenté, très jeune, l’abbaye bénédictine de St Paul Hors les Murs à Rome avant de devenir légat du Pape. Très impliqué dans la diffusion de la réforme Grégorienne visant à restaurer l’autorité de l’Eglise au sein de sa propre hiérarchie, il a été nommé cardinal en 1078. Il a aussi eu l’occasion de fréquenter l’ancien archevêque de Narbonne Dalmace lorsqu’abbé de St Victor, il avait été invité par le prélat à installer ses religieux en l’église Sainte Marie de Lamourguier.
![]() |
| Comtés et Vicomtés d'Occitanie au XIIème siècle |
1107 – le jeune Vicomte Aymeri II de Narbonne signe avec le vicomte Bernard-Aton Trencavel (c.1060 – 1129) un pacte d’assurance concernant les comtés de Béziers, Carcassonne, Nîmes, Agde, Albi et le Razès. Il s’engage aussi à lui venir en aide en cas d’agression, excepté s’il s’agit des Comtes de Toulouse, de Rodez et de Besalù, de ses frères Gilbert et Richard (?) et de l’archevêque de Narbonne.
Le vicomte Bernard-Aton Trencavel est le fils de Raymond-Bernard Trencavel mort en 1074 et d’Ermengarde de Carcassonne (? - 1099). Il a hérité, de son père, des vicomtés d’Albi et de Nîmes et de sa mère des vicomtés de Carcassonne, de Béziers et d’Agde après une véritable guerre de succession qui aura duré jusqu’en 1082, année de la mort du Comte de Barcelone Raymond-Bérenger II dont le père s’était attribué, depuis 1067, le titre de Comte de Carcassonne se prévalant d’être le grand-oncle par alliance de Raymond-Bernard.
1107 – le pape Pascal II
confirme la possession, au profit de l’archevêque de Narbonne, de la moitié du
territoire de la vicomté. Les droits de justice restent, toutefois, en majorité
inféodés au pouvoir séculier.
1108 – Le petit
Alphonse-Jourdain, âgé de six ans, arrive à Toulouse avec sa mère Elvire de
Castille. Il est investi du titre de Comte de Toulouse tandis que son frère
aîné Bertrand part de son côté pour la Terre Sainte prendre possession du Comté
de Tripoli dont il a hérité de son père Raymond de Saint Gilles.
1110 – Olivier, seigneur de Termes restitue à l'archevêque de Narbonne le fief de Villerouge en échange de 1100 sous melgoriens. Ceui-ci avait à l'origine été cédé en 1079 par l'archevêque Pierre Béranger à Béranger Petri de Peyrepertuse mais le seigneur Pierre d'Olivier de Termes était parvenu à se l'approprier en épousant le fille de ce dernier. Malgré plusieurs excommunications, les archevêques de Narbonne Dalmace et Betrand avaient, par la suite, vainement tenté de récupérer la seigneurie.
1112 – Aymeri II se dédit de son pacte d’alliance avec Bernard-Aton Trencavel et se range du côté du Comte de Barcelone Raymond-Bérenger III (1082-1131), son demi-frère, depuis peu en guerre avec les Vicomtes de Carcassonne. Il reçoit en échange le Fenouillèdes et le Peyrepertusès dont les seigneurs deviennent désormais ses vassaux.
Ce retournement est d’autant plus stratégique que Raymond-Bérenger III est entré en possession du Comté de Provence après avoir épousé en 3ème noce Douce de Rouergue, unique héritière de la terre provençale depuis l’extinction de la branche mâle mais aussi de Millau, du Gévaudan et du Carladès, suite à la mort de son père parti en croisade. Pour Raymond-Bérenger, ce mariage est l’occasion de recréer, à son profit, un espace géographique assimilable à l’ancienne Septimanie permettant d’unir la Catalogne à la Provence. Plus modestement, Aymeri reçoit, pour son ralliement, la seigneurie de Beaucaire et la terre d’Argence qui jouxte Arles. Il n'est, en fait, pas le seul à se détacher de ses serments de vassalité, c’est au tour d’une certain Pierre-Raimond co-seigneur d’Hautpoul de se défaire de la tutelle des Trencavel pour rejoindre le comte de Barcelone Raymond-Bérenger III
1112 – Raymond-Bérenger III profite de sa toute récente
entente avec Aymeri II pour menacer le Comte de Carcassonne Bernard-Aton
Trencavel qu’il accuse d’avoir usurpé des droits de suzeraineté sur la
seigneurie, dévolus à sa famille. L’archevêque de Narbonne Richard de Millau
parvient à convaincre le Comte de Barcelone de calmer les hostilités mais c’est
sans compter sur le caractère rancunier de Bernard Aton qui noue une alliance
avec le Comte de Toulouse Alphonse-Jourdain contre Raymond-Bérenger III.
1114 – Aymeri II prend part à une expédition vers les Iles Baléares conduite par la République de Pise
et Raymond-Bérenger III avec le soutien du pape Pascal II.
Certainement inspirée par ce qu’on appelle la « Croisade Norvégienne » organisée en 1109 par le roi Sigurd contre de nombreuses positions tenues en Méditerranée par les Arabo-musulmans, cette campagne a pour objectif de conquérir la taifa (principauté semi-indépendante) musulmane qui contrôle notamment l’ile de Majorque. Il s’agit aussi de libérer des chrétiens maintenus en captivité et à terme d’en finir avec la piraterie musulmane dans la région. De nombreux seigneurs d’Occitanie, de Catalogne, d’Italie du Nord, de Corse et de Sardaigne sont venus en renfort. On ne dénombre pas moins de 300 navires pisans auxquels s’ajoutent des contingents envoyés par les cités de Florence, Lucques, Sienne, Rome, Pistoia et Volterra. Parmi les seigneurs catalans et occitans figurent Aymeric II avec 20 navires. Guillaume V de Montpellier avec 20 navires, Raymond I des Baux avec 7 navires. Bernard Aton Trencavel est présent lui aussi. En revanche, le Comte de Toulouse Alphonse-Jourdain est absent.
