mercredi 4 mars 2026

Narbonne au XIIIème siècle - L'archevêque trop puissant (1240-1249)

16 juillet 1240 – faisant suite au concile qui s’est tenu à Viviers sous la présidence du vice-légat du pape et nouvel évêque d’Avignon Zoen Trencarari, la décision est prise d’excommunier une nouvelle fois le comte Raimond VII de Toulouse en raison, notamment, de nombreux conflits qui l’opposent à des ecclésiastiques méridionaux et provençaux et à son manque d’implication dans la lutte contre les hérétiques. Plusieurs de ses vassaux parmi lesquels les comtes Hugues IV de Rodez (1212-1274) et Bernard V de Comminges (1196-1241) sont également frappés d’excommunication. Seront aussi sanctionnés de la même manière tous ceux qui viendraient en aide au comte ou accepteraient ses faveurs.

 1er septembre 1240 -après avoir dû renoncer à ses droits sur Avignon, le comte Raimond VII de Toulouse arrive à Castelnaudary.

"fascé de gueules et d'argent chargé de ravelles"
Les armoiries de la famille Trencavel.
Détenant les titres de vicomtes de Carcassonne, de Béziers, d'Albi, d'Agde et de Nîmes, les Trencavel avaient connu leur apogée au cours des XIème et XIIème siècles.
Les symboles figurant sur leurs armoiries étaient certainement des ravelles, c'est-à-dire des alevins figurés tête en bas destinés à illustrer le nom familial "Trenca-ravel" 

17 septembre 1240 – comptant sur les nombreux contacts qu’il possède encore au sein de la noblesse locale, Raimond II Trencavel (1207-1265) est de retour sur ses terres après onze ans d'absence. Il a franchi le col de Perthus au début du mois d’août, accompagné de seigneurs aragonais et catalans avant d'être rejoint par les seigneurs "faydits" qui lui sont restés fidèles : Guillaume de Peyrepertuse, Olivier de Termes, Géraud de Niort, Bernard de Orts, Bernard Hugon de Serralongue, Bernard de Villeneuve, Hugues de Romegos ou encore Jourdain de Saissac. Il a aussi, à n'en pas douter, bénéficié, dans son entreprise, du très discret encouragement du comte Raymond VII. Fort de l'enthousiasme qu'il suscite en traversant ses anciens territoires, il reprend vite possession de Montréal, de Montolieu dont il fait mettre à sac l'abbaye, puis de Saissac, Limoux et Azille avant de se diriger vers Carcassonne. Les habitants des faubourgs se pressent pour lui apporter leur concours tandis que dans la cité, le sénéchal Guillaume des Ormes organise la défense, secondé par Pierre de Voisins, Raymond de Capendu et Gerard d’Ermenville, héritiers, tous les trois, de la croisade dirigée par Simon IV de Montfort. Sont aussi présents, dans les murs, l’archevêque Pierre Amiel de Narbonne et l’évêque de Toulouse Raimond du Fauga qui ont déserté leur diocèse pour assurer le sénéchal du plein engagement de l’Eglise à ses côtés.

A la mort de son père le vicomte Raimond-Roger Trencavel, survenue le 10 novembre 1209, dans la prison de Carcassonne où Simon de Montfort le tenait prisonnier en échange de sa promesse d’épargner la ville et ses habitants, Raimond, alors agé de 2 ans, fut confié à la garde du comte Raymond-Roger de Foix, allié à la famille. Sa mère, Agnès de Montpellier, dût, alors, renoncer, au nom de son fils, à toutes les possessions des Trencavel au profit de Simon de Montfort.

En 1224, le comte Raymond VII de Toulouse reprit possession des vicomtés de Carcassonne et de Béziers qu’il remit à Raimond II Trencavel, leur seigneur légitime mais l’armée du roi Louis VIII réinvestit les deux seigneuries deux ans plus tard. Excommunié, Raimond Trencavel partit trouver refuge en Aragon tandis que le comte de Toulouse dût se rendre à Paris pour assister à la signature du Traité de Paris (1229) qui intégrait au Royaume de France toutes les provinces du Languedoc dont il était jusque là le suzerain. 

Raimond II Trenvavel sur son cheval aux couleurs de ses armoiries
Le vicomte, alors en exil, apparaît dans un détail d'une fresque datant du début du XIVème siècle relatant le siege de Valence (1238-1239) qui s'est achevé par la victoire du roi Jacques 1er d'Aragon sur les musulmans.       
(Château d'Alcaniz, siège de l'Ordre de Calatrava, province d'Aragon)
 
11 octobre 1240 – Alors que Carcassonne est sur le point de tomber aux mains de Raimond II Trencavel, l’armée royale conduite par le grand chambrier Jean 1er de Beaumont (1190-1255) arrive devant la cité. N’ayant pas les forces suffisantes pour défendre ses positions, Raimond Trencavel part se réfugier à Montréal avant de fuir vers l’Espagne. Solidement tenue par son évêque Bernard de Cuxac, la ville de Béziers est, quant à elle, restée à l’écart.     

