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| La migration des Goths depuis le 1er siècle |
En réponse à l’incapacité de l’empereur Honorius de repousser les barbares, quelques généraux profitent de la situation pour prendre le pouvoir et tenter de ramener l’ordre en Gaule. C'est le cas de Constantin qui, après avoir été proclamé empereur en Bretagne par ses troupes (407), a livré bataille en Gaule contre les envahisseurs germaniques avant de venir au secours de Rome.
Bien que gratifié en retour du titre de co-empereur par Honorius, Constantin se heurte vite à la rébellion de son propre général Gerontius qui soutient Maxime, un nouvel usurpateur venu d’Hispanie. Ce dernier s’empare à Vienne du propre fils de Constantin qu’il fait exécuter. Traqué, Constantin III se réfugie, alors, à Arles où il négocie sa reddition auprès de Constance, général resté fidèle à Honorius, contre l’assurance d’avoir la vie sauve. Faisant fi de sa promesse, Constance le fait cependant décapiter.
Septembre 413 - Le roi Athaulf et ses Wisigoths font leur entrée à Narbonne, ramenant, avec eux, l’usurpateur Jovinus (Jovien). Accusant l'empereur Honorius de s'être montré incapable de maintenir l'ordre dans la Narbonnaise, les propriétaires et les commerçants leur ouvrent, avec bienveillance, les portes de la ville.
D’abord allié à Jovien (Jovinus), un aristocrate gaulois élu en 411 par une partie de l’aristocratie romaine pour ramener le calme en Gaule, alors en proie au désordre provoqué par les invasions barbares, Athaulf s’est retourné contre lui, vexé qu’il ait choisi son frère Sébastianus comme co-empereur. Il met le siège devant Valence où s’est réfugié Jovien. Il s’emparé de lui et le remet au préfet du prétoire Claudius Postumus Dardanus, demeuré fidèle à Honorius, afin qu’il soit exécuté. D’autres nobles captifs subissent le même sort. En contrepartie, l’empereur promet à Athaulf une importante livraison de blé
Les têtes de Sebastianus et Jovinus sont envoyées à
Ravenne pour y être exposées.
Claudius Postumus Dardanus – issu d’un milieu modeste, il accède au patriciat à la suite de ses études. Elevé au grade de questeur, il est nommé préfet du prétoire des Gaules à partir de 402, exerçant d’abord à Trèves puis à Arles et enfin à Narbonne à partir de 412.
Né en 375, Athaulf appartenait à la famille des Balthes, illustre représentante de la noblesse wisigothe. Il avait en premières noces épousé Goisunte la sœur du roi Alaric dont il avait eu six enfants. Homme cultivé resté attaché à l’arianisme, connu aussi pour son élégance, il portait en 409 le titre de Comte des Cavaliers, avec pour charge de protéger la frontière de l’Empire le long du Danube face aux incursions des Huns lorsqu’il fut appelé en Toscane pour rejoindre Alaric. Celui-ci projetait de s’emparer de Rome et il lui fallait composer une armée de fidèles aguerris au combat. En août 410, les troupes wisigothes mettent Rome à sac avec la complicité opportune de Priscus Attale, l’homme de confiance d’Honorius, puis se dirigent vers le sud de l’Italie. Elles emmènent dans leurs bagages Galla Placidia, la fille de l’empereur Théodose dont la garde leur a été confiée par son demi-frère, l’empereur Honorius enfermé dans son palais de Ravenne. Mais alors qu’il se prépare à envahir la Sicile, Alaric meurt subitement de fièvre à Cosenza.
Elu roi à l’unanimité pour lui succéder, Athaulf renonce aux projets d’Alaric et décide de faire remonter son armée en direction de la Gaule, se livrant au passage à des violences et des pillages. Il y arrive en 412 à l’invitation du général Sarus (Sâr), un aristocrate Wisigoth au service d’Honorius qui s’est rangé depuis peu du côté de l’usurpateur Jovinus dans l’espoir que celui-ci remettrait un peu d’ordre en Gaule après les destructions provoquées par les Vandales, les Suèves et les Alains. Athaulf préfère, cependant, s’allier à Constance, général (magister militum) resté fidèle à l’empereur Honorius qui vient d’acquérir ses titres de gloire en triomphant de l’usurpateur Constantin III à Arles.
