lundi 19 août 2024

Les débuts du christianisme (IIIème - IVème siècles)

 

Sarcophage de l'Orante
sarcophage paléochrétien en marbre blanc (IVème siècle) orné de scènes sculptée en haut-relief représentant au centre une orante les mains ouvertes entourée de diverses scènes bibliques
        (Narbonne - Musée Narbo Via)

Au début du IIIème siècle, Narbonne ,est selon l’historien C. Jullian « la plus marchande, la plus pittoresque, la plus plébéienne, la plus bruyante et la plus turbulente »

c. 200 – on estime à environ 35 000 habitants la population de Narbonne

205L. Cestius Gallus Gerrinus Iustus Lutatius Natalis, proconsul de Narbonnaise (il avait commencé sa carrière en 165 sous l’empereur Marc-Aurèle) nommé à Rome Préfet du Trésor de Saturne à la fin de son mandat

211 -217  - Caracalla, empereur

M. Clodius Pupienus Maximus, proconsul de Narbonnaise

216 – 217 - Tiberius Clodius Paulinus, proconsul de Narbonnaise. Il sera nommé légat impérial en Bretagne Inférieure à la suite de son mandat.

218 -222 - Heliogabale empereur

222C. Aemilianus Berenicianus Maximus proconsul de Narbonnaise. Précédemment légat de la province d’Asie, il devient consul dès la fin de son mandat de proconsul

L'Empire Romain va bientôt traverser une période de crise dont les effets ne commenceront à se dissiper que sous l'administration de l'empereur Aurélien (270-275). Le coût militaire que représente la menace barbare n'a de cesse d'accroître la pression fiscale avec pour effet de freiner l'activité commerciale tandis qu'en raison de l’incurie administrative, les édifices publics ne sont plus entretenus. La crise culminera vers 260. Aux frontières orientales, les Perses mettent à mal les légions romaines alors qu’en Europe centrale, pressées par les Huns sur les rives du Danube, de nombreuses tribus germaniques tentent de percer le limes, cette ligne de fortifications qui protège les frontières de l'Empire sur plusieurs centaines de kilomètres. Les Alamans, les Sarmates, les Quades, les Goths envahissent la Dacie, la Mésie, la Pannonie. Dans ce contexte, les empereurs qui se succèdent viennent tous de l’armée, élevés à la fonction suprême par leurs propres légions. Ils s’épuisent aux frontières autant que dans des luttes  fratricides face à des usurpateurs souvent issus des leurs propres rangs, avec pour inéluctable destin une mort violente et souvent rapide. Citons simplement Maximin le Thrace (235-238), Maxime Pupien et Balbin (238), Gordien III (238-244), Philippe l’Arabe (244-249), Dèce (249-251) Trébonien Galle ( 251-253), Emilien (253) puis Valérien (253-260).

Trop éloignée de l'axe rhodanien qui constitue désormais la voie privilégiée par où transite la majeure partie des échanges commerciaux entre le Sud et le Nord,  Narbonne fait perdre sa place de métropole au profit de villes stratégiquement mieux placées comme. Nîmes, Arles, Vienne, Lyon, mais aussi Trèves qui deviendront bientôt les capitales administratives.

Malgré un ralentissement de son activité portuaire dû notamment à la fermeture de plusieurs mines de la Montagne Noire et des Corbières, Narbonne attire encore de nombreux étrangers, offrant, comme c’est généralement le cas dans les sociétés polythéistes, le loisir à chacun d’honorer ses dieux. La ville apparaît, toutefois, plutôt conservatrice dans sa pratique religieuse, fidèle aux prescriptions d’Auguste et aux fêtes qui rythment les hommages et les sacrifices rendus à l’empereur divinisé et à la triade capitoline composée de Jupiter, Junon et Minerve. 

Autre culte populaire autant que spectaculaire, celui rendu à la Mère des Dieux (Magna Mater), Cybèle. Présents dans la région, ses adeptes possèdent leur propre temple au cœur de Narbonne (près de la Place de l'Hôtel-de Ville). Bruyantes, leurs fêtes déplacent la foule et c'est sans conteste le rite aussi étrange qu'emblématique du taurobole au cours duquel on  sacrifie un taureau dans un vacarme de flûtes, de tambourins et de cymbales qui fait leur renommée. Même si l’on ne peut savoir de façon précise à partir de quand le christianisme s’est implanté à Narbonne, on ne peut imaginer que la ville n’ait pas été fréquentée par des chrétiens transitant de Rome ou d’Espagne. Une légende raconte que l’apôtre Paul aurait projeté de s’arrêter à Narbonne lors du voyage qu’il devait effectuer en Méditerranée. Force est de reconnaître, cependant, qu’aucune communauté chrétienne n’est véritablement structurée. 