1240 L’archevêque Pierre Amiel entre en conflit avec les chanoines de l’église de Narbonne qui l’accusent de profiter abusivement de sa position et de s’exonérer des devoirs de sa charge. Ils lui reprochent de passer le plus clair de son temps à cheval et de prendre part à des opérations militaires extérieures au détriment des besoins de ses propres diocésains. Rien qu’à Narbonne, on dénombre alors pas moins de huit paroisses. Les chanoines l’accusent aussi d’excommunier les gens pour monnayer leur absolution et d’absoudre des hérétiques moyennant salaire, de mieux soigner la communauté juive qui l’honore régulièrement de présents que celle des chrétiens. Ils lui reprochent encore d’imposer des charges nouvelles aux clercs et aux églises du diocèse sans tenir compte des anciens droits pour s’assurer un train de vie somptueux. En réponse, l’archevêque prive des chanoines de leurs bénéfices et contraint les autres à administrer eux-mêmes leurs églises.  

1241 Les chanoines de Narbonne répondent aux sanctions que leur a infligé l’archevêque Pierre Amiel en portant l’affaire à Montpellier auprès de l’évêque Jean de Montlaur. Celui-ci en confie l’arbitrage au prieur de Saint Firmin qui fait alors figure d’autorité. Fait exceptionnel, le prieur donne raison aux chanoines et condamne l’attitude de l’archevêque. Pierre Amiel prend acte du jugement auquel il accorde en fait peu d’importance, estimant sans réelle légitimité l’instance ecclésiastique qui l’a jugé.

14 mars 1241 – le comte Raimond VII de Toulouse est à Montargis pour rendre hommage au roi Louis IX et lui prêter serment de fidélité. Il s’engage aussi à lutter contre l’hérésie en terre toulousaine et à détruire, lorsqu’il sera en mesure de le faire, le castrum de Montségur, réputé pour être devenu le principal refuge des cathares. Il envoie, à ce titre, un détachement faire des repérages afin de montrer sa bonne volonté au roi et à l’Eglise.

 Avril 1241 – le comte Raimond VII signe une trêve de deux ans avec le roi Jacques 1er d’Aragon qui lui apporte aussi son soutien pour obtenir l’annulation de son mariage avec Sancie d’Aragon (1186-1241), considérant qu'elle a atteint un âge où elle ne pourra lui donner d’héritier mâle.   

22 août 1241 – le pape Grégoire IX meurt à l’âge de 71 ans. 

Il avait prévu d’organiser un concile destiné à excommunier une nouvelle fois l’empereur Frédéric II Hohenstaufen, surnommé « l’Antéchrist » par ses contemporains. En conflit ouvert avec la papauté depuis plusieurs années, suite à l’échec des deux dernières croisades et une guerre d’influences qui ne cesse de secouer l’Italie, Frédéric II vient d’envoyer son armée marcher sur Rome lorsqu’il est informé du décès du souverain pontife. Il décide de se retirer dans sa résidence de Castel del Monte qu’il vient de faire bâtir dans les Pouilles, dans l’attente de l’élection d’un nouveau pape.     

Septembre 1241le vicomte Amalric 1er de Narbonne et le jeune comte Roger IV de Foix (c.1220-1265) se joignent à la coalition organisée par le roi Henri III d’Angleterre et son allié traditionnel le comte Raimond VII de Toulouse en soutien d’Hugues de Lusignan, comte d’Angoulême et de La Marche suite à l’attribution par le roi Louis IX du Poitou à son frère Alphonse. 

 22 octobre 1241 – le chapitre métropilitain de Narbonne adresse des remontrances à l'archevêque Pierre Amiel au sujet des présents qu'il accepte venant des Juifs. Les chanoines rappellent au prélât que selon une décision énoncée dans le 58ème canon du 4ème concile de Tolède qui s'est tenu en 633, il est fait interdiction aux prêtres de recevoir les présents intéressés des Juifs.   

25 octobre 1241 – les cardinaux élisent leur nouveau pape, en la personne de Célestin IV, après plus d’un mois de houleuses délibérations. Le climat de tensions est palpable tandis que pèse constamment la menace d’un intervention de l’empereur Frédéric II. Le nouveau pape Célestin IV décède le 10 novembre 1241, soit 15 jours seulement après son élection, faisant ainsi de son règne le plus court de toute l'histoire de la papauté. La plupart des cardinaux ayant, au même moment, déserté Rome de crainte d’être enlevés par des soldats au service de l’empereur, le trône pontifical restera vacant jusqu’au mois de juin 1243.

Décembre 1241 – comptant sur un soulèvement contre le roi de France, le comte de Toulouse s’assure par serment de l’alliance des comtes de Foix, de Comminges, de Rodez et d’Armagnac ainsi que des vicomtes de Narbonne, de Lautrec et de Lomagne.

