samedi 25 mars 2023

118 av. JC - la fondation de Narbo Martius

La nouvelle colonie de Narbo Martius

118 av JC
– Quintus Martius Rex et Marcus Portius Cato consuls

Cnaeus Domitius Ahenobarbus est confirmé par le Sénat dans son rôle de pacificateur de la Gaule Transalpine. Il se voit surtout confier la mission de construire une route à usage militaire reliant l’Hispanie romaine à la Gaule Cisalpine. Accompagné d’une armada de géomètres, d’arpenteurs, d’ingénieurs, de constructeurs de route et de terrassiers, il démarre un chantier qui va durer quatre ans. Malgré l’importance des moyens, le temps accordé ne lui permettra pas la réalisation d’ouvrages d’art, l’obligeant à privilégier les passages à gué et à réduire les portions dallées.  

La Via Domitia près d'Ambrussum

 Domitius vit, cependant, sa tâche facilitée, du fait qu’il put, en partie, suivre le tracé de l’ancienne Voie Héracléenne, une route devenue mythique qui reliait Gibraltar au Montgenèvre. Son nom rappelait à lui seul le gigantisme d’un projet qui n’avait pu, pensait-on, relever que d’une puissance divine. Son origine reste, à ce propos d’ailleurs, mystérieuse. On l’attribue parfois sans réel fondement aux Celtes mais on peut tout autant y déceler l’empreinte des marchands Phéniciens au temps de leur apogée, peut-être à partir du VIIIème siècle, démontrant, si besoin est, l’importance, depuis le premier Age du Fer, des liens commerciaux entre l’Hispanie et le Gaule Cisalpine. 

Hannibal l’avait, par ailleurs, largement emprunté avec son armée lors de son expédition vers l’Italie. 

 
Tracé de la Via Domitia

La fondation de la colonie de Narbonne par Domitius, ou tout au moins le repérage de l’endroit propice à la fondation d’une colonie ne relevait pas du hasard. La Narbo de l’époque, jadis capitale de l’ancien peuple ligure des Elisyques, était un port florissant, un lieu d’échanges où transitaient les navires venus de toute la Méditerranée. Le trafic y était important mais le plus séduisant résidait dans sa situation géographique, aisément accessible par l’ouest, le sud et le nord, avec à l’est une vaste lagune ouvrant sur la mer.

L’oppidum des anciens Elisyques (Montlaures) qui s’élevait à quelques kilomètres était bien modeste et les humeurs du fleuve Atax (Aude) sujet à des inondations saisonnières en faisaient une zone peu densément peuplé par les autochtones, et donc aisément assimilable. L’implantation d’une colonie romaine, c’est-à-dire essentiellement dédiée à des Romains et la possibilité d’y maintenir une garnison constituaient donc une réelle opportunité dans la perspective d’une expansion territoriale. 

Bien qu'il n'ait que 22 ans, ce qui, à Rome correspond encore à l'adolescence, le jeune Lucius Crassus parvient à faire passer une loi sur l’établissement de la colonie de Narbo Martius a la suite d'un discours brillant, dont Cicéron, lui-même, reconnut, plus tard, qu'il avait quelque chose de plus mûr que son âge (Brutus LXII). Il s’implique, par ailleurs, personnellement dans sa fondation. Le nom Martius, donné en hommage au dieu Mars, évoque certainement la fonction militaire attribuée à l’origine à cette nouvelle colonie située en territoire gaulois destinée à servir d’abord de « ville de garnison ».

Lucius Licinius Crassus 
Lucius Licinius Crassus (140-91 av. JC) – en 119 av. JC, alors jeune jurisconsulte, il se fait remarquer pour son talent d’orateur en attaquant en justice le consul sortant Caius Papirius Carbo pour le soutien que celui-ci a  apporté à Tiberius Gracchus, le tribun de la plèbe qui, en 133, a tenté de soulever le peuple contre le Sénat, l'accusant d’abuser de ses pouvoirs. Poursuivi pour concussion et dans l’incapacité de se justifier, Carbo se suicide. Cicéron, lui-même, considère Crassus comme le plus brillant orateur de son temps, soulignant l'émotion qui a frappé Rome tout entière suite à son décès prématuré alors même qu'il venait de prononcer son plus fameux discours  devant le sénat.

Narbo Martius "Caput et Mater Urbium" (chef et mère des villes)

Malgré la résistance de nombreux sénateurs, le discours de Lucius Crassus sur l’opportunité de fonder la colonie de Narbo Martius remporte finalement l’adhésion. Le Sénat lui accorde, en conséquence, l’honneur de conduire la fondation de la colonie. Il prend ainsi la tête des triumvirs chargés de procéder au partage des terres entre les nouveaux colons. Il va dès lors poursuivre la traditionnelle carrière des honneurs, devenant consul en 95 puis censeur en 91.

Pour Lucius Crassus, la nouvelle colonie de Narbo Martius possédait un grand nombre d’atouts :

-  une situation géographique privilégiée au carrefour entre la route de l’Hispanie, la Garonne et l’océan, offrant, de la sorte, une liaison directe entre l’Italie et les régions du centre et de l’Ouest de la Gaule

-  la fondation d’une colonie romaine permettait d’y mettre à l’écart des personnalités dérangeantes pour le pouvoir romain.

- Elle offrait aussi de nouvelles terres aux vétérans par l’attribution de lots.

- Elle permettait enfin d’installer une garnison (jusqu’à 3 légions soit environ 18 000 hommes)

On ne sait pas comment fut opérée la déduction de colonie vis-à-vis des populations occupant les lieux (appelés pérégrins) mais on suppose qu’elles furent tout simplement contraintes de trouver ailleurs un endroit où s’installer. Il est possible qu’elles aient remonté le cours de l’Aude (Atax) jusqu’à la Haute Vallée pour trouver refuge dans les environs d’Alet, d’où le nom d’Atacini qu’on leur donne parfois.

Les premiers colons, auxquels on donne aussi le nom d’Atacini, essentiellement venus d’Italie arrivèrent d’Ombrie, du Picenum, du Latium et de Campanie. On les estime à environ 3000, appartenant tous à la tribu Pollia, une des 31 tribus rustiques de la République Romaine à laquelle étaient notamment rattachés les enfants de légionnaires nés dans l’Empire. Ils sont tous reconnus comme des citoyens romains "optimo jure", un droit dont bénéficiera aussi leur descendance.

117 av. JC - après quatre années d’intenses travaux, Cnaeus Domitius Ahenobarbus achève la réalisation de la Via Domitia. Lui rendant honneur, le Sénat accepte de nommer ainsi la nouvelle route.


 



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