jeudi 6 avril 2023

80-70 av. JC - les légions de Pompée stationnent à Narbonne

 


80 -70 av. JC La Gaule méridionale et plus particulièrement la colonie de Narbo Martius attirent les ambitions de nombreux représentants de la classe équestre romaine. Indépendamment de la réputation dont jouit déjà l’emporion de Narbonne, les nouveaux territoires conquis offrent un climat propice aux affaires qui en font un véritable « Eldorado ». 

Il semble, en revanche, que l’installation de cette génération « d’aventuriers » se fasse au détriment des élites indigènes, souvent dépossédées de leurs terres au profit d’hommes d’affaires venus d’Italie. En tant que siège du gouvernement de la province, Narbonne assiste également à l’essor d’une classe dirigeante (incolae) qui profite de ses prérogatives en matière financière et juridique pour amasser de grosses fortunes, hors de tout contrôle.

En 80, la Guerre Civile qui a fait rage entre les populares du général Marius et les optimates de Sylla a tourné à l'avantage de ce dernier. Nommé dictateur, Sylla a fait établir des listes de proscrits sur lesquelles figurent notamment les derniers marianistes. Ceux-ci n'ont d'autre choix que l'exil pour échapper à une mort certaine. Mais en Espagne, un homme tient tête au Sénat romain totalement acquis au parti conservateur. Il s'agît de Quintus Sertorius, un magistrat, mais surtout un brillant orateur qui jouit d'une forte popularité. N'ayant jamais caché son soutien à Marius, il a formé un gouvernement autonome en Espagne. 

A Rome, le décision est prise d'en finir par tous les moyens avec ce que l'on considère comme une tentative de sécession. Sertorius est devenu l'ennemi à abattre. Quintus Cecilius Metellus Pius a été nommé gouverneur d'Hispanie pour conduire la lutte contre Sertorius mais malgré ses huit légions (environ 40 000 hommes), il choisit de suspendre les opérations après plusieurs défaites. Pour faire face aux déboires de Metellus, le Sénat décide d'envoyer en Espagne le nouveau général Pompée, vainqueur en Sicile et en Afrique, à la tête de 25 000 hommes. 

 77-76 av. JC Guerre contre Sertorius – les légions de Pompée établissent leur base à Narbonne après s'être heurtées, en cours de route, aux Volques Arécomiques.

La traversée du pays des Volques Arécomiques a été mouvementée, les Gaulois faisant preuve d’une hostilité à laquelle les Romains n’étaient pas habitués depuis qu’ils avaient posé le pied dans la région. La défaite des partisans de Marius a, semble-t-il, provoqué la colère de populations auprès desquelles le général romain avait acquis une certaine popularité, ce qui était loin d'être le cas pour Sylla dont la violence avait davantage créé un climat de sécession. La route qui conduit Pompée jusqu’aux Pyrénées se fait donc dans un climat de tension selon ce qu’en rapporte Salluste dans ses Histoires. Il cite, à ce propos, une lettre de Pompée dans laquelle celui-ci décrit une véritable situation de guerre face à des Arécomiques soucieux de venger la mémoire du vainqueur des Cimbres et des Teutons. Cicéron va même plus loin en évoquant le massacre des adversaires dans Pro Lege Manilia. 

Sertorius et son faon blanc
Léon Paillère (1849)
Musée des Beaux-Arts de Valence
Considéré en Espagne comme un héros, Sertorius ne quittait jamais le faon blanc qui lui transmettait, dit-on, les ordres de la déesse Diane

Nommé propréteur d’Hispanie en -83, Quintus Sertorius (126 - 72 av. JC), magistrat romain issu de la classe équestre, a su se fait apprécier des peuples d’Ibérie par son sens de la justice et sa mansuétude. Attiré par la carrière militaire, il avait servi sous les ordres de Caepio lors de la Guerre contre les Cimbres, puis aux côtés de Marius auprès duquel il s'était fait apprécier pour son audace et son courage. Partisan convaincu des populares, le camp des réformateurs qui soutient Caius Marius durant la guerre civile qui l’oppose au parti aristocratique conduit par Sylla (138-78 av. JC), Sertorius s’est réfugié à Tanger. Il parvient, de la sorte, à échapper aux armées de Sylla et en profite pour lever une troupe composée pour moitié d’indigènes avant de retourner en Espagne pour y former un gouvernement autonome. Connu pour être un brillant orateur, un administrateur énergique et un militaire exigeant, Sertorius enchaîne les victoires sur les troupes conduites par Metellus Pius, un proche de Sylla. L’autonomie qu’il acquiert, ainsi, en Hispanie suscite la colère du Sénat alors totalement acquis aux optimates, la noblesse conservatrice de Rome.

Ceux-ci décident en -77 d’envoyer le nouveau général Pompée en Hispanie, à la tête de 25 000 hommes dans le but d’effectuer la jonction avec Metellus, alors en difficulté, et de battre Sertorius que l’on surnomme déjà « le Nouvel Hannibal ». La guerre qui va s’ensuivre sera meurtrière, les deux armées comptant jusqu’à 40 000 hommes du côté de Pompée contre 25 000 pour Sertorius. Le temps va progressivement jouer en faveur de Pompée qui multiple les théâtres d’opérations avant que la nouvelle ne tombe annonçant que Sertorius a été assassiné par Perpenna, son propre bras droit à l’occasion d’un banquet (-72). Définitivement victorieux, Pompée fera tuer Perpenna malgré sa reddition à l’issue de l’ultime bataille, quelque part entre Valence et Sagonte.  