Août 1114 – Les « croisés » de Raymond-Bérenger
III s’emparent de la forteresse de Palma de Majorque mais les négociations
menées avec l’émir sont rapidement suspendues suite à un différend entre les
catalans plutôt favorables au versement d’un tribu annuel et le cardinal Pietro
Moriconi qui juge cette proposition contraire aux intérêts de la République de
Pise dont il est le représentant.
Avril 1115 – après des mois de tergiversations, et une
série d’échecs face à une contre-offensive maritime conduite par les
Almoravides, les « croisés » parviennent à investir la ville de Palma
et à réduire toute sa population en esclavage. Les Iles Baléares sont toutes
investies les unes après les autres et les quelques 30 000 chrétiens en
captivité libérés. Burabe, l’émir de la taifa, est de son côté fait prisonnier
et transféré à Pise. La piraterie cesse bien dans cette partie de la
Méditerranée, mais les dissensions qui ne cessent de perdurer entre les divers protagonistes de l’expédition offrent aux Almoravides l'occasion de réoccuper les Baléares à peine un an plus tard.
13 décembre 1117 – La constitution de l'Ordre des Templiers est signée. Il est dit que la ville devient le coeur de la kabbale médiéviale.
1121 – Le vicomte de Carcassonne Bernard -Aton Trencavel fait hommage à l’archevêque de Narbonne
Richard de Millau de la terre d’Auriac.
1121 – l’archevêque de Narbonne Richard de Millau meurt
après quinze ans d’un épiscopat émaillé de conflits souvent brutaux concernant
l’appropriation abusive de terres relevant de l’Église au profit du Vicomte
Aymeri, autant que de détournements en sa faveur de taxes et de revenus au
détriment du diocèse. Certaines affaires dont, notamment un différend
concernant le partage du contrôle des tours du rempart ont été portés devant le
pape Pascal II qui a statué en faveur de Richard de Millau, obligeant le vicomte
à lui prêter serment de loyauté, à reconnaître à l’archevêque l’indépendance de
sa seigneurie temporelle et à considérer qu’il tenait en fief de celui-ci ses
droits sur la ville de Narbonne.
1121 – Arnaud de Lévezou est nommé archevêque de
Narbonne. Il n’est autre que le neveu du précédent archevêque Richard de Millau
par sa mère Arsinde (1035-1097), fille du vicomte Richard II de Millau et de
Rixinde de Narbonne. Évêque de Béziers depuis 1096, il figure parmi les plus
fidèles partisans des Comtes de Toulouse. C’est notamment, à lui, que le jeune
Comte Alphonse-Jourdain, a confié en 1119 le gouvernement de la ville de
Toulouse, après que ses habitants aient fini par déloger le duc d’Aquitaine Guillaume
IX qui, depuis la mort du Comte Guillaume IV n’a cessé de revendiquer le titre en tant qu'époux de sa fille Filippa. Or depuis la mort de Guillaume en 1094,
c’est son frère Raymond de Saint Gilles mort en 1105, puis son fils aîné Bertrand et son cadet Alphonse-Jourdain qui ont été investi du titre de Comte de Toulouse,
prétextant l’existence d’une improbable loi salique, devenue l’objet du litige.
La nomination d’Arnaud de Lévezou a, en revanche, pour effet, de freiner les
ambitions du vicomte de Narbonne en restreignant ses effectifs et l’obligeant à
adopter une position défensive.
1123 – les comtes Alphonse-Jourdain de Toulouse et Raymond-Bérenger III de Barcelone concluent un accord destiné à régler la succession du Comté de Provence. Alphonse-Jourdain obtient le marquisat de Provence qui regroupe les terres situées au nord de la Durance tandis que Raymond-Bérenger hérite du Comté de Provence qui englobe la majeure partie du territoire situé entre la Durance et la Méditerranée. Cet accord se heurte rapidement à l’opposition de familles provençales dont celle des Baux, bien décidées à s’émanciper de ces nouveaux suzerains.
1124 – le comte
Bernard-Aton Trencavel engage les hostilités contre Aymeric II qui lui répond
en faisant raser le château de Montséret tenu par Bernard Amati, son vassal. Celui-ci
vient, en effet, de trahir Aymeri en se rangeant du côté de Bernard-Aton.
15 mars 1126 – Ermengarde, l’épouse du Vicomte Aymeri II
de Narbonne est mentionnée pour la dernière fois dans les archives. Il semble
qu’elle ait, en fait, été répudiée. On ne connait pas les raisons précises de
cette rupture mais on est en droit de supposer que les liens étroits que sa
famille entretiennent avec Bernard-Aton Trencavel permettent d’accréditer une
séparation du couple au moment où les deux vicomtes sont l’un et l’autre entrés
dans une guerre ouverte.
Ermengarde a eu trois enfants d’Aymeri, deux fils morts
en bas âge et une fille prénommée Ermengarde, née, apparemment, très peu de temps
avant l’annulation du mariage.
1127 – la prise de Tarragone par le Comte de Barcelone
Raymond-Bérenger III permet d’y reconstituer un archevêché métropolitain,
libérant, de la sorte, les diocèses catalans de la tutelle des archevêques de
Narbonne sous lesquels ils ont été placés depuis l’ère carolingienne.
1127 – Naissance officielle d’Ermengarde de Narbonne
(1127-1199). Elle va devenir une figure importante de l’Occitanie au XIIème
siècle.
1130 - Fondé l'année précédente pour accompagner les pélerins qui se rendent en Terre Sainte, l'Ordre des Templiers ouvre un premier hôpital à Narbonne dans le quartier de Bourg appelé Ile Sainte Marguerite. Un hôpital de l'Ordre existe également dans le quartier de Cité, non loin de la Vicomté.
1130 – Ermessinde (1115-1171) est citée comme étant la
seconde épouse d’Aymeri II de Narbonne. On ne dispose d’aucune information à
son sujet bien que certaines généalogies lui attribueraient une origine castillane.
De ce mariage va naître une fille prénommée elle aussi Ermessinde.
1131 – les consuls de Narbonne Bernard Ubolard et Bardina
Sapte signent un accord commercial avec le République de Gênes. Un accord
similaire a été signé quatre ans plus tôt entre la cité italienne et
le Comte de Barcelone Raymond-Bérenger III.
