52 av. JC – Narbonne est sous la menace du chef Cadurque
Luctère (Lucterios), rallié à Vercingétorix depuis que celui-ci a pris la tête de l’insurrection gauloise. César part pour Narbonne où
il rassure les habitants effrayés. Il organise la défense de la ville et de la
région en établissant des postes chez les Rutènes de la province, mais
aussi chez les Volques Arécomiques et les Tectosages. Luctère
préfère rebrousser chemin.
Selon César : « Vercingétorix envoie chez les Rutènes, avec une partie des troupes, le Cadurque Lucterios, homme d’une rare intrépidité ». Celui-ci « les gagne aux Arvernes. Il pousse chez les Nitiobroges et chez les Gabales, reçoit de chaque peuple des otages, et, ayant réuni une forte troupe, entreprend d’envahir la Province, en direction de Narbonne ». Luctère renonce finalement à son projet à l’approche de l’hiver après que César aie décidé d’envoyer deux légions en direction des Cévennes où il a établi son camp. Après la chute d’Alésia, il projette avec le chef Sénon Drappès de lever une nouvelle armée et de mener une seconde expédition contre la Province mais sous la menace des légions de Caninius, les deux hommes se retranchent dans la place forte d’Uxellodunum, en pays Cadurque. Assiégée et privée d’eau par César, la cité se rend tandis que Luctère se réfugie chez le chef arverne Espanactos qui le livre aux Romains.
51 av. JC – après avoir séjourné en Aquitaine
auprès des légions de son lieutenant Crassus et y avoir reçu la soumission des
Etats gaulois, César s’arrête à Narbonne avec son escorte de cavalerie. Il y
répartit les quartiers d’hiver de ses
troupes, y règle les contentieux locaux et distribue des récompenses
avant de repartir vers la Belgique
Septembre 49 av. JC – César s’arrête à Narbonne après avoir mené une campagne éclair en Espagne contre les armées de Pompée.
Il prend alors la route de Massilia, décidé à faire plier la cité qui a refusé au printemps de lui ouvrir ses portes et s’est depuis rangé du côté de Pompée. Bien qu’assiégée sur terre et sur mer par 3 légions placées sous la conduite de Trebonius et Brutus, deux lieutenants fidèles à César, la ville continue de résister brillamment.
*XIIIème légion « Gemina » – formée par César en 58 av. JC lors de la campagne des Gaules, elle participa à la campagne contre les Helvètes, à la bataille de Gergovie et fut présente au siège d’Alésia. Dissoute en 45 av. JC, elle fut reconstituée par Octave trois ans plus tard.
49 av. JC – Assiégée par les légions de César
depuis le printemps, Massalia finit par se rendre le 25 octobre. César
lui fait payer son soutien inconditionnel à Pompée et aux optimates,
le parti conser-vateur. La ville perd dès lors son leadership au profit de Lyon,
Narbonne et Arles.
Trois légions de César passent l’hiver à Narbonne.: Legio
VIII, Legio IX et Legio X
46 av. JC – suite à la Bataille de Thapsus (6 avril) au cours de laquelle les forces de César ont vaincu l’armée du parti conservateur, restée fidèle à Pompée malgré sa défaite et sa disparition deux ans plus tôt, la Légion X Veneria est dissoute et ses vétérans envoyés à Narbonne.
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| La Legio X "Veneria" |
La Xème légion appelée Equestris ou Veneria avait été formée en 90 à la demande du Sénat lors de la Guerre Sociale qui avait vu les Italiques se soulever contre le refus de Rome de leur accorder la citoyenneté.
Stationnée par la suite en Gaule Transalpine et probablement dans la région de Narbonne, elle est placée sous le commandement du Consul Caius Calpurnius Piso lors de la révolte des Allobroges au cours des années 67-65. Utilisée par Jules César à partir de 58, elle participe à toute la campagne contre les Gaulois. Après la prise d’Alesia, elle retrouve ses quartiers dans les environs de Narbonne.
Rappelée lors de la Guerre Civile, elle prend part au Siège de Marseille puis à la campagne en Hispanie. Transférée en Macédoine, elle participe à la victoire de César sur Pompée à Pharsale (48) puis en Afrique à la bataille de Thapsus (46). Dissoute, ses vétérans sont envoyés à Narbonne
fin 46 av. JC – Quelques mois à peine après leur
démobilisation, les vétérans de la Xème Légion nouvellement installés à
Narbonne profitent du passage de César dans la ville pour lui demander
de les réintégrer dans son armée en route pour l’Espagne. Celui-ci accède à leur
requête et demande à Marc-Antoine (83 – 30 av. JC), son Maître de
Cavalerie, revenu dans ses bonnes grâces, de reformer la Legio X et d’en
prendre le commandement.