 Dèce (201-251), de son nom complet
Imperator Caesar Caius Messius Quintus Traianaus Decius Augustus.
Issu d'une riche famille d'Illyrie, il poursuit une carrière sénatoriale ordinaire avant de devenir général et d'être proclamé empereur par ses troupes.
 Il n'aura de cesse dès lors d'exalter le passé de l'Empire comme il était sous Auguste et Trajan, s'en prenant avec violence aux chrétiens qui refuseraient de se soumettre au culte impérial. Contraint de partir en hâte combattre les Goths dans la lointaine plaine de la Dobroudja, il périt dans une embuscade avec le gros de son armée en juin 251, moins de deux ans à peine après avoir revêtu la pourpre impériale. 
Les bustes le représentant, toujours expressifs évoquent étrangement un homme vieillissant,
fatigué et tourmenté. 

Paul, premier évêque de Narbonne

20 janvier 250 le pape Fabien meurt à Rome dans la cellule où l’empereur Dèce l’a fait emprisonner, prélude à une vague de persécutions qui va s'abattre sur les chrétiens. Elevé à la dignité impériale par les légions dont il a le commandement, Dèce a pour ambition de faire renaître les temps glorieux d’Auguste et de Trajan. Il impose notamment à chacun de sacrifier aux dieux romains en échange de certificats comme gage de loyauté. Les chrétiens qui refusent de céder à ce qu’ils considèrent comme du chantage sont livrés à la vindicte et risquent la torture . 

Alexandre Sévère (222-235) et Philippe l’Arabe (244-249), les deux empereurs précédents, ont bien fait preuve d’une réelle tolérance voire même d'une sympathie à leur égard, mais les populations se sentent peu à l’aise avec cette communauté qu’elles jugent élitiste voire méprisante à l’égard des us et coutumes traditionnels. On n’aime, en fait, d'autant moins les chrétiens qu'ils agissent de plus en plus en prosélytes, délivrant une approche spirituelle à la fois critique et culpabilisante. Les persécutions vont, cependant, essentiellement concerner la ville de Rome sans exclure, pour autant, des exactions de moindre ampleur commises dans d’autres villes de l’Empire.

La tradition voudrait que ce soit le pape Fabien qui ait envoyé en Gaule 7 évêques dans des villes stratégiques avec pour mission d’y établir des communautés durables. C’est ce qu’écrit Grégoire de Tours à la fin du VIème siècle dans sa célèbre Histoire des Francs mais la datation pose problème. On évoque souvent l’année 250 mais Fabien décède au mois de janvier de cette même année, en prison. et, qui plus est, la chasse aux chrétiens que Dèce a déclenché à Rome laisse le trône apostolique vacant pendant plus d’un an. Corneille, qui succède à Fabien, n'est élu évêque de Rome qu'en mars 251 et se heurte immédiatement à Novatien, un prêtre qui a assuré la vacance depuis la mort de Fabien et se voyait déjà investi du titre d’évêque de Rome. 

L'élection de Corneille n'est officiellement validée en synode qu'au cours de l'automne dans un climat qui reste chaotique. Il est, en effet, déporté à la fin de l’année suivante sur ordre du nouvel empereur Trébonien Galle qui poursuit la politique de persécutions inaugurée par Dèce. Il semble, là encore, que l’envoi en Gaule simultané de 7 évêques reste à l’état d’hypothèse même si, durant les quelques mois de l’année 252 au cours desquels il a pu, sereinement, exercer son office, Corneille a entrepris de ressouder la communauté chrétienne en pardonnant aux lapsi, entendons ceux qui avaient eu la faiblesse d’abjurer leur religion par crainte des représailles.

Paul aurait donc pu être envoyé en 252 dans la Narbonnaise en qualité d’Apôtre des Gaules par le pape Corneille pour réévangéliser la région après les persécutions de Dèce. Reste à savoir ce qu'avait réellement représenté l'évangélisation avant sa venue, sachant qu'on ne mentionne, à la même époque, pas de violences ciblées envers les chrétiens et qu'il faudra l'année 257 et l'édit de l'empereur Valérien pour que la peine de mort devienne systématique envers tous ceux qui refuseraient de sacrifier aux dieux romains, à commencer par les chrétiens. 