Il est possible que l’idée de créer une organisation gérée par les marchands de la ville soit née des relations que le Vicomte Aymeri II a noué avec les Républiques de Gênes et de Pise à l’occasion des campagnes menées conjointement contre la piraterie musulmane en Méditerranée. L’intérêt pour Aymeri était de créer une structure semblable au consulat mis en place notamment par la République de Gênes qui, tout en restant sous son contrôle, pourrait être investie de missions à la fois diplomatiques et commerciales tout en disposant, s'il devait s'absenter, d’une autorité sur l’organisation défensive voire militaire de la ville, de façon à maintenir un juste équilibre entre les prérogatives du vicomte et celles de l’archevêque à l’intérieur de la cité. On ne connaît pas la date précise de la nomination des premiers consuls mais ils sont déjà quatre en 1131. On constate dans plusieurs actes signés dans les année la présence de ces représentants du populus narbonensis aux côtés de la vicomtesse Ermengarde.
![]() |
| Blason des vicomtes de Narbonne "De Gueules Plein" |
1131 – Aymeri II se rend au chevet de son demi-frère, le Comte de Barcelone Raymond-Bérenger III en qualité de témoin de son dernier testament dont il sera aussi l’exécuteur. Une fois encore, son héritage fait l’objet de disputes.
Son fils ainé Raymond-Bérenger IV dit "le Vieux" (1113-1162) hérite du comté de Barcelone tandis que son frère cadet Bérenger-Raymond dit "Le Jeune" (1114-1144) devient comte de Provence. Cette dernière investiture ne va pas tarder à soulever une partie de la noblesse provençale. Douce de Rouergue avait offert en dot le Comté de Provence dont elle avait hérité de sa mère Gerberge suite à mariage en 1112 avec le comte de Barcelone Raymond-Bérenger III. Or, Douce avait une soeur, Etiennette (1100-1160) qui avait épousé en 1120 Raymond, seigneur des Baux. Celui-ci vient, alors, revendiquer des droits sur le Comté de Provence qui devaient échoir à sa femme Etiennette à la mort de sa sœur Douce survenu en 1128. Raymond des Baux (1085-1150) avait été allié au comte de Barcelone Raymond-Bérenger III, qui était aussi son beau-frère. Il avait notamment participé à la croisade de 1114 aux Iles Baléares. La nomination de Bérenger-Raymond à la tête du Comté de Provence n'est, en revanche, pas de son goût et il ne va pas tarder à le faire savoir.
1132 – la mort du Comte Bernard IV de Melgueil permet à Alphonse-Jourdain d'assurer la tutelle sur sa seigneurie tant que sa fille et unique héritière Béatrix, âgée de 7 ans, est mineure. Il doit cependant partager cette prérogative avec le seigneur de Montpellier Guilhem VI. Une clause qui ne manque pas d'un certain cynisme, prévoit que si Béatrix vient à mourir avant l'expiration d'un délai de six ans, le Comté de Melgueil reviendra de plein droit à Alphonse-Jourdain.
1134 – le vicomte Aymeri II de Narbonne meurt en
combattant les Almoravides lors de la bataille de Fraga. Il est venu avec
d’autre seigneurs occitans apporter son concours au roi d’Aragon Alphonse 1er
« le Batailleur » dans le combat qu’il mène, bien souvent seul contre les forces arabo-musulmanes au service des Almoravides, la
dynastie berbère installée à Marrakech et qui, depuis le milieu du XIème
siècle, règne sur un territoire qui comprend la moitié sud de la péninsule
ibérique mais s’étend surtout en Afrique d’Alger au fleuve Sénégal. La bataille tourne à
l’avantage des Almoravides qui remportent une victoire écrasante sur les
Aragonais, mettant pour un temps un coup d’arrêt à la Reconquista. Aymeri a été
tué durant la mêlée, tout comme le jeune vicomte Centulle de Béarn. Quant à Alphonse "le Batailleur", il ne tardera pas à mourir des suites de ses blessures. Le corps
d’Aymeri est rapatrié et inhumé dans l’abbaye de Lagrasse dont l’abbé n’est
autre que son frère Bérenger. Quant aux Comtes de Barcelone, effectivement peu présents sur les champs de bataille, ils continuent
d’adopter une position de conciliation entre les intérêts des Almoravides, avec
lesquels ils composent depuis plusieurs décennies
1134 – le comte de Toulouse Alphonse-Jourdain occupe
Narbonne, décidé à faire valoir de façon plus formelle ses droits de
suzeraineté sur une seigneurie dont il a hérité du titre, jusque là, très
honorifique de duc. Il bénéficie, en cela, de l’appui de l’archevêque Arnaud de
Lévezou, son vieil allié, auquel il avait même confié le gouvernement de la
ville de Toulouse lors de ses démêlés avec le duc d’Aquitaine. La mort brutale
du vicomte Aymeri II constitue un véritable choc, d’autant qu’il n’a pour lui
succéder qu’une fille, Ermengarde (1127-1197), âgée d’à peine 7 ans, née de son
premier mariage avec Ermengarde de Servian. Ils avaient d'abord eu un fils, Aymeri, mais celui-ci était mort avant d'atteindre l'adolescence. Alphonse-Jourdain s’attribue de la
sorte le beau rôle en se présentant habilement comme le protecteur et le tuteur
de la toute jeune vicomtesse. Cette intervention ne va pas tarder à créer des
tensions au sein même de la cité de Narbonne entre les partisans du Comte de
Toulouse et les familles restées fidèles aux Comtes de Barcelone, créant un
véritable climat de guerre civile.
Alphonse-Jourdain (1103-1149) est le fils de Raymond de Saint Gilles et d’Elvire de Castille. Il est né dans le Comté de Tripoli, au Liban, dans le château que bâtissait son père à un moment où, à l’instar de nombreux seigneurs partis en croisade, il pensait pouvoir faire de cette terre un symbole de la victoire du christianisme. On avait appelé l’enfant Alphonse en hommage à son grand-père le roi Alphonse VI de Castille et Jourdain car c’était dans les eaux de ce même fleuve qu’il avait été baptisé, tout comme le Christ lui-même, plus de mille ans plus tôt.
