C’est toute une génération de grands féodaux qui, à l'aube du XIIIème siècle, a cédé la place en nourrissant l’illusion qu'après avoir passé des décennies à se disputer les mêmes territoires, une trêve permettrait d'imaginer un avenir commun. Raymond V de Toulouse, Alphonse II d’Aragon et Roger II Trencavel sont tous les trois morts après avoir fait la paix entre eux mais leurs successeurs vont très vite être confrontés à des enjeux qu’ils n’auraient jamais imaginés. En 1200, c’est à Rome que se joue l’avenir de l’Europe, pour ne pas dire du monde. Le nouveau pape s’appelle Innocent III et est issu de la vieille noblesse romaine. Théologien abouti et juriste qualifié, c’est à l’université, et notamment à Paris qu’il a forgé sa personnalité intellectuelle. Il n’a pas eu besoin d’être prêtre pour s’imposer auprès des plus hauts dignitaires de l’Eglise qui voient en lui celui qui va asseoir la suprématie de la religion catholique. Innocent III ne tarde, d'ailleurs, pas à afficher ses ambitions. Il veut être le vrai maître, plaçant la « toute-puissance » de son sacerdoce au-dessus de celle des princes, des rois et des empereurs, ramenant même les évêques au rang de subalternes. Ses armes, l’excommunication et l’interdit. Pour lui, les princes tiennent leur pouvoir de Dieu, et donc implicitement de lui, car il est le représentant du Christ sur la terre. Dès son ascension sur le trône papal, il engage la lutte contre les hérésies, interdit à ses évêques de faire traduire, ni même, de lire la Bible dans une autre langue que le latin, excommunie le roi Philippe-Auguste pour avoir annulé son mariage avec Ingeburge de Danemark et veut relancer une nouvelle croisade pour reprendre Jérusalem aux armées de Saladdin. Et ce n’est là que le débutle nouveau pape Innocent III, élu l’année précédente, engage la lutte contre les hérésies qu’il compare à une « aberration dans la foi » .
1200 – le pape Innocent III jette « l’interdit » sur le royaume de France et excommunie Philippe II (qui portera un peu plus tard le titre d’Auguste), exigeant de lui qu’il renonce à son tout récent mariage avec Agnès de Méranie et rende sa place à Ingeburge de Danemark, son épouse éconduite.
Novembre 1200 – Dans une lettre qu’il écrit à son légat Jean de Saint Prisque, le pape Innocent III s’en prend clairement à l’archevêque de Narbonne Bérenger de Barcelone, qu’il accuse d’être responsable du progrès de l’hérésie dans son archidiocèse, en raison de sa passivité, pire de sa complicité. Il diligente une enquête qui en conclut qu’il cumule les bénéfices, mène une vie dissolue et s’adonne à la luxure, passant le clair de son temps à la chasse en compagnie de ses maîtresses.
1201 – l’archidiacre de Maguelonne Pierre de Castelnau (1170-1209) choisit de se faire moine et se retire dans l’abbaye cistercienne de Fontfroide.
Certainement issu d’une famille fieffée à Castelnau-le-Lez, rattachée à la seigneurie des Guilhem de Montpellier, il a officié comme chanoine à Maguelonne depuis le milieu des années 1180 avant d’être désigné archidiacre en 1197 par l’évêque Guillaume de Fleix. Voyant cette nomination contestée par le prévôt Gui de Ventadour, Pierre de Castelnau fait le voyage à Rome où il rencontre Lothaire de Segni peu avant qu'il ne soit élu pape sous le nom d’Innocent III. Celui-ci lui donne raison et confirme officiellement sa nomination. Il est probable que le départ de Pierre de Castelnau pour Fontfroide ait été motivé par la poursuite du différend avec le très influent prévôt Gui de Ventadour.
30 mai 1201 – le pape Innocent III enjoint à l’archevêque de Narbonne Bérenger de Barcelone de se démettre de son mandat, considérant qu’il consacre l’essentiel de son temps à l’abbaye de Mont Aragon. Il l’accuse de laxisme face aux progrès de l’hérésie et d’une passivité coupable concernant la conversion de certains prêtres au catharisme. Fait étrange, cependant, alors que le pape excommunie sans hésiter quiconque s’oppose à son autorité, l’archevêque de Narbonne semble intouchable. Il faut dire qu’il est l’oncle du roi Pierre II d’Aragon, un soutien essentiel au pape. A plus de 60 ans, Bérenger peut encore nourrir de beaux jours.