 28 mai 1242Le massacre d'Avignonet

Venant de Montségur, la place forte du catharisme, une compagnie d’une quarantaine de sergents d’arme sous la conduite du seigneur Pierre-Roger de Mirepoix (c.1194-c.1284) et de 10 chevaliers à laquelle se sont joints en route près de 25 volontaires, pénètre à la nuit tombée dans Avignonet où une douzaine d’inquisiteurs ont établi leur tribunal depuis quelques semaines. Ceux-ci sont tous massacrés, durant leur sommeil, par les hommes de Mirepoix à coup de couteau, de hache ou de lance.

Avignonet - le massacre des inquisiteurs
(tableau de Pablo Outeiral)

Les inquisiteurs, placés sous l’autorité du dominicain Guilhem Arnaud, réputé pour sa cruauté, du franciscain modérateur Etienne de Saint Thibéry et de l’archidiacre Raimond Escribe, étaient logés dans le château commandé par Raymond d’Alfaro, neveu du Comte Raymond VII de Toulouse. Mû, comme beaucoup d'habitants de la région, par la haine de ces accusateurs, Alfaro avait aussitôt envoyé un messager informer Pierre-Roger de Mirepoix de leur présence à Avignonet, y voyant l’opportunité d’organiser une opération punitive pour en finir avec ce tribunal honnis. 

Menée à la hâte, cette attaque fut interprétée comme une victoire sur l’inquisition, et leur chef Guilhem Arnaud spécialement puni pour ses crimes après qu’il a eu le crâne brisé et la langue arrachée. En guise de trophée, les assaillants se partagèrent les affaires personnelles des inquisiteurs comprenant entre autres des objets liturgiques, des bibles et des étoffes.

L’ enthousiasme manifesté à la suite de cette opération par de nombreux habitants du Languedoc encourage le comte Raymond VII à se soulever avec ses troupes. Son neveu Raymond d'Alfaro l’a-t-il informé à l’avance du projet ? C'est possible mais rien ne l’indique clairement.

15 Juillet 1242après avoir été acclamé en libérateur dans le Carcassès, le comte Raimond VII est accueilli à Narbonne par le vicomte Amalric. Il reprend pour l’occasion son titre de duc de Narbonne, faisant fi des dispositions du Traité de Paris signé en 1229. Le roi Jacques 1er d’Aragon se joint à son tour à l’alliance avec Raimond Trencavel et ses vassaux.

21 juillet 1242 de Béziers où il s’est réfugié après avoir été chassé de Narbonne, l’archevêque Pierre Amiel excommunie les auteurs du massacre d’Avignonet et le comte Raymond VII qu’il estime en être le vrai responsable.

21 juillet 1242 - La bataille de Taillebourg
Alors que les armées française et anglaise s'observent de chaque côté du pont sur la Charente, le roi Louis IX décide de s'engager personnellement l'épée à la main pour éviter que la situation ne s'enlise. Galvanisées par l'attitude du roi, les troupes française enlèvent le pont et mettent en déroute les soldats anglais. La bataille est rapidement gagnée, les pertes minimes. Le roi Henri III d'Angleterre abandonne précipitament le terrain et ses alliés poitevins. Tombé soudain malade, le roi de France renonce à le poursuivre.
 
(tableau d'Eugène Delacroix (1837)- Versailles, galerie des batailles)

21 juillet 1242
Bataille de Taillebourg (Charente). L’armée conduite par le roi Louis IX et son frère Alphonse de Poitiers met en déroute les troupes du roi Henri III d’Angleterre qui ont débarqué depuis peu à Royan et celles de son allié Hugues X de Lusignan, inférieures en nombre. 

Malgré sa défaite, le roi Henri III d’Angleterre bénéficie d’une trêve qui lui permettra quelques années plus tard de recouvrer son autorité sur le Quercy, le Limousin et la Haute Saintonge. Les deux perdants sont, en revanche, Hugues de Lusignan qui voit une grande partie de ses biens confisqués au profit d’Alphonse de Poitiers et le comte Raymond VII de Toulouse qui, compte tenu de l’échec d’Henri III, son allié graditionnel, mais aussi du ralliement inattendu du comte Roger IV de Foix à la Couronne, sait qu’il lui faudra désormais se soumettre aux conditions du roi de France.

1242 – le couvent des Franciscains (Frères Mineurs) est mentionné pour la première fois dans une charte de Narbonne.

Les Franciscains ont tenté de fonder une premier établissement à Narbonne en 1220 avant d’en être chassés deux ans plus tard. Ils sont réinstallés en 1228.  

8 août 1242 - Raimond VII, comte de Toulouse et marquis de Provence, autoproclamé duc de Narbonne et Amalric Ier, vicomte de Narbonne, prennent sous leur protection les habitants de Narbonne, l’archevêque, le chapitre de Saint Just, l’abbé et le chapitre de Saint Paul, les frères Prêcheurs et Mineurs et les Hospitaliers. Comme à chaque fois qu'il se retrouve en difficulté, l’archevêque de Narbonne Pierre Amiel préfère se retirer dans sa résidence de Montels d’où il va désormais exercer ses fonctions.