1134 - Le roi Alphonse 1er d'Aragon décède des suites de ses blessures lors de la Bataille de Fraga. Comme il n'a pas eu d'enfant, c'est son frère Ramire, évêque de Huesca qui est élu par la noblesse aragonaise pour lui succéder.
1135 - le comte de Provence Bérenger-Raymond "le Jeune" épouse Béatrice de Melgueil au grand dam d'Alphonse-Jourdain de Toulouse qui, en tant que tuteur de la jeune femme depuis la mort de son père avait espéré entrer en possession du Comté de Melgueil.
1137 - un contrat de mariage est établi entre Raymond Bérenger IV, comte de Barcelone et Pétronille d'Aragon (1136-1173), unique héritière du royaume, tout juste âgée d'un an. Celle-ci est la fille de Ramire II, d'abord moine à l'abbaye de St Pons de Thomières, par la suite évêque de Huesca, devenu roi d'Aragon en 1134 à la mort de son frère Alphonse Ier "le Batailleur" décédé sans enfant. Abandonnant, à regret, sa carrière ecclésiastique, Ramire a épousé l'année suivante Agnès de Poitiers (1103-1159), fille du duc d'Aquitaine Guillaume IX et de Filippa de Toulouse, veuve d'Aymeri V de Thouars dont il a bientôt fille, Pétronille. Celle-ci est promise à Raymond-Bérenger qui reçoit, à cette occasion le titre de Prince d'Aragon. Il est convenu que le comte de Barcelone hérite du royaume d'Aragon à la mort de Ramire. Le mariage officiel sera, quant à lui, célébré à Lérida en 1150, soit un an tout juste après que la ville ait été reprise aux Almoravides.
1139 – le comte Alphonse-Jourdain tente de rallier à sa cause des vassaux narbonnais en inféodant par une charte les moulins de Bougna relevant jusque-là du territoire vicomtal à un certain Pierre Monetarius. Bien qu’elle se veuille conciliatrice, cette attitude ne suffit, cependant, pas à calmer les esprits. Les oppositions sont même si vives que l’importante communauté juive traditionnellement installée à Narbonne (environ 2000 membres) voit sa neutralité mise en cause au point d’être la cible de nombreuses violences. Nombreux sont ses membres qui choisissent de s’exiler vers les terres appartenant au roi de France Louis VII, reconnu pour sa tolérance.
Le Comte de Toulouse bénéficie toutefois du soutien inconditionnel de l'archevêque Arnaud de Lévezou, fidèle parmi les fidèles. Il prend, ainsi, le contrôle de l'atelier monétaire vicomtal, se permettant de faire frapper un denier à son nom "ANFOS DUX" . Il est probable que la jeune vicomtesse Ermengarde ait été exfiltrée par les partisans du Comte de Barcelone Raymond-Bérenger IV car on la retrouve la même année en Vallespir, sur des terres sous administration catalane.
1141 – aspirant au consulat, les bourgeois de Montpellier
chassent leur seigneur Guilhem VI de la ville. Alphonse-Jourdain choisit,
alors, de soutenir les révoltés, y voyant l’occasion d’accroître son autorité
sur le Languedoc. Cette option s’avère être, en fait, une erreur stratégique
majeure. Les vassaux languedociens conduits par les Trencavel se rallient tous
à Guilhem, jusqu’au pape Innocent II qui, peut-être à l’instigation de l’abbé
Bérenger de Lagrasse, frère du défunt vicomte Aymeric II, prend parti contre
les bourgeois, apportant le soutien de l’Eglise au seigneur de Montpellier.
Isolé, Alphonse-Jourdain doit, à présent, faire face au roi Louis VII le Jeune
qui profite du moment pour mettre le siège devant Toulouse, ravivant la guerre
successorale qui oppose depuis près de cinquante ans les ducs d’Aquitaine aux
seigneurs toulousains. Le roi de France a, en effet, épousé Aliénor (1122-1204),
unique héritière des ducs d’Aquitaine et surtout la petite fille de Filippa,
unique héritière, elle aussi, de la branche ainée des Comtes de Toulouse. Le
roi de France renonce, toutefois, bientôt à son projet, peu enclin à entrer en guerre sur un territoire qui lui est, à l’époque, parfaitement inconnu et
qui s’est déjà signalé par son hostilité envers les Aquitains . Le repli
précipité d’Alphonse-Jourdain permet, en revanche, aux Trencavel et à tous les
vassaux de la bordure méditerranéenne de s’afficher en vainqueurs à Narbonne.
21 octobre 1142 – Tout juste veuf de sa première épouse Faydide d’Uzès, Alphonse-Jourdain compte jouer une nouvelle carte en proposant un contrat de mariage à la Vicomtesse Ermengarde de Narbonne que contresignent les fidèles Pierre Monetarius, Bernard de Carcassonne et Pierre de Minerve. Les termes en sont clairs et pour le moins intéressés car outre le fait que la vicomtesse accepte de se donner au comte « pour loyale femme », elle lui apporte en dot « Narbonne et toutes ses dépendances ». Cette disposition suscite la colère du Comte de Barcelone avec lequel les vicomtes de Narbonne sont liés depuis plusieurs générations. Celui-ci a le dernier mot et le projet de mariage est vite annulé tant il risque de menacer les équilibres régionaux. Le comte de Barcelone Raymond-Bérenger IV et le vicomte Roger Trencavel s’activent pour trouver au plus vite un époux à Ermengarde. L’heureux élu s’appelle Bernard d’Anduze, un seigneur de la région nîmoise, bien plus âgé qu'elle (elle a 15 ans, il en a 42), veuf et père de plusieurs enfants . Il appartient à la mouvance des Trencavel et possède des relations de cousinage avec les seigneurs de Montpellier. Cette union, venant rappeler la logique des conventions féodales, transfère les droits de suzeraineté vers le nouveau seigneur. La vicomté de Narbonne se voit, dès lors, inféodée aux Anduze par droit seigneurial et passe sous la suzeraineté des Trencavel, eux-mêmes suzerains des Anduze en tant que vicomtes de Nîmes. Alphonse-Jourdain s’oppose farouchement à ce mariage qu’il considère comme une menace pour sa propre suzeraineté. Or, le mariage a bien lieu, mettant, de fait, un terme à toute contestation, la guerre reprend de plus belle entre le Comte de Toulouse et les catalans et leurs alliés.