Les sources 

Plusieurs traditions s'entremêlent mais aucune n'est vraiment crédible si l'on respecte logiquement la chronologie. A la fin du 5ème siècle, notamment, lorsque le diocèse de Tarragone demanda à être séparé de l’archidiocèse de Narbonne, on exhuma un récit selon lequel Paul de Narbonne aurait, en fait, été le Paulus Sergius, proconsul de Chypre cité dans les Actes des Apôtres (13, 7-12) qui aurait accueilli les apôtres Paul et Barnabé. On n'est jamais à une légende près surtout lorsqu'il s'agît de défendre ses intérêts.

C'est le poète espagnol Prudence (348-405) qui, le premier, à la fin du IVème siècle mentionne l’évêque Paul de Narbonne. Dans son traité De Mysterio Sanctae Trinitae, l'évêque d’Arles Césaire (c.470-542) considère Paul comme le fondateur de l’église de Narbonne. A la fin du VIème siècle, Grégoire de Tours (538-594) cite Saint Paul comme le premier évêque de Narbonne, le rattachant à une mission en Gaule de sept évêques, organisée par le pape. Venant de Rome, il a certainement emprunté la Via Julia Augusta jusqu'à Arles puis la Via Domitia, s'arrêtant à Béziers dont il aurait d'abord été évêque et y acquérir une solide renommée au point qu'une délégation de Narbonnais lui aurait rendu visite pour le convaincre de s'installer dans leur ville. Il aurait alors ordonné Aphrodise pour le remplacer à Béziers.  

Paul passa dès lors le reste de sa vie à Narbonne dans un environnement que l'on dit, souvent hostile et parfois même très violent à son égard. Il fut, à sa mort inhumé dans le tombeau qu'il avait fait bâtir au lieu-dit Ad Albolas, le long de la Via Domitia. Celui-ci deviendra rapidement un lieu de pélerinage. Plusieurs sanctuaires y seront successivement bâtis jusqu'à la construction de l'actuelle basilique St Paul-Serge. La Vita Sancti Pauli, écrite au VIIIème, constitue la source de référence m)-)-ais cette biographie se rattache surtout  au type de récit hagiographique destiné à servir la propagande de l'Eglise.

A partir de 275

- remise en état du rempart primitif du Haut Empire. L’enceinte englobe une superficie d'environ 25 hectares.

Le rempart du IIIème siècle (en rouge)

S'agissait-il vraiment d'une remise en état comme l'évoque certaines sources postérieures ou bien,  plutôt, de la construction des tout premiers remparts. Les villes de Gaule qui avaient prospéré du temps de la "pax romana" n'avaient, jusque-là, jamais jugé utile de s'entourer de remparts. Mais les temps ont changé et les peuples germaniques longtemps tenus en respect au-delà du limes qui protège l'Empire,  sont entrés en Italie, Les incursions de plus en plus fréquentes des Alamans, peuple germanique installé sur les bords du Rhin provoquent, à travers toute la Gaule, un sentiment d'insécurité auquel nul n'est habitué.

 Dans les années 268-69, les Alamans envahissent le nord de l'Italie jusqu'à la plaine du Pô puis se dirigent vers la Gaule où ils descendent la vallée du Rhône. Ils sont repoussés par les légions de l'empereur Claude le Gothique (268-270) mais la menace qui s'est installée oblige les autorités à prendre des dispositions radicales pour sécuriser les villes. Rome, la première, est entourée de remparts sur décision de l'empereur Aurélien (270-275). C'est précisément à la même époque que la ville de Narbonne se pourvoit d'une enceinte, anticipant la menace d'une invasion germanique alors que la région n'a encore jamais eu à en souffrir. La ville s'enferme, alors, dans un périmètre très réduit. On est en droit de supposer qu'elle ait cédé à un mouvement de panique car on démantèle à la hâte les édifices situés à l'extérieur de la nouvelle enceinte pour en faire de véritables "carrières de pierre" destinées à la construction du nouveau mur. L'amphithéatre, des sanctuaires, voire des monuments funéraires, disparaissent ainsi, sans que l'on soucie de leur contenu artistique.   