8 novembre1242 – Pierre de Fenouillet dont la vicomté avait été cédée en 1226 par le roi Louis VIII au comte Nuño Sanc de Roussillon rentre en possession de ses terres grâce au soutien du roi Jacques 1er d'Aragon. Il en rend hommage au vicomte de Narbonne Amalric 1er.

Janvier 1243 – le comte Raymond VII est à Lorris, près d'Orléans, où il jure à nouveau fidélité à la Couronne de France. La paix signée avec le roi Louis IX scelle la reconnaissance de l’autorité du souverain par les seigneurs méridionaux et l’alliance du Comte de Toulouse et de l’Eglise contre l’hérésie.

21 avril 1243 – Réunis en concile à Béziers, les archevêques Pierre Amiel de Narbonne et Jean Baussan d’Arles accueillent le comte Raymond VII de Toulouse, venu se plaindre des méthodes de certains inquisiteurs dominicains tels que le frère Ferrer. Il exprime le souhait de ne confier qu’aux évêques la lutte contre les hérétiques. Cette demande est acceptée par les deux prélats. Les évêques d’Agen, de Toulouse, de Cahors et de Rodez seront désormais chargés de combattre l’hérésie assistés selon leur choix de frères cisterciens, dominicains ou franciscains.

Le frère Ferrer, inquisiteur catalan à la réputation sulfureuse, ancien prieur du couvent dominicain de Narbonne parvient, cependant, à convaincre l’archevêque Pierre Amiel qu’il a, en fait, été abusé par le comte de Toulouse, dont le seul but est de faire diversion pour mieux protéger les hérétiques. Se rappelant qu’il a été lui-même un farouche partisan de l’inquisition, l’archevêque de Narbonne revient alors sur sa décision et excommunie le comte Raymond VII l’accusant de se trouver de bonnes raisons de ne pas lutter contre l’hérésie. Cette sanction est vivement contestée par l’évêque de Toulouse Raymond de Fauga qui se voit, en retour, excommunié lui aussi.

 

Le castrum de Montségur (reconstitution)
Juché sur un piton rocheux non loin de Lavelanet, le château a été reconstruit au début du XIIIème siècle par le seigneur Raimond de Péreille, vassal du comte Roger-Bernard II de Foix. Ayant lui-même adhéré à la foi cathare, Raimond de Péreille est convanincu en 1232 par l'évêque Guilhabert de Castres de faire de Montségur la place forte du catharisme.
La forteresse accueille dès lors les fidèles, mais aussi les chevaliers faydits dépossédés de leurs terres depuis la signature du Traité de Paris (1229) parmi lesquels Pierre-Roger de Mirepoix qui en assure le commandement militaire

Mai 1243 – Le sénéchal de Carcassonne Hugues des Arcis met en place le siège du castrum de Montségur qui depuis 1232, constitue « le siège et la tête » de l’église cathare. Il arrive au pied de la forteresse à la tête d’une armée d’environ 2000 hommes à laquelle s’est joint l’archevêque Pierre Amiel qui, de toute façon, ne réside plus à Narbonne depuis le mois de juillet 1242, lorsque le vicomte Amalric 1er a accueilli le comte Raymond VII de Toulouse auquel il a prêté serment en qualité de vassal, reniant par là-même les clauses du Traité de Paris (1229).

Relevant des comtes de Foix, le fief de Montségur, appartient à Raymond de Péreille (1185- ap.1244) dont la famille descend des seigneurs de Mirepoix. Proche lui-même des cathares, il a consenti à la demande de l’évêque Guilhabert de Castres, à faire de son château le haut lieu du catharisme. Celui-ci héberge, depuis, une communauté de près de 500 fidèles parmi lesquels figurent de nombreux seigneurs « faydits » dépossédés de leurs terres depuis la croisade. La défense de la forteresse est assurée par Pierre-Roger de Mirepoix, le cousin et gendre de Raymond de Pereille qui, un an plus tôt, a conduit jusqu’à Avignonet l’opération au cours de laquelle ont été massacrés 12 inquisiteurs.

C’est lors du concile de Béziers qui s’est tenu au mois de février qu’a été décidé d’organiser le siège de Montségur pour en finir avec les hérétiques et venger le massacre d’Avignonet. 

25 juin 1243 – après plus de 18 mois au cours desquels le trône pontifical est resté vacant, un conclave réuni à Anagni élit le nouveau pape en la personne du cardinal Sinibaldo Fieschi (1180/90-1254) qui prend le nom d’Innocent IV.

Cette élection ne marque toutefois pas la fin du conflit qui oppose depuis plus de 20 ans l’Eglise de Rome à l’empereur Frédéric II Hohenstaufen, frappé à plusieurs reprises d’excommunication.