12 décembre 1142 – Le Comte Alphonse-Jourdain fait don à
l’archevêque de Narbonne Arnaud de Lévezou du château de Conilha
(Conilhac-Corbières) pour le « remercier de son amitié et de la fidélité
qu’il lui a témoigné depuis son plus jeune âge ».
La petite cité de Conilhac, qui relevait du Vicomté de Narbonne était aussi entourée de remparts. Ceux-ci furent démolis au XVIIIème siécle et il n’existe plus aucune trace de l’ancien château.
1143 – De plus en plus isolé, Alphonse-Jourdain est fait prisonnier par la coalition des seigneurs locaux conduite par Roger Trencavel. Ceux-ci obligent le comte de Toulouse à signer un traité selon lequel il renonce à tous ses droits sur la seigneurie de Narbonne, libérant, de la sorte la vicomtesse Ermengarde et tous ses vassaux de leurs divers serments d’allégeance, y compris sur les terres. Alphonse-Jourdain n’est censé recouvrer la liberté qu’après avoir accepté les conditions humiliantes que lui impose le traité. Celui-ci doit, en effet, être juré par 40 chevaliers du Narbonnais vassaux d'Ermengarde, 20 autres pour son époux Bernard d'Anduze, 20 également pour Roger Trencavel, 20 encore pour son frère Raymond et 20 chevaliers venus de l'Albigeois.
Selon le premier article du traité, le comte de Toulouse s'engage à « restituer Narbonne à dame Ermengarde et libérer les hommes de Narbonne et de sa région des serments [de fidélité] qu'ils lui avaient prêtés pour Narbonne et les terres appartenant à la ville [...] et il doit également leur restituer les transcriptions de ces serments »
La vicomté de Narbonne occupait alors une position singulière, formant une enclave au cœur même des terres de Roger Trencavel. Elle constituait le lieu de passage obligatoire entre ses fiefs de Carcassonne et du Razès et ceux de Béziers, d’Agde et de Nîmes. Elle se situait, de plus à mi-chemin entre les deux grandes entités que représentaient le Comté de Barcelone et celui de Toulouse et son contrôle donnait à l’une ou l’autre un avantage substantiel en cas de conflit. Très lié au comte Alphonse-Jourdain, l’archevêque Arnaud de Lévezou n’avait pu que constater son impuissance et tentait, à présent, de se faire oublier, soucieux avant tout de maintenir, en l’état les revenus confortables de sa seigneurie ecclésiastique.
1143 – contraints de fuir Montpellier après le retour dans sa ville du seigneur Guilhem, certains des bourgeois qui avaient participé au soulèvement, parmi lesquels la famille Aimoin trouvent refuge à Narbonne, accueillis par l’archevêque Arnaud de Lévezou resté envers et contre tous fidèle au Comte de Toulouse. Le prélât se le voit reprocher part le pape Célestin II.
1143 – les Templiers fondent une commanderie à Narbonne dans le quartier de Bourg à l'île Saint Jean, à proximité de l'hôpital dont ils ont la charge.
1143 - l'archevêque de Narbonne Arnaud de Lévézou réinstaure le concept de la Paix de Dieu, tombé dans l'oubli après s'être développé au sein de la classe seigneuriale au cours du siècle précédent. Les princes déclarent la paix sur leurs terres, imposant en contrepartie des sanctions à tous les contrevenants. Il s'agit de rétablir un climat de sérénité après l'épisode douloureux qui aurait pu conduire à une guerre générale entre les grands seigneurs de l'Aquitaine à la Catalogne. La paix est donc instaurée mais assortie d'une contribution d'un setier de grains (152 litres) par charrue à payer aux Templiers. On sait que ceux-ci possédaient, non loin de la Vicomté, un établissement à Narbonne depuis 1130
3 septembre 1143 - Le comte de Toulouse Alphonse-Jourdain renonce à toutes ses prétentions sur Narbonne et reconnaît ne mettre aucune entrave à l'application des traités de commerce que la ville a signé avec les villes de Pise et de Gênes.
1144 – Le seigneur Raymond des Baux se rend à Würzbourg où il rencontre l'empereur Conrad III de Hohenstaufen, grand suzerain de la terre de Provence qui relève toujours à cette date de l'empire d'Allemagne. Sans trop s'engager, Conrad penche en faveur de Raymond des Baux et lui octroie une "bulle d'or" (diplôme marqué de son sceau) reconnaissant sa prétention au titre comtal. De retour dans ses terres, Raymond mobilise ses alliés, Alphonse-Jourdain de Toulouse et les Républiques de Pise et de Gênes. Cette dernière envoie une flotte sur les côtes languedociennes dans le but d'isoler les comtés de Barcelone et de Provence. C'est justement après avoir débarqué que les Génois prennent d'assaut la ville de Melgueil (Mauguio). Le comte Bérenger-Raymond le "Jeune" qui défend la cité trouve la mort au cours des combats. Raymond des Baux et le comte de Toulouse sortent vainqueurs de ce premier épisode. Raymond-Bérenger III (1136-1166), le fils de Bérenger Raymond, passe, quant à lui, sous la protection de son oncle, le comte de Barcelone Raymond-Bérenger IV.
![]() |
| L'abbaye de Fontfroide |
1144 – l’abbaye de Fontfroide fondée en 1093, et depuis cette date particulièrement discrète est rattachée à l’ordre de Citeaux, et placée sous le patronage de Sainte Marie. Elle fait appel pour cela à des moines de l’abbaye de Grandselve, près de Toulouse, qu'elle charge de mettre en place les nouvelles règles
Tombée dans un étrange oubli depuis que le vicomte Aymeri II y avait discrètement patronné l’installation d’une communauté bénédictine, cette abbaye n’avait depuis jamais bénéficié de donations comme il en était d’usage pour la plupart des établissements religieux. Ce n’est qu’à partir des années 1140 qu’elle commence à attirer des bienfaiteurs, profitant certainement du déclin irrémédiable de l’abbaye voisine de Montlaurès, minée par des problèmes internes. Le fait d’adopter la règle cistercienne, connue pour sa rigueur, permet à l’abbaye de Fontfroide d’acquérir d’autant plus de prestige que l’ordre auquel elle appartient ne relève que du pape et joue un rôle politico-militaire de première importance. Ce qui fait aussi la force des cisterciens vient de l’interdiction d’engager des frais somptuaires ou des dépenses de luxe, les obligeant en fait à investir sans cesse leurs capitaux dans des biens patrimoniaux avec pour résultat de bâtir de vastes domaines.