Cnaeus Pompeius Magnus (Pompée le « Grand ») (106-48 av. JC) 

Pompée "Le Grand"
(Picenum, 106 - Péluse (Egypte) , 47 av. JC)
Le Sénat acquis au parti conservateur s'est laissé séduire par ce jeune officier ambitieux qui s'annonce comme le digne successeur de Sylla.
Agé d'à peine 30 ans, Pompée a déjà enchaîné les triomphes à Rome et la confiance du pouvoir lui donne le champ libre pour s'assurer un avenir glorieux.
 
 


Il est le fils du général Pompeius Strabo, figure controversée de l’aristocratie provinciale, consul en 89, surtout connu pour avoir mâté avec une grande cruauté la Confédération Italique créée par les peuples de la Péninsule en révolte contre le refus de Rome de leur accorder la pleine citoyenneté. Pompée commence sa carrière militaire auprès de son père avant de rallier Sylla et de remporter pour lui plusieurs succès. Fidèle soutien du parti aristocratique des optimates, il parvient à lever une armée de 15 000 hommes, permettant à Sylla d’entrer dans Rome. Mandaté par le Sénat, il remporte en -82, alors qu'il vient d'avoir 24 ans, plusieurs succès militaires en Sicile et en Afrique contre les derniers partisans de Marius, s’assurant ainsi un retour triomphal à Rome tandis que Sylla se fait nommer dictateur. 
Pompée tire profit du fort climat d’instabilité qui suit la mort de Sylla (78) pour garder près de lui ses légions et, alors qu’il n’est pas consul, recevoir le commandement d’une armée pour aller combattre Sertorius en Hispanie.

 76 – 74 av. JC - Marcus Fonteius, alors préteur et gouverneur de la Gaule Transalpine, met au point un système de taxation sur les vins transitant par la route qui relie Narbonne à Toulouse. La production locale restant très limitée du fait des arrangements entre les négociants et les autorités, les vins viennent alors principalement d’Italie et sont débarqués à Narbonne avant d’être acheminés par des chariots vers les centres de stockage aménagés le long de la voie romaine en direction de Toulouse. Très prisés des Gaulois qui les consomment notamment purs, c’est-à-dire sans les diluer dans de l’eau, les vins constituent donc une source de revenus conséquente en raison des péages mis en place. Les Volques Tectosages les jugent, en revanche, arbitraires et accusent Fonteius de concussion. Ils portent l’affaire à Rome.

La Gaule Narbonnaise
d'après Adolphe H. Dufour "La Gaule sous l'Empire Romain" (1846)

C’est certainement par l’intermédiaire de Pompée dont il était un des lieutenants que Fonteius obtint le poste de gouverneur de cette nouvelle province romaine avec, pour mission, de participer au financement et à l’approvisionnement de l’armée. Le système de taxation et de confiscation instauré par Fonteius provoqua la colère des Gaulois qui s’entendirent pour porter plainte contre lui. Le procès eut lieu en 69 av. JC. Cicéron assura la défense de Fonteius tandis que Pretorius représentait les intérêts des Volques. L’argumentaire reposa sur le fait que les revenus des péages profitaient aux publicains romains issus de la classe équestre et aux négociants romains tandis que ceux qui en étaient redevables étaient en majorité des peuples étrangers à Rome comme les Rutènes. Cicéron rappela que Narbonne était d'abord "l'observatoire et le rempart du peuple romain", n'hésitant pas, dans son argumentaire, à discréditer les plaignants en insistant sur leur caractère barbare et leur pratique des sacrifices humains en opposition à l’humanité et la popularité de Fonteius. On ne connait pas l’issue du procès. 

 74 – 73 av. JC - les légions de Pompée stationnent de nouveau à Narbonne

La victoire de Pompée en -72 sur Sertorius et les derniers « marianistes » lui permet de rentrer triomphalement à Rome et de préparer de nouvelles campagnes militaires, cette fois, en Asie.

66-65 av. JC - Une fois son consulat achevé, Caius Calpurnius Piso (Rome 110 av. JC - après 59), figure éminente de l'aristocratie sénatoriale (n'est-il pas fils et petit-fils de consul), est nommé proconsul de Gaule Narbonnaise. Connu pour s'être opposé au tribun Aulus Gabinus lorsque celui-ci avait permis d'attribuer à Pompée des pouvoirs exceptionnels pour lutter contre les pirates, Pison refuse de faire appliquer les décisions du Général dans la province qu'il administre. Au cours de son mandat, il réprime une révolte des  Allobroges mais se voit vite accuser de pillage au détriment de ces derniers. Il est certain qu'à l'instar de nombreux membres de la noblesse romaine, il a su profiter de ses charges pour s'enrichir aux dépens des populations de la province placée sous sa gouvernance. Cicéron assure sa défense en 63 lors du procès que César lui a intenté pour détournement de fonds sous son proconsulat en Gaule Cisalpine (65-64). 


  

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