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| Les seigneuries d'Occitanie eu début du XIIIème siècle |
1202 – le vicomte Aymeri III de Narbonne épouse Guillema de Castelvell, petite fille du comte Bérenger III de Barcelone. Celle-ci a été marié en premières noces au vicomte de Béarn Guillaume 1er de Moncade dont elle a eu un fils prénommé lui aussi Guillaume. Elle a, par la suite, été déclarée veuve suite à la mystérieuse disparition de son mari, dont on a soupçonné Bérenger de Villademuls, l’oncle de Guillema d'en être le meurtrier.
1203 – Raymond VI de Toulouse épouse Eléonore d’Aragon (1182-1226), la seconde fille du roi Alphonse II d’Aragon et de Sancha de Castille. Son frère aîné Pierre II (1178-1213) est devenu, à la mort de leur père, roi d’Aragon, comte de Barcelone, de Roussillon et de Pallars tandis qu’Alphonse (1180-1209), le second, a hérité des comtés de Provence, de Gévaudan et de la vicomté de Millau.
Eleonore est la 4ème épouse de Raymond VI . Il s’est marié en premières noces avec Ermessende Pelet, héritière du Comté de Melgueil décédée en 1176. Il a ensuite épousé Béatrice de Béziers (1154-1193), la fille de Raymond 1er Trencavel qui lui a donné une fille Constance de Toulouse. Ils ont divorcé en 1193, Béatrice se vouant à la foi cathare, devenant même une « parfaite ». Raymond VI s’est alors remarié avec Burgondie de Lusignan, fille du roi de Jérusalem Amaury II de Lusignan qu’il a répudié trois ans plus tard en 1196 pour se remarier avec Jeanne Plantagenet (1165-1199), la sœur du roi Richard Cœur de Lion, veuve en premières noces du roi Guillaume II de Sicile. Richard lui a remis en dot le Quercy et l’Agenais, préférant se faire un allié du comte de Toulouse alors qu’il est occupé à défendre ses terres normandes sous la menace du roi de France. Éléonore meurt en 1199 après avoir donné, deux ans plus tôt, naissance à un fils prénommé Raymond.
1203 – Le vicomte de Carcassonne Raimond-Roger Trencavel (1185-1209) épouse Agnès de Montpellier, fille du seigneur Guilhem VIII de Montpellier et d’Agnès de Castille, dont le mariage n'étant reconnu ni par l’évêque de Maguelonne ni par l’archevêque de Narbonne, vaut à Guilhem VIII d’être excommunié.
Comme son père Roger II avant lui, Raimond-Roger Trencavel n'a jamais adhéré à la doctrine cathare mais a toujours fait preuve de la plus grande bienveillance envers ceux qui la professent et qui affichent leur respect le plus strict des préceptes de la Bible, ne souhaitant rien de moins que de vivre selon le modèle des premiers chrétiens. Ils accusent, en revanche, l’Eglise officielle de les avoir trahis. Plus engagée, sa tante Béatrice s’est, de son côté, totalement engagée aux côtés des cathares.
Le catharisme s’inspire de la doctrine dualiste fondée sur la lutte entre le Bien et le Mal. Cette théologie apparue au cours du IIIème siècle, dite manichéenne, du nom de son fondateur Manès, oppose Le Bien, c’est-à-dire l’œuvre de Dieu que représente l’âme au Mal qui correspond à la matière et au monde sensible. Selon les cathares, l’Eglise s’est éloignée de Dieu, y préférant les richesses et les biens terrestres. Pour eux, tout commence avec le rejet des sacrements : le baptême, d’abord, que l’on impose à des bébés au point de les faire pleurer ; l’eucharistie, ensuite, comme participant du principe de l'Incarnation symbolisée par le miracle divinatoire de la transsubstantiation au cours duquel les prêtres se substituent à Dieu pour changer le pain et le vin en corps et sang du Christ. Ils considèrent, aussi, que le mariage, en tant qu’union corporelle entre deux êtres ne peut, de ce fait, être considéré comme un sacrement. Pour eux, l’intercession des saints et le culte des reliques n’est qu’une mystification dont l’intérêt est purement mercantile. Le rituel cathare, qui inclut le melhorament et le consolament (imposition des mains), a pour obsession la purification, c’est-à-dire, la chasteté, le rejet des relations charnelles jugées impures, mais aussi la revendication d’interdits alimentaires dont le refus de consommer tout produit animal ainsi que le respect de règles de vie comme l’interdiction de jurer, de mentir et de tuer. Pour les cathares, tuer un animal est un crime car les animaux, au même titre que les humains, ont reçu une âme céleste. Verser leur sang est, donc, aussi grave que verser le sang d’un chrétien. Les cathares s’opposent, enfin, à la propriété privée, prônent la pauvreté et préconisent le jeûne comme une pratique courante, allant même jusqu’à ce qu’ils appellent l’endura, pouvant conduire à la mort.