45 av. JC – Faisant halte à Narbonne à son retour
d’Espagne, César adjoint à la ville la Colonia Julia Narbo Martius
et choisit d’y installer des vétérans de la Xème Légion dont il vient une
seconde fois de prononcer la dissolution.
La sanglante bataille de Munda qui s’est déroulée le 17 mars, dans le Sud de l’Espagne, a scellé la victoire définitive des armées de César sur les forces des derniers partisans de Pompée emmenées par deux fils Gnaeus et Sextus auxquels s’était adjoint Titus Labienus, un de ses plus fidèles lieutenants durant la guerre des Gaules.
Jules César met à profit son séjour à Narbonne pour y
créer une seconde colonie nommée Colonia Julia Narbo Martius.
Celle-ci est destinée à accueillir les vétérans de la Xème Légion,
nommés les Decumani Narbonenses, qui reçoivent chacun un lot en récompense de
leurs participations à ses diverses campagnes. La mise en œuvre de cette
nouvelle déduction qui recouvre entre autres l’oppidum de Montlaurès est
confiée à Tiberius Claudius Nero. Les nouveaux colons parmi lesquels on
retrouvait les noms de Baebius, Manlius et Fulvius étaient inscrits dans la tribu Papiria, descendant notamment d’equites romains venus s’installer dans la province pour
affaires. Introduite par César, la tribu Papiria se substituait de la sorte à la Pollia, tribu d'origine de la colonie. Le site de Montlaurès est, quant à lui, vidé de
ses derniers habitants.
Tiberius Claudius Nero (82 – 33 av. JC) – questeur, il avait commandé avec succès la flotte de César pendant la guerre d’Alexandrie puis avait été nommé pontife avant d’être chargé de créer des colonies pour les vétérans de la Légion X à Narbonne et ceux de la Légion VI à Arles, une mission qui s’avéra en fait délicate en raison de nombreux conflits d’intérêt. Plutôt proche du parti conservateur, il afficha son soutien aux responsables de la mort de César. Mêlé par la suite, malgré lui, à la rivalité qui opposa Octave à Marc-Antoine, il fut pressé de divorcer de son épouse Livia au profit d’Octave qui l’épousa sans même respecter le délai de convenance. Il est le père du futur empereur Tibère, successeur d’Auguste.
Montlaurès, ancienne Naro capitale des Elisyques ?
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| Montlaurès au temps des Elisyques illustration de Gilbert Benedetto dans Narbo Martius La Cité Disparue (2019) |
Montlaurès faisait partir des oppidums attribués à l’ancienne tribu des Elisyques, un peuple indigène mystérieux mentionné pour la première fois au VIème siècle par le géographe Hécatée de Milet (c.550-c.475) qui, dans son Periegese les rattache aux Ligures. Au Vème siècle, en revanche, l’historien Hérodote les considère comme de vrais autochtones.
L’œuvre originale d’Hécatée ayant été largement détruite comme de nombreux manuscrits de l’époque, on doit à Etienne de Byzance, un auteur du VIème siècle, d’en avoir rassemblé les quelques éléments préservés dans son ouvrage Ethniques. Or, son texte laconique ne donnait aucune information concernant les Elisyques eux-mêmes. Ces pêcheurs et agriculteurs dont l’installation remontait certainement bien au-delà du premier Âge du Fer devaient être culturellement proches des Ibères si l’on en croit les rares témoignages linguistiques qui nous sont parvenus mais étaient aussi ouverts aux influences héllènes, étrusques ou massaliotes, comme l’indiquent les divers vestiges archéologiques mis à jour.
Les premières traces d’occupation du site remontent à la fin du VIIème siècle, un moment clé qui correspond au renforcement de l’oppidum du Cayla à Mailhac et à la fondation d’Ensérune, de Pech Maho (Sigean) et de la Moulinasse (Salles d’Aude). Les origines de ces habitats défensifs restent indéterminées. Faute d’écrits, on ne peut vraiment savoir pour quelle raison ces populations éprouvèrent de façon simultanée la nécessité de se regrouper et de se retrancher sur des hauteurs si ce n’était pour se protéger, ou peut-être aussi pour assurer une domination.