De peur d’être confrontée à la piraterie musulmane qui quadrille la Méditerranée, Louis VII part de Metz à la tête de son armée le 12 juin 1147. Il descend le Danube puis chemine à pied jusqu’à Constantinople, espérant de l’empereur byzantin un concours qui ne viendra finalement qu’à petites doses. Les premiers échanges avec les Turcs tournent à l’avantage de ces derniers, réduisant peu à peu les effectifs des croisés. C’est à la tête d’une armée très amoindrie et dans un climat familial des plus tendus que le roi Louis VII et son épouse Aliénor d’Aquitaine arrivent à Jérusalem au printemps 1148.
![]() |
| Alphonse-Jourdain (1103-1148) Comte de Toulouse (enluminure, cartulaire de la cité de Toulouse, 1205) |
Alphonse-Jourdain a, quant à lui, choisi de prendre la mer, accompagné de seigneurs provençaux et bientôt rejoint par la flotte anglaise. Il part, surtout, pour reposer le pied sur sa terre natale, le Liban, avec l’intention de contester à son petit neveu Raymond II le comté de Tripoli, dévolu à son frère aîné Bernard, selon les dispositions testamentaires de leur père Raymond de St Gilles.
Au même moment, le comte de Barcelone Raymond-Bérenger IV s'est entendu avec le comte d'Urgell Armengol VI, le seigneur de Montpellier Guilhem VI, les flottes pisane et génoise qui patrouillent en Méditerranée pour organiser une croisade contre le port d'Almeria qui est à la fois la plaque tournante commerciale d'Al-Andalus et la principale base de la piraterie arabo-musulmane. C'est une armée forte de 12 000 hommes qui se présente devant Almeria avec ses catapultes et ses machine de siège.
La ville tombe le 18 octobre; la population est en partie massacrée avant que l'alcazaba (forteresse siège du gouvernement) ne cède quatre jours plus tard et que les "croisés" n'y mettent la main sur un véritable trésor.
1147 - Le comte de Barcelone Raymond-Bérenger IV débarque à Tarascon en février. Il y reçoit l'hommage d'une trentaine de barons restés fidèles. Il entreprend, alors, une tournée à travers la Provence au cours de laquelle il rallie à sa cause bon nombre de seigneurs tout en isolant ceux qui lui restent hostiles. Il parvient surtout à mettre la main sur Raymond des Baux qu'il emmène en captivité dans les Pyrénées. Une tentative de soulèvement menée à l'instigation d'Etiennette, l'épouse du seigneur des Baux, avorte sans résultat, consacrant la victoire des catalans lors du deuxième épisode. Le sort de Raymond des Baux pose toujours question; il est, fort probable, en effet, qu'il n'ait soit mort en prison.
1148 - le comte Raymond Bérenger IV de Barcelone accorde aux habitants de Narbonne un ensemble de privilèges. Ceux-ci concernent notamment l'exemption de taxes arbitraires, le contrôle des poids et mesures, la gestion des fortifications ainsi que les droits d'usage des terres communales.
1148 - Alphonse-Jourdain meurt empoisonné dès son arrivée à Césarée. Le soupçons se portent immédiatement sur Raymond II, dont on pense qu'il craignait que son oncle ne vienne avec l'intention de le dépouiller de son comté sous prétexte que son père était né d'une union déclarée illégitime.
1149 – première mention des Hospitaliers de St Jean de Jérusalem à Narbonne établis à l'emplacement de l'actuelle Chapelle des Pénitents Bleus. Leur présence, de même que celle des Templiers, cités dès 1130, démontre que le dynamisme démographique de Narbonne a aussi son pendant du fait de l'augmentation, en ses murs, des nécessiteux et des malades.
1149 – Le Comte de Barcelone Raymond Bérenger IV fait don
à l’abbaye de Fontfroide d’une terre dans le Val de Ladretra, non loin de la
ville de Tortosa appelée l’Hort de Poblet, à charge pour elle d’y construire un
monastère. Bénéficiant, par ailleurs, de la part du Comte d’avantages
considérables, le futur monastère de Poblet va bientôt devenir le sanctuaire de
la dynastie aragonaise. Pour l'occasion, la Vicomtesse Ermengarde, l'archevêque Arnaud de Lévezou et les quatre consuls Laurent, Raimond Multone, Guillem de Voltra et Guillem Sigerio se rendent à Tortosa pour contresigner la transaction.
La fondation de ce monastère était d'autant plus symbolique que la ville de Tortosa venait d'être reconquise par le comte de Barcelone l'année précédente. Celle-ci formait alors une taifa (principauté) aux mains des Almoravides. Ce sont, en fait, les femmes de Tortosa qui avaient combattu victorieusement les arabo-musulmans, les hommes étant parti sur d'autres fronts, se joindre à l'armée de Raymond Bérenger IV. Afin de les récompenser de cet acte de bravoure, fut créé en leur honneur l'Ordre de la Hache.
Mai 1149 – le Comte de Toulouse Raymond V (1134-1194) se
rend à Béziers pour y recevoir l’hommage du vicomte Raymond 1er
Trencavel. Contrairement aux autres vicomtés qui ont échu aux Trencavel, celle
de Béziers est largement passée aux mains de l’évêque qui, avec l’appui du
Comte de Toulouse, a récupéré la quasi-totalité des droits sur la cité
elle-même et les bourgs avoisinants. Hormis un droit de propriété résiduel sur
deux des tours de l’enceinte, le pouvoir des Trencavel y est devenu si
symbolique qu’ils ont préféré élire résidence hors les murs de la ville et déplacer
leur capitale à Carcassonne.