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| Représentation allégorique du mariage d'Athaulf et de Galla Placidia à Narbonne |
1er janvier 414 – Athaulf épouse en grande pompe Galla Placidia, la fille de l’empereur Théodose. Le mariage est célébré dans la maison du notable romain Ingenuus. Athaulf est vêtu à la romaine et Galla Placidia en impératrice.
Priscus Attalus prononce le discours du mariage et selon
les dires, est chargé de la mise en scène des chants et des danses du spectacle.
Proche de l’empereur Honorius qui l’avait nommé Comte des Largesses, Priscus Attalus avait été chargé par le sénat de négocier avec Alaric lorsque celui-ci menaçait d’assiéger Rome. Mais il s’était, en fait, entendu avec le roi wisigoth qui l’avait élevé au rang d’Auguste, lui proposant même de devenir co-empereur. A la fois très habile et sans scrupule, il était parvenu, un temps, à retrouver les faveurs d’Honorius avant de se ranger à nouveau dans le camp d’Alaric. Devenu persona non grata aux yeux du pouvoir romain, il n’avait dès lors eu d’autre choix que de suivre les Wisigoths dans leurs déplacements aux côtés de Galla Placidia, servant à l’occasion d’intermédiaire.
Honorius est furieux que sa demi-soeur ait épousé Athaulf, qui, tout en étant roi, n'est jamais qu'un barbare indigne de faire partie de la famille impériale. Il décide, en conséquence, de rompre l’accord de livraison de blé consenti quelques mois plus tôt tandis que les Goths eux-mêmes reprochent à Athaulf de trahir ses valeurs essentielles. De cette union va naître un fils Théodose, mort en bas-âge, probablement assassiné par des membres de la noblesse gothe hostiles à Athaulf.
Printemps 414 - Faute de recevoir les rations de blé promises par l’empereur Honorius, les Wisigoths se vengent en s’emparant des villes de Gaule méridionale. Bordeaux et Toulouse sont prises mais Marseille résiste. Constance, prétendant à la main de Gallia Placidia, jaloux d’avoir été éconduit, fait alors bloquer les ports gaulois de Méditerranée, une stratégie qui ne tardera pas à porter ses fruits. En réponse à cette provocation Athaulf élève Priscus-Attalus au rang d’empereur mais la manœuvre reste vaine car, faute de provisions et obligés de piller les populations locales, les Wisigoths acceptent à la fin de l’année de quitter la Narbonnaise pour s’installer dans le nord de l’Hispanie en échange de la promesse d’en chasser les Vandales. Athaulf et Galla Placidia résident désormais dans le palais de Barcelone. C’est là que va mourir leur fils Théodose, inhumé pour la circonstance dans un cercueil d’argent.
En septembre 415, Athaulf est égorgé à Barcelone par Dubius, un Goth de son entourage. Violemment anti-romain, le nouveau roi Sigeric, frère de Sarus fait exécuter les 6 enfants d’Athaulf malgré les protestations de l’évêque aryen Sigesaire, attaché à la cour wisigothe. Sigeric est assassiné après seulement 7 jours de règne au nom de la faide (vendetta germanique). Wallia est élu roi pour lui succéder. Quant à Attale, il finit par être livré à Constance qui l’exile aux Iles Lipari où il mourra dans l’anonymat.
Hilaire, évêque de Narbonne (417-427)
417 – Hilaire, membre de l’élite locale exerçant déjà comme prêtre à Narbonne, est nommé évêque du diocèse. Il envoie une lettre au pape Zozime critiquant les méthodes de Patroclus, l'évêque d’Arles, mais essuie, de sa part, une fin de non-recevoir.
Depuis la venue de Paul au milieu du IIIème siècle, l’évêché de Narbonne était resté étrangement discret, voire inexistant. Alors que les églises de Béziers, Nîmes et Arles, officiellement placées sous l’autorité du métropolitain de la Narbonnaise, s’enorgueillissaient d’un réel dynamisme, à Narbonne même, l’activité religieuse était étrangement confidentielle. On ne peut pas dire, pour autant, que les Narbonnais étaient restés fidèles au culte des dieux romains de l’empereur, tant l’image même de Rome s’était dégradée depuis Antonin. Quant aux cultes païens comme celui de Mithra, de Cybèle ou d’Isis qui s’étaient répandus en Gaule Méridionale, on sait seulement, à la lumière de quelques vestiges archéologiques, qu'ils possédaient quelques adeptes à Narbonne.