Décembre 1203 – le nouveau légat du pape Pierre de Castelnau se rend à Toulouse. Le Comte Raymond VI est absent mais le légat fait prêter serment aux capitouls et aux habitants de la ville en échange de quoi, il leur confirme, leurs privilèges et leurs libertés.
Janvier 1204 – le pape Innocent III s’en prend à nouveau à l’archevêque de Narbonne Bérenger de Barcelone qu’il accuse à présent d’avoir refusé d’aider ses légats à organiser leur voyage vers Toulouse, leur refusant même la mise à disposition d’une mule. L’archevêque n’a que faire de ses réprimandes.
1204 – peu de temps après avoir été déclaré seigneur de Montpellier par sa mère Agnès de Castille, Guilhem IX doit faire face à la révolte des habitants de la ville, organisée par le prévôt Gui de Ventadour. Il doit abdiquer au profit de sa demi-sœur Marie.
Son père Guilhem VIII est mort deux ans plus tôt sans avoir pu faire valider, par le pape, son mariage avec Agnès de Castille. Il avait, depuis longtemps, répudié sa première épouse Eudoxie Comnène, petite-fille de l’empereur byzantin Jean II Comnène mais faute d’obtenir la légitimation de sa seconde union, c’était à sa première fille Marie que revenaient, de droit, ses titres de seigneur de Montpellier et d’Aumelas. Guilhem IX venait certainement d’atteindre l’âge de la majorité mais son investiture pouvait, en l’occurrence, passer pour une imposture. Il part avec sa mère Agnès et ses autres frère et sœurs se réfugier à Pézenas. On perdra bientôt sa trace.
Avril 1204 – le pape Innocent III continue de harceler l’archevêque de Narbonne. Il l’informe qu’il le dépossède de l’abbaye de Mont Aragon et qu’il fait procéder à l’élection d’un nouvel abbé.
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| L'abbé de Citeaux Arnaud Amalric nommé légat par le pape Innocent III manuscrit anonyme (C. 1250) |
28 mai 1204 – le pape Innocent III essaye d'impliquer le roi de France Philippe-Auguste dans sa volonté de conduire une croisade contre l'hérésie. Il lui écrit en ces termes "confisquez les biens des comtes et des barons qui ne voudraient pas éliminer l'hérésie de leurs terres ou qui oseraient l'entretenir. Ne tardez pas à rattacher leur pays tout entier au domaine royal". Le roi de France lui adresse une fin de non recevoir, estimant que le pape n'a pas à s'ingérer dans des affaires relevant strictement des rapports féodaux.
Arnaud Amalric (1160-1225) - on le sait d’origine catalane, mais les hypothèses vont bon train quant à son pédigrée. On le dit apparenté par son mariage avec Manrique de Lara, à Ermessinde, fille du vicomte Aymeri II de Narbonne tandis que d'autres y voient un fils naturel du comte Raymond-Bérenger IV de Barcelone. Peut-être n'est-il, en fait, qu'un intellectuel brillant de la petite noblesse qui s'est fait religieux au sein du monastère cistercien de Poblet avant d'en devenir prieur en 1196. Sa carrière a connu, dès lors, une extraordinaire ascension. Promu deux ans plus tard abbé de Grandselve, il devient en 1200 le 17ème abbé de Citeaux, l’abbaye cistercienne qui contrôle 600 établissements et est à la tête d’environ 10 000 moines, possédant des ramifications de la Scandinavie à la Terre Sainte. Considéré comme un administrateur zélé et un orateur persuasif, Arnaud Amalric se veut l’héritier de l’action antihérétique dont l’ordre cistercien est le véritable moteur depuis Bernard de Clairvaux. Il va, surtout, compter pour sa mission, sur l’appui d’un parti pro-catalan stratégiquement basé dans la vicomté de Narbonne où se retrouvent Pierre de Castelnau, Foulques de Marseille et Raoul de Fontfroide.