Raymond V n’a que quatorze ans lorsqu’il succède à son père Alphonse-Jourdain, parti en croisade et mort empoisonné dès son arrivée en Terre Sainte. Il hérite d’un titre affaibli par des années de conflits avec les comtes de Barcelone mais aussi par la montée en puissance de certains de ses vassaux à l’instar des Trencavel qui ont peu à peu grignoté une bonne partie du comté de Toulouse.
Fieffée à l’origine à Ambialet, un riche secteur minier dans le Ségala, la famille qui allait s'affubler du nom de Trencavel (de trenca avelana = casse-noisette), détenait la vicomté d’Albi des Comtes de Toulouse eux-mêmes, le fondateur de la lignée Aton 1er (c.930-c.990) l’ayant reçu en 948 en remerciement de sa fidélité. En épousant Gaucia, unique héritière de la vicomté de Nîmes, celui-ci a ajouté cette seigneurie à ses domaines. Son arrière petit-fils Raimond-Bernard épouse Ermengarde de Carcassonne qui hérite des vicomtés de Carcassonne, du Razès, de Béziers et d’Agde à la mort de son frère, le dernier de la ligné mâle. Leur fils Bernard Aton IV (c.1060-1129) en revendique les titres au nom de sa mère, se heurtant au Comte de Barcelone qui estime, quant à lui, détenir des droits familiaux, faisant référence à une promesse de la vicomtesse Ermengarde elle-même. A sa mort, ses trois fils se partagent l’ensemble des seigneuries. Roger 1er (c. 1090-1150) reçoit les vicomtés de Carcassonne et d’Albi, Raymond 1er (?-1167) hérite des vicomtés de Béziers et d’Agde tandis que Bernard-Aton V ( ?-1159) devient Vicomte de Nîmes.
1149 – L’archevêque de Narbonne Arnaud de Lévezou meurt
le 30 septembre. L’abbé de Saint Gilles Pierre d’Anduze ( ? -1156) est
nommé pour lui succéder.
Il appartiendrait à la famille d’Anduze, elle-même vassale des vicomtes Trencavel, et pourrait bien être
le frère de Bernard, l’époux de la vicomtesse Ermengarde de Narbonne, sans qu’aucune
généalogie ne vienne confirmer ce lien familial de façon formelle. Devenu
archevêque sous le nom de Pierre II, il était préalablement à la tête de l’abbaye de Saint
Gilles depuis 1125, à un moment où l’établissement, jugé trop émancipé de sa
règle monastique connaissait des différends avec sa maison mère de Cluny.
1149 - les deux hôpitaux des pauvres relevant chacun de la cathédrale St Just et de l'église St Paul sont mentionnés pour la première fois dans un testament.
1150 – Roger 1er Trencavel, venant de mourir sans héritier, son frère Raymond 1er devient maître des vicomtés d’Albi, de Carcassonne et du Razès. Bernard-Aton V, vicomte de Nîmes, dernier de la fratrie reçoit la moitié de la vicomté d'Agde à titre de compensation.
11 juillet 1151 - La fille de Raymond Ier Trencavel, Cécilia de Béziers (1130-1188) épouse le comte de Foix Roger-Bernard 1er dit le "Gros". Il est par sa mère Ximena le petit-fils du Comte de Barcelone Raymond-Bérenger III.
Suite à cette union, le Comte de Foix se détache du Comte de Toulouse, pourtant traditionnellement allié à sa famille pour rejoindre la coalition formée par son beau-père Raymond 1er Trencavel, le seigneur Guilhem VII de Montpellier et le comte de Barcelone contre Raymond V de Toulouse.
20 juillet 1151 - La vicomtesse Ermengarde établit une convention avec le vicomte Raymond 1er Trencavel selon laquelle elle s'engage à lui porter secours contre tous, à l'exception des comtes de Bracelone et de Rodez, de l'archevêque de Narbonne, des "hommes de ses terres" mais aussi du Comte de Toulouse.
1152 - Huit semaines après avoir été été répudiée par le roi de France Louis VII, Alienor d'Aquitaine épouse Henri II Plantagenet (1133-1189), duc de Normandie, Comte d'Anjou, du Maine et de Tours et bientôt roi d'Angleterre. Elle en profite pour relancer la guerre successorale qui l'oppose depuis des années aux Comtes de Toulouse. Henri II s'allie, en la circonstance avec le comte de Barcelone Raymond-Bérenger IV (1113-1162).
1153 - Arès avoir réglé avec la vicomtesse Ermengarde un litige au sujet de la reconstruction indue du château familial démoli près de 30 ans plus tôt sur ordre du vicomte Aymeri II, Raingarde de Montséret fonde aux Ollieux, sur le territoire de sa châtellenie, la première abbaye de femmes placée sous la règle cistercienne. Elle deviendra à partir de 1174 un prieuré rattaché à l'abbaye de Fontfroide.
10 octobre 1153 - Des habitants de Toulouse parviennent à capturer Raymond Ier Trencavel et quelques uns de ses vassaux dont le seigneur de Montpellier Guilhem VII, alors qu'ils opèrent une nouvelle razzia dans le Comté. Ils sont livrés au Comte Raymond V qui les tient prisonniers. Par crainte de représailles, Raymond Trencavel confie la garde de sa femme et de ses filles Cécile et Adélaïde au comte de Barcelone mais tient absolument à ce que ce soit la Vicomtesse Ermengarde de Narbonne qui recueille son fils aîné Roger alors âgé d'à peine 4 ans. Satisfait d'avoir obtenu réparation après les multiples revers endurés par son père Alphonse-Jourdain lors de ses interminables querelles contre les seigneurs languedociens, le Comte de Toulouse Raymond V accepte de libérer Raymond Trencavel en échange d'une rançon de trois mille marcs d'argent.
![]() |
| Le comté de Toulouse face à l'expansion territoriale du roi Henri II Plantagenet |
janvier 1155 - la Vicomtesse Ermengarde de Narbonne renonce dans un acte devant témoins au droit de dépouille des archevêques. Ce droit d'ordinaire exercé par le pape mais aussi par des représentants du pouvoir séculier leur permettait de confisquer tous les biens d'un ecclésiastique qui ne figuraient pas dans son testament au moment de sa mort.