En revanche, Arles qui n'avait été, jusque-là qu'une cité cité de second rang, s’était, depuis le début du Vème siècle propulsée au rang de capitale sous l’impulsion de l’usurpateur Constantin III qui y avait établi sa résidence durant son court règne (407-411). Suite à l’invasion de tribus germaniques, elle était aussi devenu le siège de la Préfecture des Gaules à la place de Trèves. C’était donc en toute logique que l’évêque Patroclus, connu pour disposer de quelques bons appuis politiques, était parvenu à grouper sous son autorité métropolitaine les provinces de Gaule méridionale, dont la Narbonnaise. Hilaire, nouvel évêque de Narbonne, ne manquant ni de courage ni d’émotion, se prit de l’envie de redonner à son diocèse l’autorité historique qu’il avait perdu, se plaignant de l’importance prise, selon lui, abusivement par Arles. Après plus de 150 ans de silence, cette demande aurait pu aboutir si le pape Innocent 1er (401- 12 mars 417), qui y était favorable, n’était pas mort dans l’intervalle. Or, son successeur, Zozime (18 mars 417 – 16 décembre 418), élu quelques jours plus tard, s’empressa d’accorder de nouveaux privilèges à l’évêque d’Arles qu’il considérait comme l’Eglise-mère des Gaules, au détriment de Vienne, de Marseille et de Narbonne. Il reprocha même à Hilaire de n’être qu’un ambitieux et un manipulateur, le menaçant d’excommunication au cas où il ne se soumettrait pas. Hilaire se résolut à rentrer dans le rang avant que le nouveau pape Boniface (28 décembre 418- 4 septembre 422) ne change d’avis vis-à-vis des intrigues de Patroclus.
9 février 422 – le pape Boniface répond à un courrier d’Hilaire, évêque de Narbonne, lui apportant son soutien dans le litige qui oppose le clergé et la population de Lodève à Patroclus d’Arles.
Le poste d’évêque était vacant à Lodève depuis fin 421 et profitant de ses privilèges, Patroclus y avait installé un de ses proches. Opposés à cette nomination, les Lodévois avaient alertés le pape Boniface qui, déjà bien renseigné sur les agissements de Patroclus, demanda à Hilaire de se rendre sans tarder à Lodève, lui renouvelant sa confiance et surtout ses prérogatives en qualité de métropolitain de la Narbonnaise.
Bien que désavoué, Patroclus conservera son évêché mais mourra assassiné en 426 avec la complicité du nouveau Maître de la Milice et dit-on de Proculus, l’évêque de Marseille avec qui il avait été régulièrement en conflit.
3 octobre 427 – Rusticus est nommé évêque de Narbonne. Il succède à Hilaire
Né en 394, on le dit fils d'un évêque nommé Bonose sans que l'on puisse identifier ce dernier au prélat de Trèves qui officiait à la fin du Vème siècle. Parti étudier à Rome où il avait croisé St Jérome puis devenu moine à St Lérins en 413, il avait été ordonné prêtre à Marseille par l’évêque Proculus.
431 – Rusticus figure parmi les « Pères » du
Concile d’Ephèse qui condamnent les thèses de Nestorius sur la nature de la Vierge Marie.
435 – Après avoir échoué par deux fois à s’emparer
d’Arles, Théodoric 1er, roi des Wisigothe met le siège devant
Narbonne, en vain
436 – Encouragé par les désordres provoqués par les
Bagaudes, les Burgondes et la révolte des Armoricains, Théodoric Ier assiège
une nouvelle fois Narbonne. Il parvient à s’en emparer, la pille et s’y
installe
Litorius poursuivit Theodoric jusqu’à Toulouse à la tête de ses cavaliers mais échoua devant les murs de la ville. Fait prisonnier, il fut exécuté peu après. Reconnu pour sa bravoure, il reste toutefois un chef très controversé du fait d’être résolument resté païen et d’avoir persisté à sacrificier aux dieux anciens.