15 juin 1204
– Marie (1180/83-1213), héritière du seigneur Guihem VIII de Montpellier épouse
le roi Pierre II d’Aragon.
Elle a été mariée à l’âge de 10 ans au vicomte Raymond Geoffroy II « Barral » de Marseille mais celui-ci est mort deux ans plus tard. En 1197, son père et sa belle-mère Agnès parviennent à lui faire signer un acte de renonciation à ses droits sur la seigneurie de Montpellier pour lui faire épouser le comte Bernard IV de Comminges. Marie a deux enfants de ce mariage avant de la faire annuler, le comte étant déjà deux fois bigame.
juin 1204 - A son retour de Montpellier, le roi Pierre II d'Aragon convoque à Carcassonne une conférence contradictoire au cours de laquelle les légats du pape et les évêques cathares opposent leurs arguments. Comme à chaque fois, depuis l'assemblée de Lombers en 1165, chacun campe sur ses positions, confirmant leur irréconciabilité avec en perspective la menace d'une radicalisation.
1204 - Jean Bistan, un bourgeois de Narbonne qui s'est enrichi dans le commerce maritime fait don aux moines de Fontfroide d'un domaine situé sur le flanc ouest du massif de la Clape à la condition qu'ils y établissent une abbaye cistercienne de femmes. C'est dans cet endroit situé en lisière des étangs dans un environnement relativement hostile, conforme aux exigences de la règle cistercienne, que va s'installer dès l'année suivante une première communauté de moniales dans ce qui va devenir l'abbaye Notre-Dame des Olieux (aujourd'hui appelée abbaye des Monges).
1204 - Les rois Pierre II d'Aragon et Alphonse VIII de Castille se rencontrent à Campillo, non loin de Sarragosse, pour fixer les frontières de leurs royaumes respectifs.
11 novembre 1204 - le roi Pierre II d'Aragon a fait le voyage à Rome pour recevoir sa couronne des mains du pape Innocent III. Il devient, de ce fait, le grand défenseur de la foi catholique mais le fait qu'il reconnaisse la suzeraineté pontificale sur son royaume ne recueille pas l'adhésion de ses sujets.
26 novembre 1204 – resté, jusque-là, passif face aux attaques répétées du pape Innocent III, l’archevêque de Narbonne, Bérenger de Barcelone contre-attaque, accusant l’évêque de Rome de nuire à sa réputation et d’abuser de ses pouvoirs, de taxer d’hérésie les fautes des clercs, même les plus insignifiantes. Il s’en prend aussi au légat Pierre de Castelnau dont il condamne les méthodes, selon lui, irrespectueuses voire indignes. Il s’en prend également à Raoul de Fontfroide qu’il accuse de l’avoir frappé d’anathème uniquement pour l’empêcher d’aller à Rome s’explique directement avec le pape. Cette réaction va porter ses fruits.
27 décembre 1204 – le vicomte Aymeri III reçoit, à Narbonne, un serment de la part de Dalmace de Creissel en l'église du Saint Sauveur en présence de dix témoins dont Arnaldus Amalricus pour le castrum de Fenouillet. S'il s'agit effectivement du moine cistercien Arnaud Amalric, nommé légat, la communauté anthroponymique entre Manrique et son équivalent castillan Amalric laisserait supposer que le religieux pourrait être rattaché à la famille des seigneurs de Narbonne quitte même à être un neveu de la vicomtesse Ermengarde. Théorie fumeuse, faute d'empreinte ADN....
26 février 1205 – première mention des consuls de Narbonne qui remplacent les prud'hommes (probes homines). Ce jour là, quatre consuls de Boug et quatre consuls de Cité soumettent à l'arbitrage de Maître Jacques, chanoine de Narbonne et abbé de Ste Aphrodise à Béziers un différend qui les oppose à l'archevêque Bérenger de Narbonne et au prieur de Sainte Marie de Bourg au sujet des droits que ceux-ci prélèvent sur les salaisons de porc. Il est confirmé aux plaignants que seuls les porcs destinés à la vente sont redevables d'une taxe. L’archevêque et le prieur reçoivent chacun 40 livres tournoi à titre compensatoire.