Novembre 1243 – Le comte Raymond VII de Toulouse et l’évêque Raymond de Fauga partent à Rome à la rencontre du pape Innocent IV dans l’intention d’obtenir son accord pour confier aux évêques la lutte contre les hérétiques. Mais le souverain pontife en décide autrement et confirme l’autorité de l’inquisition tout en autorisant ses membres, s’ils le souhaitent, à se retirer de l’institution en raison du contexte. Il demande aussi aux évêques d’assister les inquisiteurs. La démarche de Raymond VII se solde par un échec mais le pape accepte, malgré tout, de l'absoudre de toutes les excommunications prononcées contre lui et charge l’archevêque de Bari de faire lever toutes les sentences à son égard.

Les ruines du château de Montségur

Alors qu’à Montségur, les assiégés espèrent de Raymond VII qu’il vienne à leur secours avant la fin de l’année, le comte de Toulouse s’attarde à Rome, attendant que soient annulées toutes les excommunications qu’il a cumulées et comptant sur le pape pour que lui soit restitué le Marquisat de Provence que lui a confisqué l’empereur Frédéric II Hohenstaufen en 1229. Il va y rester une année supplémentaire. Ce n’est qu’en octobre 1244, après la chute tragique de Montségur qu’il regagne sa ville de Toulouse.

 Novembre 1243 – l’évêque d’Albi Durand de Beaucaire arrive au pied de la forteresse de Montségur avec de nouveaux renforts.

 Janvier 1244 - bien que retenu à Rome, le comte Raymond VII de Toulouse reste, toutefois, informé de la situation à Montségur où tentent de résister des seigneurs occitans qui lui ont toujours été fidèles. Il parvient à envoyer sur place son ingénieur Bertrand de la Vacalerie afin qu’il réalise des machines de guerre capables de résister à celles qu’utilisent les assiégeants.  

1244 – redécouvert à l'époque carolingienne, le tombeau de St Paul, premier évêque de Narbonne,  qu'une tradition très vivace confond, depuis le Moyen-Age, avec le proconsul Sergius Paulus, est transféré dans le nouveau choeur de la collégiale. 

1er mars 1244 – en difficulté face aux assauts répétés de l’armée croisée, Raymond de Péreille s’entend avec l’évêque cathare Bernard Marty pour négocier la reddition du château de Montségur avec l’armée royale.

 2 mars 1244 – à Montségur, le sénéchal Hugues des Arcis accepte les conditions proposées par les assiégés et leur accorde un délai de 15 jours pour décider de leur sort. Il est, en effet, convenu d’accorder la vie sauve et le pardon à tous les habitants, y compris à ceux qui ont participé au massacre d’Avignonet s’ils acceptent de passer devant l’inquisition. En la circonstance, les peines prononcées seront légères. Mais il faut pour cela qu’ils abjurent tous la religion cathare, faute de quoi ils seront brûlés vifs.

14 mars 1244 l’archevêque Pierre Amiel lève l’excommunication dont il avait frappé le comte Raymond VII le 21 juillet 1242.  

Le bûcher de Montségur (16 mars 1244)
Le sénéchal de Carcassonne Hugues des Arcis a proposé la clémence envers tous les assiégés de Montségur à condition qu'ils s'engagent à renier la foi cathare. Durant 15 jours, les inquisiteurs ont interrogé le quelques 360 personnes réfugiées dans la forteresse mais plus de 200 d'entre elles ont refusé de le faire sachant qu'elles risquaient de périr dans les flammes.
Implacble l'archevêque de Narbonne Pierre Amiel délivre alors la sentence et condamne 211 cathares au bûcher, provoquant de la sorte une tragédie dont le traumatisme va traverser les siècles.

16 mars 1244 Raimond de Péreille livre la forteresse de Montségur au sénéchal de Carcassonne Hugues des Arcis. On y dénombre environ 360 personnes dont 150 laïcs parmi lesquels près d’une centaine de défenseurs et le clan seigneurial des Péreille-Mirepoix qui compte 29 membres dont 12 chevaliers. Les cathares sont, de leur côté, au nombre de 211 hommes et femmes, parfaits et parfaites dont des évêques et des diacres, exerçant pour la plupart des métiers artisanaux de production ou d’entretien. Au cours des journées précédant la reddition, des inquisiteurs ont été invités à entrer dans la forteresse pour y conduire des interrogatoires mais ceux-ci ont confirmé l’irréductibilité des cathares. Pour l’archevêque Pierre Amiel à qui sont remis les rapports, le châtiment ne fait aucun doute, ce sera la mort.  

Précédés par leur évêque Bernard Marty, les 211 cathares ayant refusé de renier leur foi sont enchaînés et conduits le long du sentier qui descend vers le « pog » où ont été amassés des fagots et de la paille, restant insensibles aux exhortations des inquisiteurs qui ne cessent de les presser d’abjurer. Des torches enflammées sont ensuite jetées au milieu de l’immense bûcher, déclenchant un immense brasier d’où s’élèvent d’abord les chants des suppliciés puis les cris de souffrance. Le silence s’abat peu à peu tandis que monte une épaisse fumée noire chargée de l’odeur des chairs calcinées. Le lendemain matin, les derniers occupants du château regagnent la vallée. L’Eglise cathare ne se relèvera jamais de l’épreuve qu’elle vient de subir.

