vendredi 6 septembre 2024

Narbonne sous les Carolingiens (VIIIème - Xème siècle)

 

750 – L’isolement dont souffre la ville de Narbonne a, pour conséquence, une baisse continue de l’activité économique. Le manque de main d’œuvre se traduit, aussi, par un abandon progressif des terres agricoles. La famine s’installe, au cours de l’hiver, en raison des pauvres récoltes.

751 le duc Waïfre, petit fils d’Eudes d’Aquitaine, tente de s’emparer de Narbonne mais son entreprise est un échec.

Les révoltes internes qui, depuis quelques années ne cessent d’affaiblir le pouvoir arabo-musulman, ont ravivé l’intérêt que représente la ville de Narbonne en tant que porte d’accès à la Méditerranée. Une course s'est engagée entre les Ducs d’Aquitaine et les Francs pour la possession de ce territoire redevenu stratégique. Leur rivalité remonte au début du VIIIème siècle, à l’époque où Eudes duc d’Aquitaine et Charles Martel, Maire du Palais d’Austrasie, s’étaient disputé la succession du royaume de Neustrie. Alliés de circonstance pour stopper l’avancée de l’armée arabo-musulmane et remporter en 732 une victoire décisive à Poitiers, ils n’avaient pas tarder à se retrouver de bonnes raisons de se faire la guerre. Les deux protagonistes étant morts, leurs successeurs allaient reprendre, à leur compte, leurs luttes territoriales.

Pépin le Bref
Tableau de Louis Félix Amiel (1837)
Musée Historique de Versailles
C'est après un siège de neuf ans qu'il parvient, enfin, à chasser l'administration arabo-musulmane de Narbonne, profitant opportunément des luttes fratricides qui, en opposant les Omeyyades aux Abbassides, préfigurent, en fait, leur expulsion à venir de la Septimanie.  


752Craignant que les Aquitains ne parviennent à étendre leur influence sur la Septimanie, Pepin le Bref, nouveau roi des Francs, décide d’assiéger Narbonne. Il veut, toutefois, éviter de répéter certaines erreurs de son père Charles Martel en s’entendant avec des représentants de la noblesse wisigothe locale qui eux aussi, souhaitent en finir avec l’occupation arabo-musulmane. L’opération s’enlise cependant. La ville résiste et Pépin doit se retirer.  Conscient qu'il lui est nécessaire de sceller des accords avec l'aristocratie locale, il s’allie avec le Comte goth Ansemond qu’il charge de maintenir la pression sur les assiégés dans l’attente d’un moment plus favorable.

Pépin le Bref (714-768) avait été proclamé roi des Francs l’année précédente, après avoir relégué dans un monastère le dernier représentant des Mérovingiens, Childéric III. Il s’était fixé pour objectif d’unifier la Gaule sous sa bannière, prêt pour y parvenir à s’engager dans une confrontation sans relâche avec le Duc d’Aquitaine

De son côté, Ansemond, Comte de Nîmes, était parvenu à s’émanciper de l’occupation arabo-musulmane en reformant un petit état indépendant autour des villes de Béziers, Agde et Maguelone. Afin d'entériner son entente avec Pépin, il renonça à son titre de Comte de Nîmes, qui échût à Radulfus, (certainement un Franc) pour se consacrer pleinement au siège de Narbonne.

754Ansemond est tué devant une porte de Narbonne par un de ses domestiques du nom d'Emenard à l’instigation d’un groupe de nobles wisigoths hostiles à toute alliance avec les Francs.

Beaucoup de chrétiens résidant à Narbonne s’étaient, en fait, assez bien accommodés de la domination arabo-musulmane. La cohabitation avec les nouveaux arrivants pour la plupart d’origine berbère s’était avéré plutôt paisible. Il ne leur en coûtait, de plus, qu’un impôt, le dhimmi, pour pratiquer librement leur culte et fréquenter les églises. Celles-ci, par ailleurs n’avaient pas subi de dommages particuliers hormis, peut-être St Rusticus, convertie en mosquée. En revanche, le passage de Charles Martel, en 737, avait laissé des sentiments mitigés au sein de la population, choquée par la violence affichée de l’armée franque. Pour un certain nombre d’habitants, il était simplement impensable de pactiser avec les Francs.

 La vindicte du parti anti-franc est telle que la propre épouse d’Ansemond, Caunia, est tuée à Nîmes au cours des troubles qui ont éclaté dans la cité.

756les Francs reprennent le siège de Narbonne. Désormais soucieux de s'attirer le soutien de la population gallo-romaine et wisigothe, ils promettent de protéger leurs lois et leurs coutumes s’ils participent à la défaite des arabo-musulmans.

757 – l'évêque Aribert de Narbonne reçoit du pape Etienne II l'ordre d'interdire aux propriétaires juifs d'employer des chrétiens, conformément aux canons établis en 506 lors du Concile d'Agde. 

La communauté juive installée à Narbonne dès le 1er siècle de l'Empire Romain était particulièrement bien intégrée au sein de la cité. Elle comprenait notamment plusieurs familles dotées d'importants patrimoines fonciers dont des salines, utilisant depuis de nombreuses générations une main d'œuvre chrétienne. Les exigences du pape n'eurent d'ailleurs qu'une faible incidence sur les usages. Le roi Pépin le Bref, lui-même, préféra ne rien changer des habitudes, permettant aux riches juifs narbonnais de conserver une respectabilité qui n'avait rien à envier à l'aristocratie. 

759les Francs de Pépin le Bref se font ouvrir les portes de Narbonne après un siège qui aura duré près de 7 ans. Ils se sont assuré le concours de la population wisigothe pour neutraliser et massacrer la garnison arabo-musulmane qui tenait la ville. En échange, Pépin accorde aux Narbonnais le droit de jouir perpétuellement de toutes leurs anciennes Lois, Libertés et Coutumes. La tradition relate, à ce propos, les aventures du chevalier Aymeri de Narbonne, au service de Charlemagne, qui aurait, notamment, repris Narbonne aux Sarrasins.

Cette victoire sonna le glas de l’occupation arabo-musulmane en Septimanie. Ses derniers représentants durent se replier vers l’Espagne, fuyant les troupes de Pépin le Bref qui, après avoir investi Narbonne, se dirigèrent vers les Pyrénées.