Juin 1205 – l’archevêque Bérenger de Narbonne est convoqué à Rome par le pape Innocent III afin de s’expliquer sur son hostilité envers les légats et sa passivité face à la montée de l'hérésie dans son archidiocèse. Au même, moment l'évêque de Béziers, Guillaume IV de Corozels est démis de ses fonctions pour trahison après avoir refusé d'excommunier les consuls de sa ville convertis au catharisme. Il est assassiné peu après par un partisan d'Innocent III.
Février 1206 – les légats du pape font élire Foulques dit "de Marseille" (c.1155-1231), évêque de Toulouse. Celui-ci s'est fait connaître lorsqu'il était troubadour du temps où il fréquentait avec succès les cours des comtes de Toulouse et de Barcelone. Mais c'est suite à une histoire d'amour contrariée avec Eudoxie Comnène, l'épouse du seigneur Guilhem VIII de Montpellier, qu'il a décidé en 1195 de prendre l'habit de moine, adoptant la règle cistercienne. Les légats du pape viennent l'extraire de l'abbaye de Thoronet où il s'est retiré, désireux de mettre à profit ses talents oratoires et son sens de la communication pour les aider à lutter contre l'hérésie cathare. La procédure n’a cependant pas été respectée car cette nomination a été consacrée par l’évêque d’Arles alors que ce droit revient à l’archevêque métropolitain de Narbonne. Le pape tente de temporiser.
1206 – Pierre d’Aragon tente de répudier son épouse Marie de Montpellier mais sa demande est finalement refusée par les légats Pierre de Castelnau et Raoul de Fontfroide qui, avec l’évêque de Pampelune Juan de Tarazona, ont été chargés de statuer sur ce divorce.
1206 – le seigneur Pierre-Roger de Mirepoix organise dans sa ville un grand concile cathare qui réunit plus de 600 personnes. Devenu lui-même membre de la communauté, il a reçu deux ans plus tôt le Consolament des mains de l’évêque Guilhabert de Castres après avoir été blessé lors d’un attentat.
Mirepoix est alors une des cités qui abrite une importante communauté cathare. De nombreux seigneurs locaux se sont convertis à la doctrine de telle sorte que l’église catholique a pratiquement disparu de la région.
Mai 1206 – Après avoir été directement entendu par le pape Innocent III, l’archevêque Bérenger de Narbonne obtient gain de cause. Les légats ont désormais l’ordre de laisser le prélât en paix et de ne jamais intervenir sans en avoir, d’abord, référé au pontife.
Juillet 1206 - de retour en Castille après une longue mission diplomatique qui les a conduits au Danemark, les prédicateurs Dominique de Guzman (1170-1221) et Diego de Acebes (?- 1207), évêque d'Osma s'arrêtent à Montpellier où se tient un concile auquel participent notamment les légats pontificaux Pierre de Castelnau, Raoul de Fontfroide et Arnaud Amalric ainsi que l'évêque Bérenger de Narbonne. Ayant repris la route, ils font halte à Servian où une "controverse" est organisée par le seigneur des lieux Etienne de Servian. Il s'agit pour les deux représentants de l'Eglise catholique de faire valoir leurs arguments face aux cathares dont Etienne de Servian est un ardent partisan. Les débats vont durer huit jours, sans vraiment désigner de vainqueur, chacun défendant âprement ses positions.
Décembre 1206 – Dominique de Guzman (1170-1225) et Diego, évêque d’Osma, fondent un monastère féminin à Prouilhe. Les premières religieuses sont d’anciennes cathares revenues à la fois catholique.
Les deux prédicateurs ont entrepris de parcourir le sud de la France pour convaincre les hérétiques de réintégrer le giron de l’Eglise. Ils ont fait vœu de pauvreté et d’humilité, ce qui leur permet d’établir une relation de confiance avec les populations.
Avril 1207 – Pierre de Castelnau excommunie le comte Raymond VI de Toulouse et, fait rarissime, libère ses vassaux de leur serment de fidélité. Il lui reproche son inaction lors de la récente querelle qui vient d’opposer le comte de Provence Alphonse II au comte Forcalquier bien qu’il soit co-suzerain du second.