 16 mai 1244 – le pape Innocent IV annule la sentence d’excommunication que les inquisiteurs ont infligée au comte Raymond VII .

 Novembre 1244 – de retour à Toulouse, le comte Raymond VII, désormais absous de toute excommunication et réconcilié avec le roi de France, réunit sa cour au Château Narbonnais où il arme près de 200 nouveaux chevaliers dont certains ne cachent pas leur proximité avec les cathares.

Janvier 1245soucieux de ne plus interférer dans les affaires religieuses, le comte Raymond VII commence à Narbonne une vaste tournée de ses domaines destinée à restaurer l’unité et la fidélité de ses vassaux. Il s’entoure pour cela du vicomte Amalric, du comte Bernard de Comminges ainsi que des évêques d’Albi et de Toulouse. Il renoue par la même occasion avec l’archevêque Pierre Amiel qu’il accompagne même en compagnie du vicomte Amalric à retrouver à Narbonne son palais diocésain. En gage de réconciliation, Raymond VII et le vicomte de Narbonne retrouvent l'archevêque au couvent des mineurs puis l'accompagnent à pied jusqu'au palais archiépiscopal, tenant chacun, de chaque côté, la bride du cheval sur lequel le prélât avance triomphant.

 

Archevêché de Narbonne
Le Palais Vieux

Commencé son prédécesseur Arnaud-Amalric, le Palais Vieux fut achevé par l'archevêque Pierre Amiel dont il constitua la résidence lorsqu'il était à Narbonne. Celui-ci y préféra toutefois ses châteaux de Capestang, de Monteils ou encore de Pia où quand il n'était pas sur le champ de bataille, il avait pris l'habitude de trouver refuge lorsqu'il se trouvait au centre des tensions qui parcouraient régulièrement les deux quartiers de Narbonne. 

20 mai 1245l’archevêque Pierre Amiel meurt subitement à Narbonne alors qu’il se préparait à partir pour Lyon où devait se tenir un concile. Il a rédigé un nouveau testament en lieu et place de celui qu’il avait préparé en 1238 au moment où il devait rejoindre à Valence le roi Jacques 1er. Il prévoit notamment de faire don au pape Innocent IV de son blé, de son orge et de ses porcs. Il a demandé à être inhumé dans l’église du monastère de Cassan dont il avait été chanoine au début de sa carrière ecclésiastique.

Dès son entrée dans la carrière ecclésiastique, Pierre Amiel s’était inscrit dans les pas du cistercien Arnaud-Amaury, légat du pape puis archevêque de Narbonne qu'il considérait comme son modèle. Il était probablement présent lors du siège de Béziers lorsqu’Arnaud-Amalric avait prononcé son fameux « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens » dont il s’était fait une devise pour lutter contre l’hérésie cathare. Soucieux de défendre les privilèges inhérents à sa charge en matière de revenus et de privilèges, il n’avait cessé de chercher à étendre son pouvoir temporel en qualité de co-seigneur de Narbonne, se mesurant bien souvent au vicomte par le faste de son train de vie. Suivant l’exemple de son prédécesseur Arnaud-Amalric, il laissait à ses chanoines le soin de régler les affaires du diocèse et enfourchait son cheval pour imposer sur le terrain sa qualité de représentant de Dieu n’hésitant pas à brandir, comme  son arme fatale, la menace d’excommunication. Son orgueil et ses excès lui avaient, toutefois, valu de devoir fuir à deux reprises sa ville de Narbonne tant les habitants en étaient exaspérés.  A l’instar d’Arnaud-Amalric, la lutte contre l’hérésie ne serait, selon lui, victorieuse qu’en éliminant physiquement l’hérétique. Il confiait aux inquisiteurs les interrogatoires fastidieux, se réservant la décision de prononcer la sentence. Et c’est à Montségur, le 16 mars 1244, qu’il eut le redoutable honneur, si ce n’est l’inavouable plaisir, de condamner plus de 200 cathares entêtés à être ensemble brûlés vifs. Sa mort constituait, donc, pour bon nombre de méridionaux, un véritable soulagement. 

 28 mai 1245 Guillaume de Broa (ou La Broue), l’abbé de Saint Aphrodise de Béziers est nommé archevêque de Narbonne.

Dès sa nomination, le nouvel archevêque entre dans une polémique avec le rabbin Simeon ben Meïr et les notables juifs de Narbonne et de Capestang. Le rabbin rappelle la fidélité des juifs aux rois chrétiens et leur concours dans la lutte contre les Sarrasins.

 1245 le vicomte de Narbonne Amalric 1er épouse Philippa d’Anduze (Anduze, c.1224-1280), dame de Sommières.

Philippa (ou Philippine) est la fille de Pierre Bermond II d’Anduze (1204-1254) et de Josserande de Poitiers-Valentinois (1206-1251). Pierre Bermond, comte de Gévaudan, seigneur d’Anduze et de Sauve, est lui-même le fils de Constance de Toulouse (c.1180-1260), la fille du comte Raymond VI de Toulouse (1156-122) et de Béatrix de Béziers (1154-1199), fille du vicomte Raymond 1er Trencavel. Philippa est donc, par sa grand-mère, la cousine du comte Raymond VII.

Gruissan - les vestiges de la Tour de Broa
Appelée aussi Barberousse, cette tour érigée en 1247 par l'archevêque de Narbonne Guillaume de Broa constituait la partie dominante du château fort bâti à l'origine à la fin du XIème siècle. Gruissan était alors une co-seigneurie que se partageaient les archevêques et une famille locale. Les Daudé en avaient été les premiers seigneurs, avant les Raissac et les Boutenac ces derniers étant liés aux vicomtes de Narbonne par des alliances matrimoniales . Ces derniers percevaient aussi la moitié des revenus issus des salines et des péages sur le commerce terrestre et maritime, l'autre moitié revenant au vicomte de Narbonne. 

19 avril 1246 – L'archevêque Guillaume de Broa préside à Béziers un concile dont l'objet est de réactualiser plusieurs ordonnances prises l'encontre des juifs à l'occasion d'un synode qui avait eu lieu à Narbonne en 1227. Il est désormais défendu aux juifs d'avoir des nourrices ou des serviteurs chrétiens et d'exercer toute juricature. Les chrétiens ont, en ce qui les concerne, interdiction de prendre un médecin juif et d'avoir quelque commerce avec les juifs sous peine d'excommunication. 

1247 – Le nouvel archevêque Guillaume de Broa entreprend des travaux à Gruissan pour renforcer les défenses de la seigneurie dont il partage la possession avec la famille de Boutenac. Il fait ériger une tour au cœur du château qui coiffe la colline et dresser des fortifications autour du village qui s’est développé en contrebas.

Février 1247 – le comte Raymond VII de Toulouse est convoqué par le roi Louis IX à la cour de France. Il est question pour le souverain de s’assurer que le comte sera bien présent au départ de la future croisade en Terre Sainte qu’il est en train de préparer. Louis craint, en effet, que s’il reste en France, son impétueux vassal n’en profite pour tenter de s’émanciper de la tutelle royale et provoquer un nouveau soulèvement dans des territoires toujours rebelles à la tutelle royale. Il promet au comte, s’il l’accompagne, de lui réattribuer le titre de duc de Narbonne dont il est dépossédé depuis le Traité de Paris (1229). D’autres seigneurs occitans tels qu’Olivier de Termes et Raimond Trencavel se sont déjà engagés à participer à la croisade, y voyant le moyen d’être libérés des sanctions qui leur ont été infligées en tant que « fauteurs d’hérésie. »

Mai 1247 – dans une bulle qu’il adresse aux "docteurs et écoliers" de Narbonne, le pape Innocent IV leur accorde "la dispense de résidence dans les bénéfices dont ils touchent les revenus". Cette mesure concernant d’ordinaire les étudiants à l’Université (studium générale), il apparait que l’ancien archevêque Pierre Amiel et son successeur Guillaume de Broa sont parvenus à faire de la vieille école de la cathédrale un centre d’études attractif comme l’atteste le nombre d’élèves envoyés à Paris pour y étudier la théologie. Cet enseignement tient compte de la nouvelle volonté des autorités ecclésiastiques de disposer argumentaire intellectuel capable d’assurer une approche critique des hérésies.   

14 juillet 1247 – l’archevêque Guillaume de Broa fait don d’un champ au lieu-dit le Breuil à sœur Françoise, l’abbesse de l’ordre de St Damien, une communauté dite de « Pauvres Dames » afin d’y édifier un oratoire et d’y aménager un cimetière pour les religieuses.

Situé dans un secteur encore très rural, le terrain sur lequel les sœurs n’allaient pas tarder à bâtir un monastère se trouvait sur la paroisse dépendant de l’église St Félix. Il semble qu'elles étaient arrivés l'année précédente et s'étaient installés près de l'église St Crescent, un vieux sanctuaire bâti au sud de la ville, le long de l’ancienne Voie Domitienne et du Rech de Veyret, un modeste ruisseau que l’on nommait alors le Rieu Merdier.  

Octobre 1247 – l'archevêque de Narbonne Guillaume de Broa se rend à Lorris où le roi Louis IX tient sa cour et s'engage auprès de lui à faire payer par le diocèse dont il a la charge tous les décimes que le pape à imposé au clergé dans le cadre du financement des campagnes au Moyen Orient.