Theodoric 1er ( c. 390 -451) Elu roi des Wisigoths depuis 418, il a succédé à Wallia et confirmé Toulouse comme capitale de son royaume. Il était lié à Alaric 1er par son premier mariage avec sa fille Pédauque dont il avait eu deux fils Thorismond et Théodoric puis à son prédécesseur Wallia par son second mariage avec la fille de celui-ci Flavia Valiana dont il avait eu un fils, Euric. Ses trois fils seront tour à tour rois des Wisigoths
Il chercha à s’émanciper du statut de fédéré qui le liait à l’Empire romain au nom du principe de « l’hospitalité » en éditant notamment un code dans lequel il reprenait les usages et coutumes du peuple Wisigoth destiné à fixer leur identité mais dans un contexte plus large à unir au sein d’un même projet les populations vivant dans son royaume, celtes, romains, goths mais aussi chrétiens.
Il se trouvera souvent en compétition avec les troupes romaines, tantôt alliés, tantôt adversaires, motivé par l’ambition d’accroître les limites de son royaume. Echouant devant Arles puis chassé de Narbonne, il recevra du préfet du prétoire la Novempopulanie en échange de ses services. Soucieux d’instaurer une véritable lignée dynastie, il sera, toutefois moins heureux avec les mariages de ses filles. La première épousera le roi vandale Huneric avant qu’il ne s’en débarrasse au profit d’un meilleur parti, la mutilant sauvagement au passage. La seconde, mariée au roi Suève Réchiaire, ne connaîtra que les pillages et les ravages de son époux sur les terres mêmes de son père.
En 451, Théodoric et ses fils joignent leur armée à celles du général romain Aetius et des Francs pour aller combattre Attila, profitant de l’occasion pour se venger des Vandales et de l’horreur qu’ils ont fait subir à sa fille (ils lui avaient coupé le nez et les oreilles) qu’ils soupçonnent d’avoir secrètement pactisé avec les Huns. Théodoric est tué dans la mêlée au cours de la bataille des Champs Catalauniques.
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| Les Wisigoths (illustration) |
Flavien Merobaude, un fidèle d’Aetius, raconte comment il a appris la nouvelle alors qu’il se trouvait en IIlyrie « … j’ai rencontré quelqu’un qui rapportait qu’il avait assisté à tes récents exploits. "L’ensemble des forces gothiques, disait-il, avaient fait une sortie avec leur roi pour ravager la Romanité. Dès que le général l’apprit…" Et je n’ai pas attendu qu’il ajoutât : "Il s’avança, livra combat." C’est que je ne doutais pas de cette action de ta part, mais je lui demandai sur-le-champ où, comment et combien tu en avais mis en déroute. Alors lui : "Au mont, dit-il, que l’antiquité a nommé Colubrarius dans une sorte de prémonition (là en effet ont maintenant été terrassés des serpents qui empoisonnaient l’État), il livra à l’improviste, comme souvent, la plus grande partie de l’ennemi au carnage et, après avoir mis en déroute les troupes d’infanterie, qui étaient les plus nombreuses, et poursuivi lui-même les escadrons dans leur débandade, il écrasa avec vigueur la résistance, avec vivacité les fuyards." »
441 – la cathédrale de Narbonne (emplacement de l’actuelle cour de La Madeleine) est détruite par un incendie (peut-être basilique St Saturnin et St Marcel)
18 novembre 444 – pose de la première pierre de la nouvelle
cathédrale de la Major à Narbonne sous l’égide de Rusticus, évêque de Narbonne
et de Marcellus, préfet des Gaules
29 novembre 445 – Rusticus inaugure la cathédrale de
Narbonne dédiée à St Genès d'Arles (inscription gravée).
C’est incontestablement sous son mandat que la ville change de physionomie. Les grands monuments à commencer par le capitole sont démantelés. Les matériaux sont réemployés dans la construction des nouveaux édifices religieux mais aussi dans la réfection des digues à un moment où l’activité portuaire connaît un nouvel essor. Ces opérations s'avèrent, aussi, très coûteuses, obligeant Rusticus à solliciter des concours financiers bien au-delà de son diocèse. Hormis de riches particuliers, quelques évêques dont Venerius, celui de Marseille apportent leur contribution jusqu'au préfet des Gaules Marcellus qui offrira 2000 sous d'or pour le paiement des ouvriers.
451 – Thorismond, fils aîné de Théodoric 1er devient roi de Wisigoths à la mort de son père, tué à la Bataille des Champs Catalauniques en combattant les Huns.