Pierre de Castelnau sanctionne, par la même occasion, Raymond pour sa complaisance, qu’il juge, coupable, envers les hérétiques, ce qui fait de lui un hérétique. Les griefs sont, de plus, multiples et variés : il viole le Carême, transforme les églises en forteresses, confie des fonctions publiques aux juifs, augmente les péages, et ne veut pas jurer la paix. Le légat du pape se fait, alors, remarquer par sa véhémence, commençant à générer à son encontre, une véritable hostilité lors des débats qu’il mène contre les hérétiques. Le comportement du Comte de Toulouse, se situe, quant à lui, dans la tradition des grands féodaux, entre exactions, violences envers les personnes, usurpations de biens ou pillages.
Avril 1207 - les deux missionnaires castillans Dominique de Guzman et Diego d'Osma sont invités à participer à une "controverse" organisée à Montréal par les seigneur des lieux Aymeri de Roquefort, reconnu tout comme son épouse Blanche de Laurac comme un ardent défenseur de la doctrine cathare. Les légats Pierre de Castelnau et maître Raoul représentent l'Eglise tandis que les cathares sont notamment représentés par Arnaud Oth, Guilhabert de Castres et Benoît de Termes (1160-130), un des fils du seigneur Raimond de Termes. Après quinze jours de débats enflammés, les positions de chacun restent inchangés même si l'on reconnaît que Dominique de Guzman a su marquer les esprits par son éloquence.
Les chevaliers Bernard de Villeneuve et Bernard d'Arzens présidaient le jury chargé de désigner le vainqueur. Parmi les orateurs, Arnaud Oth se distingua, du côté cathare pour la virulence de son argumentaire déclarant notamment que "l'Eglise romaine n'était pas l'épouse du Christ mais celle du Diable et le doctrine des Démons, qu'elle était cette Babylone que Jean dans l'Apocalypse appelle "la mère de fornication et d'abomination ivre du sang des saints et des martyrs de Jésus-Christ...que son institution n'est ni sainte, ni bonne..et que jamais le Christ ni ses apôtres n'ont institué ou défini le rite de la messe tels qu'il se célèbre aujourd'hui",
29 mai 1207 – le pape Innocent III s’emporte, comme à son habitude, contre l’archevêque de Narbonne, Bérenger de Barcelone, constatant que sa province est d’après ses mots "infesté de loups qui ravagent le bercail de Dieu". Il ordonne la déposition du prélât et l’organisation de sa succession. Or, l’archevêque a eu la malice, quelques jours plus tôt, de faire don de l’église St Martin de Limoux au monastère de Prouille fondé par le frère Dominique de Guzman. La déposition est, donc, reportée à plus tard.
9 juillet 1207– Maître Raoul de Fontfroide, théologien et ancien moine cistercien nommé, en 1204, légat en compagnie de Pierre de Castelnau par le pape Innocent III pour lutter contre l'hérésie cathare meurt alors qu'il poursuit inlassablement sa mission de prédicateur.
15 janvier 1208 – Au moment où il s’apprête à franchir le Rhône, le légat du pape Pierre de Castelnau est frappé à mort par un coup de lance qu'on attribue à un officier du comte de Toulouse. L'envoyé du pape vient, tout juste, de prendre le chemin de Rome après l’échec de l’entrevue de Saint Gilles au cours de laquelle il a fait éclater sa colère contre Raymond VI de Toulouse.
Cette rencontre avait pour but d’obtenir, de la part du comte, son engagement à combattre l’hérésie qui ne cessait de progresser sur ses terres, en échange de quoi serait levée l’excommunication dont il était frappé. Pierre de Castelnau reprochait à Raymond VI sa trop grande sollicitude envers les cathares, estimant qu’il devait, pour se racheter, les anéantir par les armes, si nécessaire. Pour le comte de Toulouse, il n’était, en revanche, aucunement question d’aller se battre contre ses propres sujets. Opposant un net refus à l’appel du légat, une violente dispute avait alors éclaté entre les deux hommes.
Cet entretien s’est soldé par un échec. Non seulement, l’excommunication n’a pas été levée mais de nouvelles sanctions risquent de s’abattre sur le comte de Toulouse. C’est, toutefois, l’assassinat de Pierre de Castelnau qui génère la véritable onde de choc. On accuse Raymond VI d’être à l’origine d’un guet-apens, même si rien n’est prouvé. L’assassin est un écuyer à son service, originaire, dit-on de Beaucaire. Celui-ci ne sera, d’ailleurs, jamais condamné mais jouira, au contraire, des faveurs du Comte qui, de son côté, ne cessera jamais de nier son implication. A peine informé, le pape qui entretenait une solide relation de confiance avec son légat s’empresse de lancer un appel à la croisade.