759 – le roi Pépin le Bref fait don à l'archevêque Daniel de Narbonne de la moitié de la Cité. Cette donation comprend les tours et les dépendances à l'intérieur aussi bien qu'à l'extérieur ainsi que la moitié des droits du commerce, tonlieux et droits de port, des salines et navires naufragés. Le fait que l'original ait été perdu peut laisser planer un doute sur la teneur précise d'une cession aussi avantageuse geste mais elle sera bien confirmé un siècle plus tard par le roi Charles le Simple.

760 – la prise de Narbonne permet à Pépin de porter ses efforts de guerre contre le Duché d’Aquitaine. Il laisse pour cela le gouvernement de Narbonne au Comte Milon (c.735-790), un Wisigoth dont il s’est assuré la fidélité

Les origines de Milon sont sujettes à diverses interprétations. Il aurait notamment exercé ses fonctions en 752 et 753 à une date où Narbonne était sous administration arabo-musulmane, laissant supposer qu'il appartenait à l'aristocratie wisigothe locale. Or, certaines sources évoquent un Milon issu de la famille des Guérinides originaire de Thurgoviece qui l'apparenterait aux Carolingiens et pourrait aussi justifier le fait qu'il soit resté gouverneur de Narbonne probablement jusqu’à l’année de sa mort en 790 ou 791. Il passait, de toute façon, pour un personnage considérable puisqu'il avait le privilège de pouvoir battre monnaie. Il passe aussi pour avoir été le fondateur de l’abbaye de Caunes

767 - Aymeric (720-796), nommé aussi Théodoric, devient le premier duc, marquis et comte de Narbonne. Il appartient à la noblesse franque par ses parents Thierry d'Autun et Rolinde d'Aquitaine. Il possède aussi, grâce à sa mère, des liens avec la région. Il est, surtout, le neveu de Pépin le Bref, et donc, le cousin de Charlemagne par son mariage avec Aude (Alda) la fille de Charles Martel.

On peut le rapprocher du chevalier Aymeri, héros de la littérature épique médiévale bien qu'il existe, en parallèle, une généalogie quelque peu aventureuse qui l'assimilerait à Makhir, un haut dignitaire juif de lignée royale, accueilli avec tous les honneurs à la cour de Charlemagne sur la recommandation du calife de Bagdad al-Mansur, avec pour mission de diriger les communauté juives du royaume.  

768 – l'évêque Aribert se voit attribuer le terroir de Gruissan par Pépin le Bref, une dotation qui sera transmise aux archevêques successifs. Celle-ci comprend également des droits sur la navigation et les salines. 

768 - Charlemagne fait fortifier la ville de Narbonne. 

778 - Des réfugiés (auxquels on donnera bientôt le nom d'Hispani) conduits par le chef Ildéric se présentent devant Narbonne après avoir fui l'Espagne où, depuis qu'ils ont été chassées de Septimanie, les arabo-musulmans ont entamé une nouvelle politique de conversions forcées des chrétiens aussi bien que de réduction en esclavage. Charlemagne, qui vient d'échouer dans sa tentative de prendre la ville de Saragosse, leur cède, à titre héréditaire, toutes les terres incultes de ses domaines de Narbonne, Béziers et Perpignan en contrepartie d'un service militaire.

779 – Suite au souhait du pape Etienne III de se rapprocher de la royauté franque, douze évêques francs sont invités à participer au Concile de Rome. Daniel, évêque de Narbonne, prend ainsi le chemin de l'Italie. C'est la première fois qu'un évêque de Narbonne participe à un concile romain. Il devient aussi le premier co-seigneur de Narbonne. 

19 janvier 779 - signature de la charte de fondation d'une l'abbaye à "Novalius" (abbaye de Lagrasse) sur les restes d'un ancien monastère. Rattachée à l'ordre de Saint Benoît et dirigée par Nimfridius, qui deviendra 20 ans plus tard évêque de Narbonne, celle-ci reçoit la protection de Charlemagne.

781Charlemagne incorpore la Septimanie au Royaume d’Aquitaine qu’il vient de créer pour son fils Louis, alors âgé de 3 ans.

782 - En provenance d'Espagne, sa terre natale, Agobard (c.769-840) vient s'installer à Narbonne où il va résider durant quelques années. Il est accompagné d'un autre jeune homme nommé Attala. On ne sait que peu de chose de leur formation mais il est probable qu'ils aient fait la connaissance de Benoît d'Aniane, le fils du Comte de Maguelonne qui, après avoir opté pour la vie monastique venait de fonder, sur les bords de l'Hérault, l'abbaye qui devait porter son nom. 

Agobard quitta Narbonne pour Lyon, semble-t-il en 795 pour y être ordonné prêtre et s'élever dans la hiérarchie ecclésiastique jusqu'à être nommé évêque de Lyon en 816, succédant ainsi à Leidrade. Très impliqué, dès lors, dans la vie politique, il participa activement à la "Querelle des Images", s'affirmant clairement en faveur du parti iconoclaste. Il prit, par la suite, le parti de Lothaire contre son père Louis le Pieux, ce qui lui valut la disgrâce et l'exil avant une tardive réhabilitation. Quant à Attala, il partit, dès l'année suivante, dans la Haute Vallée de l'Aude, fonder le monastère bénédictin de St Polycarpe, nommé ainsi en hommage à un évêque martyr du temps de l'empereur Marc Aurèle.

3 juin 782 – Au terme d’un plaid qui se tient à Narbonne, dans l'église Sainte Marie, les commissaires de Charlemagne donnent raison à l’archevêque Daniel suite à l'audition de témoins dans un litige qui l’oppose au Comte Milon au sujet de la sécularisation  de terres appartenant aux églises de Saint Just, Saint Pasteur, Saint Paul et St Etienne. Milon prétendait les tenir de Charles Martel mais ne pouvant en apporter le preuve écrite, il fut condamné à restituer les 54 domaines qu'il avait usurpés. 

C'est la première fois qu'est citée l'église Sainte Marie, future Notre-Dame de Lamourguier. Elle y est dite "infra muros civitatis Narbonae" laissant supposer que le quartier où elle est bâtie, situé sur la rive droite de l'Aude, aurait dès cette époque été protégée par un rempart. Cela signifierait qu'en 768, Charlemagne aurait non seulement fait renforcer les vieilles fortifications romaines de la cité mais qu'il ait dès cette époque, protégé par un mur le tout jeune quartier qui se développait autour de l'église Saint Paul. Côté rive gauche, la cathédrale fut, à cette époque, dédiée à St Just et Pasteur, martyrisés tous deux près de Madrid sous l'empereur Dioclétien. Le culte de ces deux saints, très répandu en Hispanie depuis le IVème siècle fut popularisé en Septimanie au moment de l'arrivée massive à Narbonne de réfugiés. L'évêque d'Orléans Théodulf relata, en effet, lors de son passage à Narbonne en 798, la présence importante de Goths.

788 Un grand concile regroupant 26 évêques de Septimanie, de Provence et de la Marche d'Espagne est réuni à Narbonne à l'invitation de Charlemagne. Sont notoirement présents  Elifantus d'Arles, Harmond d'Uzès, Hispicio de Carcassonne, Wittering de Nîmes, Just d'Agde, Wenederius d'Elne, Jean de Maguelonne, Arricius de Toulouse, Felix d'Urgell, Ataülf de Gérone, Salicus d'Orange, Amatus de Carpentras, Lupus de Cavaillon et Magnificus d'Apt, Une des affaires évoquées concerne les litiges territoriaux qui opposent l’évêque de Narbonne Daniel aux évêques voisins d'Elne et de Béziers. Le premier concerne le pagus Redensis (peut-être le Fenouillèdes ou le Razès) dont l'évêque d'Elne s'est attribué la juridiction tandis que l'évêque de Béziers aurait tenté d'empiéter sur la rive gauche de l'Orb au détriment du pagus Narbonensis. Au terme des discussions, Daniel obtint gain de cause et put réintégrer les territoires disputés sous la juridiction de Narbonne. 

790 – Guillaume dAquitaine, fils du Comte Thierry d'Autun et par sa mère d'Aude, fille de Charles Martel et donc cousin de Charlemagne, est nommé Comte de Toulouse, duc d'Aquitaine et marquis de Septimanie. Il a en charge la défense du Royaume d'Aquitaine au nom du jeune roi Louis, encore mineur.

Guillaume d'Aquitaine dit "Guillaume de Gellone" (750-814)
 tableau de Simon Vouet (c.1625)
Musée du Louvre
Il est le fils d'Aymeric (ou Théodoric), premier Comte, Duc et Marquis de Narbonne, lui-même fils du Comte Thierry d'Autun d'où le fait qu'on le nomme Hugues de Bourgogne. Il était issu de la haute noblesse franque. mais aussi, par sa mère, le cousin de Charlemagne. Celui-ci le plaça aux côtés de son jeune fils Louis qu'il venait de nommer roi pour assurer la défense militaire de l'immense territoire occupé par l'Aquitaine, la Septimanie et la marche d'Espagne. Une fois achevée sa mission, il se rapprocha de Benoit d'Aniane et fonda, en 804, dans les gorges de l'Hérault, un établissement religieux sous la règle de Saint Benoît qui va devenir l'abbaye de Gellone (St Guilhem du Désert)












791Magnarius a succédé au Comte Milon en qualité de gouverneur de Narbonne. C'est peut-être à partir de cette époque que la seigneurie épiscopale de Narbonne se voit adjoindre un co-seigneurie temporelle (vicomté) qui lui est vassale tout en partageant la ville en deux parties détenues par l'un ou l'autre des co-seigneurs.

793 une troupe arabo-musulmane sous la conduite d’Abd-al-Malik opère une razzia à Narbonne. Forte d'environ 10 000 hommes, son armée s'est d'abord emparé de Gérone avant de prendre le chemin de la Septimanie. Faute de pouvoir entrer dans la ville, les assaillants mettent à sac les faubourgs avant de se diriger vers Carcassonne. Ils sont stoppés dans leur progression par les hommes du Comte de Toulouse Guillaume (futur Guillaume de Gellone) au confluent de l’Aude et de l’Orbieu, en un lieu dit Aleschans que l'on situe non loin de Villedaigne. Les Francs subissent, toutefois, un revers et les arabo-musulmans, bien qu'épuisés et privés de leur chef Ab-al-Malik, tué au combat, peuvent repartir vers l'Espagne avec leur butin et des captifs.

799 - Nimfridius succède à Daniel en qualité d'évêque de Narbonne. A peine élevé à ce poste, il est envoyé en  mission en Septimanie et dans la Marche d'Espagne pour combattre l'adoptionisme, une hérésie qui a pris de l'ampleur dans les milieux ecclésiastiques sous l'impulsion de l'évêque Felix d'Urgell, imposant une théorie selon laquelle Jésus ne serait devenu fils de Dieu qu'après avoir été baptisé par St Jean-Baptiste. Il est accompagné de deux personnalités intellectuelles venues de la Cour de Charlemagne : Leidrade (736-814), missus dominicus, ancien élève d'Alcuin (c.740-804), tout juste nommé archevêque de Lyon et Benoît d'Aniane (750-821), Witiza de son nom de naissance, fils du Comte de Maguelonne, membre éminent de l'aristocratie wisigothe qui a été élevé à la cour de Pépin le Bref.

Dénuée de réels fondements, l'hérésie adoptioniste fut rapidement enrayée et la mission de Nimfridius s'acheva avec succès. La pertinence de son argumentaire lui valut de forger une relation avec des personnalités aussi éminentes qu'Alcuin, célèbre théologien et diplomate d'origine anglaise ami de Charlemagne, et de tisser des liens d'amitié durables avec des compatriotes de Septimanie. Citons parmi eux Benoit d'Aniane, bien sûr mais aussi Théodulfe, évêque d'Orléans de même que Claudius, futur évêque de Turin ou encore Agobard, enfant de la Narbonnaise qui deviendra évêque de Lyon.

802 – Tenant son pouvoir des marquis de Septimanie et comtes de Narbonne, Cixilane (767- c.821) que l'on dit fils de Sturnion (742-813), mais aussi pour certains d'Ildéric, apparaît comme le premier vidame de Narbonne. Il tient, en cette occasion, un plaid solennel. On présente parfois Sturnion comme le fils du Comte Milon, ce qui laisserait supposer l'installation d'une transmission déjà héréditaire du titre mais cette théorie reste très incertaine. Selon certaines généalogies, Cixilane a eu un fils Agilbert (c.790 - c. 849). 

812 - on cite Adhémar Comte de Narbonne. Il le sera jusqu'à 833

815 - Nimfridius est nommé archevêque de Narbonne. Il est accompagné d'un co-seigneur. L'empereur Louis le Pieux lui confirme les privilèges de l'église sur la ville et sur le monastère St Paul. Nimfridius  meurt en 822. 

816 - l'empereur Louis le Pieux fait rédiger une constitution définissant le statut des Hispani, ces réfugiés en provenance d'Hispanie

817 - Leibulf (c.750 - 829 ou 835), comte d'Arles et de Provence devient aussi Comte de Septimanie dans le cadre de la réorganisation du pouvoir carolingien dans le sud de la France. Il remplace Begon de Paris qui avait hérité du titre depuis le renoncement de Guillaume de Gellone. Leibulf avait été convoqué en 812 par Charlemagne à Aix-la-Chapelle pour répondre de la plainte adressée à l'empereur à l'encontre des Comtes de Septimanie et de Gothie par les Hispani au sujet des tributs et autres charges qui leur étaient imposés alors qu'ils bénéficiaient d'une exemption héréditaire accordée par l'empereur lui-même. Charlemagne leur avait, bien évidemment, donné raison. En cette même année, les Comtés de Narbonne et du Razès sont rattachés à la Marche d'Espagne tandis que celui de Carcassonne reste aquitain. 

817 - Le Minervois (suburbium Minerbense) est créé en tant que subdivision administrative du Comté de Narbonne. Il s'y met en place une viguerie dont le siège est l'ancien castrum de Minerve. Cette juridiction civile a pour mission de régler les litiges au nom du comte.

827 - Barthélémy devient le nouvel archevêque de Narbonne. C'est sous son épiscopat que se produisent, dans une église d'Uzès, des faits qui interpellent par leur singularité. Des fidèles, semble-t-il victimes de crise d'épilepsie, portent aussi des traces des brûlures. On s'empresse d'y voir des miracles mais Barthélémy consulte Agobard, l'évêque de Lyon qui connait bien la région et qui, a son âge, fait figure de référence. Son avis est sans appel. Dans la lettre qu'il adresse à Barthélémy, il dénonce une manipulation, faisant passer pour des miracles des faits qui, loin de soulager les souffrances, comme on l'aurait attendu, les accroissent, en fait. Il condamne avec force ceux qui auraient profité de cette supercherie.

828 - Bernard, fils de Guillaume de Gellone est investi du titre de duc de Septimanie

Né en 795, il avait, durant son enfance fréquenté la cour de Charlemagne à Aix-la-Chapelle et certainement côtoyé Benoit d'Aniane après que son père ait choisi de se retirer dans le monastère qu'il venait de fonder dans les gorges de l'Hérault. En 826, tout juste nommé Comte de Barcelone et de Gérone par l'empereur Louis le Pieux, il avait du affronter la rébellion d'une partie de la noblesse wisigothe conduite par un certain Aisso, en révolte contre le pouvoir franc. Appelé en renfort par les insurgés, l'émir de Cordoue Abd-al-Rahman II leur avait envoyé  une armée forte de plusieurs milliers d'hommes. Celle-ci s'était  emparé de Saragosse et de Gérone avant d'assiéger Barcelone. L'aide promise par Louis le Pieux n'arrivant pas, Bernard parvint, toutefois, avec les siens, à repousser l'ennemi, obtenant une victoire qui lui permit d'emblée d'acquérir un prestige significatif. A la mort du Comte Leibulf, c'est donc à lui que revint le titre de duc de Septimanie, dont les possessions regroupaient Narbonne, Béziers, Agde, Nîmes, Uzès et Melgueil (Maugio).

833 - sa proximité avec Agobard, l'évêque de Lyon, vaut à l'archevêque de Narbonne Barthélémy de se retrouver directement impliqué dans la destitution de l'empereur Louis le Pieux, lors de la querelle qui l'oppose à son fils Lothaire. La victoire finale de Louis le Pieux consacre la chute des partisans de Lothaire, à commencer par les évêques qui se sont rangés de son côté, parmi lesquels Agobard et Barthélémy. A titre de sanction, l'archevêché de Narbonne restera pendant plus de dix ans sans titulaire malgré les supplications répétés de Barthélemy.

844 - Bérarius est nommé archevêque de Narbonne. Son nom n'apparaît, en fait, que sur un diplôme royale.

844 -Bernard de Septimanie (795-844), fils de Guillaume de Gellone, qui a cumulé les fonctions de Comte d'Autun, Comte de Toulouse, et duc de Septimanie, est décapité à Toulouse sur ordre de Charles le Chauve.

Bernard de Septimanie apprit, à ses dépens que les bons sentiments n'ont de valeur, en politique, que lorsqu'ils ne menacent pas les intérêts du pouvoir. Il avait eu la chance d'être réhabilité par le vieil empereur Louis le Pieux après que celui-ci ait eu, durant plusieurs années, maille à partir avec ses enfants mais la lutte fratricide qui, dès sa mort, avait éclaté entre ses trois fils aurait du lui conseiller de prendre ses distances. Il hésita à se rallier à Charles le Chauve, préférant une voie intermédiaire pour l'Aquitaine qui s'appuyant peut-être sur un vieux ressentiment anti-franc, n'avait de cesse de montrer son hostilité envers le roi.  Mais en confirmant la cession de la Septimanie à Charles le Chauve, lTraité de Verdun que signent les fils de Charlemagne sonne, cette fois, le glas des dernières espérances de Bernard de Septimanie. 

849 - Fredoldus, archevêque de Narbonne. Faut-il y voir un des effets pervers de la place dominante qu'acquiert l'Eglise à cette époque? Toujours est-il que Fredoldus passe pour un prélât autoritaire, n'hésitant pas à excommunier, sans raison, un prêtre de façon expéditive. Condamné par le pape à s'expliquer, il frappe ce prêtre alors qu'il lui présente la lettre de l'évêque de Rome. Il sera excommunié à son tour non sans avoir, sans cesse, fait pression sur les paysans relevant de son autorité, pour exiger sa part de leurs revenus.

Le marquisat de Gothie entre Narbonés et Razes

849 - Le roi Charles le Chauve réunit une assemblée à Narbonne pour redéfinir le statut de la Septimanie. Charles s'était fait couronner Roi d'Aquitaine l'année précédente avec la ferme intention de reprendre en main les territoires qui rechignaient à le reconnaître comme leur souverain. Bernard de Septimanie l'avait payé de sa vie mais c'était le nom même de Septimanie qui embarrassait le roi. Sont créées pour la remplacer deux nouvelles entités, le Comté de Barcelone (ou Marche d'Espagne) et le Marquisat de Gothie. L'administration de la seconde est confiée à deux fidèles de Charles, Aleran de Troyes et Isembart d'Autun.

 Le nouveau Marquisat de Gothie reste placé sous la suzeraineté du Comté de Toulouse attribué, quant à lui, à Frédelon, fils du Comte Foulques de Rouergue après qu'il ait opportunément trahi Guillaume de Septimanie (826-850), héritier légitime du titre depuis l'exécution de son père Bernard en 844. Les ancêtres des Comtes de Rouergue n'étaient, en revanche, ni aquitains ni toulousains mais appartenaient à l'aristocratie franque évoluant dans la mouvance carolingienne. De son côté, Frédelon avait épousé Sénégonde, petite fille de Guillaume de Gellone et par conséquent la cousine de Guillaume de Septimanie. Ce lien familial étroit n'empêcha pas celui-ci de subir le même sort que son père. Il fut décapité l'année suivante.

852 - Francon 1er (810- c.878) et Alaric (certainement Albéric), vidames de Narbonne (vicedomini), participent à un plaid près de Sommières sous la présidence d'Oldaric, marquis de Gothie (852-857). Les généalogies présentent souvent Francon comme le fils d'Agilbert, réputé pour avoir, lui-même, été le fils de Cixilane, premier vidame de Narbonne. Quand à Albéric (840-886), si l'on se réfère à la date présumée de sa naissance et à certaine concordances généalogiques, on peut croire qu'il devait, tout simplement, être le fils de Francon.  

858Narbonne est prise par les Vikings des chefs Hasting (Hastein le Hardi) et Björn Cotes-de-Fer

Les drakkars d'Hastein et Björn franchissant le Détroit de Gibraltar

Partis de la côte normande à la tête d'une flotte qu'on a estimé à 62 navires, les Vikings ont entamé un long périple qui les conduit d'abord vers le Portugal avant qu'ils ne passent le détroit de Gibraltar. Ils font ensuite escale sur les côtes d'Afrique de Nord avant de remonter vers les Iles Baléares, pillant et saccageant au passage tout ce qu'ils peuvent. Ils se dirigent ensuite vers le delta du Rhône et s'installent en Camargue pour y passer l'hiver. Ils se partagent alors certainement en deux groupes, l'un qui ravage les côtes de Septimanie jusqu'à Narbonne qu'ils mettent à sac (un épisode, peu documenté, qui mériterait qu'on s' y attarde tant il se situe en contradiction avec la logique unitaire et concentrée de la stratégie ses vikings), et l'autre qui remonte la vallée du Rhône, pillant Arles et Valence. De retour en Camargue, ils reprennent leur périple en direction de l'Italie, allant jusqu'à Pise puis à Luni dont ils s'emparent par la ruse à la suite d'un stratagème digne d'un roman. Hastein se fait, en effet, passer pour mort et est placé dans un cercueil. Transporté dans l'église où il a dit qu'il voulait être enterré, il s'en extrait brutalement pour lancer l'attaque de ses troupes. Les Vikings repartent vers l'Espagne mais sont, cette fois-ci, attendus par les Andalous qui détruisent plus de la moitié de leurs navires, les obligeant à franchir en catastrophe le détroit de Gibraltar pour se replier vers le Nord.

864 - le roi Charles le Chauve confirme la donation faite en 759 par Pépin le Bref attribuant notamment à l'archevêché de Narbonne la moitié des droits sur les salines situées à Gruissan dont l'autre moitié appartient au Comte de Narbonne.

865 - l'archevêque Fredoldus se signale à niveau par ses abus de pouvoir. Il mandate un de ses agents à l'abbaye de Caunes, exigeant des moines qu'ils lui versent la dîme du blé et du vin alors qu'ils bénéficient d'une exemption. Lors du synode réuni pour traiter de cette affaire, l'archevêque de Narbonne est reconnu seul et unique responsable de cette intimidation. Fredoldus mourra en 873 sans que les moines aient été dédommagés.

22 avril 865  - A l'occasion d'un plaid qui se tient à Servais (Aisne), le roi Charles le Chauve accorde le Marquisat de Gothie à Bernard, fils du Comte de Poitiers, rattaché à la famille des Guilhelmides (descendants de Guillaume de Gellone) et de Bilichilde du Maine. Celui-ci prend alors le nom de Bernard de Gothie (844- ap.892).

873 - Sigebodus (Sigebod) succède à Fredoldus en tant qu'archevêque de Narbonne. Il est en fonction jusqu'en 885. A peine élevé à ce poste, il se rend dans le Capcir consacrer l'église de Formiguères à l'invitation de l'abbé de Joucou. Il se montrera, tout au long de son épiscopat, très actif en tant que métropolitain, c'est-à-dire ayant sous sa juridiction plusieurs diocèses dits suffragants, parmi lesquels, Béziers, Nîmes, Agde, Maguelone, Elne, Lodève ou encore Uzès.

878 - Lindoin (c. 835-894), est cité comme vicecomes de Narbonne. C'est la première fois qu'apparaît officiellement le titre de vicomte, les précédents titulaires étant nommés vicedomini. Probablement d'abord fieffé à Béziers, il est le fils de Francon 1er et le frère d'Albéric

On ignore à quelle date il a succédé à son père. Il faut, en effet, attendre l'année 878 pour que son nom soit mêlé à une affaire suffisamment grave pour que le pape Jean VIII s'en saisisse après avoir été alerté par l'archevêque Sigebod de Narbonne. Dans une lettre qu'il adresse au Comte Miron de Roussillon et dans laquelle il associe Lindoin, le pape les menace tous deux d'excommunication s'il continuent de s'approprier en toute illégalité les biens des églises de la vicomté de Narbonne.

Lors de la retraite en France du pape Jean VIII, le roi Louis II le Bègue convoqua un concile à Troyes où se rendit Sigebod pour statuer, entre autre, sur cette affaire et condamna Lindoin et Milon à une amende. On décida, en la circonstance, d'appliquer le code romain car le code Wisigoth qui était censé rester en vigueur à Narbonne ne prévoyait aucune sanction dans ce genre d'exactions. Miron conserva donc son titre mais il semble, en revanche, que Lindoin ait été destitué et que son frère Albéric lui ait succédé.

878 - Bernard de Gothie refuse de reconnaître le roi Louis II le Bègue, n'acceptant aucune autre autorité que la sienne sur les territoires qu'il possède. Outre le Marquisat de Gothie, il détient alors le Comté de Barcelone, le Comté de Poitiers, les Comtés de Bourges et d'Autun. Bientôt excommunié par le pape Jean VIII, il se fait peu à peu dépouiller de ses terres par le Grands Seigneurs du Royaume. Le Marquisat de Gothie revient à Bernard Plantevelue (841 - Uzès, 886), Comte d'Auvergne, qui n'est autre que le fils de Bernard de Septimanie (cf. 858 et 844).

885 Théodard (Montauban 840 -893) est élu archevêque de Narbonne suite à la mort de Sigebod. Il avait été remarqué à Toulouse par Sigebod, lui-même, alors qu'à l'occasion d'un Synode, il avait pris, avec succès, la défense des Toulousains accusés par les Juifs de la ville d'abus envers eux. Sigebod l'avait fait venir à Narbonne en 878 où il avait gravi tous les échelons de la hiérarchie ecclésiastique. Il exerçait la fonction d'archiprêtre lorsqu'eut lieu l'élection épiscopale. Les évêques de Béziers et de Carcassonne réunirent tout le clergé local et les habitants de la ville dans la cathédrale St Just St Pasteur pour choisir le futur archevêque. Théodard fut désigné à l'unanimité des avis grâce à toutes les qualités qu'on lui reconnût. Les deux évêques Agilbert et Gisleran validèrent ce choix. Le nouvel archevêque fut consacré le 15 août dans l'église Saint Paul.

886 - le pape Etienne V informe l'archevêque Théodard et Albéric, qualifié en la circonstance de vicomte de Narbonne d'une sentence d'excommunication visant l'évêque Gerbert de Nîmes.  

886 Mayeul (Béziers c. 845-911) succède à Albéric en qualité de Vicomte de Narbonne. Les sources divergent quand à sa parenté. Albéric ou Lindoin ? Quelque soit son père, la date présumée de sa naissance est nécéssairement erronée. Il serait, en effet, plus conforme à la chronologie de la reculer de dix ans, c'est à dire 855. On  confirme, en revanche que son grand père Francon avait été le vidame de Narbonne. Mayeul a épousé, en 880, Raymondis de Limoges (ou de Rouergue), la fille de Raymond 1er de Toulouse et de Berthe de Reims, tous deux fidèles soutiens du roi Charles le Chauve lors du soulèvement, en Aquitaine, de son neveu Pépin II. Rappelons, au passage, que Raymond de Toulouse était le fils de Foulques de Rouergue, un haut dignitaire de la noblesse franque dont Frédelon, le fils aîné, avait été investi par le roi Charles le Chauve du titre de Comte de Toulouse

886Bernard "Plantevelue", marquis de Gothie depuis 878 décède à Uzès. Son fils Guillaume dit plus tard "Le Pieux" lui succède. Il n'a que 11 ans.

888 – L'archevêque Théodard fait restaurer l'évêché de Vich (Ausone) qui avait été supprimé depuis l'invasion arabo-musulmane. Celui-ci est rattaché à l'archidiocèse de Narbonne sous le patronage de son nouvel évêque Gotmar, consacré par Théodard.

Narbonne - le clocher de Saint Théodard (IXème siècle)
Figure très populaire de l'histoire religieuse de Narbonne, Théodard s'attacha à promouvoir le rayonnement de l'évêché dont il avait la charge en instaurant une Eglise à l'image des gens de sa génération, débarrassée des derniers vestiges des cultures qui pouvaient encore la hanter. Il est dit qu'il s'est lancé dans l'immense chantier de restauration de la cathédrale mais il semble qu'on lui ait attribué des réalisations qui ne pouvaient correspondre à l'idéal de pauvreté qu'il préconisait.
Le clocher St Théodard qui porte son nom et qui constitue le seul vestige carolingien de l'ancienne cathédrale St Just et St Pasteur pourrait, en fait, remonter à l'archevêque Fredoldus
, connu, de son côté, pour avoir abusé de ses pouvoirs pour servir ses ambitieux projets.

890
- L'archevêque Théodard se rend auprès de la cour du roi Eudes afin que celui-ci lui accorde un diplôme de protection pour son église, une façon aussi pour lui de reconnaître l'autorité du nouveau souverain qui n'appartient pas à la lignée carolingienne. Théodard se rend ensuite au Concile de Meung-sur-Loire en compagnie d'Agilbert, évêque de Béziers

893 - épuisé à son retour du long voyage qui l'a mené à Orléans, Théodard tombe malade en arrivant à Narbonne. Se sentant incapable d'accomplir plus longtemps sa mission, il se retire dans son Quercy natal au monastère de Montauriol près de Montauban, où il meurt le 1er mai de cette année. 

896 - l'archevêque Arnuste qui a succédé à Théodard depuis 893, est cité, pour la première fois lors d'un voyage à Rome, à l'occasion duquel il obtient du pape Etienne VI une bulle destinée à protéger le diocèse de Narbonne des usurpations qui continuent de viser des églises.

1er Novembre 898 – le roi Charles le Simple confirme les diplômes d’immunité accordés à l’église de Narbonne par ses prédécesseurs. Il lui concède, par ailleurs, des domaines tels que le ficus Colonegas de même que toutes les terres, maisons et vignes que les Juifs possèdent dans le Comté de Narbonne et sur lesquels l’Eglise avait coutume de prélever des dîmes, considérant que de quelque manière que ces biens ont été acquis par les Juifs, ils doivent être concédés à l’église de Narbonne. Depuis la victoire des Francs sur les arabo-musulmans, le statut des juifs de Septimanie bénéficiait d'une réelle bienveillance de la part des souverains carolingiens. Or, la faiblesse grandissante du pouvoir central, allant de pair avec la possibilité pour les églises d'accroître leurs biens temporels, modifiait, en faveur de celles-ci, l'équilibre entre la contribution financière exigible des juifs et les droits à leur accorder en échange. De ces spéculations, allait naître une compétition de plus en plus ouverte entre les archevêques et les vicomtes qui, de leur côté, tenaient à ce que les usages soient préservés.

 898Arnuste, archevêque de Narbonne se plaint de l’extrême pauvreté du diocèse. Il sollicite l’intervention de la reine-mère Adelaïde.

902 - l'archevêque Arnuste préside le IIIème Concile de Narbonne. Y assistent plusieurs évêques d'Espagne, de Septimanie et de Provence.

15 juin 911 - l'archevêque de Narbonne Arnuste donne à l'église Saint Paul, dirigée alors par un abbé du nom de Savari, les biens qu'il a acquis des enfants du Vicomte Mayeul, Walcherius (Gaucher ?) et d'Albéric (Aubry), cité aussi comme vicomte. On ne connaît aucune mention concernant le Vicomte Mayeul du temps de son vivant et le fait qu'il laisse après lui 8 enfants crée une certaine confusion quant à sa succession. On sait qu'Albéric (885-943) quitte Narbonne en 918 pour épouser Etolane, la fille de Raculf comte de Macon et qu'il héritera du titre de son beau-père à la mort de celui-ci (934). Bien que Walcherius, appelé aussi Ulberad soit cité en qualité de Vicomte de Narbonne. il parait, en fait, probable qu'il s'agisse plutôt de Francon II (865 - 924), son fils aîné. Sa fille Raimondis avait, qunt à elle, épousé Fouquier de Valensole, un représentant de l'aristocratie d'ascendance gallo-romaine qui figurait aussi parmi les propriétaires fonciers les plus influents de Provence.  

912 - l'archevêque Arnuste de Narbonne est assassiné en Catalogne sur ordre d'Hugues d'Arles alors qu'il se rend au Concile de Tolède. Gérard est nommé pour le remplacer par l'évêque d'Uzès Amelius II.

Hugues d'Arles était à la fois le petit-fils déclaré illégitime de Lothaire II par sa mère Waldrade alors que celui-ci l'avait épousé

914 - Agio devient le nouvel archevêque de Narbonne. Il occupera ce poste au moins jusqu'en 924

918 Guillaume le "Pieux", Marquis de Gothie meurt à Lyon le 28 juin. Duc d'Aquitaine depuis 893, il est aussi maître de  l'Auvergne, du Limousin, de l'Autunois, du Maconnais et du Lyonnais. Son mariage en 898 avec Engelberge, la fille de Boson, roi de Provence et d'Ermengarde, unique héritière de l'empereur Louis II le Jeune lui a permis, par ailleurs, de figurer parmi les personnages les plus influents du royaume et d'y faire, même, reconnaître l'hérédité de ses charges par les rois Eudes et Charles III le Simple. Or, Guillaume le Pieux ne laissant pas de descendance, Charles III n'a, dès lors, d'autre choix que d'accorder le Marquisat de Gothie aux Comtes de Toulouse et de Rouergue qui en deviennent, désormais, les détenteurs.

918 - Francon II, fils de Mayeul de Narbonne et de Raymondis de Limoges est investi du titre de Vicomte de Narbonne. Il a épousé, en 894, Arsinde de Roussillon, fille du Comte Suniaire II d'Ampurias dont il a eu deux enfants Odon (Eudes) et Trudegarde qui épousera le Comte Gausbert Ier d'Ampurias dont on dit qu'il aurait aussi été son oncle direct. Nous serions là en présence d'une consanguinité manifeste contre laquelle l'Eglise est généralement très vigilante. Il faut, dans ce cas, admettre qu'Arsinde ne serait pas la mère de Trudegarde ou ne serait pas la soeur de Gausbert. 

919 - Odon (Eudes) (c.895- 936), fils de Francon II, est cité en qualité de Vicomte de Narbonne. La seigneurie est entre temps passé sous la juridiction des Comtes de Toulouse, nouveaux Marquis de Gothie. Odon a épousé Richilde (905- 962), fille du Comte Guifred II Borell de Barcelone et de Garsinde, probablement la fille du Comte Eudes 1er de Toulouse. Un document daté de la même année évoque les liens étroits qui unissent Odon de Narbonne et le nouveau Comte Raymond-Pons de Toulouse, ce qui n'aurait rien d'anodin si l'on considère qu'ils étaient cousins.  

919 – le roi Charles le Simple fait don à l’église de Narbonne de « molendina …subtus pontem », des moulins situés sous le pont romain.

921 - Vulverad est cité comme vicomte de Narbonne. Il s'agît du frère d'Odon, laissant supposer une gestion collégiale de la seigneurie. 

17 décembre 924 - le vicomte Odon de Narbonne, fils de Francon II et d'Arsinde, fait une donation à l'abbaye de Montolieu, de concert avec son épouse Richilde (Riquilda), du Comte de Toulouse et Marquis de Gothie Raymond Pons III ainsi que de l'archevêque Agio de Narbonne. 

11 décembre 925 - Vulverad apparait comme seul vicomte de Narbonne. Odon, son frère, avec lequel il assurait la gouvernance de la seigneurie depuis quatre ans, a été mentionné pour la dernière fois, l'année précédente. Après des années de silence, Odon est cité, en 932, en tant qu'exécuteur testamentaire de l'évêque de Béziers Réginald. C'est, peut-être, la raison pour laquelle on place, cette même année, la naissance de son fils Matfred. On ignore aussi  ce qui est advenu de Vulverad, mentionné ici pour la première et dernière fois. Les sources restent muettes à ce sujet. C'est, donc, Richilde (905-962), la veuve d'Odon, qui assume à sa place les prérogatives vicomtales. Elle apparait, en effet, dès 921, avec le titre de vicecomitissa, preuve évidente, s'il en est, que les Comtes de Toulouse dont Richilde est la parente directe, prennent à l'époque, une part active dans le fonctionnement de la vicomté. On apprend, dans un acte de 936 que Richilde a eu deux enfants, Matfred (934-968) et Francon. Ayant certainement  choisi la vie monastique, le second ne passera pas à la postérité. Il semble aussi que Richilde et Odon aient eu une fille, Garsinde, qui figure, en 962, parmi les exécuteurs testamentaires de la Vicomtesse. Certaines généalogies suggèrent qu'elle aurait été, brièvement, la seconde épouse de Raymond Pons III de Toulouse, peu avant que celui-ci ne décède en 940.

Les églises de Narbonne à la fin de l'ère carolingienne

926
- Aymeric est nommé archevêque de Narbonne. On dispose de peu d'éléments concernant sa mission bien qu'il soit resté en fonction jusqu'à sa mort en 977. Il apparait toutefois dans un acte daté de 962 relatif à la donation du village de Fontjoncouse à l'archevêché de Narbonne.

28 septembre 926 - La vicomtesse Richilde intervient dans une donation à la cathédrale de Narbonne.