1156 - La Maison des Baux tente de reprendre les hostilités contre les Comte de Barcelone après avoir reçu de l'empereur Frédéric-Barberousse confirmation de la "bulle d'or" signée en 1144 par son prédécesseur Conrad III. Etiennette, veuve de Raymond des Baux, et son fils Hugues peuvent compter sur l'appui du Comte Raymond V de Toulouse. L'affaire tourne finalement à la confusion et une paix est signée à Arles par l'entremise de trois personnalités qui se déclarent, pour la circonstance amies de la famille des Baux, à savoir, le comte Raymond V de Toulouse, l'archevêque d'Arles Raimond de Montredon et la vicomtesse Ermengarde de Narbonne,
1156 – L’archevêque de Narbonne Pierre d’Anduze décède
après un épiscopat des plus discrets. L’abbé de Lagrasse, Bérenger de Narbonne ( ?
– 1165), lui succède. Déjà âgé, celui-ci n’est autre que le dernier fils du
vicomte Aymeri 1er de Narbonne décédé en 1105. Promis dès son
enfance à la cléricature, il a été nommé abbé de Lagrasse dès 11118. Peut-être
avait-il aussi la vocation des armes car il s'est emparé dès la première année de son abbatiat du monastère de St
Félix de Guixols, s’attirant en retour les foudres de l’évêque de Gérone qui
frappe d’interdit tous les tous les domaines de Lagrasse et porte l’affaire
devant le pape. Bérenger devait posséder des appuis car le monastère restera
sous son autorité.
1156 - La vicomtesse Ermengarde fait don de la tour et de la bastide de Prat-de-Cest, jusque-là propriété des seigneurs de Narbonne à l'hôpital St Just et St Pasteur de Narbonne.
février 1157 - la vicomtesse Ermengarde reçoit à Narbonne son cousin le comte de Barcelone Raymond-Bérenger IV. Cette rencontre permet de renforcer les liens qui les unit par une série de gestes à valeur symbolique. La vicomtesse cède notamment ses biens au comte en échange de la somme de 5000 marcs d'argent et lui remet comme garants de leur entente les barons Guilhem de Piteus (descendant des seigneurs d'Haupoul, beau-frère du vicomte Pierre de Minerve) et Ermengaud de Leucate qui figurent, tous deux, parmi ses vassaux les plus fidèles.
Au cours de sa visite à l'abbaye de Fontfroide, le comte Raymond-Bérenger invite les moines à aller bâtir un monastère en un lieu appelé l'Hort de Poblet, près de Tortosa, dans une région qu'il vient de conquérir aux Almoravides et qu'il souhaite, sans attendre, peupler et cultiver.
1158 - La vicomtesse Ermengarde de Narbonne se joint à la ligue formée contre le comte de Toulouse Raymond V par le comte Barcelone Raymond-Bérenger IV, Raymond Ier Trencavel, Guilhem VII de Montpellier et le roi d'Angleterre Henri II Plantagenet.
Mars 1159 - le roi Henri II Plantagenet, qui vient de recevoir à Blaye son nouvel allié le comte Raymond-Bérenger IV de Barcelone, exige du Comte Raymond V qu'il restitue les droits sur Toulouse que revendique son épouse Aliénor d'Aquitaine au nom de sa grand-mère Filippa. Face au refus catégorique que lui adresse le Comte Raymond V, le roi d'Angleterre lève une armée à la hâte et envahit le Quercy, comptant sur la neutralité du roi de France Louis VII, malgré les avertissements que celui-ci lui a adressés. Henri se dirige vers Toulouse comptant bien s'emparer de la ville mais ce n'est pas sans surprise qu'il découvre, en arrivant, que le roi de France a déjà investi les lieux après avoir chevauché dans la plus grande discrétion à la tête d'une compagnie. Face à l'inflexibilité de Louis VII, Henri II finit par se retirer au début de l'automne, ne conservant de son équipée que la ville de Cahors, bien décidé, toutefois, à se venger de l'affront subi.
31 janvier 1162 - la vicomtesse Ermengarde conclut avec le vicomte de Béziers Raymond Trencavel un accord de concorde et de paix (carta concordiae et pacis) en présence du comte Raymond-Bérenger IV de Barcelone. Celui-ci porte moins sur de questions politiques qu'économiques comme notamment les droits sur les salines
1162 - La famille des Baux relance à nouveau les hostilités contre les comtes de Barcelone. Renforcés par une milice narbonnaise sous les ordres de la vicomtesse Ermengarde, les catalans prennent rapidement le dessus. Raymond-Bérenger IV s'empare du château des Baux jusque-là qualifié d'imprenable. Il en profite pour ravager le pays environnant de manière à confirmer qu'il en est le vrai maître. Hugues de Baux tente désespérément d'obtenir le soutien de Frédéric-Barberousse, mais sans résultat, l'empereur d'Allemagne s'étant opportunément rangé du côté du comte de Barcelone. Il est, en effet, convenu qu'une de ses cousines Richezza de Pologne (Richilde) épouse en secondes noces le comte de Provence et de Gévaudan Raymond-Bérenger II (1136-116) le neveu de Raymond-Bérenger IV, comte de Barcelone.
6 août 1162 - le comte de Barcelone Raymond-Bérenger IV tombe malade en route et meurt à San Dalmazzo di Borgo, à l'âge de 49 ans alors qu'il se rend à Turin où il doit rencontrer l'empereur Frédéric-Barberousse. Son corps est, alors, acheminé vers le monastère de Ripoll où il est inhumé.
D'après ses dispositions testamentaires, son fils Raimond, placé sous un conseil de régence, prend le nom d'Alphonse (1157-1196), héritant à la fois du comté de Barcelone et du Royaume d'Aragon à l'exception des comtés de Cerdagne, Bergueda, Capcir, Conflent et Donezan qui reviennent à son cadet Pierre (1158-1181) au même titre que ses droits sur Narbonne.




.jpg)

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire