dimanche 1 septembre 2024

Le temps des Omeyyades (720-759)

La conquête musulmane du royaume Wisigoth à partir de 711

711 - Les partisans du roi Wisigoth Wittiza accusent son successeur Rodéric de l'avoir, en fait, éliminé, n'excluant pas, pour s'en débarrasser, de solliciter le concours du califat omeyyade qui s'étend désormais jusqu'à Tanger. Le wali (gouverneur) Moussa ibn Noçaïr (640-716) qui, depuis Tunis, sa capitale, gouverne la province d'Ifriqyia, préfère, alors, se concentrer sur la prise des Iles Baléares qu'il dispute à la flotte byzantine. Il se laisse, cependant, convaincre par le Comte Julien, qui lui résiste avec succès depuis des années à Ceuta, de l'intérêt que pourrait représenter un débarquement en Hispanie. Le Comte Julien (Yulian) est censé représenter les intérêts de l'empire byzantin mais il joue surtout une carte personnelle et, sans que l'on sache si les faits sont avérés ou s'il s'agît d'une légende, il est dit qu'il tenait à se venger de Rodéric qui, alors qu'il était son allié et au nom duquel il gouvernait le sud de l'Andalousie, avait abusé de sa fille Florinda. Après un raid de reconnaissance réussi, Moussa décide, de ce fait, de constituer une vraie force d'invasion. Composée d'environ 7000 hommes, l'armée arabo-musulmane, transportée sur des navires fournis pour la plupart par le Comte Julien, franchit le Détroit de Gibraltar. Conduite par le général Tariq Ibn Ziyad, et bien qu'inférieur en nombreelle affronte victorieusement les Wisigoths le 19 juillet 711 lors de la bataille de Guadalete. Le roi Roderic est tué au cours de l’affrontement en même temps qu’une large partie de la noblesse wisigothe.

Selon la légende, le Comte Julien, gouverneur berbère de Ceuta au nom de l'Empire Byzantin, s'était entendu avec le califat omeyyade pour se venger de Roderic, auquel il était pourtant allié et au nom duquel il gouvernait même quelques villes du sud de l’Andalousie, l’accusant d’avoir abusé de sa fille Florinda, alors qu'il l'avait, en toute confiance, envoyé à Tolède pour son éducation. Il fournit alors aux musulmans les navires nécessaires à la traversée, permettant l’envoi en Hispanie d’une armée de 7 000 hommes, en majorité berbères. Profondément divisé, en proie à des luttes intestines entre familles aristocratiques rivales, prêtes, même, pour certaines à pactiser pour parvenir à leurs fins avec le pouvoir Omeyyade, le royaume Wisigoth va rapidement s’effondrer. Les Arabo-berbères s’emparent de Tolède en 712 puis de Barcelone en 714.

Le général Tariq est rappelé à Damas, laissant à des Omeyyades d’origine arabe le gouvernement des territoires conquis. Second gouverneur d’al-Andalus, Abdelaziz ibn Moça ibn Noçair épouse Egilona, veuve du roi Rodéric, nouvellement convertie à l’islam et prend pour concubines plusieurs princesses gothiques. Soupçonné de tentative de sédition, Abdelaziz est assassiné en mars 716 par Habib ibn Abi Obeïda al-Fihri, un aristocrate membre d’une faction rivale. Critiqué pour sa bienveillance envers les chrétiens, le wali (gouverneur omeyyade) Al-Hurr qui a succédé à Abdelaziz sera remplacé, à son tour, en mars 719 par Al-Samh ibn Malik al-Khawlani.

 Après avoir achevé en 716 la conquête de la péninsule ibérique, pillant les villes et massacrant ou déportant les populations, les troupes arabo-berbères commencent l’année suivante à franchir les Pyrénées, décidés à envahir la Septimanie, seule province rescapée du royaume wisigoth où ont cherché refuge le roi wisigoth Ardo (713-720) et de nombreux habitants fuyant les musulmans. Ils hésitent cependant, craignant une intervention de l’armée franque.

718contraint d’abandonner ses terres d’Hispanie face à l’invasion des armées Omeyyades, le roi wisigoth Ardo installe sa capitale à Narbonne.

Ardo (peut-être le diminutif d'Ardabast) aurait été le second fils de Witiza, roi destitué par Rodéric en 710 bien que cette filiation demeure douteuse. Il était le frère cadet d’Agila II qui avait succédé à Rodéric, tué en 711 au cours de la Bataille de Guadalete. Agila était mort deux ans plus tard après avoir accepté de devenir le vassal du Califat omeyyade et tenté de convertir à l'islam la noblesse wisigothe, pensant, par ce calcul, sauver ce qui pouvait l'être de son royaume. Cette tentative n’avait pas abouti tant elle entravait les ambitions territoriales du général Tariq ibn Ziyad. Ardo voit donc son royaume s’évaporer face à la poussée arabo-musulmane. A la fin de la décennie, il n’est plus réduit qu’à la Septimanie.

Ardo est connu comme le dernier roi wisigoth. On ignore ce qui advint de lui après la prise de Narbonne. On dit qu’il serait mort en 721 mais une source (si ce n'est une légende) prétend qu’il serait réapparu quelques années plus tard en qualité de premier Comte de l’Espagne musulmane et aurait vécu jusqu’en 756. Cette interprétation est cependant contestée par une autre version selon laquelle il aurait fui en compagnie de l’évêque de Narbonne et qu’ils se seraient tous deux réfugiés à Rhedae (Rennes-le- Château), une place forte wisigothe. Ils auraient continué d’assurer la légitimité du pouvoir face à l’envahisseur au moins jusqu’en 726.

719 – une armée arabo-berbère conduite par Al-Samh ibn Malik al-Khawlani (francisé en Zama) s’approche de Narbonne sans réussir à prendre la ville

Automne 720 – forte de 10000 à 12000 hommes, l’armée Arabo-musulmane se présente à nouveau devant Narbonne. Malgré l’importance de ses structures défensives, la ville tombe sans être vraiment assiégée, pour des raisons qui restent encore à éclaircir. Il est vrai que les Arabo-musulmans ont utilisé une flottille de bateaux pour bloquer l’accès à la lagune, rendant impossible l’approvisionnement par le port, même si les effets ne s’en seraient pas ressenti si tôt. On dit, aussi, qu’ils auraient profité de l’ouverture des portes en période de vendanges. Il est sûr que les portes ont été ouvertes mais le fait d’une négligence pour raison de vendanges est plutôt douteux. Il y eut nécessairement une complicité. Le wali (gouverneur) Al-Samh Malikal-Khawlani, qui est à la tête des Arabo-musulmans, fait exécuter tous les hommes ayant participé à la défense de la cité. Les femmes et les enfants sont déportés vers l’Espagne tandis que la ville est mise à sac. Il fait alors venir à Narbonne et ses environs une colonie de familles d'origine berbère à laquelle il distribue des terres et met en place, avant son départ, une garnison d’élite sous le commandement d’Ibn-Aumar.

Les troupes arabo-musulmanes poursuivent rapidement leur progression faisant, dit-on, en une semaine tomber Béziers, Agde, Lodève et Villeneuve les Maguelone. Face à la résistance de Nîmes, Al-Samh choisit, cependant, de battre en retraite vers l’Espagne, ne laissant que de petites garnisons dans les villes qui ont fait leur soumission.

Au XIIème siècle, le géographe andalou Abi Bakr al-Zuhri raconte un fait de cette époque  " Sur la côte, à l'est de Barshalûna (Barcelone), il y a la ville d’Arbûna (Narbonne). C'est le point extrême conquis par les musulmans sur le pays des Francs. On y trouvait la statue sur laquelle était inscrit : "Demi-tour, enfants d'Ismaël, ici est votre terme ! Si vous me demandez pourquoi, je vous dirai ceci : si vous ne faites pas demi-tour, vous vous battrez les uns les autres jusqu'au jour de la Résurrection". Cette ville est traversée en son milieu par un grand fleuve, c'est le plus grand fleuve du pays des Francs ; un grand pont l'enjambe. Sur le dos de l'arche, il y a des marchés et des maisons. Les gens l'utilisent pour aller d'une partie de la ville à l'autre. Entre la ville et la mer, la distance est de deux parasanges, environ 10 km. Les navires venant de la mer remontent le fleuve jusqu'en aval de ce pont. Au centre de la ville, il y a des quais et des moulins construits par les anciens, personne ne pourrait plus en bâtir de semblables".

 Mars 721 – les troupes arabo-berbères d’Al-Samh sont de retour en Septimanie, avec pour objectif de s’emparer de Toulouse. Averti du danger, le duc Eudes d’Aquitaine tente d’obtenir l’appui du royaume des Francs mais Charles Martel, occupé à combattre les Saxons, ne répond pas à son appel. Eudes parvient, malgré tout, à recruter une armée en Neustrie et en Bourgogne renforcée par un fort contingent de mercenaire vascons.

9 juin 721bataille de Toulouse

Venant de Narbonne, le wali Al-Samh a saccagé tout ce qu'il pouvait sur son passage, enrôlant de force des milliers de paysans pour la construction de matériel de siège et le creusement des tranchées. Le duc Eudes tardant à venir, la ville de Toulouse parvient, toutefois, à résister, grâce notamment à la solidité de ses remparts gallo-romains, mais après trois mois de siège, la famine a commencé à s'installer, livrant les habitants au désespoir. Le 9 juin, Eudes arrive enfin.

Défaite des Sarrasins devant Toulouse par Eudes, duc d'Aquitaine
Gravure de Nicolas Tardieu (c. 1730)
Encerclant l'armée arabo-musulmane durant son campement, les soldats du Comte Eudes provoquent la panique. Le whali est tué tandis que le reste de ses troupes parvient à fuir en direction de l'Espagne, dénombrant des pertes importantes.

A la tête de ses combattants, le duc Eudes d’Aquitaine surprend l’armée arabo-musulmane alors qu’elle campe paisiblement dans la plaine de Castanet. Bien que supérieurs en nombre, les Arabo-musulmans, encerclés, essuient de lourdes pertes dont leur chef, le wali Al-Samh, tué alors qu’il tente de prendre la fuite. Son second Abd Al-Rahman al-Ghafiqi  prend le commandement des restes de l’armée musulmane qu’il parvient à ramener en Espagne. On évalue au nombre des 3750, les soldats arabo-berbères tués au cours de cette bataille, tandis que les pertes des troupes aquitaines sont estimées à 1200 hommes. En août 721, Abd Al-Rahman est relevé de son commandement par le calife Yazid II au profit d’Anbaza ibn-Suhaym al-Kaibi (Ambiza)

722  - Le wali d’al-Andalus Ambiza entreprend une campagne de razzias en Septimanie et en Narbonnaise. Celles-ci se poursuivent en 723 et 724

725 – Après s’être emparé de Carcassonne, Ambiza quitte ses quartiers de Narbonne (renommée Arbuna), élevée au rang de capitale d’une des cinq provinces d’Al-Andalus (c'est-à-dire Cordoue, Mérida, Tolède et Saragosse), pour marcher avec son armée vers Nîmes qui résiste aux Arabo-musulmans depuis 6 ans.

Il parvient à prendre la ville en se prévalant d’une légitimité que lui aurait conféré la conquête du royaume wisigoth mais le duc Eudes lui barre la route du retour. Il est alors contraint, avec ses troupes, de remonter la Vallée du Rhône. Celles-ci marchent jusqu’à Autun, en Bourgogne, qu’elles prennent le 22 août 725 après un siège rapide. Elles mettent le feu à la cathédrale et mettent la ville à sac, s'emparant d'une part de ses richesses. Poursuivant sa route, Ambiza et son armée dévastent le monastère de Luxeuil avant d'être repoussés à Sens. Ambiza meurt à son arrivée à Narbonne en décembre 725, des suites de ses blessures.

Décembre 725Udra ibn Abd Allah al-Fihri succède à Ambiza en qualité de wali. Installé à Narbonne, il tente de faire reconnaître son autorité sur la péninsule ibérique avant de mourir  trois mois plus tard en mars 726.

Mars 726Yaha ibn Salama succède à Udra mais sa dénonciation des pillages dont les musulmans se rendent coupables envers les chrétiens lui valent d’être démis de ses responsabilités au bout de deux ans.

730 – Connu pour avoir assuré le commandement de l’armée arabo-berbère après la déroute de la bataille de Toulouse (721), Abd Al-Rahman, wali d’Al-Andalus depuis 728 se prépare à conquérir à nouveau l’Aquitaine après que le duc Eudes ait tenté de sceller une alliance avec le Berbère Munuza Utman ibn Naïssa, gouverneur musulman de Catalogne, en révolte contre le pouvoir omeyyade mais aussi connu pour sa cruauté envers les chrétiens.

Eudes avait marié sa propre fille Lampégie à Munuza dans la perspective de renforcer les frontières de son duché face à la pression exercée par les walis d’al-Andalus. Abd Al-Rahman met un terme à la dissidence en assiégeant Munuza dans sa forteresse de Llivia. Celui-ci préfère se donner la mort avant d’être fait prisonnier tandis que son épouse est envoyée en captivité à Damas et placée dans le harem du calife Hicham. De leur côté, les Francs n’avaient pas reconnu ce mariage interreligieux qu’ils considéraient comme une trahison pouvant servir, si nécessaire, à une invasion de l’Aquitaine.

732 – Parti de Pampelune où il a passé l’hiver, Abd Al-Rahman se dirige vers l’Aquitaine à la tête d’une armée composite formée de 50 000 cavaliers berbères auxquels viennent s’ajouter des milliers de fantassins venus d’Arabie, d’Egypte, de l’Atlas ou de Syrie. On y trouve aussi des juifs et des chrétiens convertis à l’Islam.

Juin 732 – après avoir dévasté la vallée de l’Adour et brûlé l’abbaye de Saint Sever, les troupes d’Abd Al-Rahman se présentent devant Bordeaux. Blessé à plusieurs reprises, le duc Eudes doit battre en retraite et ne peut empêcher les Arabo-musulmans de s’emparer de la ville. Les défenseurs sont massacrés tandis que les femmes et les enfants sont envoyés en esclavage. Quelques habitants parviennent toutefois à s’enfuir par la Gironde et se réfugient à Blaye.

Juillet 732Eudes est parvenu à rassembler une troupe de cavaliers vascons appuyés par les soldats qui ont survécu à la première bataille de Bordeaux. Une seconde bataille est engagée mais les Aquitains mal armés ne peuvent résister face aux Arabo-musulmans et prennent la fuite, pour la plupart. L’armée d’Abd-Al Rahman se scinde alors en trois groupes : l’un s’empare de Blaye, massacrant tous ceux qui refusent de se convertir à l’islam, le second prend Libourne et incendie la ville tandis que le gros des troupes poursuit sa route vers Saintes, pillant et dévastant les églises et les monastères. Eudes a, pendant ce temps, couru vers Paris afin d’y implorer le secours de Charles Martel. Son appel est entendu.

La Bataille de Poitiers
Charles Auguste Steuben (1837)
Château de Versailles
Dans la mêlée, l'armée de Charles Martel sème l'effroi parmi les troupes arabo-musulmanes tandis que le wali Abd-al-Rahman, reconnaissable à une longue barbe blanche résiste, malgré la flèche qui lui a perforé la cuisse
.

25 octobre 732
– après avoir pillé et brûlé les environs de Poitiers sans pour autant s’emparer de la ville, l’armée d’Abd-Al-Rahman, ralentie par l’importance de son butin et le nombre de captifs destinés à l’esclavage fait face à l’armée franque conduite par Charles Martel. Le choc est d’une extrême violence mais les Francs prennent peu à peu le dessus. Abd-al-Rahman est tué au combat tandis que ses troupes se dispersent, n’hésitant cependant pas à mettre à profit leur retraite précipitée pour se livrer à de nouveaux pillages. La plupart se réfugient en Septimanie

732Yusuf ibn Abd Al-Rahman est nommé gouverneur de Narbonne suite à la défaite de Poitiers.

733Abd Al Malik ibn Qatan al-Fihri, nommé wali d’al-Andalus depuis la mort d’Abd-al-Rahman part de Narbonne pour une nouvelle campagne de razzias vers le Rhône. Aucune des opérations menées ne donnent de résultat, hormis quelques pillages.

734 - Yusuf ibn Abd Al-Rahman, gouverneur de Narbonne, occupe la ville d’Avignon après s’être allié avec le duc Mauronte de Marseille, soucieux de préserver son indépendance face à la pression de Charles Martel et ses alliés.

735 – Arles tombe également aux mains du gouverneur Omeyyade de Narbonne renforçant la puissance du califat dans le Bas-Rhône.

737Charles Martel envoie son demi-frère le duc Childebrand 1er reprendre Arles et  Avignon avant de le rejoindre. Après avoir incendié la ville d’Avignon, les Francs en profitent pour dévaster la région, tandis que Mauronte se réfugie à Marseille. Pour le récompenser de cette campagne victorieuse, Charles Martel gratifie Childebrand du titre de duc de Provence.

Fort de ces victoires sur les Omeyyades, Charles Martel prend alors le parti de franchir le Rhône pour se lancer à la conquête de la Septimanie avec pour objectif la prise de Narbonne. Il s’empare de Nîmes mais se contente de mettre le feu aux arènes. Childebrand est à ses côtés. Il ne rencontre dans sa progression qu’une faible opposition, se heurtant juste sur les bords du Gardon, du côté de Montfrin, à une troupe arabo-musulmane qu’il met en déroute, lui infligeant des pertes significatives. On raconte, à ce sujet, qu’il faudra trois jours pour enterrer les morts arabes tandis qu’une source miraculeuse, connue sous le nom de Font-Cluse (commune de Meynes) sera reconnue pour avoir non seulement  guéri les blessures des Francs mais pour ses bienfaits apportés à François 1er, Marguerite de Valois ou encore Louis XIII lors de leur passage

La Berre. C'est le long de cette paisible rivière qui se jette
dans l'Etang de Bages-Sigean que s'est déroulée en 737,
une bataille entre les Francs de Charles Martel et les troupes
 arabo-musulmanes d'Umar ibn Halid. Malgré une victoire
 écrasante, Charles Martel refuse d'entrer dans Narbonne,
craignant, peut-être, l'hostilité des habitants chez qui le
souvenir des exactions des Francs en Septimanie est
toujours vivace.  

La Bataille de La Berre (Birra)

De peur que Narbonne ne tombe aux mains des Francs, le wali d’Al-Andalus Uqba ibn al-Hajjaj (Ocba) envoie des renforts au gouverneur de Narbonne. Placés sous le commandement d’Umar ibn Halid (Amoroz), les fantassins et le matériel sont acheminés par bateaux au départ de la Catalogne afin de gagner du temps pendant que les cavaliers font le trajet par les Pyrénées. Constatant à leur arrivée que les Francs ont entravé, au moyen de béliers, l’accès à Narbonne par l’Aude, les navires acheminant les troupes arabo-berbères  ne peuvent les débarquer qu’au fond de l’étang de Bages-Sigean à l’embouchure de la Berre, en aval du défilé de Portel, non loin d’un ancien palais Wisigoth, (certainement le Castell, dont la construction remonterait à Athaulf).

Informé de leurs mouvements, Charles Martel provoque la surprise en surgissant à la tête de ses Francs. Il tue lui-même Umar ibn Halid tandis que les Arabo-Berbères cèdent à la panique et tentent, dans la confusion, de rejoindre leurs vaisseaux. La plupart sont massacrés, une partie des fuyards se noient dans les marais tandis que d’autres, qui se sont réfugiés dans la Clape sont massacrés les uns après les autres. Seuls quelques rescapés parviennent à se faire ouvrir les portes de Narbonne.

Malgré la défaite retentissante qu'il vient d'infliger aux troupes arabo-musulmanes lors de la Bataille de La Berre, Charles Martel suspend le siège de la ville de Narbonne et reprend sa route vers la vallée du Rhône, pillant toutefois au passage les villes de Béziers, Agde, Maguelonne et Nîmes qui ont toutes pactisé avec les Omeyyades . Beaucoup de raisons ont été évoquées telles que la menace que représente le nouveau Duc d'Aquitaine Hunald, ou bien celle du duc Mauronte, ou encore l'approche de l'hiver, voire le manque de matériel. Peut-être a-t-il, en fait, estimé que l'enjeu stratégique que représentait Narbonne n'était tout simplement pas prioritaire dans un contexte où les Francs étaient regardés avec une réelle hostilité, d'autant qu'à Paris, les évènements réclamaient sa présence au plus vite. 





737 Bien qu’ayant remporté une victoire de premier plan à proximité de la ville, Charles Martel (c.688-741) décide de  ne pas entrer dans Narbonne. La question qui fait toujours débat concerne la véritable raison de cette décision. Alors qu’il venait de prendre des villes de premier plan telles qu’Arles et Avignon, en quoi la prise de Narbonne posait-elle problème ? Peut-être jugeait-il prématuré d’intégrer, sans risque de soulèvement, au domaine Franc des terres qui portaient encore une forte empreinte Wisigothe. Peut-être Charles Martel considérait-il aussi que le fait d’avoir par deux fois en cinq ans vaincu de façon indiscutable les Arabo-Musulmans lui donnait suffisamment de poids pour asseoir l’avenir de sa progéniture sans devoir pour autant s’arrêter sur la prise d’une ville dont la conquête semblait assurée à terme. La victoire de la Berre lui donnait, de toute façon, l’assurance que la progression territoriale arabo-musulmane n’irait plus au-delà de Narbonne.

On peut aussi supposer que l’’automne avançant et la cité de Narbonne bien mieux défendue que ne l’avaient été Arles et Avignon, le siège pouvait durer plusieurs semaines rendant bien plus délicat le retour vers Paris d’une armée partie en campagne depuis le printemps. Il faudrait en effet compter un mois pour effectuer le voyage du retour et l’arrivée de l’hiver rendrait vite les routes impraticables. Charles  avait de plus été informé que le roi mérovingien Thierry IV venait de mourir sans descendance. Or, étant donné qu’il avait lui-même assumé tous les pouvoirs depuis l’accession au trône de Thierry, agissant en fait comme un roi sans en avoir le titre, il lui fallait retourner à Paris au plus vite pour trouver une solution à la vacance du trône. Narbonne pouvait donc attendre.

741 Omar ibn Omar devient gouverneur (wali) de Narbonne

747Yusuf ibn Abd-al-Rahman al-Fihri occupe les fonctions conjointes de gouverneur de Narbonne et de wali d’Al-Andalus.

Issu d’une famille aristocratique qui, du fait de sa proximité avec la dynastie omeyyade, avait, en échange été gratifiée de hautes charges administratives, Yusuf tente de maintenir son pouvoir dans l’Al-Andalus après avoir négocié une trêve avec les Berbères révoltés et surtout malgré la chute du califat Omeyyade et l’avènement en 750 des Abbassides, la dynastie rivale. Il se heurte cependant au prince  Abd-al-Rahman, qui a fui Damas pour échapper aux Abbassides qui viennent de renverser la dynastie Omeyyade dont il est issu. Abd-al-Rahman tente de rallier des soutiens pour maintenir al-Andalus dans le giron omeyyade. Il s’empare de Malaga et Séville mais Yusuf Al-Fihri qui a rassemblé de son côté une troupe de partisans marche à sa rencontre, décidé à conserver l’indépendance qu’il a peu peu acquise. Les deux camps se livrent bataille en mai 756 du côté de Cordoue. Yusuf al-Fihri est défait et s’enfuit vers Tolède tandis qu’Abd Al-Rahman devient le premier émir indépendant de Cordoue, conservant ainsi al-Andalus aux Omeyyades.

750L’isolement dont souffre la ville de Narbonne se traduit par une baisse constante de l’activité économique. Le manque de main d’œuvre se traduit aussi par un abandon progressif des terres agricoles. La famine s’installe, au cours de l’hiver en raison des pauvres récoltes.

751 le duc Waïfre, petit fils d’Eudes d’Aquitaine, tente de s’emparer de Narbonne mais son entreprise est un échec.

Les révoltes internes qui, depuis quelques années ne cessent d’affaiblir le pouvoir arabo-musulman, ont ravivé l’intérêt que représente la ville de Narbonne en tant que porte d’accès à la Méditerranée. Une course est en train de s’engager entre les Ducs d’Aquitaine et les Francs pour la possession de ce territoire devenu stratégique. Leur rivalité remonte au début du VIIIème siècle à l’époque où Eudes duc d’Aquitaine et Charles Martel, Maire du Palais d’Austrasie s’étaient disputé la succession du royaume de Neustrie. Alliés de circonstance pour stopper l’avancée de l’armée arabo-musulmane et remporter en 732 une victoire décisive à Poitiers, ils n’avaient pas tarder à se retrouver de bonnes raisons de se faire la guerre. Les deux protagonistes étant morts, leurs successeurs allaient reprendre à leur compte leurs luttes territoriales.

752Craignant que les Aquitains ne parviennent à étendre leur influence sur la Septimanie, Pepin le Bref, nouveau roi des Francs, décide d’assiéger Narbonne. Il veut toutefois éviter de répéter certaines erreurs de son père Charles Martel, en s’entendant avec des représentants de la noblesse wisigothe locale qui eux aussi, souhaitent en finir avec l’occupation arabo-musulmane. L’opération s’enlise cependant. La ville résiste et Pépin doit se retirer. Il s’allie, alors, avec le Comte goth Ansemond qu’il charge de maintenir la pression sur les assiégés dans l’attente d’un moment plus favorable.

Pépin le Bref avait été proclamé roi des Francs l’année précédente, après avoir relégué dans un monastère le dernier représentant des Mérovingiens, Childéric III. Il s’était fixé pour objectif d’unifier la Gaule sous sa bannière, prêt pour y parvenir à s’engager dans une confrontation sans relâche avec le Duc d’Aquitaine

De son côté, Ansemond, Comte de Nîmes, était parvenu à s’émanciper de l’occupation arabo-musulmane en reformant un petit état indépendant autour des villes de Béziers, Agde et Maguelone. Afin de sceller son entente avec Pépin, il lui fallut cependant renoncer à son titre de Comte de Nîmes, qui échût à Radulfus. Il pût, dès lors, se consacrer pleinement au siège de Narbonne.

754Ansemond est tué devant une porte de Narbonne par un de ses domestiques, Emenard à l’instigation d’un groupe de nobles wisigoths hostiles à toute alliance avec les Francs.

Beaucoup de chrétiens résidant à Narbonne s’étaient, en fait, plutôt bien accommodés de la domination arabo-musulmane. La cohabitation avec les nouveaux arrivants pour la plupart d’origine berbère s’était avérée plutôt paisible. Il ne leur en coûtait, de plus, qu’un impôt, le dhimmi, pour pratiquer librement leur culte et fréquenter les églises. Celles-ci, par ailleurs n’avaient pas subi de dommages particuliers hormis, peut-être St Rusticus, convertie en mosquée. En revanche, le passage de Charles Martel en 737 avait laissé des sentiments mitigés au sein de la population, choquée par la violence affichée de l’armée franque. Pour un certain nombre d’habitants, il était simplement impensable de pactiser avec les Francs.

Ansemond laissait un fils, Witiza, né en 750, dont le nom seul pouvait rappeler son origine wisigothe. La tradition le confond effectivement avec St Benoit d'Aniane, fils du Comte de Maguelonne, membre éminent de l'aristocratie wisigothe qui reçut son éducation auprès de la Cour de Pépin le Bref

 La vindicte du parti anti-franc est telle que la propre épouse d’Ansemond, Caunia, est tuée à Nîmes au cours des troubles qui ont éclaté dans la cité.

756 – les Francs reprennent le siège de Narbonne. Ils cherchent à s’allier avec la population gallo-romaine et wisigothe, promettant de protéger leurs lois et leurs coutumes s’ils participent à la défaite des arabo-musulmans.

759les Francs de Pépin le Bref se font ouvrir les portes de Narbonne après un siège qui aura duré près de 7 ans. Les Francs ont fini par s'assurer le concours de la population wisigothe pour neutraliser et massacrer la garnison arabo-musulmane qui tenait la ville.

Cette victoire sonne le glas de l’occupation arabo-musulmane en Septimanie. Ses derniers représentants doivent se replier vers l’Espagne, fuyant les troupes de Pépin le Bref  qui après avoir investi Narbonne se dirigent maintenant vers les Pyrénées.



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