Thorismond ( ? -453) – contrairement aux autres membres de sa famille, il n’a pas reçu l’enseignement d’un précepteur latin, restant, selon la volonté de son père, porteur de la culture visigothe. Résolument attaché à la vie militaire, il va poursuivre jusque dans la Vallée du Rhône les restes de l’armée d’Attila et de ses alliés Alains. Devenus méfiants, les Romains le dissuadent de s’emparer d’Arles tandis que du côté de sa famille, on commence à déplorer son peu d’empressement à s’intéresser aux affaires du royaume. De retour à Toulouse, malade, il est assassiné par un de ses proches après qu’il l’ait informé d’un complot contre lui. Les choses sont allées très vite. Les comploteurs ne seront jamais démasqués mais on soupçonnera ses frères.
455 -56 – Rusticus fait construire à Narbonne une chapelle dédiée à St Félix de Gérone (du nom de la ville où celui-ci a subi le martyre). Cette chapelle sera démolie au cours du XVIIème siècle.
457 – Rusticus fait édifier une église à Minerve (linteau
en marbre sculpté porte l’inscription)
26 novembre 461 – mort de Rusticus. Epuisé par le poids de la fonction et les problèmes soulevés par l’accueil des réfugiés chrétiens venus d’Afrique du Nord pour fuir les persécutions des Vandales, il avait manifesté son désir de se retirer de la vie ecclésiastique mais le pape Léon 1er (29 septembre 440- 10 novembre 461) s’y était opposé.
Rusticus avait, entre temps, nommé Hermès, son archidiacre, évêque de Béziers, le siège étant devenu vacant, mais comme les Biterrois n’en avaient pas voulu, il l’avait fait revenir à Narbonne avant qu’il ne soit choisi comme évêque pour lui succéder.
Considérant cette nomination comme une usurpation, Frédéric, le frère du roi des Wisigoths, alerta le pape. Se voulant les « champions de la discipline ecclésiastique », les nouveaux maîtres du pays voulaient de la sorte montrer au clergé narbonnais qu’ils n’appréciaient guère son attitude méprisante et sa façon de conserver dans ses décisions une forme d’entre-soi qui n’était plus de mise.
3 octobre 462 – faisant suite aux recommandations de
plusieurs évêque gaulois, le pape Hilaire (19 novembre 461 – 29 février 468) accepte
de nommer Hermès évêque de Narbonne tout en lui refusant toute autorité de
métropolitain, attribuant celle-ci au doyen d’âge de la province, en la
circonstance l’évêque d’Uzès.
Le pape reconnaissait qu’il avait accordé trop de foi aux arguments fallacieux des Biterrois et qu’Hermès était, en fait, irréprochable. Alors évêque de Béziers, Hermès avait été proposé au pape Hilaire par Rusticus pour lui succéder ce que celui-ci avait alors refusé, estimant ce choix entaché d’irrégularité.
3 décembre 462 – le pape Hilaire confirme dans une lettre
que la perte des droits de métropolitain ne concerne que l’évêque Hermès et que
le prochain évêque de Narbonne les recouvrera dans leur intégralité. On ne
connaîtra jamais la vérité sur l'objet du litige ni même le nom de son successeur
462 – le général romain Agrippinus,
gouverneur de la Narbonnaise cède Narbonne à Théodoric II, roi des Wisigoths.
Agrippinus ( 410 – 463) – d’origine nobiliaire, il aurait épousé Fredémonde, une fille de la famille royale franque ou un certaine Engeltrude d’Orléans. Maître de la Milice, il fut accusé en 456 de déloyauté par son successeur Aegidus et envoyé à Rome pour y être jugé. Condamné à mort, il parvint à s'échapper de la prison et se réfugia dans l'église Saint Pierre. Finalement blanchi par le nouvel empereur Libius Severus, il put retourner en Gaule "avec tous les honneurs". Cest lui qui fut chargé de céder la Narbonnaise aux Wisigoths, en échange de leur participation dans lutte qui s'engageait contre Aegidus, maître du Royaume dissident de Soissons.
Selon la décision de l’empereur Libius Severus, ou plutôt
de Ricimer, le véritable Maître des Horloges, non seulement la ville mais aussi
toute la Narbonnaise passent sous domination wisigothe en remerciement de l’appui
militaire que lui fournit Théodoric dans le combat qu’il vient d’engager contre
le général Aegidius qui, soutenu par les Francs de Childéric 1er ,vient
de proclamer l’indépendance de la Gaule du nord.