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| l'Oppidum de Montlaurès |
On en reste donc à l’état des supputations. L’apparition d’une menace externe n’étant jamais exclue, il est permis d’envisager l’aboutissement d’une lente hiérarchisation de l’organisation sociale et la prise du pouvoir par les catégories possédantes. On peut de même évoquer une division cadastrée des territoires en cités vite jalouses les unes des autres, se livrant à des luttes intestines avec pour conséquence des saccages et des destructions.
Peut-être faut-il y voir aussi, à un moment, une tentation expansionniste des Ligures dont la frontière longeait les rives de l’Hérault grâce notamment à l’amélioration de l’armement.
Le premier oppidum de Montlaurès est démoli et abandonné dès le début du Vème siècle, tout comme celui de La Moulinasse, incendié presque au même moment, laissant présager la fin des Elisyques dont on ne retrouvera désormais plus traces dans les écrits. C’est peut-être à ce moment précis que certains faits doivent interroger. On relève, effectivement, en passant, qu’Hérodote mentionne la présence de mercenaires Elisyques venus prêter main forte aux Carthaginois lors de leur tentative de s’emparer de la Sicile. En 480 av. JC, lors de la Bataille d’Himère, l’armée carthaginoise conduite par Hamilcar s’oppose, en effet, à Gélon de Syracuse, le tyran qui bénéficie de l’appui de la flotte grecque. Malgré leur bravoure, la présence en grand nombre de mercenaires venus de Phénicie, de Libye, d'Ibérie, de Sardaigne ou encore de Corse contribue à créer du désordre au sein de l'armée carthaginoise; La défaite d’Hamilcar est cinglante, son armée décimée, sa flotte si anéantie qu’on raconte qu’un seul de ses bateaux parviendra à rejoindre Carthage.
Qu’est-il advenu des mercenaires Elisyques, morts au champ d’honneur ou condamnés à payer le tribut des vaincus ? Bien que largement détruit vers 400 av. JC, le site sera réoccupé de manière discontinue jusqu’au IIème siècle av. JC, sans que l’on en connaisse vraiment la raison, hormis peut-être la découverte inopinée d’un casque celtique du IIIème siècle, seule preuve d’une activité militaire ou tout au moins du passage à cette époque du rouleau compresseur que représentait la migration massive de peuples celtes, et notamment des Volques venus du centre de l’Europe dont l’armement était bien supérieur. A partir du IIème siècle, la donne change totalement avec la reprise d’une activité économique conséquente confirmée par la présence de nombreux bâtiments de stockage. Les Celtes, que ce soient les Volques Arécomiques ou leurs cousins Tectosages étaient alors devenus les maîtres des lieux. Des Elisyques, il ne reste rien d’autre que ce que l’archéologie en exhume, et pourtant…
Eté -45 – après quelques semaines passées à Narbonne, Jules César part pour Rome y célébrer son retour triomphal. Il est accompagné de Marc-Antoine et de Caius Trebonius
Fidèle soutien de César, à ses côtés durant la majeure partie de la campagne des Gaules, Caius Trebonius avait été nommé en 47 proprêteur d’Hispanie Ultérieure. Il avait, cependant, échoué dans sa mission et assisté à la défection de ses troupes, parties rejoindre Pompée. Jules César lui avait, certes, renouvelé sa confiance mais Trebonius craignait que sa mésaventure hispanique ne se solde par une disgrâce. C’est à Narbonne qu’il prépara une conjuration destinée à éliminer César. Marc-Antoine aurait été à l’époque mis dans la confidence comme le mentionne Cicéron dans la 2ème Philippique (XIV) : « Si c’est un crime d’avoir voulu que César soit tué, que doit-on penser de vous-même Antoine ? On sait que vous en aviez formé le projet à Narbonne, avec Trebonius ». Plutarque confirme lui aussi l’entrevue de Narbonne dans sa Vie d’Antoine (XII) précisant que Marc-Antoine avait été mis au courant du complot par Trebonius mais qu’il avait tenu le secret. C’est finalement lors des Ides de Mars 44 que César est assassiné par un groupe de 13 sénateurs. Faisant partie du complot, Trebonius s’est arrangé pour distraire Marc-Antoine, laissant César entrer seul dans la Curie. Nommé proconsul en Asie, il sera lui-même exécuté un an plus tard à Smyrne par Publius Cornélius Dolabella, un protégé de César proche de Marc-Antoine surtout connu pour ses débordements.
Au cours des deux décennies, la ville de Narbonne se développe en direction du Nord
Est avec la construction de nouvelles villas de type pompéien.






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