940 - La vicomtesse Richilde de Narbonne s'associe à un accord entre le Comte Suniaire de Barcelone, Hugues d'Arles et le calife de Cordoue Abd-al-Rahman III, dont l'objet est de protéger les commerçants qui travaillent avec la péninsule. Négocié pour la vicomtesse par un envoyé juif du nom de Bernat à la condition symbolique de se soumettre au calife, l'accord est entériné par celui-ci. Il ordonne, de la sorte, aux gouverneurs de ses ports de respecter les navires transportant des voyageurs ou des marchandises en provenance des signataires. Cette trêve est d'abord conclue pour deux ans. 

27 mars 947 - l'archevêque Aymeric organise un concile à Narbonne pour y délibérer sur les moyens de rétablir la discipline ecclésiastique dans la province.

952 - Matfred succède à sa mère Richilde en qualité de vicomte de Narbonne, sans que celle-ci pour autant, ne renonce à son autorité. De son côté, Matfred vient d'épouser Adélaïde (935- ap. 991), certainement la fille du vicomte Renaud II de Béziers et de Garsinde de Rouergue, et donc la nièce du Comte Raymond 1er de Rouergue, Marquis de Gothie. Elle est, elle-même, dès cette date, qualifiée de vicomtesse.

962 - la vicomtesse Richilde de Narbonne meurt à l'âge de 57 ans près avoir administré seule la seigneurie pendant plus de 35 ans. Ses exécuteurs testamentaires comparaissent au tribunal de Narbonne en présence de l'archevêque Aymeric, d'Arnulf, évêque de Gérone, de son fils Matfred, de sa fille Garsinde et de quatre témoins. Parmi les biens mentionnés figure l'alleu des Oubiels (Portel) sur lequel elle a fait bâtir une église.

963 - Dans un acte de donation, Jean de Fontjoncouse et Ode sa femme cèdent à l'archevêque de Narbonne Aymeric l'alleu qu'ils possèdent à Fontjoncouse avec les trois églises qui en dépendent ainsi qu'une vigne et un jardin. Ils lui cédent aussi tous les biens qu'ils détiennent à Sigean sous réserve d'usufruit leur vie durant.

966 - le vicomte Matfred (c. 932 - 966/69) et son épouse Adélaïde font rédiger un testament conjoint à la veille de leur départ en pélerinage à Rome. Ils cèdent plusieurs biens en Septimanie et en Aquitaine certainement hérités de la vicomtesse Richilde décédé quatre ans plus tôt. Il est aussi fait mention de leurs trois enfants, Ermengaud (?-1019), qui est clerc, Raimond et Trudegarde.

Le nom de Matfred ne figurant plus dans aucun acte après cette date, on suppose qu'il ait pu décéder à l'occasion de son pélerinage à Rome. C'est sa veuve Adélaïde, qui, comme sa belle-mère avant elle assuma, dès lors, seule la charge de vicomtesse de Narbonne, le temps que ses enfants atteignent leur majorité. Adelaïde apparut alors dans divers actes, notamment aux côtés de sa belle-soeur Garsinde. Elle eut, à plusieurs reprises, l'occasion de rédiger son testament, détaillant l'étendue de ses biens. Elle mourut en 991 sans, pour autant, avoir renoncé à son autorité vis à vis de son fils Raimond, bien qu'il ait été investi, depuis 977, du titre de vicomte de Narbonne. Il est devenu clair, à partir de cette période, que, déjà héréditaire, la transmission des titres va de pair avec la constitution d'un patrimoine toujours plus conséquent.  

23 Février 977 -  Les fils d'Abraham, Samuel, Moyse, Isaac et Lévi, appartenant tous quatre à la communauté juive vendent à l'abbé de St Paul Gautier di Belhomme et au diacre Guillaume un moulin situé sur l'Aude, sous le pont, au-dessus de la ville de Narbonne.

Généalogie Carolingienne  - les premiers vicomtes de Narbonne
(cliquer sur l'image pour agrandir)

977 - Ermengaud, fils du vicomte Matfred de Narbonne et de son épouse la vicomtesse Adélaïde devient archevêque de Narbonne à la mort d'Aymeric. Il a figuré pour la première fois en 966 dans le testament de ses parents où il a déjà opté pour une carrière ecclésiastique. Parmi les actes le concernant, on relève en 982, la consécration de l'église Ste Marie de Quarante. On note, en 984, l'attribution du fief de Fontarèche (à l'exception de l'église) à un certain Sifrède, avec pour obligation, de donner chaque année à manger à seize chevaliers.

977 - Raymond, fils de Matfred est revêtu du titre de vicomte de Narbonne. Cette investiture consacre, en fait, le triomphe de la vicomtesse Adelaïde qui assiste, pratiquement en même temps, à la nomination de son fils aîné Ermengaud en tant qu'archevêque de Narbonne tandis que son cadet Raimond en devient officiellement le vicomte. Les deux co-seigneurs sont donc frères sous la houlette de leur mère Adelaïde. Celle-ci peut savourer ce moment qui s'inscrit, en fait, dans un mouvement bien plus large, dans la région autant que dans le royaume de France, de patrimonisation, d'appropriation ou de confiscation de terres, mais aussi de droits fiscaux ou banaux, au profit d'une aristocratie seigneuriale de plus en plus consciente de sa puissance. 

978 -  Le château de Saint Martin de Toques (commune de Bizanet) censé surveiller la route qui va de Narbonne aux Corbières est attesté en tant que propriété de la Vicomtesse Adelaïde de Narbonne.

990 - Dans son testament, la vicomtesse Adelaïde cite son fils Raimond (av. 966 - c.1019) qualifié de vicomte. Celui-ci a épousé la même année Richarde de Millau dont il aura trois fils Ermengaud (990 - ?), Bérenger ( ? - 1033/44) et Guillaume. On y apprend qu'Adélaïde cède sa villa de Fitou à l'archevêque Ermengaud.

990 - Le Concile de Narbonne se réunit sous la présidence de l'archevêque Ermengaud pour traiter des moyens d'empêcher les usurpations des biens ecclésiastiques. L'affaiblissement progressif du pouvoir royal a encouragé, depuis quelques décennies, de nombreux seigneurs locaux à user de leurs libertés pour se livrer à de multiples exactions dont l'appropriation de terres et de revenus relevant notamment de l'Eglise. Le Comte de Toulouse y est représenté par le Comte de Rouergue. 


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