Ricimer (405-478), élevé en 466 au grade de magister militum (maître de la milice), par l’empereur Avitus contre lequel il se retourne aussitôt, il va devenir, durant 16 ans, le véritable maître de l’Italie, se comportant tantôt en ardent défenseur de l’unité de l’Empire Romain et tantôt en aventurier sanguinaire. Dans le contexte géopolitique des plus complexes qui régnait alors, Ricimer disposait d’un certain nombre d’atouts, étant par son père petit fils du roi suève Rechila et par sa mère petit fils du roi wisigoth Wallia. En véritable « faiseur de rois », il préféra exercer le pouvoir dans l’ombre d’empereurs fantoches (Majorien, Libius Severus, Anthémius… Olybrius …) totalement à sa merci. Il mourra d’une hémorragie à l’automne 472 après avoir organisé une dernière fois le sac de Rome et dévalué de façon définitive la fonction impériale.
Théodoric II ( ? – 466) – fils de Théodoric 1er et de Pédauque, petit-fils d’Alaric 1er, il est élu roi à la mort de son frère aîné Thorismond, assassiné suite à un complot auquel il est soupçonné d’avoir participé. Contrairement à son prédécesseur, Théodoric a bénéficié dans sa jeunesse de l’enseignement d’Avitus, un noble arverne qui l’a initié à la culture latine, tant littéraire que politique. Il devient vite, pour ce qui reste encore de l’Empire Romain, un interlocuteur incontournable dans la guerre qu’il mène contre les Vandales et les Suèves, selon lui de simples pillards « sans foi ni loi » venus de Germanie, la terre des barbares pour lesquels il n’a que du mépris. Sauf que son alliance avec les Romains qui assistent en direct à l’effondrement de leur Empire, lui offre l’opportunité de conduire pour son propre compte une politique d’expansion territoriale qui passera d’abord par la Gaule Narbonnaise (Septimanie), puis par la péninsule ibérique avec l’anéantissement de l’éphémère royaume Suève. Il va cependant échouer à conquérir les Pays de Loire solidement tenus par le maitre de la milice Aegidius. L’édit qu’il promulgue vers 460, connu sous le nom d’Edit de Théodoric, modifie celui de son père dans le sens qu’il établit une distinction entre la classe des Wisigoths et celle des Romains, ainsi qu’entre le groupe des libres et des non-libres.
Jugé à la fois trop romanisé et trop peu impliqué dans la défense de l’arianisme, cette variante du christianisme dans laquelle se reconnaissent les Wisigoths mais que les catholiques condamnent comme une hérésie, Théodoric meurt égorgé par son demi-frère Euric en 466.
L’arianisme – si l’on replace les diverses interprétations de la doctrine chrétienne dans leur contexte, il est aisé de comprendre que la question du croisement de l’humain et du divin qui en constitue l’assise, allait nécessairement faire l’objet de terribles controverses. Le polythéisme antique, tolérant par principe, avait construit des mythologies mettant en scène des dieux semblables en tous points aux hommes à l’exception du fait qu’ils étaient immortels. En revanche, les hommes, du fait qu’ils étaient mortels, n’intéressaient que très peu les dieux. Or, voilà qu’un individu du nom de Paul, un officier d’origine juive réputé pour son zèle à pourchasser les chrétiens fut jeté de son cheval, au moment où il se rendait à Damas, soudain pétrifié en entendant une voix de l’au-delà l'interroger sur le sens de sa mission. Convaincu que c’était le Christ en personne qui l’avait interpelé, il s’est fait le missionnaire de cette nouvelle religion qui tirait son essence du judaïsme dont il était lui-même issu mais qui venait aussi questionner, de plein fouet, la culture hellénique qui était aussi la sienne en proclamant que l’humain et le divin venaient de se croiser en la personne de Jésus. En tant que fils de Dieu venu sur terre pour sauver l’humanité, mort puis ressuscité, il est parti rejoindre dans les nuées le Père fusionnel avec lequel il n’a jamais fait qu’un. Et grâce au Saint Esprit, les deux devenus trois n'ont plus fait qu’un. Pour un homme averti du 21ème siècle, la mayonnaise ne risquerait pas de prendre (et encore, quand on pense que certaines se mettent à croire que la terre ressemble à un disque vinyl) mais pour un homme du IVème siècle, familier des mystères divinatoires et des rituels de tous ordres, nourri aux exotismes de la pensée qui avaient envahi le bassin méditerranéen depuis que, dans son hégémonisme, l’empire romain y avait brassé toute une mosaïque de peuples, jusque-là indifférents les uns aux autres, les controverses revêtaient un caractère ordinaire. L’essor du christianisme ne put donc empêcher, au début du IVème siècle, la diffusion de la doctrine élaborée par le prêtre Arius, un théologien basé à Alexandrie, qui établissait que, bien que semblable au père, le fils lui était soumis sans être pour autant son incarnation. Cette interprétation fut condamnée par le Concile de Nicée qui imposa le concept (par ailleurs tout aussi contestable) selon lequel le fils est de même nature que le père et qu’ils sont en fait tous deux la seule et même personne. Craignant la propagation de cette variante du christianisme, le concile de Constantinople qui s’était tenu en 381 avait condamné à mort quiconque posséderait un livre du moine Arius. Or, les Goths dans leur ensemble s’étant convertis à l’arianisme, la question de la nature réelle du Christ allait nourrir les querelles doctrinales les plus farouches entre les tenants de la romanité que représentait le catholicisme trinitaire et ceux qu’ils considéraient avec mépris comme les Barbares. Une fois installés dans le sud -ouest de la Gaule, les Wisigoths souhaitèrent que l’arianisme constituât la part fondamentale de leur identité dans le but d’asseoir leur propre autorité, une approche, en fait, trop minoritaire pour résister longtemps à la prétention œcuménique de l’Eglise de Rome.
465 – de passage à Narbonne, Sidoine Apollinaire écrit « salut Narbonne, riche de santé, belle à voir dans ta ville et ta campagne, avec tes murailles, tes citoyens, ton enceinte, tes boutiques, tes portes, tes portiques, ton forum, ton théâtre, tes sanctuaires, ton capitole, tes bourses, tes thermes, tes arcs, tes greniers, tes marchés, tes espaces verts, tes fontaines, tes îles, tes salines, tes étangs, ton fleuve, tes marchandises, ton pont, ta haute mer ; tu es la seule qui puisse à juste titre vénérer comme tes dieux Bacchus, Cérès, Palès, Minerve, grâce à tes épis, tes vignes, tes pâturages, tes pressoirs à olive… »
Il avait été l’hôte des Consentii, une famille des plus
influentes de Narbonne et l’on peut imaginer que l’accueil qu’il avait reçu
avait largement contribué à l’impression que lui avait laissé la ville. Sa description
pour le moins emphatique montre à quel point la cité de Narbonne continuait de rayonner
malgré les troubles qui agitaient la région depuis des décennies. On constate
surtout que la ville avait su résister aux épreuves, bien protégée par ses
murailles et que malgré la dégradation de ses ressources et l’affaiblissement
de ses activités portuaires, ses monuments conservaient encore fière allure.
Sidoine Apollinaire (Lyon 430 – Clermont 486) – issu de la noblesse gallo-romaine, il se fit très vite reconnaître par son aptitude à la poésie, s’imposant bientôt comme un des auteurs les plus fameux de sa génération. Il épousa, en 452, Papianilla, la fille du sénateur Avitus, s’alliant de la sorte à une des plus puissantes familles arvernes. Devenu empereur en 456 grâce à l’appui du parti wisigoth, Avitus allait cependant très vite se heurter à la coalition menée par Ricimer et Majorien, un autre prétendant au trône. Battu, Avitus périt au cours de sa fuite mais Sidoine parvint à trouver grâce auprès du nouvel empereur Majorien qui appréciait son talent, avant que Ricimer ne le fasse lui-même assassiner. Sidoine Apollinaire préféra alors se consacrer à l’écriture, ne fréquentant qu’à l’occasion la cour de Théodoric II. Il eut toutefois l’opportunité de revenir à la vie publique en étant appelé en 470 à occuper le poste d’évêque de Clermont, une charge rapidement encombrante lorsqu’il lui fallut à deux reprises s’opposer aux troupes du roi Wisigoth Euric, très hostile au pouvoir romain. Emprisonné durant deux ans, il ne recouvrira la liberté qu’en adressant à contre-cœur les louanges à Euric. Il mourra en 486, retiré depuis longtemps des rudesses de la vie politique.
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| Plan de Narbonne au Vème siècle |








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