Certains historiens se sont permis de douter de l'implication directe du comte Raymond VI dans l'assassinat de Pierre de Castelnau, estimant qu'il n'aurait jamais osé commettre une telle imprudence étant donné les graves conséquences auxquelles il se saurait exposé. Mais alors qui? On a évoqué le nom de Raymond-Roger Trencavel dont l'ambition aurait été de devenir le nouveau comte de Toulouse mais, le grand gagnant, en fait, ne pouvait qu'être Arnaud Amaury qui, débarrassé de Pierre de Castelnau se retrouvait investi des pleins pouvoirs, n'ayant de comptes à rendre qu'au pape seul tant qu'il ne contreviendrait pas à ses propres intérêts. On parle, à ce propos, d'une certaine Confrérie Blanche aux mains des grands dignitaires cisterciens et qui aurait su concentrer le réel pouvoir de l'Eglise.
10 mars 1208 – Le pape Innocent III prêche la croisade contre les cathares et les nobles occitans qui les protègent. Il adresse une lettre aux archevêques d’Aix, d’Arles, d’Embrun, de Narbonne et de Vienne les enjoignant à excommunier le meurtrier de Pierre de Castelnau et ses complices. Il envoie également une lettre à tous les seigneurs des cinq archidiocèses, les invitant à prendre les armes contre le Comte de Toulouse. Il mobilise jusqu'aux barons d'ile de France en ces termes : "Appliquez-vous à détruire l'hérésie par tous les moyens que Dieu vous inspirera. Quant au Comte de Toulouse, chassez-le, lui et ses complices , des tentes du Seigneur. Dépouillez-les de leurs terres afin que des catholiques y soient substitués aux hérétiques éliminés..."
1208 - le vicomte Aymeri III de Narbonne rompt, semble-t-il son premier mariage avec Guillema de Castelvell. Le couple n'a pas eu d'enfant mais on ne sait pas s'il s'agît d'une rupture ou bien si elle est due au décès de la vicomtesse.
1208 - le pape Innocent III décrète la solution finale à l'encontre des hérétiques, promettant le pire à tous ceux qui refuseraient de les exterminer. Il proclame ainsi "Faites crier les indulgences par toute la terre et jusqu'à Constantinople, que celui qui ne se croisera pas ne boive jamais du vin, qu'il ne mange plus sur une nappe ni soir ni matin, qu'il ne s'habille plus ni de chanvre ni de lin et qu'à sa mort on l'enterre comme un chien.... les hérétiques sont pire que les Sarrasins".
Avril 1208 - le roi Philippe-Auguste déclare que ni lui ni son fils Louis ne prendront la tête d'une croisade dans le Midi alors qu'il doit, au même moment, faire face aux prétentions du roi d'Angleterre et de l'empereur Othon de Brunswick. Il s'en prend à son cousin le comte Raymond VI de Toulouse auquel il reproche de s'être allié avec la couronne d'Angleterre par son mariage avec Jeanne la fille d'Henri II Plantagenet mais surtout la sœur des rois Richard Cœur de Lion, décédé 9 ans plus tôt et de Jean Sans Terre qu'il accuse de protéger les hérétiques, rappelant au passage au pape lui-même que les terres du comte de Toulouse sont sous sa suzeraineté et que celle-ci est inaliénable quel qu'en soient les prétentions. De dépit, Raymond VI tente alors de chercher le soutien d'Othon de Brunswick mais celui-ci n'est pas prêt à s'impliquer dans des territoires éloignés de ses juridictions. Le temps presse désormais pour le Comte de Toulouse. Il attend de son beau-frère le roi d'Angleterre un véritable engagement, au risque de bouleverser les fragiles équilibres géopolitiques qui règnent en Aquitaine. De son côté, Philippe-Auguste, dont le désintérêt pour le Comté de Toulouse est manifeste depuis le début de son règne, répond aux sollicitations du pape en insistant sur le fait que ce n'est pas dans le Midi que se joue le destin de son royaume mais de l'autre côté de la Manche, n'excluant plus d'aller jusqu'en Angleterre combattre le roi Jean Sans Terre.





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