Dioclétien (empereur 284-305)
Caius Aurelianus Valerianus Diocletianus.
Proclamé empereur par ses soldats, il parvient à mettre fin à l'anarchie militaire qui règne depuis près de 30 ans. Conscient de l'impossibilité de maintenir seul la cohésion du territoire romain, face à la pression barbare, il divise l'empire  en quatre entités gouvernées par 2 co-empereurs et 2 César (la Tétrarchie). La réorganisation administrative consacre, cependant, la mise au second plan  de la ville de Narbonne, 
 dépossédée de son rôle de capitale provinciale.

303 – l’empereur Dioclétien réorganise les provinces de Gaule afin de limiter le pouvoir des gouverneurs. La Narbonnaise est divisée en deux, Narbonne devenant la capitale de la Narbonnaise Première. La réforme administrative ne s'arrête pas là puisque les deux Narbonnaises qui jouissaient jusque là d'un statut distinct par rapport aux autres provinces de la Gaule, sont intégrés au diocèse de Vienne, une nouvelle structure administrative (Diocèse des Cinq Provinces) qui regroupe aussi l'Aquitaine, la Viennoise et les Alpes Maritimes dont le chef-lieu est Bordeaux (Burdigala). Ce diocèse dépend lui-même du prêtoire des Gaules dont la préfecture est à Trèves, résidence du César d'Occident (Maximien) dans le cadre de la tétrarchie impériale instituée par Dioclétien

359 Gavidius, présent au concile de Rimini organisé à la demande de l'empereur Constance II, est cité comme pouvant être l’évêque de Narbonne, selon la chronique de Sulpice-Sévère (363-410 ou 429), connu pour sa Vita Sancti Martini (Vie de St Martin) qui séjourna quelque temps à Carcassonne et à) Béziers.

c. 380 – construction de la basilique du Clos de la Lombarde

La basilique du Clos de La Lombarde
(fin Vème siècle)

Aménagé au 1er siècle, le site était à l'époque occupé par deux somptueuses villas bâties dans le style de Pompeï, des ateliers artisanaux et des Thermes. Abandonnés au cours du IIIème au moment où la cité s'entoure de remparts, les bâtiments restants semblent avoir abrité un culte païen comme l'atteste la découverte d'un autel dédié à la déesse Isis. Construite selon un plan inspiré des édifices de Syrie, la basilique datée de la fin du Vème siècle mesurait 27 m sur 12,7 m.

Elle possédait 3 nefs terminé par un choeur surélevé d'1 mètre donnant sur une abside. Une fosse aménagée dans la crypte située sous le choeur  devait servir de fonts baptismaux. Sous le pavement de la nef ont été découverts une cinquantaine de sarcophage de pierre en calcaire de Ste Lucie (Gruissan), quelques tombes creusée en pleine terre et des corps d'enfants placés dans des amphores. 



Ausonede son vrai nom, Decimus Magnus Ausonius (c. 310- c. 394) consul en 379

Ausone, poète et magistrat originaire de Burdigala (Bordeaux) :  il fut appelé en 364 par l'empereur Valentinien 1er pour devenir le précepteur de son fils Gratien, appelé lui aussi à devenir empereur. Nommé préfet du prétoire des Gaules en 377, consul en 379 puis proconsul d'Asie, il mit un terme à sa carrière lorsque la capitale fut transférée de Trèves à Milan. De retour à Bordeaux, il paracheva ses derniers ouvrages parmi lesquels ses descriptions des villes célèbres qu'il avait visitées. De Narbonne, il écrit : 

« Sur toi non plus, je ne me tairai pas. Tu donnas ton nom à une Province qui, jadis, s’étendit sur un immense territoire et imposa ses lois à une multitude d’habitants… Première latine de nom parmi les Gaules, tu dressas les faisceaux d’un proconsul latin. Qui rappellera tes ports, tes collines, tes étangs ? Tes peuples divers, si différents de costume et de langage ? Et ton ancien temple en marbre de Paros, d’une telle masse qu’il aurait eu l’estime de Tarquin, de Catulus et enfin du César qui éleva les toits dorés du Capitole ? C’est à toi que les mers de l’Orient et celles de l’Espagne versent leurs marchandises et leurs trésors ; c’est pour toi que voguent les navires sur les eaux de la Libye et de la Sicile. Et tous les navires chargés qui parcourent en tous sens les fleuves et les mers, tout ce qui navigue dans l’univers entier vient aborder à tes rives. »

392 - Irénée est cité comme évêque de Narbonne 

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