Août 1248 – le roi Louis IX et le comte Raymond VII se retrouvent à Aigues-Mortes pour y embarquer à destination de la Terre Sainte mais alors que le souverain prend la mer le 25 août accompagné d’Olivier de Termes et de Raimond Trencavel, le comte de Toulouse reste à quai dans l’attente d’un autre navire. Or, celui-ci ne vient pas, repoussant à l’année suivante son départ en croisade.

1248 – l'ancienne basilique St Félix construite au Vème siècle par l'évêque Rustique, est choisie pour devenir l'église de la nouvelle paroisse située rive gauche en amont du rempart, composée des faubourgs de Coyran et Belvèze. Cette paroisse englobe la Juiverie Archiépiscopale de même que la maison des Minorettes, le couvent des Augustins et la chapelle St Laurent de la Maison des Lépreux de Cité.

Octobre 1248 – le comte Raymond VII s’est finalement bien arrangé pour échapper à la croisade. On le retrouve à Avignon puis dans le Rouergue où il rend visite à ses vassaux.

11 juin 1249 – le comte Raymond VII se rend à Agen pour régler un différend entre ses deux vassaux Arnaud-Ot de Lomagne et Géraud d’Armagnac au sujet du château d’Avillar. Il rencontre pour l’occasion l’évêque Guillaume II d’Agen et, par trop désireux d’afficher sa réconciliation avec l’Église après avoir été accusé par la hiérarchie ecclésiastique, durant des années, de complicité avec les hérétiques, il donne l’ordre de faire brûler vifs 80 cathares dans le hameau voisin de Béoulaygues.

On peut toutefois douter de l’authenticité de cet épisode. Il apparaît, en effet, que l’Inquisition, pourtant active dans l’Agenais n’ait, au cours de cette période, prononcé aucune condamnation. On ne trouve trace d’un tel événement que dans la chronique de Guillaume de Puylaurens, connu pour avoir été lui-même impliqué dans l’inquisition. On est en droit de se demander s’il n’a pas voulu valoriser la dernière image du comte du Toulouse en faisant de lui un serviteur hautement de l’Eglise.  

1249 – l’archevêque Guillaume de Broa achève la construction du château de Pia entreprise en 1242 du temps de son prédécesseur Pierre Amiel. Situé au cœur de l’enceinte, le bâtiment dont les murs sont composés de galets de rivière, respecte un plan quadrangulaire.    

Dépendant jusqu’au Xème siècle des vicomtes de Narbonne, la seigneurie de Pia avait été vendue à l’évêque d’Elne avant de passer sous la tutelle des comtes de Roussillon. Dotée de remparts, la ville figurait au début du XIIIème siècle parmi les fiefs appartenant à Arnaud de Salses. Celui-ci les légua en 1233 à Pons-Hugues d’Ampurias qui, 5 ans plus tard, vendit la seigneurie de Pia à l’archevêque Pierre Amiel pour la somme de 40 000 sous Melgoriens.

26 août 1249 – Le comte Raymond VII se rend à Aigues-Mortes pour assister au départ pour la croisade de sa fille Jeanne et de son gendre Alphonse de Poitiers, le frère du roi Louis IX. Ils ne se reverront plus.

                                                                             cliquer sur l'image pour afficher la taille originale

27 septembre 1249
le comte Raymond VII de Toulouse décède à Millau à l’âge de 52 ans.

Il demande dans son Testament être inhumé dans l’abbaye de Fontevraud, près de son aïeul le roi Henri II d’Angleterre, de son oncle Richard Cœur de Lion et aux pieds de sa mère Jeanne.

Sa mort sonne la fin d’une épopée de plus de quatre siècles, depuis la création du Comté de Toulouse par Charlemagne en 778. A l’origine du rayonnement intellectuel de la partie méridionale du royaume de France, la lignée raymondine aura toutefois été prise à son propre piège en laissant se développer une sensibilité religieuse devenue vite une menace pour une Eglise catholique alors jalouse de la défense de sa domination et de ses privilèges. Mais c’est certainement le fait de n’avoir eu qu’une fille unique, Jeanne, qui plus est promise dès son plus jeune âge au frère de Louis IX qui constitue le vrai drame de sa vie. Le comte de Toulouse avait, jusqu’au dernier moment tenté de laisser un héritier mâle sauver la pérennité de son titre mais le pape s'était mis en travers. Ayant, en effet divorcé de sa première épouse Sancie d’Aragon, jugée trop âgée pour lui donner un nouvel enfant, il avait épousé en  1243 Marguerite de la Marche, la fille d’Hugues de Lusignan mais le mariage avait été annulé pour cause de parenté. Il s’était alors tourné vers Sancie de Provence, la fille du comte Raimond-Bérenger IV mais n’avait jamais obtenu la dispense papale nécessaire. Raymond VII avait bien compris qu’en épousant Alphonse de Poitiers, sa fille unique allait offrir "sur un plateau d'argent " le comté de Toulouse à la couronne de France.

Armoiries du Comte Raymond VII de Toulouse
"De gueules à la croix cléchée, vidée et pommetée d'or"



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire